21.08.2011
Pourquoi l’Allemagne refusera les euro obligations
Euro obligations, euro obligations, euro obligations : c’est le nouveau mot magique des cabris du 21ème siècle face à la crise financière. Pourtant, un examen de leurs modalités conduit à largement relativiser leur efficacité potentielle autant que la possibilité pour l’Allemagne de les accepter.
Les euro obligations, ou la fin de l’euro
Patrick Artus en a fait le sujet d’une de ces dernières notes en concluant « on ne pourra pas éviter les euro bonds ». Il note justement qu’au bout d’un certain temps, la BCE risque de vouloir freiner ses rachats de dettes espagnoles et italiennes. Il faut noter le succès de cette opération pour faire baisser les taux d’intérêt à dix ans de ces deux pays qui tournent autour de 5% aujourd’hui après s’être envolés au-delà de 6% début août. Mais l’appétit de la BCE risque de se tarir.
En effet, la Banque Centrale Européenne a déjà racheté pour plus de 90 milliards d’euros de dettes souveraines des PIIGS, et son appétit risque d’être un peu limité devant les 2700 milliards de dettes souveraines italiennes et espagnoles. Patrick Artus évoque donc deux possibilités (qui sont proches en fait) : un renforcement du FESF ou des euro obligations. Sinon, « la seule solution serait de sortir de l’euro et de monétiser les déficits publics sur une base nationale ».
Comment demander 4000 milliards à l’Allemagne ?
C’est pourquoi beaucoup pensent que l’Allemagne finira par céder et accepter les euro obligations. Mais les partisans de cette solution devraient quand même étudier un peu plus en profondeur ses implications. Le PIB de la zone euro était d’environ 9400 milliards fin 2010, dont 2600 milliards pour l’Allemagne. La proposition du centre Bruegel de mai 2010 consiste à collectiviser les dettes publiques à hauteur de 60% du PIB en une tranche sénior qui serait collectivement garantie.
Que cela implique-t-il pour l’Allemagne ? In fine, cela signifie que Berlin deviendrait caution solidaire d’environ 5600 milliards de dette collective dont seulement 1600 milliards lui reviennent à la base (sachant qu’il y aurait en plus 600 milliards environ de dette souveraine allemande au-delà des 60% du PIB). En clair, le mécanisme présenté par les cerveaux malades de certains eurocrates revient à demander à l’Allemagne une garantie de 4000 milliards d’euros, 150% de son PIB.
Pas étonnant que les Allemands toussent et refusent mordicus cette proposition depuis le début. En outre, il est probable que cette dette fourre-tout augmente les taux d’intérêt payés par l’Allemagne (la presse locale fait état d’un surcoût de 17 milliards). Pire, la dette émise au-delà des 60% du PIB risque d’être payée très chère, même par l’Allemagne, du fait qu’elle serait caution solidaire de plus de 5000 milliards de dettes qui auraient priorité sur toute émission purement nationale…
C’est pourquoi il est proprement hallucinant de voir les dirigeants socialistes critiquer aussi vertement la décision de l’Allemagne de refuser les euro obligations. Se rendent-ils seulement compte des sommes qu’ils demandent à Berlin de garantir ? Quelle légèreté devant l’argent public également car la France serait aussi garante des 5600 milliards de dettes qu’implique le dispositif !
Une proposition dysfonctionnelle et irresponsable
En fait, ce qui est incroyable avec cette proposition, c’est qu’elle ne marcherait même pas. Bien sûr, on sécuriserait le financement des Etats jusqu’à 60% du PIB, mais que ce passerait-il au-delà ? Et même pour l’Allemagne, car elle se serait portée caution sur une dette senior de 5600 milliards… Il est évident que les prêteurs demanderaient des taux confiscatoires pour la dette souveraine qui irait au-delà des 60% du PIB. Qui voudrait prêter à l’Italie les 60% restant ? A quel taux ?
Bref, même les euro obligations ne parviendraient pas à stopper la spéculation, elles ne feraient que la déplacer sur les dettes souveraines restantes. A la rigueur, seule une monétisation totale des dettes souveraines pourrait fonctionner, mais il faudrait décupler le bilan de la BCE ! En outre, il serait irresponsable de monétiser des montants différents de dette par pays car cela reviendrait à donner une prime à ceux qui se sont le plus endettés.
Bref, les euro obligations ne sont pas une solution et il est normal que l’Allemagne les refuse. Et que le SPD et les Verts défendent une telle idée lors des élections législatives de 2013, ils seront balayés par les électeurs et cela pourrait bien être l’acte de décès définitif de la monnaie unique.
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18.08.2011
L’arnaque de la privatisation de la création de la monnaie
Après avoir posé les enjeux du débat monétaire, André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder en viennent plus particulièrement à la question de la création monétaire et de la dette publique.
Remettre en perspective notre endettement
Les auteurs soulignent de manière intéressante le choix du terme « service » de la dette en lieu et place du terme « intérêt ». Ils critiquent le catastrophisme des opposants de tout bord à la dette publique en soulignant plusieurs points importants. Tout d’abord, ils soulignent la myopie de leur analyse, qui oublie de prendre en compte le patrimoine de l’Etat. En effet, l’analyse de la situation financière de quiconque impose d’avoir une vue globale et comparative.
Or, un tel examen (déjà évoqué ici) donne une autre perspective, qui explique pourquoi notre pays conserve son AAA. Tout d’abord, notre endettement brut est dans la moyenne. Ensuite, notre pays a davantage d’actifs que les autres. Fin 2009, le solde entre les actifs et les dettes des administrations publiques était positif de plus de 400 milliards d’euros. Et si on prend uniquement en compte les actifs financiers, notre dette nette était de 44% du PIB, contre 58% dans la zone euro…
Le vrai problème
Les auteurs déplace alors le débat : « ce qui est immodéré dans la dette, c’est moins son montant (lequel a permis la création de richesse) que la part des intérêts dans ce montant ». Et cela est d’autant plus vrai que le privilège de la création de monnaie, bien collectif, a été abandonné aux banques commerciales. Les auteurs réalisent alors le fameux calcul qui commence à s’imposer dans le débat public et qui remet quelques idées en place sur les implications de la loi de 1973.
De 1979 à 2009, la dette publique est passée de 240 à 1490 milliards d’euros (de 21 à 78% du PIB), soit une augmentation de 1250 milliards. Entre temps, nous avons payé pour 1340 milliards d’euros d’intérêt. En clair, depuis 30 ans, l’augmentation de la dette publique est plus qu’intégralement la conséquence du paiement d’intérêts. Dès lors, comme en monétisant un pays n’a pas à payer d’intérêt, cela pose clairement la question de cette privatisation de la création monétaire.
En outre, tout ceci pose de nombreux problèmes. Tout d’abord, cela rend les Etats dépendants des marchés (alors qu’aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Japon, la monétisation est courante). Et cela limite considérablement les moyens de financement des Etats à un moment de chômage de masse et de défi écologique. Ils dénoncent également « la tendance actuelle (…) à amputer les ressources publiques, ce qui implique de transférer sur le privé, petit à petit tous les services ».
Comment s’en sortir ?
Les auteurs exhument une belle citation de Tocqueville : « préoccupés du seul soin de faire fortune, les hommes n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous ». En fait, le débat est ancien : il a eu lieu le 22 juillet 1981 à l’Assemblée Nationale quand une quarantaine de députés ont défendu un projet de loi qui aurait permis à nouveau de mettre la création monétaire au service de la collectivité.
Les auteurs citent également Maurice Allais pour qui « tout création monétaire doit relever de l’Etat et de l’Etat seul » et qui assimilaient les banques commerciales à des « faux-monnayeurs ». Le « prix Nobel d’économie » était favorable à des taux de change fixes et révisables, un équilibre des balances des paiements, l’interdiction de la spéculation pour les banques.
Ils proposent une banque centrale indépendante, seule créatrice de la monnaie (qui ne peut être qu’un bien collectif), un budget de fonctionnement de l’Etat équilibré excepté en période de récession économique ainsi qu’une séparation des banques privées en trois types : les banques de dépôts, les banques de prêts et les banques d’affaires. Ils évoquent la proposition de 1995 de Jean-Marcel Jeanneney « d’émettre de la monnaie ex nihilo pour sortir notre économie de son anémie ».
La privatisation de la création monétaire est un accident de notre histoire économique. Mais il est encore plus incroyable que les Etats d’Europe continentale ait renoncé à son émission publique. Merci aux auteurs pour ce livre qui éclaire d’une perspective stimulante un des débats du moment.
Source : « La dette publique, une affaire rentable », A-J Holbecq et P Derudder, Editions Yves Michel
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08.08.2011
Crise financière : fin de l’accès de fièvre, en attendant le prochain
Comme on pouvait l’imaginer, devant l’effondrement des bourses européennes et l’envolée des taux longs en Italie et en Espagne, la BCE, malgré des rumeurs d’opposition allemande, a décidé de racheter la dette de ces pays pour calmer les tensions, avec un certain succès.
Une pause dans la crise financière
Avec la dégradation de la note des Etats-Unis par une agence de notation samedi, on pouvait craindre le pire pour l’ouverture des marchés ce matin. En effet, cela pouvait être un nouveau Lehmann Brothers qui nous mènerait à une crise potentiellement terminale du capitalisme financier, l’élément qui allait produire un engrenage fatal pour l’économie mondiale. Mais finalement, le calme semble avoir repris les marchés ce matin, même si une rechute reste possible.
La clé des tensions en Europe reste les taux longs en Italie et en Espagne. En effet, passé 7%, le poids des intérêts de la dette pourrait devenir insupportable pour ces pays. Et alors qu’ils empruntaient à 4% il y a un an, les taux à dix ans de ces pays avaient largement dépassé 6% la semaine dernière. Cette montée des taux pouvait pousser l’Italie et l’Espagne vers le défaut, une issue qui aurait fait exploser l’ensemble des banques du monde entier.
C’est pour cela que la BCE a décidé d’intervenir pour faire baisser ces taux avec un nouveau programme de monétisation indirecte des dettes souveraines italiennes et espagnoles. Résultat, les taux sont largement repassé sous la barre des 6%. Le spectre du défaut s’éloigne et ces deux pays sont conviés par la France et l’Allemagne à toujours plus d’austérité pour équilibrer leur budget et rassurer cette corbeille qui fait la pluie et le beau temps dans nos capitales.
Reculer pour mieux sauter
Tout d’abord, nous ne sommes pas sûrs que la tension soit calmée. Une rechute pourrait bien avoir lieu dans les jours qui viennent. Mais même si la crise sur les marchés se calmait définitivement pour quelques semaines, il ne s’agit que d’un énième épisode de la crise qui dure depuis 2008 et en aucun cas d’une conclusion car aucune décision sérieuse n’a été prise qui permettrait de véritablement régler les causes des problèmes que nous affrontons depuis trois ans…
En effet, les volumes échangés au mois d’août sont plus faibles, ce qui donne plus de poids aux interventions des banques centrales. A l’automne, les programmes de rachat de la BCE pourraient être balayés par les marchés. En outre, l’Allemagne semble toujours réticente à de telles décisions. Mais surtout, comment ne pas être révolté par le fait que les dirigeants de la planète passent le plus clair de leur temps à réagir aux mouvements de la corbeille ?
Wall Street le CAC 40 veulent un plan de relance ? Les gouvernements s’exécutent. Ils veulent plus d’austérité ? On suit leurs désirs. Ces pauvres marchés ne veulent plus des dettes souveraines ? Les Etats s’organisent pour en reprendre une grande partie. Les banques menacent de faire faillite ? On leur prête et on leur donne des garanties, sans même interférer avec leur direction ! Pire, pendant ce temps, les peuples souffrent du chômage et d’un recul de l’Etat.
Alors que l’on demande toujours plus aux citoyens, l’argent public à disposition de la finance semble illimité. C’est la corbeille qui gouverne le monde, une monstruosité qui ne semble pas frapper l’esprit de nos dirigeants. Le monde ne tourne pas rond. Mais cela ne pourra pas durer longtemps…
11:10 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : bce, espagne, italie, monétisation
23.02.2011
Après la crise de l’euro, la crise de la BCE
Par-delà le dérapage de Jean-Claude Trichet sur les salaires, il y a quelques semaines encore, tout était simple pour sa succession à la tête de la BCE. Axel Weber, le président de la Bundesbank devait reprendre le poste de gouverneur. Finalement il y a renoncé. Un choix révélateur.
Les raisons d’un renoncement
La décision du patron de la Bundesbank est très importante car il était en pôle-position par rapport à ses concurrents du fait du soutien d’Angela Merkel, malgré de fortes oppositions. Que le patron de la Bundesbank renonce dans la dernière ligne droite, embarrassant son gouvernement et imposant à l’Union Européenne un processus de choix qui sera forcément long et difficile n’est pas un point de détail dans l’histoire de l’euro. C’est un événement majeur.
Il n’est pas très difficile de comprendre pourquoi Axel Weber a renoncé, même s’il n’y a pas d’explication officielle. Il avait publiquement critiqué le rachat de dettes souveraines par la BCE (qui est contraire aux traités européens), se désolidarisant ainsi de Jean-Claude Trichet. Jean Quatremer évoque la menace d’un veto Français à sa nomination mais cela n’est pas forcément suffisant quand on constate à quel point Nicolas Sarkozy cède à Angela Merkel.
Plus sûrement, il refuse tout simplement de mener une politique avec laquelle il est en désaccord et donc de donner sa caution à la politique actuelle de monétisation, ce qui est tout de même compréhensible. L’Allemagne ayant indiqué qu’elle ne réclamait pas forcément la présidence, on peut se demander si Berlin ne se désengage pas quelque peu d’une zone euro à laquelle elle ne croit plus, même si elle refuse de prendre l’initiative qui conduira directement à sa fin.
La BCE, juge et partie
Plus globalement, il y a tout de même quelque chose de choquant à voir la BCE déchirer les traités et monétiser 80 milliards d’euros de dettes souveraines (90% des adjudications de dettes des pays en difficulté auraient été rachetées par la BCE en janvier). Même si, sur le principe, je suis favorable à la monétisation, surtout en des temps aussi troublés, ce viol des traités européens pose un problème majeur. Ce choix de BCE pose le problème de l’organisation de l’Union Européenne.
Car il est tout de même choquant de voir les autorités européennes, toujours promptes à taper sur les doigts des pays qui ne respectent les traités, les fouler aux pieds pour se sauver. Car dans l’affaire, la BCE est juge et partie. En monétisant, la BCE sauve l’euro et surtout se sauve elle-même. Sans monétisation, l’euro explose, et la BCE aussi. Bref, il y a un conflit d’intérêt majeur dans cette décision qui engage pourtant l’argent des contribuables européens.
La BCE engage donc les Etats européens pour se sauver elle-même, démontrant à nouveau l’inconséquence et l’irresponsabilité des technocrates européens. Le salut pourrait venir de Karlsruhe (qui avait déjà spécifié que la Constitution Allemande était supérieure aux traités européens) car un groupe de juristes a déposé un recours contre la participation Allemande au Fonds Européen. Et sans l’Allemagne, autant dire que le fonds perdrait grandement en crédibilité…
La crise de l’euro démontre à nouveau ce qu’il y a de pire dans cette construction européenne : une caste de technocrates prenant des engagements financiers considérables au nom des peuples pour se sauver eux-mêmes, tout en imposant une austérité sauvage. Merci à l’Allemagne de protester.
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24.01.2011
La monétisation en question
C’était un mot que connaissaient seulement les spécialistes du Japon il y a seulement trois ans. En quelques temps, la question de la monétisation des dettes publiques est apparue dans le débat public et promet d’agiter le landernau politique et économique dans les années à venir.
Il y a monétisation et monétisation
C’est grâce à RST que j’ai pu rencontrer l’association « Chômage et Monnaie », fondée par des Polytechniciens progressistes, et peaufiner ma compréhension des mécanismes de la monétisation. En effet, le mot recouvre des réalités complètement différentes. Il faut tout d’abord distinguer la monétisation indirecte (par le rachat de créances publiques par l’intermédiaire du marché, comme le fait la BCE aujourd’hui) de la monétisation directe (sans passer par le marché).
La deuxième variété, spécifiquement interdite par la loi de 1973 et le traité de Maastricht, en supprimant l’intermédiaire du marché, supprime également les commissions… On peut ensuite distinguer la monétisation « orthodoxe » de la monétisation « hétérodoxe ». La première n’est qu’un prêt, comme un autre, accordé par une Banque Centrale à un Etat, remboursé à la fin de l’échéance. La création de monnaie y est équilibrée par sa destruction (lors du remboursement).
C’est cette monétisation que défend André-Jacques Holbecq. Le postulat de départ est assez simple : pourquoi les banques privées peuvent-elles aujourd’hui emprunter à 1% auprès des Banques Centrales pour ensuite prêter plus cher aux Etats ? Pourquoi a-t-on privatisé la création de la monnaie ? En outre, la croissance de la dette en France est le seul résultat du paiement des intérêts depuis trente ans. En clair, si la Banque de France avait prêté à l’Etat, notre dette serait négligeable.
La monétisation est-elle inflationniste ?
En fait, la monétisation orthodoxe n’est pas plus inflationniste que le mécanisme actuel de financement des Etats. Du moment que l’Etat rembourse ses créances, la destruction de monnaie compense sa création. En effet, l’effet inflationniste est créé par le montant du déficit, qui correspond à l’augmentation de l’encours de dette et donc à la création de nouvelle monnaie. Que cette création soit faite par des acteurs privés ou publics n’en change pas le caractère inflationniste.
L’absence d’intérêt rend même la monétisation moins inflationniste (les intérêts étant une création de monnaie supplémentaire). Une monétisation de 10% PIB, si elle permet de rembourser un encours de 8% du PIB (laissant un solde de création monétaire de 2% du PIB) sera donc moins inflationniste qu’une monétisation de 5% du PIB ne remboursant qu’un encours de 1% du PIB. C’est le déficit qui est inflationniste, que la dette soit émise par des banques ou la Banque Centrale.
Le cas des Etats-Unis est très intéressant avec des déficits proches de 10% du PIB et une forte monétisation sans dérapage inflationniste. La raison est assez simple : la masse monétaire diminue au global, la réduction de l’endettement des acteurs privés étant supérieure à l’augmentation de l’encours public. En clair, tout dépend du contexte d’ensemble. Dans un contexte de forte hausse de la masse monétaire, un fort déficit financé par de la monétisation sera forcément inflationniste.
En outre, on voit aujourd’hui également que l’augmentation de la masse monétaire n’aboutit pas forcément à un dérapage des prix à la consommation. En effet, pendant les dix années qui ont précédé la grande crise de 2008, la masse monétaire a cru en Europe d’environ 8% par an, sans dérapage inflationniste sur les prix à la consommation (du fait du chômage et du libre-échange, entre autres). Cela impliquerait une réflexion sur le suivi du prix des actifs, curieusement absente du débat.
En fait, c’est la « monétisation hétérodoxe », qui alimente toutes les peurs des opposants à la monétisation. En effet, le contrôle de la monétisation permet également de créer de la monnaie ex nihilo, sans remboursement à terme, la fameuse « planche à billets ». Cette pratique est de facto inflationniste puisqu’elle revient à augmenter la masse monétaire. Son recours ne peut être envisagé que dans des cas exceptionnels de déflation conjugués à des dettes publiques élevées.
SI le tabou est en partie tombé, du fait des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, la monétisation est encore une pratique qui alimente certaines inquiétudes en partie infondées. Utilisée avec responsabilité, elle sera un outil d’autant plus utile que la privatisation de la création monétaire est totalement anormale.
11:05 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (56) | Envoyer cette note | Tags : rst, chômage et monnaie, andré-jacques holbecq, bce, monétisation, loi de 1973
20.01.2011
La fin de l’euro pourrait tarder…
Il y a quelques jours, Jacques Sapir et Emmanuel Todd annonçaient la fin probable de la monnaie d’ici à un an, diagnostic confirmé par Jean-Luc Gréau. Le GEAB, toujours aussi sombre, annonce lui aussi un cataclysme pour cette année. Et si cela prenait plus de temps ?
Les raisons pour une crise rapide
A dire vrai, les raisons qui pourraient provoquer une crise rapide sont nombreuses. Après tout, il suffirait que les marchés s’emballent sur les taux des dettes souveraines espagnoles et italiennes pour mettre à bat l’ensemble de l’édifice de défense de l’euro mis en place au printemps 2010. Parallèlement, il suffirait qu’un peuple se rebelle contre les plans d’austérité et décide de porter au pouvoir des alternatifs pour fragiliser le château de cartes monétaire qu’est l’euro.
Quand on constate la grande divergence entre l’Islande (qui a choisi de ne pas sauver ses banques et les créanciers étrangers) et l’Irlande, on se dit que ce dernier pays pourrait bien choisir une voie audacieuse lors des élections qui sont à venir. On ne peut pas négliger la possibilité d’une sortie de l’Irlande de l’euro pour sortir de la tutelle humiliante du FMI et de Bruxelles. Concernant le GEAB, si leurs arguments sont réels, ils prédisent un peu trop souvent une apocalypse imminente.
Enfin, comment ne pas constater à quel point la situation de la Grèce est intenable. The Economist rappelle cette semaine que, du fait de la baisse de 4% du PIB en 2010, le poids de la dette a atteint 140% du PIB en Grèce, ce qui signifie que les intérêts de la dette représentent, la somme extravagante de 7% du PIB ! En 2015, malgré un ajustement budgétaire brutal de 10 points du PIB, elle atteindra 165% du PIB, un montant ingérable que l’hebdomadaire appelle dès aujourd’hui à restructurer.
Et si l’agonie durait plus longtemps ?
Malheureusement, la messe n’est pas dite. Les fédéralistes veulent sauver l’euro coûte que coûte, quel qu’en soit le prix à payer par les peuples. Ils savent bien qu’une fin de l’euro hypothèquerait pour plusieurs décennies le modèle d’une Europe supranationale qu’ils construisent depuis 25 ans. Et les pays de la périphérie de l’Europe sont sans doute retenus par le fait que l’Europe leur a apporté beaucoup de subsides et qu’ils ne veulent pas paraître ingrats aujourd’hui.
Mais cela serait insuffisant sans l’intervention de la BCE. En effet, depuis quelques mois, la Banque Centrale Européenne recourt de plus en plus à une monétisation des dettes des pays en difficulté pour éviter d’activer une nouvelle fois le fonds européen. Comme le raconte la Chronique Agora, ce ne serait pas moins de 90% des émissions de bons du trésor Portugais, Espagnol et Italien des derniers jours qui auraient été achetées par la BCE et réduire la pression sur les marchés.
Bref, les autorités européennes sont prêtes à tout pour sauver l’euro, y compris à contredire la lettre des traités. Du coup, entre les 500 milliards encore disponibles dans le Fonds, la capacité gigantesque de monétisation de la BCE, l’aide de la Chine et la possibilité de restructurations, il est possible que les contradictions de l’euro soient protégées des marchés pour quelques années. Il faudrait alors qu’un pays décide volontairement de partir pour faire exploser la monnaie unique.
Bien sûr, la crise va se poursuivre. Mais comme pour les banques, les autorités européennes semblent prêtes à tout pour sauver l’euro, quelques soient ses carences. C’est pour cela qu’il faudra sans doute attendre un peu plus longtemps pour revenir au franc…
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09.01.2011
Les victoires de l’économiquement incorrect
La pensée unique économique déploie dans les médias de nombreux « experts » chargés de porter la bonne parole, qui trustent la plupart des plateaux et des tribunes. Cependant, petit à petit, les alternatifs commencent à casser le plafond de verre et gagnent en audience.
Des tribunes s’ouvrent à nouveau
La crise du début des années 1990 et le débat sur le traité de Maastricht avaient permis à un certain nombre d’alternatifs de prendre la parole et de plaider pour une « autre politique », au premier rang desquels Maurice Allais, Jacques Calvet et Emmanuel Todd du côté de la société civile, ainsi que Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement en chefs de fil politiques. On y traitait déjà de protectionnisme et de problèmes monétaires avec l’arrimage du franc au mark.
La grave crise de 2008 semble avoir profondément réveillé les consciences, d’autant plus que la décennie 2000 n’a guère été réussie pour beaucoup de pays européens, enfermés dans la torpeur économique d’un euro cher puis victimes de la pire crise économique depuis 80 ans, et enfin d’une crise majeure des dettes souveraines depuis le printemps 2010. Résultat, comme beaucoup d’alternatifs (Allais, Stiglitz, Gréau, Jorion, GEAB) avaient anticipé la crie, on les écoute davantage.
Bien sûr, leur présence reste limitée dans les plus grands médias, mais Paul Krugman et Joseph Stiglitz, de plus en plus critiques vis-à-vis de la globalisation néolibérale, gagnent une belle audience. En France, Frédéric Taddéi ou Yves Calvi ouvrent leurs émissions à des alternatifs. Et comment ne pas reconnaître le rôle majeur joué par Marianne, qui ouvre grand ses pages et son site à Frédéric Lordon, Jacques Sapir ou Jean-Luc Gréau, leur permettant de populariser leurs thèses.
Des brèches dans la pensée unique
Le site pour un protectionnisme européen autour d’Emmanuel Todd, Jean-Luc Gréau et Hakim el Karoui a été un pionnier. Depuis, les idées protectionnistes avancent. Si Joseph Stiglitz y est encore opposé, Paul Krugman y est de plus en plus sensible en constatant son rôle dans la croissance des inégalités. Marianne a récemment publié deux tribunes très intéressantes de Pierre-Noël Giraud, en faveur d’un protectionnisme coopératif. Et même Laurent Wauquiez s’en rapproche.
Mais ce sont aujourd’hui les questions monétaires et financières qui dominent le débat. Elie Arié a très bien souligné le rôle de la libéralisation des mouvements de capitaux dans le mouvement de déréglementation économique, illustrée par la crise asiatique de la fin des années 1990. Joseph Stiglitz vient de remettre en cause l’indépendance des banques centrales dans son dernier livre. Enfin, André-Jacques Holbecq et RST sont des défenseurs acharnés de la monétisation.
Mais le nouveau combat porte aujourd’hui sur l’euro. Ce blog est le témoin de la virulence des échanges, y compris avec des blogueurs alternatifs comme Malakine ou Incognitototo. Joël Halpern vient de signer un papier très intéressant sur les circonstances d’une sortie de l’euro et Bernard Prudhon, un avocat, complète les charges contre la monnaie unique déjà menée par Jacques Sapir, dans une nouvelle série remarquable ou Alain Cotta, auteur de « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu ».
Cependant, la vivacité du débat a l’intérêt d’affuter les arguments. Puisque les défenseurs de l’euro pointent les risques économiques d’un retour aux monnaies nationales, je vais revenir sur les risques évoqués (inflation, récession) tout en analysant les risques de conserver l’euro.
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01.01.2011
Solutions pour l’Europe : réponse à Malakine
Hier, Malakine a signé un second papier consacré à l’Europe. Si je partageais le constat de son premier article, je ne suis pas totalement d’accord avec celui-ci. Voici pourquoi.
Monétisation et défaut
Malakine prend curieusement position en faveur de la monétisation par rachat des créances douteuses des banques par les banques centrales. En effet, à la différence de la recapitalisation, qui assure un certain contrôle sur les banques, le rachat de créances est l’option préférée des banquiers et des financiers dans la mesure où elle leur laisse toute autonomie dans la gestion de leurs établissements, tout en utilisant l’Etat à discrétion pour recycler leurs créances pourries…
La monétisation des dettes publiques, impossible dans l’Europe actuelle, le convainc moyennement car cela exigerait un rétablissement de la balance des paiements et il faudrait veiller à ne pas creuser davantage les déficits commerciaux en stimulant la demande de produits importés. Toutes ces remarques sont justes, mais il faut noter que le protectionnisme et la TVA Sociale sont des moyens de répondre à ces objections. En revanche, il note justement que le risque inflationniste est aujourd’hui limité.
A ma surprise, il soutient que le défaut est une « fausse bonne idée ». Si je ne suis pas partisan d’un défaut généralisé en Europe, je crois que cette option ne peut pas être ignorée pour certains pays de la périphérie du continent. Avec une dette à 140% du PIB, une dépression économique et une forte perte de compétitivité, la Grèce est dans la situation de l’Argentine avant 2002. Naturellement, cette solution est extrême mais pour au moins un pays, elle s’imposera. Et le plus tôt serait le mieux.
La sortie de l’euro, solution de choc
Mais le cœur du débat porte sur la sortie de l’euro. Insister sur cette proposition ne signifie pas que j’oublie l’analyse de la situation, le besoin de protectionnisme ou la réglementation de la finance. D’ailleurs, en avril dernier, j’avais replacé cette sortie comme une solution parmi d’autres. Si je parle beaucoup d’euro, c’est parce que c’est le sujet qui fait débat aujourd’hui et que j’ai moins de choses nouvelles à dire sur les deux autre sujets. Cela ne signifie pas non plus que c’est le remède à tous nos problèmes.
S’il est juste de dire que la dévaluation s’assimile à un défaut partiel sur les dettes (si elles sont converties), ce ne serait pas le cas pour la France. Certes, il y aura un appauvrissement momentané (et encore, limité pour notre pays), comme dans toute dévaluation, mais ne vaut-il mieux pas un appauvrissement momentané suivi d’un rebond plutôt qu’un lent et long appauvrissement sans issue ? En outre, il faut tout de même souligner que la plupart des dévaluations aboutissent à une reprise économique…
La hausse des taux longs est hypothétique pour la France : a-t-on assisté à une envolée des taux longs en Grande-Bretagne et en Suède quand ces pays ont laissé leur monnaie se déprécier ? En outre, la monétisation permet de régler ce problème. Notre croissance serait dynamisée par le commerce avec l’Allemagne, les Etats-Unis ou l’Asie… Et la TVA sociale, un prix de soutien aux produits agricoles ou d’autres mesures limiteraient les perturbations venues d’Espagne ou d’Italie.
Cette critique du retour au franc présente deux angles morts. Elle ne met pas suffisamment en balance les problèmes que posent l’euro, que souligne pourtant Malakine (surévaluation, baisse des salaires, politique unique inadaptée à des réalités nationales disparates). En outre, il ne considère que les aspects négatifs d’une dévaluation. Après le protectionnisme, les dévaluations semblent être le nouveau tabou économique.
Si dévaluer une monnaie a des inconvénients (renchérissement des importations et des créances en monnaies étrangères…), il y a aussi des avantages réels, comme rééquilibrer la balance commerciale (notre pays n’est pas un désert industriel non plus) et redynamiser la croissance. L’histoire économique récente me semble davantage remplie de dévaluations réussies que ratées…
Bref, si je partage pleinement la dernière partie du papier, sur le protectionnisme et le nécessaire retour à une politique industrielle forte, en revanche, la critique des solutions non traditionnelles ne me convainc pas, et surtout celle de la sortie de l’euro qui présente de sérieux angles morts…
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31.12.2010
Retour du franc : réponse à Hervé Nathan 2/2
Hier, j’ai traité les objections concernant la dévaluation et la gestion de la dette. Mais une autre question fondamentale doit être traitée : le risque de crise économique
Monétisation et rigueur
C’est un sujet qui provoque des débats passionnés, comme le montrent les échanges avec de nombreux commentateurs. Ce n’est pas pour moi le « début de la fin » car je crois que si les questions monétaires jouent un rôle essentiel dans l’anarchie économique actuelle, les questions commerciales et financières portent une même part de responsabilité. Je tiens également à souligner que Nicolas Dupont-Aignan s’est emparé de la question bien avant Marine Le Pen.
Bien sûr, le fait que le Front National ait choisi d’enfourcher cette bataille peut lui donner un côté sulfureux, mais je crois que ce n’est pas à juste titre et je ne peux guère être suspecté de complaisance à l’écart de ce parti… Et plutôt que la chef frontiste, dont l’argumentation est souvent embrouillée, je préfère me référer aux opinions de Maurice Allais ou André-Jacques Holbecq. Ils posent la question très juste de la privatisation de la création monétaire au profit des banques privées.
En outre, il faut tout de même constater que d’autres pays, Etats-Unis, Grande-Bretagne ou Japon, ne se sont pas encombrés d’une telle loi et recourent à la monétisation, sans dérapage inflationniste ni panique des investisseurs. S’il n’est pas illégitime de s’interroger sur les risques de dérives, il faut constater que la dette n’a explosé qu’après la loi de 1973 et que celle-ci n’a pas empêché des années de stagflation. La monétisation pourrait être une solution une fois sortie de l’euro.
Du coup, la question de la rigueur serait évacuée. Pas besoin d’un plan de rigueur si la Banque de France peut monétiser la dette. Cela ne signifie pas qu’il faille dépenser sans compter, mais l’Etat pourrait respirer, laisser passer l’éventuelle panique des marchés et relancer l’économie entre temps. La monétisation nous donnerait les moyens d’un plan de relance de l’économie pour compenser les conséquences d’une crise financière. Et la croissance améliorerait les comptes et rassurerait les marchés.
Le risque inflationniste n’est pas à craindre dans le contexte actuel. D’ailleurs, aux Etats-Unis, malgré une monétisation massive, l’inflation n’est plus qu’à 1.2%. Dans un contexte où les attentes d’inflation sont faibles, les salaires ne risquent pas de déraper d’autant plus que la masse monétaire se contracte. Nous ne sommes pas dans les années 70. Et après quelques mois, il n’y aurait pas de raison pour que notre dette soit traitée différemment de celle de la Grande-Bretagne.
La question de la crise
Hervé Nathan pose une autre question légitime, le risque d’un « Lehmann au cube », qu’on ne peut pas balayer d’un revers de la main. Tout d’abord, il faut noter que l’euro est loin d’avoir apporté la croissance promise. En outre, la levée des contraintes monétaristes de la BCE favoriserait la croissance. Enfin, il faut souligner que les réajustements monétaires permettent presque toujours de relancer la croissance (Grande-Bretagne en 1992, Argentine en 2002, Islande en 2010…).
Ensuite, il faudrait coordonner la sortie de l’euro avec nos partenaires, pour limiter les risques de panique financière (la fermeture des marchés permettant la réintroduction des monnaies nationales dans les systèmes informatiques). Il faut transformer l’euro en une monnaie commune et créer un nouveau Système Monétaire Européen, prélude souhaitable à une zone financière européenne, comme le propose Jacques Sapir. Et parallèlement, un plan de relance coordonné pourrait être présenté.
En outre, il est probable que la sortie de l’euro de l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce et l’Irlande aboutisse à un défaut partiel de ces pays sur leur dette souveraine, qui ne serait plus remboursable du fait de la dévaluation par rapport à l’euro. Du coup, une action coordonnée de recapitalisation des banques par les banques centrales serait nécessaire pour éviter un « credit crunch ». Point positif, elle serait l’occasion de recomposer profondément le secteur bancaire.
Bien sûr, la sortie de l’euro ne sera pas un long fleuve tranquille. Mais ce n’est pas une raison pour ignorer les conséquences délétères de l’unification monétaire européenne et l’asphyxie de notre économie. En sortir est une des conditions majeures de notre sursaut.
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18.12.2010
Euro, le jour d’après
Non seulement l’euro n’a pas amené la croissance et les emplois promis. Mais on constate tous les jours à quel point il pénalise la croissance des pays qui l’ont adopté comme monnaie unique. Cependant, pour convaincre d’en sortir, il faut aussi proposer une alternative et répondre aux interrogations.
Comment peut-on revenir au franc concrètement ?
La première chose qu’il faut noter est que le retour aux monnaies nationales est un exercice plus facile que le lancement de l’euro puisqu’il s’agit de revenir à la situation d’il y a une dizaine d’années. En outre, il y a des précédents, en Tchécoslovaquie, ou dans l’ancienne URSS qui montrent tous que la chose est à la fois relativement simple et peu coûteuse selon les mots même de partisans de l’intégration européenne. Nous sommes loin des tableaux apocalyptiques présentés par certains.
Le jour J de l’annonce (après concertation avec nos partenaires), les marchés devront être fermés pour une à deux semaines pour permettre la réintroduction du franc dans les systèmes informatiques. Il faudra également instaurer un contrôle des changes et restreindre les mouvements de capitaux pour limiter la spéculation. La dette publique pourrait être convertie en francs au taux de un euro égale un nouveau franc mais ce ne serait pas forcément utile étant donné que la parité du franc avec l’euro serait stable.
Puisqu’il faudra jusqu’à six mois pour imprimer les nouveaux billets et battre les nouvelles pièces, nous aurons une période de transition. Comme en 1958, lors du passage au nouveau franc, et comme ce qui a été fait en Tchécoslovaquie en 1993, les billets en euros seront marqués en nouveaux francs et, au bout de quelques jours, seuls les billets marqués en nouveaux francs pourront être utilisés. Pour les pièces, nous pourrons utiliser celles avec une face Française.
Naturellement, les marchés réagiraient négativement dans un premier temps et que les taux longs montent, renchérissant théoriquement le coût de la dette. Mais la nouvelle autonomie de la politique monétaire Française permettra, en abrogeant la loi de 1973, à la Banque de France de financer le Trésor Public, comme aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Japon, nous protégeant alors des humeurs du marché.
L’alternative de la monnaie commune
Le retour des monnaies nationales ne signifie pas une fin de toute politique monétaire européenne. Nous aurions intérêt à conserver l’euro comme une monnaie commune de réserve. Elle serait, comme avant 1999, une unité de compte composée de fractions des monnaies nationales. Ainsi, elle faciliterait le travail des entreprises du continent, d’autant plus qu’elle pourrait dépasser le cadre étroit de la zone euro.
En outre, le nouvel euro pourrait être un rival international du dollar comme monnaie de réserve. La France devrait proposer de reconstituer un Système Monétaire Européen, où les parités monétaires seraient fixes mais ajustables. De manière à respecter les souverainetés nationales, il conviendrait de laisser le dernier mot aux Etats pour dévaluer ou réévaluer leur monnaie, mais on pourrait imaginer un système de concertation de manière à favoriser la coopération entre les pays membres.
Pour les pays qui répondent à des critères objectifs (déficit commercial, monnaie surévaluée), la procédure de concertation serait accélérée. Pour les Etats dont la situation justifierait moins un changement de taux de change, la procédure de concertation pourrait être un peu plus contraignante, même s’il convient de laisser le dernier mot aux pays pour ne pas rentrer de nouveau dans les travers d’une construction supranationale.
L’Europe pourrait également mettre en place une Zone Européenne Financière (ZEF), en rétablissant un contrôle des changes pour mieux réglementer la finance. Ainsi, nous pourrions mieux nous protéger des crises financières venues d’ailleurs. Nous pourrions également instaurer une mise au banc des paradis fiscaux ou mettre en place une taxation sur les transactions financières dont les profits pourraient être partagés entre pays acceptant une fiscalité minimum, de manière à éviter la course au moins-disant fiscal.
Réponse aux objections
Malgré tout, beaucoup de questions vont subsister car les défenseurs de l’euro recourent aujourd’hui à la peur pour essayer de convaincre que le retour aux monnaies nationales serait un dangereux saut dans le passé ou l’inconnu, dont les conséquences seraient dramatiques.
L’objection des dévaluations compétitives
Cette objection est parfaitement légitime puisque le retour aux monnaies nationales permettrait notamment de revoir les parités entre monnaies européennes, et de dévaluer le franc par rapport au mark. Mais, tout d’abord, les dévaluations et les réévaluations au sein du SME dans les années 1970 et 1980 n’ont pas apporté la désolation, loin de là, puisque la croissance y était beaucoup plus forte qu’aujourd’hui.
Selon les chiffres de l’OCDE, la croissance annuelle de la France était de 2.3% dans les années 80, contre 1.5% dans les années 2000 (2.6 et 0.5% pour l’Italie, 2 et 0.8% pour l’Allemagne). Bref, que ce soit pour les pays qui dévaluaient comme pour ceux qui réévaluaient, cela ne semblait pas avoir d’effet négatif pour la croissance... D’ailleurs, beaucoup de pays ont recours à la dévaluation pour relancer leur économie.
En outre, alors qu’un régime de monnaie unique pousse à la compression des salaires, on peut argumenter que des changes ajustables sont plus favorables aux hausses de salaire. En effet, un pays dont les salaires progressent plus vite que ses voisins peut ajuster son taux de change pour regagner en compétitivité. En fait, la possibilité d’ajustement monétaire peut favoriser la progression des salaires (même s’il faut reconnaître que les dévaluations n’ont pas que des avantages).
Enfin, les mouvements monétaires resteraient limités, surtout pour la France, puisque si le franc perdrait de la valeur par rapport au mark, il en gagnerait par rapport à la peseta ou à la lire. On peut parfaitement imaginer que le nouveau franc conserverait sa parité avec l’euro, le mark passant à 1,1 ou 1,15 euros mais la peseta et la lire tombant à 0,85 ou 0,9 euros. Bref, ce ne serait pas la révolution ou le chaos que certains décrivent, juste des ajustements bienvenus vu l’évolution des coûts salariaux.
L’objection de l’inflation
Certains agitent le spectre d’un retour de l’inflation. Mais si le prix des produits Allemands augmenterait, celui des produits Italiens, Espagnols, Portugais ou Grecs baisserait. Et même si le franc baissait par rapport au dollar, le regain d’inflation serait tout de même assez limité car plus de la moitié de notre commerce est réalisé en Europe, où le franc serait globalement stable.
L’objection du financement de la dette
Voici une autre objection forte. Même si à long terme, un retour aux monnaies nationales, en favorisant la croissance, devrait rassurer les marchés, il est probable que dans un premier temps, leur réaction soit très négative et qu’ils sanctionnent notre décision de sortir de l’euro, surtout si nous décidons de convertir notre dette publique autoritairement en franc pour éviter toute augmentation suite aux fluctuations monétaires.
Mais en quittant l’euro, nous retrouverons notre indépendance monétaire et il sera possible pour la Banque de France d’acheter les bons du Trésor pour éviter de payer des taux d’intérêts prohibitifs. C’est la politique que suivent les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou le Japon depuis des décennies. En outre, cela pourrait en partie compenser les pressions déflationnistes de notre économie.
Peut-on en sortir ?
La dernière question que l’on se pose est la possibilité légale de le faire puisque rien n’est prévu dans les traités européens, qui indiquent même que les pays qui n’en font pas partie sont destinés à le rejoindre un jour. Déjà, il faut souligner que la Grande-Bretagne, la Suède ou le Danemark ne semblent pas pressés de rejoindre la monnaie unique européenne, signe assez évident de ses limites.
Car bien au contraire, ces pays ont profité de leur indépendance pour laisser leur monnaie se déprécier afin de relancer la croissance. La Suède enregistre ainsi une croissance de 4% en 2010 et le Danemark de 2.2%, bien au-delà des 1.6% d’une zone euro tirée par la croissance des exportations Allemandes qui s’explique par le krach de 2009... La dépréciation de la livre a permis à la Grande-Bretagne d’amortir une crise qui aurait du être beaucoup plus sévère que sur le continent.
Et malgré les traités européens, la France peut de toutes les façons utiliser la convention de Vienne pour quitter l’euro. Nous aurions alors le même statut que les pays qui n’en sont pas membres. A ceux qui soutiennent qu’il vaut mieux affronter la mondialisation avec une grande monnaie européenne, on pourra rétorquer que la Suède s’en passe très bien, tout comme la Corée du Sud. Il n’a jamais été démontré qu’il fallait avoir une monnaie dépassant le cadre national pour croître.
Bref, le retour aux monnaies nationales ne serait pas si compliqué que cela et les plus sombres des objections ne résistent pas à l’analyse. Si tout ne serait pas simple, les bénéfices économiques feraient rapidement oublier cette parenthèse hasardeuse qu’aura été la monnaie unique.
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