04.05.2009

Les questions monétaires sont trop sérieuses pour être confiées au marché

Une des conclusions très « amusantes » du G20 est qu’il est dangereux d’évaluer les titres détenus par les banques au cours du marché tant il est volatile. Mais si les financiers ont en partie gagné le droit de ne pas tenir compte du marché, celui-ci reste roi sur d’autres questions, et notamment la monnaie.

Main invisible ou aveugle ?

En effet, devant l’effondrement des cours de certains actifs, les banques, qui avaient adopté une norme comptable imposant le « marked-to-market », devaient passer dans leurs comptes la baisse de la valeur de leurs actifs. Mais la violence de la crise financière a poussé les institutions financières à vouloir abandonner cette règle qui pouvait les ruiner du jour au lendemain. Résultat, plusieurs banques préfèrent valoriser à leur bon vouloir certains actifs illiquides plutôt que d’utiliser le cours (trop bas) du marché.

Et il faut dire que les dix dernières années remettent en question la pertinence du marché pour évaluer un actif. La bulle Internet a montré à quel point le comportement moutonnier du marché peut provoquer des excès complètement absurdes. L’action France Telecom (qui n’était pas une start-up), par exemple, est montée jusqu’à 219 euros avant de tomber à 7 euros en un an, soit une chute de sa valeur de plus de 96% !!! La même action a ensuite triplé, étant donné que la sanction du marché avait été trop forte.

Résultat, les institutions financières sont aujourd’hui réticentes à toujours utiliser la valeur du marché pour valoriser leurs actifs tant elles savent que ces excès peuvent provoquer des ruines ou des enrichissements aussi temporaires qu’irrationnels. Les dirigeants du G20 ont entériné cette vision des choses dans leur déclaration finale sans que cela ne soit vraiment remarqué par la plupart des médias trop occupés à tresser des louanges bien exagérées aux conclusions de ce sommet.

Marché contre monnaie

Le principal actif évalué par les marchés est aujourd’hui la monnaie, qui représente plus de la moitié des transactions financières dans le monde (qui représentent elles-mêmes environ cinquante fois la production mondiale). Mais pourquoi l’évaluation de la valeur des monnaies par les marchés serait plus pertinente que leur évaluation des actifs financiers ou autres ? Pourtant, depuis quarante ans, la plupart des Etats ont abandonné l’évaluation des monnaies à ces mêmes marchés coupable d’exubérance irrationnelle…

Et c’est une des causes de la crise qui n’a pas été suffisamment été analysée. La déréglementation du marché monétaire est au cœur du processus de déréglementation puisque c’est la variabilité des cours des monnaies qui a poussé les entreprises à se couvrir, créant de nouveaux instruments financiers qui ont fini par être essentiellement utilisés par les spéculateurs pour gagner de l’argent. Or, ces mouvements peuvent avoir des conséquences dramatiques.

Pour un retour à un système de change administré

Joseph Stiglitz démontre bien la stupidité d’un système où le FMI prête de l’argent à un pays pour défendre sa monnaie afin de le protéger de l’inflation que pourrait amener sa dépréciation, alors que le marché a le plus souvent tendance à gagner. La défense de la monnaie finit souvent par coûter extrêmement cher. La zone euro a été en partie créée pour éviter les fluctuations monétaires entre pays européens. Mais ceci est une mauvaise réponse à une bonne question car la zone euro n’est pas une zone monétaire optimale.

La vraie question à poser aujourd’hui est le fait de savoir s’il est si pertinent que ça de confier aux marchés le soin d’évaluer le cours des monnaies. Les énormes perturbations provoquées par le système ne peuvent même pas s’équilibrer par sa justesse. L’alternative serait donc de revenir à un système de change administré entre pays, comme pendant les Trente Glorieuses ou jusque dans les années 90 avec le Système Monétaire Européen.

« La politique de la France ne se fait pas à la corbeille » aurait dit le Général quand on lui parlait de dévaluation. Il serait grand temps de méditer cette phrase et de se poser la question du retour à un système de change plus stable et favorable à l’économie réelle.