31.07.2011
Alain Cotta flingue la monnaie unique
Il avait combattu l’euro, avec Rosa et Lafay dans les années 1990. Il y a un an, il avait sorti un petit livre savoureux et toujours d’actualité « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu ».
Les arguments des partisans de l’euro hachés menu
Comme Jean-Jacques Rosa après lui, l’économiste revient sur les nombreux arguments avancés par les partisans de l’unification monétaire européenne et depuis démentis par les faits. Il cite donc le fameux article du 28 octobre 1997 du Monde signé par tout ce que la pensée unique compte de partisans, de Pascal Lamy à Claude Bébéar. Le premier argument avancé était la protection contre les crises, prévision que les hoquets des bourses européennes depuis 18 mois infirment fortement.
Ensuite, l’euro devait apporter des prix stables : ceux des grandes marques de grande consommation ont fait l’exact inverse. Il devait ensuite assurer « une gestion saine des finances publiques ». C’est sans doute pour cela que nous sommes aujourd’hui en plein une crise des dettes souveraines… Enfin, l’euro devait nous apporter croissance et emploi. Manque de chance, la zone euro est, avec le Japon, la zone où la croissance est la plus faible depuis dix ans dans le monde entier.
Ensuite, l’euro devait nous donner « une position centrale dans le concert international ». En lieu et place, comme le dit Emmanuel Todd, « avec l’euro fou, l’Europe réussit le tour de force d’utiliser sa propre puissance économique pour se torturer ». Enfin, l’euro devait nous apporter une « cohésion interne » dont on discerne mal les contours en voyant certains Allemands demander aux Grecs de vendre leurs îles et certains grecs évoquer rien moins qu’un « 4ème Reich » !
Pourquoi l’euro ne marche pas
Alain Cotta développe des arguments repris par Patrick Artus et Jacques Sapir, à savoir que l’euro pousse à « contenir les salaires, accroître les impôts indirects pesant sur le consommateur et non sur les entreprises ». Il souligne que l’Allemagne s’y est adapté, accumulant 200 milliards d’excédent extérieur, correspondant à peu près aux déficits des autres pays. Pour lui, « la rente et les rentiers sont les grands bénéficiaires de l’euro », monnaie de la « gérontocratie européenne ».
Pour lui, les politiques qui ont construit l’euro sont « les pompiers zélés d’un incendie qu’ils auront allumé eux-mêmes ». Il note que la monnaie unique bénéficie de nombreux soutiens : tous les gouvernements en place, les rentiers, le système financier et les grands pays (Etats-Unis, Grande-Bretagne et Chine inclus), ce qui risque de faire durer le supplice de l’euro encore un peu, « la force du statu quo ».
Mais pour lui, les plans d’austérité pourraient bien réveiller les peuples, comme le montre le mouvement des Indignados. Il ne croît pas à un mouvement fédéraliste qui « condamnerait les représentants du peuple à devenir (…) des décideurs de la localisation des pissotières ». Il souligne également que l’Allemagne ne sauvera pas l’euro « à n’importe quel prix » et trouve les réticences du peuple allemand « justifiées ». Il n’attaque pas des marchés qui ne font que refléter la réalité.
Vers une nouvelle Europe monétaire
Il souligne que ce sont les porteurs d’obligations de la Grèce qui ont profité du plan de soutien qui a permis de leur rembourser 100 milliards d’euros. Il préconise la transformation de l’euro en une monnaie commune accompagnée de monnaies nationales aux parités ajustables. Il souligne qu’Athènes ne retrouvera pas la croissance sans pouvoir dévaluer et souligne qu’il y a « des dévaluations réussies, d’autres qui échouent, certaines suivies d’inflations, et d’autres non ».
Il pense que l’Allemagne peut changer de modèle et pourrait bien « condamner la zone euro, dont elle détient les clés financières de la cohésion ». Comme Jacques Sapir, il évoque l’utilisation de l’article 16 et prévoit plus de croissance en cas de sortie de l’euro, préconisant aussi l’utilisation de la monétisation. Il croit fortement à l’avenir de notre pays, qui peut s’appuyer sur quatre atouts majeurs : le tourisme, notre système de santé, notre langue ainsi que notre épargne.
Avec ce petit livre mêlant économie et politique, Alain Cotta signe un essai facile à lire, aussi élégant que percutant qui synthétise remarquablement les enjeux autour de la monnaie unique européenne.
Source : Alain Cotta, « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu », Plon, collection Tribune Libre
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12.01.2011
L’euro, ce sont les raisins de la colère en Europe
Et maintenant, c’est au tour du Portugal d’entrer dans la tourmente avec des taux longs qui dépassent 7%. Même si le Premier Ministre affiche son optimisme, comment ne pas constater que les pays de la périphérie de l’Union Européenne sont dans une grave impasse ?
L’Europe du Sud va dans le mur
Bien sûr, le Portugal va réussir à afficher un déficit public légèrement inférieur à la prévision initiale de 7.3%, mais la situation est totalement intenable. Certes, la Commission annonce une croissance du PIB de 0.5% en 2010 et de 0.7% en 2011 mais ce second chiffre semble totalement illusoire étant données les mesures d’austérité annoncées en novembre. Comment le pays pourrait-il croître avec un gel des retraites, une baisse de 5% du traitement des fonctionnaires et une hausse de la TVA ?
Certes, ce plan doit ramener le déficit à 4.6% en 2011 mais il est probable que le pays retombera en récession, d’autant plus que ce n’est pas la demande des autres pays européens qui pourra arranger quoique ce soit. Du coup, la dette publique va dépasser 80% du PIB. Le problème est que le Portugal empruntait autour de 4% à long terme et qu’il doit aujourd’hui emprunter à 7%. Appliqué à l’ensemble de la dette, cela représente un surcoût de 2.4% du PIB !
Joseph Stiglitz souligne bien justement que cette voie n’est pas tenable et que l’euro est devenu un « élément de faiblesse ». En effet, les pays du Sud de l’Europe ne pourront pas s’en sortir sans le bol d’air que donnerait à leurs économies une dévaluation car l’austérité entretient la crise, qui détériore la situation financière, qui appelle davantage d’austérité… Le seul moyen de casser ce cercle vicieux serait de dévaluer pour relancer la production intérieure et accroître les revenus du tourisme.
Aucune issue crédible possible
En fait, les pays du Sud de l’Europe sont dans une impasse similaire à celle de l’Argentine au tournant du siècle. En s’accrochant à la monnaie unique, ils accentuent la crise sans espoir d’en sortir. Plus ils tarderont, plus la sortie sera dure, même si on peut prédire un fort rebond, à la manière de ce qui s’était passé pour Buenos Aires. D’ailleurs, en Grèce, on assiste déjà à une fuite des capitaux similaire à celle de l’Argentine puisque les dépôts bancaires ont fondu de 12% depuis décembre 2009.
Les marchés et les acteurs privés ont bien compris que la situation est intenable et qu’il vaut mieux détenir des euros en Allemagne qu’en Grèce… La situation est intenable. Et ce ne sont pas les solutions évoquées par les défenseurs de l’euro qui permettraient de résoudre quoique ce soit. La plupart de leurs idées (plan de relance, rééquilibrage des balances commerciales) impliquent un changement tellement radical de la politique Allemande que cela semble totalement illusoire.
Les euro-bonds ne sont pas une solution. Même à hauteur de 60% du PIB (et il est peut probable que l’Allemagne accepte de devenir caution solidaire de 3500 milliards d’euros de dettes supplémentaires), cela laisserait des dettes au-delà des 60%, sur lesquelles la spéculation serait sans doute d’autant plus redoutable… Et puis, aucune solution évoquée ne permettrait pas de régler le problème de compétitivité, qui ne peut être soldé que par une dévaluation.
La Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie ne pourraient rester temporairement dans l’euro qu’en acceptant une baisse importante de leur niveau de vie pour regagner en compétitivité. Mais cette voie serait celle d’une Dépression comparable aux années 1930.
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11.01.2011
Sortie de l’euro : y-a-t-il un risque pour la croissance ?
C’est l’un des arguments les plus couramment évoqués pour s’opposer à la sortie de la monnaie unique. Une analyse pays par pays permet de considérablement nuancer cette opinion.
Dans le Sud de l’Europe, un fort rebond de la croissance
Assez bizarrement, certains parlent d’une contraction de la demande et donc de la croissance dans les pays qui dévalueraient le plus. Outre le fait d’être totalement contredite par l’histoire économique récente, cette analyse ne résiste pas aux faits. Prenons le cas de l’Espagne : ses exportations représentent 15% du PIB et le tourisme 10%. L’ampleur probable de la dévaluation permet d’escompter une progression de 10 à 20% des deux, soit un apport de croissance de 2.5 à 5% du PIB !
En outre, cela ne prend pas en compte l’effet multiplicateur sur l’économie. Mieux, l’Etat pourrait escompter 1 à 2 points de PIB de recettes fiscales supplémentaires et une baisse des dépenses sociales pour le chômage. En outre, la possibilité de monétiser la dette permettrait à l’Espagne de très largement réduire son coût, améliorant encore fortement les marges de manœuvre financières du pays. Une partie pourrait être utilisée pour recapitaliser les banques en cas de risque systémique.
Enfin, si le renchérissement des produits importés réduira leur demande en volume, cela est loin d’être évident en valeur. Pourquoi la consommation globale en valeur diminuerait du fait de la hausse des prix pour 25% des produits ? Mieux, cela réduirait les importations sur des produits que l’économie Espagnole produit encore, comme l’automobile (avec une forte substitution des véhicules importés d’Allemagne par des productions locales, accélérant encore la croissance).
Le cas de la France et de l’Allemagne
Pour l’Allemagne, la fin de la monnaie unique aurait clairement un effet récessif dans un premier temps. Il est évident qu’une dévaluation de 15% du franc et de 30 à 40% des pays du Sud par rapport au mark aurait un impact important sur les exportations Allemandes. Une baisse de 10% des exportations à destination de la zone euro aurait un impact négatif de 2.5 points sur le PIB. Néanmoins, cela pourrait être en partie compensé par le commerce avec les autres pays (50% du commerce Allemand).
A l’échelle de la France, comme nous commerçons davantage avec des pays dont la monnaie s’apprécierait par rapport au franc, on peut escompter un impact positif sur notre commerce à court terme, avec une augmentation des exportations à destination de l’Allemagne, des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne ou de l’Asie. Cela serait en partie compensé par l’augmentation de la valeur des achats de matières premières et la détérioration du solde commercial avec les pays du Sud de l’Europe.
Mais dans un pays où le tourisme représente 6.6% du PIB, l’impact serait très positif puisque moins de 20% des touristes étrangers viennent de pays dont la monnaie baisserait par rapport au franc. Du coup, pour plus de 80% des touristes, leur pouvoir d’achat augmenterait et la France deviendrait plus attractive, ce qui aurait un impact positif significatif sur la croissance. Enfin, la possibilité de monétiser la dette permettrait de réduire son fardeau, à un moment où il est plus important que jamais.
Si la fin de l’euro représente un véritable risque pour la croissance de l’Allemagne et de ses satellites monétaires, en revanche, la fin de la monnaie unique est le seul moyen de relance la croissance dans les pays du Sud et elle devrait avoir un impact positif pour la France.
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02.01.2011
La sortie de l’euro, vue d’Allemagne, de France et d’Espagne
C’est peu de dire que le débat fait rage sur la question de la sortie de l’euro depuis quelques semaines. Avant que le débat ne reprenne avec les tensions sur les dettes souveraines, petite revue des avantages et des inconvénients en fonction du lieu où l’on se trouve…
Le retour du mark
A priori, la fin de la monnaie unique serait une catastrophe pour Berlin car l’appréciation du mark réduirait les exportations Allemandes dans l’ancienne zone euro et augmenterait les importations depuis cette même zone. Cependant, l’excédent actuel est tel que l’Allemagne a de la marge et le rebond de la croissance européenne aurait un effet positif dans un second temps. En outre, cela n’affecterait pas le commerce avec le reste du monde qui représente 50% des échanges Allemands.
Mais l’Allemagne peut y trouver des avantages. Si elle rembourse sa dette en marks réévalués de 15%, elle reviendrait instantanément au niveau d’endettement d’avant la crise, donnant davantage de marges de manœuvre financière à son gouvernement, qui pourrait relancer l’économie. En outre, les consommateurs Allemands profiteraient de la baisse du prix des produits importés. Enfin, la politique de compression des salaires serait rendue moins utile à long terme du fait des possibilités de dévaluation.
Le retour du franc
La France, en position intermédiaire entre l’Allemagne et les pays de la périphérie européenne, est sans doute le pays où le retour à la monnaie nationale serait le moins perturbant. La probable stabilité du franc par rapport à l’euro monnaie commune (la baisse par rapport au mark étant équilibrée par la hausse par rapport à la lire et à la peseta) réduirait drastiquement les perturbations, tant vis-à-vis de la gestion de la dette (la même en franc ou en euros) que pour le commerce.
Commercialement, le prix des produits Allemands, Etasuniens et Asiatiques monterait, ainsi que ceux des matières premières, mais celui des pays méditerranéens baisserait, limitant l’effet inflationniste, qui serait moins fort qu’en Grande-Bretagne aujourd’hui. Nos entreprises pourraient davantage exporter vers l’Allemagne (notre premier client), les Etats-Unis et l’Asie et cela aurait un impact positif sur les dépenses des touristes de ces pays chez nous. Enfin, nous pourrions mener une politique monétaire indépendante et recourir à la monétisation pour financer notre dette.
Le retour de la peseta
C’est pour des pays comme l’Espagne que la sortie de l’euro serait le plus bénéfique. Bien sûr, le prix des produits importés augmenterait fortement, mais l’impact d’une dévaluation sur le commerce y serait sans doute très important. En Argentine (cas extrême il est vrai), les exportations de produits industriels avaient doublé de 2002 à 2006. On peut s’attendre à un effet très positif sur la balance commerciale avec une baisse sensible des importations et une hausse des exportations. Enfin, l’impact serait extrêmement positif sur le tourisme, tant venant d’Europe que du monde.
Bien sûr, une dévaluation ne serait pas sans poser des problèmes. L’inflation augmenterait momentanément, mais on a pu voir qu’une dépréciation de plus de 20% de la livre n’a pas provoqué de gros dérapages car le contexte général n’est pas favorable à l’inflation. En outre, il faut noter que l’inflation, comme la croissance sont les meilleurs moyens de réduire le poids de la dette.
Enfin, se poserait le problème de la conversion ou de la restructuration de la dette. Mais là, faute est de constater que la situation actuelle semble sans issue puisque la dette ne cesse de progresser et que l’absence de croissance rend le remboursement toujours plus hypothétique. Il faut casser le cercle vicieux de l’austérité qui casse la croissance, qui détériore les finances publiques, qui renforce l’austérité.
Bien sûr, le retour aux monnaies nationales ne serait pas sans poser des problèmes, mais la voie actuelle est une impasse. Et maintes fois l’histoire économique a montré qu’un réajustement des parités monétaires est un bon moyen de relancer l’économie.
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31.12.2010
Retour du franc : réponse à Hervé Nathan 2/2
Hier, j’ai traité les objections concernant la dévaluation et la gestion de la dette. Mais une autre question fondamentale doit être traitée : le risque de crise économique
Monétisation et rigueur
C’est un sujet qui provoque des débats passionnés, comme le montrent les échanges avec de nombreux commentateurs. Ce n’est pas pour moi le « début de la fin » car je crois que si les questions monétaires jouent un rôle essentiel dans l’anarchie économique actuelle, les questions commerciales et financières portent une même part de responsabilité. Je tiens également à souligner que Nicolas Dupont-Aignan s’est emparé de la question bien avant Marine Le Pen.
Bien sûr, le fait que le Front National ait choisi d’enfourcher cette bataille peut lui donner un côté sulfureux, mais je crois que ce n’est pas à juste titre et je ne peux guère être suspecté de complaisance à l’écart de ce parti… Et plutôt que la chef frontiste, dont l’argumentation est souvent embrouillée, je préfère me référer aux opinions de Maurice Allais ou André-Jacques Holbecq. Ils posent la question très juste de la privatisation de la création monétaire au profit des banques privées.
En outre, il faut tout de même constater que d’autres pays, Etats-Unis, Grande-Bretagne ou Japon, ne se sont pas encombrés d’une telle loi et recourent à la monétisation, sans dérapage inflationniste ni panique des investisseurs. S’il n’est pas illégitime de s’interroger sur les risques de dérives, il faut constater que la dette n’a explosé qu’après la loi de 1973 et que celle-ci n’a pas empêché des années de stagflation. La monétisation pourrait être une solution une fois sortie de l’euro.
Du coup, la question de la rigueur serait évacuée. Pas besoin d’un plan de rigueur si la Banque de France peut monétiser la dette. Cela ne signifie pas qu’il faille dépenser sans compter, mais l’Etat pourrait respirer, laisser passer l’éventuelle panique des marchés et relancer l’économie entre temps. La monétisation nous donnerait les moyens d’un plan de relance de l’économie pour compenser les conséquences d’une crise financière. Et la croissance améliorerait les comptes et rassurerait les marchés.
Le risque inflationniste n’est pas à craindre dans le contexte actuel. D’ailleurs, aux Etats-Unis, malgré une monétisation massive, l’inflation n’est plus qu’à 1.2%. Dans un contexte où les attentes d’inflation sont faibles, les salaires ne risquent pas de déraper d’autant plus que la masse monétaire se contracte. Nous ne sommes pas dans les années 70. Et après quelques mois, il n’y aurait pas de raison pour que notre dette soit traitée différemment de celle de la Grande-Bretagne.
La question de la crise
Hervé Nathan pose une autre question légitime, le risque d’un « Lehmann au cube », qu’on ne peut pas balayer d’un revers de la main. Tout d’abord, il faut noter que l’euro est loin d’avoir apporté la croissance promise. En outre, la levée des contraintes monétaristes de la BCE favoriserait la croissance. Enfin, il faut souligner que les réajustements monétaires permettent presque toujours de relancer la croissance (Grande-Bretagne en 1992, Argentine en 2002, Islande en 2010…).
Ensuite, il faudrait coordonner la sortie de l’euro avec nos partenaires, pour limiter les risques de panique financière (la fermeture des marchés permettant la réintroduction des monnaies nationales dans les systèmes informatiques). Il faut transformer l’euro en une monnaie commune et créer un nouveau Système Monétaire Européen, prélude souhaitable à une zone financière européenne, comme le propose Jacques Sapir. Et parallèlement, un plan de relance coordonné pourrait être présenté.
En outre, il est probable que la sortie de l’euro de l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce et l’Irlande aboutisse à un défaut partiel de ces pays sur leur dette souveraine, qui ne serait plus remboursable du fait de la dévaluation par rapport à l’euro. Du coup, une action coordonnée de recapitalisation des banques par les banques centrales serait nécessaire pour éviter un « credit crunch ». Point positif, elle serait l’occasion de recomposer profondément le secteur bancaire.
Bien sûr, la sortie de l’euro ne sera pas un long fleuve tranquille. Mais ce n’est pas une raison pour ignorer les conséquences délétères de l’unification monétaire européenne et l’asphyxie de notre économie. En sortir est une des conditions majeures de notre sursaut.
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28.12.2010
Crise : potion Irlandaise contre potion Islandaise
Il y a quelques mois, en plein milieu d’une très grave crise financière, l’Islande apparaissait bien isolée et on pouvait se demander s’il n’aurait pas mieux valu qu’elle fasse partie de la zone euro. Mais quelques mois après, c’est l’inverse qui semble vrai, comme le souligne Courrier International.
Irlande vs Islande
Voici deux pays qui ont connu une énorme bulle financière dont l’explosion a provoqué un cataclysme économique aboutissant à une réduction d’environ 10% du PIB. Mais la réaction des deux pays a été très différente, en partie du fait de l’appartenance de l’Irlande à la zone euro alors que l’Islande a conservé sa monnaie. Bien sûr, il serait hasardeux de conclure que cette seule différence monétaire explique les différences entre les deux pays, mais il y a des leçons à en tirer.
La première différence est le traitement du système bancaire. L’Islande a laissé tomber les banques et ne les a donc pas renflouées, économisant des sommes gigantesques par rapport à l’Irlande qui a consacré 19% de son PIB aux aides au secteur bancaire uniquement cette année. Résultat, le déficit sera de 6% en 2010 en Islande, contre le double hors renflouement en Irlande. Mieux, la dévaluation de la couronne islandaise de 30% a relancé la croissance et les exportations.
Leçons et comparaison
Bien sûr, le cas de l’Islande restera unique car un défaut de ce petit pays ne risquerait pas de déséquilibrer l’ordre financier mondial. Cependant, Paul Krugman soutient que le fait de ne pas être dans l’euro l’a grandement aidée : « elle a fortement dévalué sa monnaie et imposé un contrôle des capitaux. Il s’est alors passé quelque chose d’étrange : bien qu’elle ait traversé la pire crise financière de l’Histoire, elle a été bien moins lourdement sanctionnée que d’autres nations ».
La raison est assez simple : la capacité à rembourser les dettes accumulées est cruciale dans le jugement des marchés. Or la croissance est essentielle pour permettre à un pays d’honorer ses engagements et il se trouve qu’une dévaluation permet de relancer la croissance. C’est pourquoi les marchés peuvent préférer un pays qui dévalue plutôt qu’à des pays qui s’enferrent dans des politiques déflationnistes qui alourdissent le poids de la dette et hypothèquent ainsi leur capacité de remboursement.
Il y a quelques mois, le cas de l’Islande semblait désespéré et seule une aide de la zone euro paraissait pouvoir le sauver. Aujourd’hui, le petit pays volcanique montre que le fait de ne pas faire partie de la monnaie unique était peut-être finalement un avantage…
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23.12.2010
A ceux qui s’opposent au retour au franc
Un commentateur du blog m’a mis un lien vers un long papier du blog Solutions Politiques s’adressant à ceux qui prônent un retour au franc et à ceux qui manquent d’arguments pour leur répondre. Etant visé à travers mon article sur la Tchécoslovaquie, voici ma réponse.
La monnaie unique en question
De manière intéressante, j’ai l’impression qu’il y a des points importants d’accord entre nous, que ce soit sur les ravages du libre-échange pour les pays développés ou de la financiarisation. Certaines des solutions qui sont proposées sur ce blog sont intéressantes. En revanche, bizarrement, les questions monétaires sont évacuées comme n’ayant « pas beaucoup d’importance ». Outre un rejet de la politique de facilité qu’elles représenteraient, les dévaluations seraient vaines si tout le monde faisait pareil.
Et c’est curieusement là que l’auteur ne voit pas que l’euro provoque exactement cette politique de déflation compétitive qu’il dénonce pour les dévaluations. Justement, l’euro pousse les pays qui l’ont adopté à des politiques de désinflation compétitive salariale suicidaire, l’Allemagne ayant malheureusement montré l’exemple du fait de son entrée dans la zone euro avec des coûts salariaux 25% supérieurs à la moyenne. Bref, la monnaie unique pousse les salaires à la baisse.
Ce qui est un peu dommage dans cet article, c’est qu’il fait l’impasse sur la critique de l’euro en lui-même, son niveau trop élevé (qui pousse Airbus à choisir ses composants aux Etats-Unis), la politique de désinflation compétitive qu’il entraîne et le fait qu’une politique unique ne peut pas convenir à des réalités nationales aussi disparates. Le papier ne défend pas l’euro mais critique des comparaisons hâtives et les dangers d’un retour au franc. Revenons sur ces objections.
Comparaisons et raisons
Le cas Argentin est suffisamment complexe pour que je le traite dans un prochain papier. Il faut noter que la crise avait commencé dès 1999, justement à cause du lien rigide entre le peso et le dollar et que la coupure de ce lien en 2002 et la dévaluation (de 72%) ont permis à l’économie de fortement repartir dès 2003, même si tout n’a pas été un long fleuve tranquille.
L’exemple tchécoslovaque est intéressant dans la mesure où l’auteur montre justement que depuis la partition, l’écart de richesse (mesuré en PIB par habitant) s’est réduit, signe que le fait d’avoir deux monnaies avait du sens. Mais l’auteur ne revient pas sur le principal argument issu de cet exemple : le fait que plus de 70 ans de vie commune n’avait pas fait de ce petit pays une Zone Monétaire Optimale, ce qui augure mal pour une zone euro beaucoup plus grande et diverse.
Plus que le Royaume Uni, où le poids de la finance complique l’analyse (car l’explosion de la bulle financière a été violente), le cas de la Suède est particulièrement intéressant car ce pays a utilisé la dépréciation de la couronne pour relancer son économie (plus de 4% de croissance) sans inflation. Enfin, il faut noter que la monétisation ne provoque pas forcément d’inflation comme le montre le cas Etasunien, où le Quantitative Easing est équilibré par le désendettement des acteurs privés.
Comment financer la dette ?
Le deuxième angle d’attaque du papier, est que soit nous faisons défaut comme l’Argentine, soit, en abrogeant la loi de 1973, nous cédons à la facilité de la monétisation, qui devrait provoquer une hyperinflation. Cette critique est légitime. En effet, il est probable que les marchés réagiraient assez mal dans un premier temps, même si on peut soutenir qu’après coup, il n’y aurait pas de raison qu’ils nous traitent plus mal que la Grande-Bretagne si les finances publiques sont bien gérées.
Dans l’intervalle, la monétisation nous protègera de toute envolée des taux. Et elle ne sera pas inflationniste car les montants en jeu ne le sont pas. La masse monétaire se montant à 1900 milliards d’euros, 100 milliards de monétisation n’en représente que 5%, soit une croissance raisonnable. En outre, à partir du moment où l’Etat rembourse, il y a destruction de monnaie qui compense en partie la création. D’ailleurs, l’inflation n’a pas dérapé aux Etats-Unis malgré le Quantitative Easing.
Bref, les reproches faits par l’auteur peuvent être contestés et je note qu’il ne répond pas aux critiques qui sont portées à la monnaie unique et les mécanismes pervers qu’elle entraîne. Je reviendrai demain plus en détail sur le cas Argentin.10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (123) | Envoyer cette note | Tags : euro, franc, monnaie unique, tchécoslovaquie, argentine, désinflation compétitive
21.12.2010
Quitter l’euro pour sauver l’Europe, réponse à Hervé Nathan
Hier soir, vous m’avez fait l’honneur de répondre à mon papier sur les raisons de sortir de l’euro. Etant donné mes liens avec Marianne, que j’ai commencé à lire dès le premier numéro, il m’est essentiel d’apporter des réponses aux questions importantes que vous soulevez.
Des points d’accords
Cher Hervé Nathan, je tiens tout d’abord à dire que je partage le souci de bâtir un système économique où la finance serait au service de l’économie productive au lieu d’une sangsue toujours plus assoiffée. Je crois qu’il n’est pas normal que les peuples soient les variables d’ajustement des déséquilibres financiers actuels sans que les créditeurs ne soient mis à contribution. Je crois également à une fiscalité plus progressive et à une taxe sur les transactions financières qui ne soit pas symbolique.
Mieux, je pense également que l’Europe nous offre un cadre qui nous permettra d’atteindre ces objectifs. En effet, même le gaulliste que je suis croit qu’il est vain de vouloir réglementer la finance uniquement depuis Paris. C’est en s’alliant à Berlin, Rome et Madrid que nous pourrons présenter au monde un autre modèle que l’anarchie économique anglo-saxonne dont on se rend bien compte aujourd’hui qu’elle ne profite qu’à une petite minorité et appauvrit la majorité.
Pourquoi il faut quand même quitter l’euro
Cependant, je ne suis pas d’accord quand vous écrivez que la fin de la monnaie unique serait une victoire des marchés au détriment des peuples. Tout d’abord, je note que la course excessive vers la réduction des déficits est une condition au sauvetage de l’euro tel qu’il est aujourd’hui. Le retour aux monnaies nationales permettrait au contraire à chaque pays de monétiser sa dette s’il le souhaite, ce qui limiterait les taux d’intérêts et le libèrerait du joug des marchés.
En outre, les dévaluations qui seraient alors permises à l’Irlande, la Grèce, le Portugal ou l’Espagne permettraient de relancer la croissance sans avoir recours à cette baisse des salaires mortifère et déflationniste que le carcan de l’euro impose. Par sa faute, ces pays se rapprochent de la situation de l’Argentine de 1999, elle aussi ligotée dans une union monétaire contre-nature. Et il faut noter que sa sortie n’avait pas vraiment été une victoire des marchés…
L’alternative des économistes atterrés
Leurs propositions reposent sur une plus grande intégration européenne. Et c’est là que je vois le problème. Le premier est qu’une plus grande intégration ne règlera pas les déséquilibres actuels. Le cas de la Tchécoslovaquie montre que plus de 70 ans de vie commune sous un régime autoritaire n’a pas permis à ce petit territoire de devenir une Zone Monétaire Optimale, ce qui rend peu probable une telle évolution pour un ensemble aussi vaste et disparate que la zone euro.
Deuxièmement, qui dit solidarité et garantie conjointe sur la dette dit contrôle extrêmement fort sur les budgets nationaux pour éviter des comportements irresponsables comparables au précédent gouvernement Grec. Mais du coup, comment ne pas y voir une disparition de l’autorité des gouvernements nationaux, qui, après la monnaie, soumettrait leur budget à l’Europe ? Ne serait-ce pas la démocratie qu’on assassine tant il est illusoire de vouloir la faire vivre à cette échelle ?
Cher Hervé Nathan, le cadre que proposent les économistes atterrés est le même que celui suggéré par Alain Minc ou Jacques Attali. Certes, la politique proposée est radicalement différente. Mais nous voyons depuis vingt-cinq ans que ce cadre défend toujours cette globalisation néolibérale que nous dénonçons. Par-delà l’aspect illusoire de telles propositions étant données les positions Allemandes, ce cadre ne libèrerait pas les peuples des marchés, il les asservirait plus encore.
L’euro, ce n’est pas l’Europe. Au contraire, il étouffe nos économies et dresse les peuples les uns contre les autres. La voie d’une plus grande intégration pourrait paraître séduisante mais elle n’est ni possible du fait de l’opposition légitime de l’Allemagne, ni souhaitable car elle mènerait à l’inverse des politiques que nous souhaitons et d’une manière bien peu démocratique.
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18.12.2010
Euro, le jour d’après
Non seulement l’euro n’a pas amené la croissance et les emplois promis. Mais on constate tous les jours à quel point il pénalise la croissance des pays qui l’ont adopté comme monnaie unique. Cependant, pour convaincre d’en sortir, il faut aussi proposer une alternative et répondre aux interrogations.
Comment peut-on revenir au franc concrètement ?
La première chose qu’il faut noter est que le retour aux monnaies nationales est un exercice plus facile que le lancement de l’euro puisqu’il s’agit de revenir à la situation d’il y a une dizaine d’années. En outre, il y a des précédents, en Tchécoslovaquie, ou dans l’ancienne URSS qui montrent tous que la chose est à la fois relativement simple et peu coûteuse selon les mots même de partisans de l’intégration européenne. Nous sommes loin des tableaux apocalyptiques présentés par certains.
Le jour J de l’annonce (après concertation avec nos partenaires), les marchés devront être fermés pour une à deux semaines pour permettre la réintroduction du franc dans les systèmes informatiques. Il faudra également instaurer un contrôle des changes et restreindre les mouvements de capitaux pour limiter la spéculation. La dette publique pourrait être convertie en francs au taux de un euro égale un nouveau franc mais ce ne serait pas forcément utile étant donné que la parité du franc avec l’euro serait stable.
Puisqu’il faudra jusqu’à six mois pour imprimer les nouveaux billets et battre les nouvelles pièces, nous aurons une période de transition. Comme en 1958, lors du passage au nouveau franc, et comme ce qui a été fait en Tchécoslovaquie en 1993, les billets en euros seront marqués en nouveaux francs et, au bout de quelques jours, seuls les billets marqués en nouveaux francs pourront être utilisés. Pour les pièces, nous pourrons utiliser celles avec une face Française.
Naturellement, les marchés réagiraient négativement dans un premier temps et que les taux longs montent, renchérissant théoriquement le coût de la dette. Mais la nouvelle autonomie de la politique monétaire Française permettra, en abrogeant la loi de 1973, à la Banque de France de financer le Trésor Public, comme aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Japon, nous protégeant alors des humeurs du marché.
L’alternative de la monnaie commune
Le retour des monnaies nationales ne signifie pas une fin de toute politique monétaire européenne. Nous aurions intérêt à conserver l’euro comme une monnaie commune de réserve. Elle serait, comme avant 1999, une unité de compte composée de fractions des monnaies nationales. Ainsi, elle faciliterait le travail des entreprises du continent, d’autant plus qu’elle pourrait dépasser le cadre étroit de la zone euro.
En outre, le nouvel euro pourrait être un rival international du dollar comme monnaie de réserve. La France devrait proposer de reconstituer un Système Monétaire Européen, où les parités monétaires seraient fixes mais ajustables. De manière à respecter les souverainetés nationales, il conviendrait de laisser le dernier mot aux Etats pour dévaluer ou réévaluer leur monnaie, mais on pourrait imaginer un système de concertation de manière à favoriser la coopération entre les pays membres.
Pour les pays qui répondent à des critères objectifs (déficit commercial, monnaie surévaluée), la procédure de concertation serait accélérée. Pour les Etats dont la situation justifierait moins un changement de taux de change, la procédure de concertation pourrait être un peu plus contraignante, même s’il convient de laisser le dernier mot aux pays pour ne pas rentrer de nouveau dans les travers d’une construction supranationale.
L’Europe pourrait également mettre en place une Zone Européenne Financière (ZEF), en rétablissant un contrôle des changes pour mieux réglementer la finance. Ainsi, nous pourrions mieux nous protéger des crises financières venues d’ailleurs. Nous pourrions également instaurer une mise au banc des paradis fiscaux ou mettre en place une taxation sur les transactions financières dont les profits pourraient être partagés entre pays acceptant une fiscalité minimum, de manière à éviter la course au moins-disant fiscal.
Réponse aux objections
Malgré tout, beaucoup de questions vont subsister car les défenseurs de l’euro recourent aujourd’hui à la peur pour essayer de convaincre que le retour aux monnaies nationales serait un dangereux saut dans le passé ou l’inconnu, dont les conséquences seraient dramatiques.
L’objection des dévaluations compétitives
Cette objection est parfaitement légitime puisque le retour aux monnaies nationales permettrait notamment de revoir les parités entre monnaies européennes, et de dévaluer le franc par rapport au mark. Mais, tout d’abord, les dévaluations et les réévaluations au sein du SME dans les années 1970 et 1980 n’ont pas apporté la désolation, loin de là, puisque la croissance y était beaucoup plus forte qu’aujourd’hui.
Selon les chiffres de l’OCDE, la croissance annuelle de la France était de 2.3% dans les années 80, contre 1.5% dans les années 2000 (2.6 et 0.5% pour l’Italie, 2 et 0.8% pour l’Allemagne). Bref, que ce soit pour les pays qui dévaluaient comme pour ceux qui réévaluaient, cela ne semblait pas avoir d’effet négatif pour la croissance... D’ailleurs, beaucoup de pays ont recours à la dévaluation pour relancer leur économie.
En outre, alors qu’un régime de monnaie unique pousse à la compression des salaires, on peut argumenter que des changes ajustables sont plus favorables aux hausses de salaire. En effet, un pays dont les salaires progressent plus vite que ses voisins peut ajuster son taux de change pour regagner en compétitivité. En fait, la possibilité d’ajustement monétaire peut favoriser la progression des salaires (même s’il faut reconnaître que les dévaluations n’ont pas que des avantages).
Enfin, les mouvements monétaires resteraient limités, surtout pour la France, puisque si le franc perdrait de la valeur par rapport au mark, il en gagnerait par rapport à la peseta ou à la lire. On peut parfaitement imaginer que le nouveau franc conserverait sa parité avec l’euro, le mark passant à 1,1 ou 1,15 euros mais la peseta et la lire tombant à 0,85 ou 0,9 euros. Bref, ce ne serait pas la révolution ou le chaos que certains décrivent, juste des ajustements bienvenus vu l’évolution des coûts salariaux.
L’objection de l’inflation
Certains agitent le spectre d’un retour de l’inflation. Mais si le prix des produits Allemands augmenterait, celui des produits Italiens, Espagnols, Portugais ou Grecs baisserait. Et même si le franc baissait par rapport au dollar, le regain d’inflation serait tout de même assez limité car plus de la moitié de notre commerce est réalisé en Europe, où le franc serait globalement stable.
L’objection du financement de la dette
Voici une autre objection forte. Même si à long terme, un retour aux monnaies nationales, en favorisant la croissance, devrait rassurer les marchés, il est probable que dans un premier temps, leur réaction soit très négative et qu’ils sanctionnent notre décision de sortir de l’euro, surtout si nous décidons de convertir notre dette publique autoritairement en franc pour éviter toute augmentation suite aux fluctuations monétaires.
Mais en quittant l’euro, nous retrouverons notre indépendance monétaire et il sera possible pour la Banque de France d’acheter les bons du Trésor pour éviter de payer des taux d’intérêts prohibitifs. C’est la politique que suivent les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou le Japon depuis des décennies. En outre, cela pourrait en partie compenser les pressions déflationnistes de notre économie.
Peut-on en sortir ?
La dernière question que l’on se pose est la possibilité légale de le faire puisque rien n’est prévu dans les traités européens, qui indiquent même que les pays qui n’en font pas partie sont destinés à le rejoindre un jour. Déjà, il faut souligner que la Grande-Bretagne, la Suède ou le Danemark ne semblent pas pressés de rejoindre la monnaie unique européenne, signe assez évident de ses limites.
Car bien au contraire, ces pays ont profité de leur indépendance pour laisser leur monnaie se déprécier afin de relancer la croissance. La Suède enregistre ainsi une croissance de 4% en 2010 et le Danemark de 2.2%, bien au-delà des 1.6% d’une zone euro tirée par la croissance des exportations Allemandes qui s’explique par le krach de 2009... La dépréciation de la livre a permis à la Grande-Bretagne d’amortir une crise qui aurait du être beaucoup plus sévère que sur le continent.
Et malgré les traités européens, la France peut de toutes les façons utiliser la convention de Vienne pour quitter l’euro. Nous aurions alors le même statut que les pays qui n’en sont pas membres. A ceux qui soutiennent qu’il vaut mieux affronter la mondialisation avec une grande monnaie européenne, on pourra rétorquer que la Suède s’en passe très bien, tout comme la Corée du Sud. Il n’a jamais été démontré qu’il fallait avoir une monnaie dépassant le cadre national pour croître.
Bref, le retour aux monnaies nationales ne serait pas si compliqué que cela et les plus sombres des objections ne résistent pas à l’analyse. Si tout ne serait pas simple, les bénéfices économiques feraient rapidement oublier cette parenthèse hasardeuse qu’aura été la monnaie unique.
11:57 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : euro, monnaie unique, dévaluation, monétisation
17.12.2010
Faut-il sortir de l’euro ?
Cela fait maintenant une dizaine d’années que l’euro a été lancé. Les troubles économiques majeurs que traverse le continent amènent à se demander sans tabou s’il ne faudrait pas mettre fin à cette hasardeuse expérimentation. Analyse des avantages et des inconvénients de la monnaie unique.
L’euro nous protège-t-il ?
Pour être honnête, la monnaie unique a eu quelques effets bénéfiques. Elle facilite les échanges au sein de la zone, même si elle n’a pas accéléré un mouvement qui lui préexistait largement. En outre, il faut se souvenir que seule 20% de la population va à l’étranger tous les ans. Ensuite, la convergence des taux longs a permis aux pays qui souffraient d’une forte prime de risque de réduire le coût de leur dette. Mais cette convergence s’est interrompue en 2008 et nous sommes revenus à la situation d’avant l’euro.
Mais surtout, il convient de tordre le cou à la mystification absolument incroyable selon laquelle l’euro nous aurait protégés pendant la crise. Outre les turbulences des marchés, un simple examen des chiffres démontre clairement le contraire : la zone euro est entrée en récession dès le 2ème trimestre 2008, soit un trimestre avant les Etats-Unis. En 2009, le PIB étasunien a baissé de 2,5%, contre 4% en Europe et en 2010, la croissance sera de 1.6% de ce côté ci de l’Atlantique, contre 2.6% de l’autre.
Et pourtant, la récession venait des Etats-Unis et y a été beaucoup plus dure que chez nous, avec une baisse de 30% de la valeur de l’immobilier qui a durement touché des millions de ménages. La crise aurait du être beaucoup plus dure aux Etats-Unis et c’est à cause de la politique européenne qu’elle a été plus forte sur le vieux continent. Et les derniers mois nous montrent bien que l’euro ne nous protège en aucun cas de la spéculation. Enfin, passons sur la protection de la Grèce ou de l’Irlande…
L’euro : un choix politique, pas économique
En fait, les problèmes actuels viennent du fait que l’euro est un choix essentiellement politique. La France de François Mitterrand y voyait un moyen d’ancrer l’Allemagne dans l’Europe après la chute du mur de Berlin. L’Allemagne l’a accepté uniquement parce que la BCE est l’exact décalque de la Bundesbank. Mais surtout, tous les fédéralistes y voyaient un moyen de contraindre l’Europe à se construire sur un modèle fédéral.
La zone euro n’est absolument pas une Zone Monétaire Optimale, comme le définissent les économistes, à savoir une zone géographique apte à partager une même monnaie. Aucun des trois critères nécessaires n’est rempli, à savoir la convergence macro-économique, la mobilité des travailleurs et l’existence d’un budget central. Les pays qui y participent sont trop dissemblables pour partager une même monnaie.
Même une avancée fédéraliste (totalement impossible quand on constate l’état de l’opinion Allemande qui propose aujourd’hui à la Grèce de vendre certaines de ses îles) ne serait pas une solution car les deux premiers critères ne seraient toujours pas vérifiés, ce qui laisserait trop de mécanismes pervers en œuvre, notamment la prime à une désinflation compétitive maladive. En outre, l’Europe n’est absolument pas un espace adapté à une construction de type fédéral.
Pire, une étude réalisée par un institut pourtant favorable à l’intégration européenne démontre que soixante-dix ans d’histoire commune entre la République Tchèque et la Slovaquie n’en ont pas fait une Zone Monétaire Optimale, malgré un budget central et un Etat de type autoritaire. La mobilité des travailleurs est restée faible et il n’y a pas eu la moindre convergence. Du coup, on voit mal comment ce qui a été impossible pour la Tchécoslovaquie pourrait être possible pour la zone euro.
L’euro cher
La faiblesse du cours de l’euro a aidé les économies européennes à la fin des années 90, mais depuis dix ans sa surévaluation chronique pénalise la croissance. En effet, hormis à sa naissance et pendant quelques temps (où il est descendu jusqu’à 0,82 dollar), l’euro est une monnaie dont le cours est trop élevé. Les économistes estiment que son cours normal devrait être entre 1 à 1,1 dollars à parité de pouvoir d’achat, soit encore une surévaluation de 20 à 30% aujourd’hui (et qui a atteint 50% mi-2008 à 1,6 dollar).
Cette surévaluation a une raison simple : la politique monétaire exagérément restrictive de la BCE par rapport à la Fed, qui pousse l’euro à la hausse. L’exemple le plus frappant, dénoncé par de nombreux économistes, est la décision incroyable de juin 2008, quand Jean-Claude Trichet avait trouvé le moyen de monter les taux alors que les Etats-Unis les avaient déjà baissés de 3 points ! Cette surévaluation est un énorme handicap commercial. Par exemple, en dix ans, la France est passée d’un excédent vis-à-vis des Etats-Unis à un déficit de 5 milliards et l’excédent de l’Allemagne a été divisé par deux.
Car cette surévaluation encourage les délocalisations. Tout d’abord, Airbus, fleuron de notre industrie, a décidé d’augmenter la part de ses composants produits en zone dollar pour se prémunir de la surévaluation chronique de l’euro : une partie du fuselage de l’A350 sera donc produit aux Etats-Unis. Un comble ! Les constructeurs automobiles Français ont suivi le même raisonnement : ils produisaient plus de 3 millions de voitures en France en 2004. Ce chiffre est tombé à un peu plus de 1,5 en 2009…
La désinflation compétitive
Dans un régime de change ajustable ou flottant, ajuster le cours de la monnaie est un des moyens les plus efficaces pour rééquilibrer les échanges commerciaux. La monnaie des pays en déficit a tendance à perdre de la valeur (favorisant les exportations et réduisant ses importations) alors que celle d’un pays en excédent a tendance à s’apprécier, pénalisant ses exportations et favorisant ses importations. Ce mécanisme naturel, qui contribue fortement au rééquilibrage des balances commerciales, est impossible avec l’euro.
Du coup, avec l’euro cher et des coûts salariaux à l’origine largement supérieurs à la moyenne, l’Allemagne a choisi de mener une politique de désinflation compétitive pour aider ses exportations. En effet, dans un système de parité complètement fixe, chaque point de hausse de salaire de moins que le voisin est un point de compétitivité coût de mieux qui permet de gagner la bataille commerciale. C’est ce que l’Allemagne a compris depuis le milieu des années 1990 et applique avec toute sa rigueur.
Ce blocage des salaires a permis à notre voisin d’outre-Rhin de grandement gagner en compétitivité et d’accumuler des excédents commerciaux grandissants vis-à-vis de l’ensemble de ses « partenaires » monétaires. Mais cette politique a un effet dépressif important (la croissance Allemande a été la plus faible de la zone dans les années 2000 – 0.8% par an - avec l’Italie), qui se transmet à l’ensemble de la zone.
Pire, ce comportement bien peu collectif a toutes les chances de pousser les autres pays à adopter la même politique de rigueur salariale absolue pour ne pas perdre en compétitivité. Mais déjà que cette politique avait un impact extrêmement négatif quand elle était uniquement poursuivie par l’Allemagne, elle pourrait se révéler désastreuse si davantage de pays y cédaient. En effet, cela réduirait encore le potentiel de croissance d’une zone qui n’a déjà pas brillé dans ce domaine depuis 10 ans…
Une même politique pour des réalités différentes
Mais ce n’est pas tout. L’autre problème majeur de l’euro est d’imposer une même politique monétaire à un ensemble de pays aux réalités trop disparates. Au milieu des années 2000, les taux directeurs de la BCE présentaient la double particularité d’être trop élevés pour des pays comme la France ou l’Allemagne, où ils ralentissaient une croissance déjà peu vaillante, et d’être trop faibles pour des pays comme l’Irlande ou l’Espagne, ce qui encourageait une croissance qui n’en avait pas besoin…
En effet, les économistes jugent le niveau des taux en les rapportant à la croissance nominale du PIB (croissance + inflation). Quand les taux sont supérieurs à la croissance nominale, ils ralentissent la croissance en rendant l’argent cher. Quand ils sont inférieurs, ils la soutiennent en rendant l’argent bon marché. Les années 2000 ont montré les ravages d’une politique unique pour des pays aussi différents.
En effet, en France et en Allemagne, la croissance nominale tournait entre 2 et 4%. La politique monétaire de la BCE ralentissait donc légèrement la faible croissance qu’il y avait des deux côtés du Rhin. En revanche, en Espagne ou en Irlande, la croissance nominale était d’au moins 6 à 7%. Du coup, la politique monétaire de la BCE accélérait inutilement la croissance de ces pays, et porte donc une part de responsabilité importante dans les bulles qui s’y sont développées.
Car ces deux pays ont fait ce qu’ils ont pu pour contrecarrer les effets de la politique monétaire de la BCE, trop laxiste pour eux. Les budgets étaient en excédent et leurs dettes étaient les plus faibles d’Europe. Mais ce dont ces pays avaient besoin était des taux d’intérêts à court terme à 7 ou 8%, qui auraient mis fin à la spéculation et à la bulle immobilière avant qu’elle ne devienne trop importante. Le ralentissement économique aurait été un petit prix à payer pour éviter le désastre actuel.
Euro cher qui pousse aux délocalisations, politique de compression des salaires, politique monétaire unique inadaptée à des réalités nationales différentes : les vices de l’euro sont immenses. Pire, ils ne sont pas corrigeables comme le montre le cas tchécoslovaque. Il n’y a donc qu’une seule solution : en sortir.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : euro, monnaie unique, bce, désinflation compétitive, zone monétaire optimale, allemagne



