10.08.2011

The Economist change la recette de son indice Big Mac

Il y a 25 ans, The Economist publiait son premier Big Mac index. En comparant le prix du plus célèbre des hamburgers, l’hebdomadaire anglais voulait mesurer de manière simple la surévaluation ou la sous-évaluation des différentes monnaies.

Une méthode simple mais pertinente

Le débat économique sur les parités monétaires est compliqué. En effet, comment estimer quel devrait être le cours d’une monnaie par rapport à une autre et ainsi comprendre si une monnaie est surévaluée ou sous-évaluée par rapport à une autre ? Les comparaisons de prix sont toujours délicates et il faut réunir une quantité de données considérables pour avoir des chiffres qui ont du sens. En 1986, The Economist a eu l’idée de tout simplement comparer le prix des Big Mac.

A première vue, l’idée semblait intéressante car beaucoup de choses rentrent en compte dans le prix d’un hamburger. Outre le prix des aliments, il y a une forte composante mains d’œuvre, mais également le loyer des fast-foods et encore les frais généraux, ce qui fait de ce sandwich un produit complet. Mieux, la forte présence de Mac Donald’s dans le monde permet de comparer un même produit vendu dans plus d’une centaine de pays, cas d’espèce assez unique.

D’ailleurs, de nombreuses études universitaires ont fini par démontrer la pertinence de l’indice Big Mac, qui est repris de plus en plus souvent. Pour son 25ème anniversaire, The Economist a revu sa recette en l’enrichissant d’une prise en compte du niveau de développement des pays (assez logiquement, le prix monte avec le PIB / habitant du fait d’un coût du travail supérieur). Cette nouvelle formule apporte un éclairage encore plus saisissant sur le niveau des monnaies.

Surévaluation ou sous-évaluation ?

En comparant simplement le prix du Big Mac, l’euro apparaît surévalué de 21% par rapport au dollar mais The Economist relève qu’il y a de fortes disparités en fonction des différents pays de la zone (mais sans indiquer de chiffres). Le yuan chinois serait sous-évalué de 44%, la roupie indienne de 53%. Il faut noter que le yen semble être à la bonne parité par rapport au dollar, tout comme la livre britannique (sous-évaluée de 4%). Enfin, le franc suisse serait surévalué de 98% !

Mais, en corrigeant par le niveau de développement, alors, les chiffres sont sensiblement modifiés. La surévaluation du franc suisse atteint 63%. En revanche, l’euro apparaît trop cher de 36% par rapport au dollar, la livre sterling de 9% et le yen de 5%. Mais cette méthode change radicalement les chiffres pour la Chine et l’Inde puisque la monnaie de ces deux pays apparaît finalement comme justement évaluée (respectivement surévaluation de 3% et sous-évaluation de 8%).

En clair, la conclusion de cette étude est de dire que les grandes monnaies de ce monde (dollar, yen, yuan, roupie) sont relativement bien évaluées si on croise le niveau absolu des prix et celui du développement. Il n’y a qu’une seule exception, l’euro, une monnaie extrêmement surévaluée. Comment les industriels européens peuvent-ils se battre avec une monnaie trop chère de plus de 30% ? Pire, il y a de grosses différences entre les différents pays de la zone.

Merci donc à The Economist pour cette nouvelle contribution au débat économique. Une nouvelle fois sont illustrées les carences de cette construction européenne avec une monnaie trop chère et qui ne correspond pas aux différences entre les pays.