10.09.2011

Vers un nouveau 1958

Comment aboutir à un véritable changement de politique ? Il semble aujourd’hui clair que ni le PS, ni l’UMP ne pourront l’apporter. Ses deux écuries d’egos désidéologisées devront être balayées. Il faudra des circonstances bien particulières qui se rapprochent singulièrement…

Les ambigüités des crises

La nature humaine est prudente et relativement conservatrice. C’est ce qui avait permis à Pétain de prendre le pouvoir en juin 1940. C’est ce qui a permis de prolonger l’expérience de la 4ème République. C’est ce qui a fait persister Hoover dans l’erreur lors de la Grande Dépression de 1929, laissant tomber le système bancaire et poussant un quart de la population des Etats-Unis au chômage. Mais dans ces trois cas, à un moment, le pays s’est redressé et a changé de direction.

Ce qu’il faut noter ici, c’est qu’il a fallu atteindre des abysses de désolation morale, politique ou économique pour provoquer le sursaut. Quand la crise est trop bénigne, finalement, l’envie de changement se tarit, malgré tout ce qui peut indiquer qu’il faut changer. C’est sans doute ce qui s’est passé en 2008. Tirant en partie les leçons de la crise de 1929, les dirigeants de la planète ont sauvé les banques, évitant, temporairement, que la crise ne se transforme en dépression.

Mais du coup, l’envie de changement a faibli. L’agenda du G20 est désespérément dérisoire. Comme le souligne Morad El Hattab, nous sommes revenus aux travers du passé. Néanmoins, la situation est en train de changer. Pour vouloir le changement, il faut que les citoyens préfèrent les incertitudes et la peur qu’engendre naturellement ce changement au statut quo. Il faut donc un profond rejet de la situation présente pour que les peuples veuillent renverser la table.

Vers le renouveau

Nous approchons sans doute de ce moment. Bien sûr, le débat sur la dette est un habile moyen de chercher à rassembler les citoyens autour d’une politique de statut quo. Mais depuis trois ans, le message envoyé aux citoyens est limpide : le système économique et institutionnel (en Europe) est profondément dysfonctionnel. Il est non seulement injuste (une petite minorité en profite), mais aussi instable (nous allons de crises en crises) et inefficace (absence de croissance).

Les preuves s’accumulent. Les banques sont sauvées sans qu’on leur demande des comptes. On habille des plans d’aide aux créanciers d’un pays en pseudo plan d’aide aux pays, en saignant les citoyens et en assumant les risques des banques. Et en France, le gouvernement pousse la bêtise jusqu’à faire voter un chèque de 15 milliards d’euros pour les créanciers de la Grèce qui ne sera pas remboursé en même temps qu’un plan d’économie de 12 milliards.

Et les citoyens constatent tous les jours le deux poids deux mesures entre eux et les grandes entreprises, qui continuent d’afficher une santé insolente, comme le montre l’augmentation de 10% des profits du CAC 40 sur le premier semestre. Bref, depuis trois ans, jour après jour, le système démontre son inanité. Et il est intéressant de constater une évolution dans le discours de certains journalistes (Jean-Michel Apathie) qui en viennent à reprendre une partie de notre diagnostic.

Armons-nous de patience. Le moment approche où le système va s’effondrer. La crise économique sera au PS et à l’UMP ce que la guerre d’Algérie a été à la 4ème République. Et là, les petits d’aujourd’hui pourront brusquement devenir grand. Le gaullisme pourra encore venir en aide à la France.

05.09.2011

Morad El Hattab décrit l’impasse de l’Europe

Le quatrième intérêt de la « La vérité sur la crise » de Morad el Hattab et Irving Silverschmidt réside clairement dans son analyse de la crise de l’Europe. Bien qu’écrit il y a un an, leur propos n’a pas pris une ride. Mieux, la véracité stupéfiante de leurs prédictions leur donne une sacrée crédibilité.

Un autre regard sur l’austérité et les dettes publiques

Les auteurs remettent en perspective les débats sur la dette par de nombreux exemples historiques : en 1820 et en 1945, la Grande-Bretagne était endettée à hauteur de 240% de son PIB (après être tombée à 40% en 1910). Les Etats-Unis sortent de la Seconde Guerre mondiale avec une dette de 108% du PIB (et des recettes fiscales alors nettement moins importantes). Et la dette de la France a culminé à 150% du PIB dans l’entre deux guerres, comme le rapporte même Jacques Attali.

Les auteurs reviennent sur les plans du FMI dans les pays de l’Est fin 2008. En Hongrie, les fonctionnaires ont perdu leur 13ème mois et leurs primes. En Roumanie, les salaires des fonctionnaires ont baissé de 25%, les retraites de 15% et 140 000 fonctionnaires ont été licenciés. En Lettonie, la réduction des dépenses budgétaires dépasse 7% du PIB et les salaires du secteur public ont baissé de 20%. En Estonie, la potion a été encore plus amère, mais l’impôt sur les sociétés est resté à 16%...

Ils modèrent également les interventions de la BCE pour racheter les dettes souveraines des pays en difficulté en soulignant qu’elle stérilise automatiquement des sommes équivalentes en empruntant aux banques pour ne pas procéder à de la création monétaire, au contraire de la Fed. Ils soulignent « que le plan de sauvetage n’est pas destiné aux pays mais à leurs banques créancières ». Ils expliquent dans le détail les manipulations orchestrées par Goldman Sachs sur la dette grecque.

Ils notent que l’Argentine a fait défaut avec une dette publique de 63% du PIB (remboursée à 34%...). Ils concluent en disant que « les problèmes de dettes publiques sont certainement des problèmes très sérieux et il ne faut point les prendre à la légère, mais, outre que les dettes passées étaient plus élevées sans détruire la confiance des investisseurs, il faut tenir le plus grand compte de l’état des économies. Pour la France, la désindustrialisation en cours représente la vraie menace mortelle ».

L’impasse européenne

Ils citent un rapport qui chiffre à 2 millions la perte d’emplois industriels de 1980 à 2007, dont 500 000 dus à l’externalisation. Pour eux, « 45% des suppressions d’emplois seraient la conséquence de la mondialisation ». Puis ils évoquent l’euro, qui, s’il a apporté la stabilité monétaire et des taux d’intérêt modérés pendant un temps, se « paie avec la disparition de la variable monétaire, qui, en cas de crise apporte une souplesse parfois bienvenue pour amortir les chocs économiques ».

Les auteurs se demandent : « peut-on se contenter de la sévère punition des cigales ? Cela peut-il suffire pour rétablir les finances publiques ? ». Ils pointent la responsabilité des surplus commerciaux allemands (70% de la croissance du pays depuis 10 ans, la part de marché de l’Allemagne dans la zone euro passant de 25 à 27% de 1995 à 2009 contre 18,5 à 13% pour la France et 17 à 10% pour l’Italie) dans les déséquilibres actuels. Enfin, ils critiquent la surévaluation de l’euro.

Ils rappellent que le ministre Wolfang Schäuble a déclaré que « des conditions très strictes et un prix élevé doivent être liés à une telle aide (d’un fonds européen) afin qu’elle ne soit accordée que dans le cas d’urgences capables de présenter une menace à la stabilité financière de l’ensemble de la zone euro. Le pays concerné doit être exclu du processus de décision ». Un journaliste allemand du Financial Times affirme que « seul un petit nombre de pays sont capables de soutenir, politiquement et économiquement, une union monétaire avec l’Allemagne ».

Mi-2010, les auteurs prévoyaient déjà que le plan grec ne serait pas suffisant et leurs propos sont extrêmement prophétiques, donnant beaucoup de poids à leurs écrits. Faisant un parallèle avec la Grande Dépression, ils soulignent que « lors des années 1930, le pays qui ont quitté tôt l’étalon or, on, en moyenne, mieux réussi que ceux qui l’ont quitté plus tard » et qu’il vaut mieux dévaluer plutôt que de baisser les salaires, comme on l’impose à une partie de la zone euro.

Ils notent que dans les années 1930, les pays du bloc or (France, Italie, Pays-Bas, Belgique, Suisse) avaient des monnaies surévaluées de 20 à 30%, poussant Laval à mener une politique déflationniste. En 1935, la Belgique a fini par dévaluer de 28%, faisant redémarrer son économie. Ils soulignent que cette solution est bien plus sensée que les politiques de déflation, qui oublient que «  les dettes s’accrochent », et contribuent à augmenter le poids de la dette sur le PIB.

Ils prennent le cas de la Suède, en crise sévère en 1993, avec un déficit de 11.3% du PIB. Le pays a réussi à le faire tomber à 1.7% en 1997, non pas en coupant sauvagement les dépenses publiques (-0.5% en 1995, -2% en 1996 puis en croissance de 1% par an), mais en relançant la croissance, qui a atteint 4% (sauf en 1996, à seulement 1.5%), du fait de la baisse de la couronne suédoise. L’exemple de l’ajustement irlandais en 1987 aboutit à la même conclusion.

Bref, cet ouvrage compile une analyse globale et détaillée de la crise financière de 2007-2008 avec une étude de la situation européenne d’autant plus pertinente qu’elle s’est trouvée complètement validée par les 15 derniers mois.

Source : « La vérité sur la crise », Morad el Hattab, Irving Silverschmidt, Editions Léo Scheer

04.09.2011

Morad El Hattab nous conte l’histoire des crises financières

Après l’analyse des causes de la crise, « La vérité sur la crise » de Morad el Hattab et Irving Silverschmidt consacre de longs développements aux expériences du passé, qui ont malheureusement été oubliées.

Le parallèle avec 1929

Les auteurs reviennent sur les crises bancaires de la deuxième moitié du 19ème siècle dans toute l’Europe. Ils prennent l’exemple de la spéculation sur le guano (excrément d’oiseau utilisé comme engrais) de 1889, qui avait abouti à des règles prudentielles très strictes en France : « 80% des dépôts à vue étaient affectés à des actifs réescomptables par la Banque de France », ce qui « explique en grande partie l’absence d’une faillite systémique bancaire française en 1931 ».

Dans un récit proche de celui de James Galbraith, Ils font un parallèle avec la Grande Dépresion, conséquence de « la liquidation d’une bulle boursière financée par des pyramides de crédits ». Les cours de la bourse avaient progressé d’un tiers par ans de mars 1926 à l’automne 1929 s’appuyant sur la promesse d’un « nouvel âge » économique théorisé par Irving Fischer, avec le développent de la radio et l’aviation, dans une répétition de bulle internet…

Mais cette bulle s’est aussi appuyée sur deux innovations. La première était les call loans, qui ont financé jusqu’à 90% des achats d’action par des crédits à court terme (un mois au plus) à 12 ou 15% et garantis par les actions. La deuxième innovation était les investment funds, qui faisaient appel aux petits porteurs pour investir en bourse, mais qui utilisaient également l’effet de levier, souvent à court terme, et investissant dans d’autres fonds dans de dangereuses pyramides de crédit…

Au cours de l’été 1929, l’endettement privé étasunien atteint 230% du PIB (176% en 2007). Mais la baisse des cours impose de vendre pour trouver des liquidités, accentuant la baisse et provoquant l’effondrement de la bourse (le Dow Jones baisse de 90%). Les faillites créent alors une crise bancaire. La dernière étape est l’effondrement de l’économie réelle. Ils dénoncent les politiques de déflation, menée en France par Pierre Laval, en soulignant que si « les actifs s’évaporent, les dettes s’accrochent ».

Ils reviennent sur la politique du crédit pendant les Trente Glorieuses : « le Trésor définissait un plancher de pourcentage des dépôts bancaires obligatoirement déposés auprès de lui et la Banque de France variait son plafond d’acceptation des billets réescomptables ». Ainsi, le crédit pouvait être freiné en cas de trop forte inflation et accéléré pour pousser la croissance. C’est ce que fait la Chine aujourd’hui, qui a fortement augmenté les dépôts des banques pour calmer la bulle immobilière.

Le précédent de 1987

Les auteurs reviennent également sur le krach de 1987. Ils incriminent une bulle immobilière financée à crédit par les caisses d’épargne (déréglementées par les lois DIDMCA de 1980 et de 1982) et qui se livraient à une concurrence effrénée et risquée. La hausse conjointe des taux de la Fed et de la Bundesbank, en septembre, a augmenté le coût de refinancement des banques. Le 3ème lundi d’octobre, le Dow Jones baisse de 22.6% en une séance, du fait de programmes de vente informatique.

En 1989, le Trésor reprend les 750 établissements, rembourse les dépôts, et devient propriétaire de 450 milliards de dollars d’actifs pourris. Au final, la revente des actifs permettra de réduire des deux tiers le coût pour le contribuable. Les pays européens ont connu une crise bancaire plus limitée, mais « en Grande Bretagne, les bénéfices des banques ont baissé de plus de 60% et en France, deux banques ont frôlé la faillite, le Crédit Lyonnais et Paribas » avec la fin de la bulle immobilière.

Les auteurs étudient également le cas Japonais : « l’inflation correspondante des actifs, à la fois immobiliers et boursiers, atteint de 1986 à 1989, le triple du PIB nippon. La déflation des actifs qui a suivi est presque symétrique ». Ils soulignent à quel point l’inflation des actifs doit être surveillée au même titre que celle des prix courants. Et ils dénoncent la lenteur des autorités à régler l’insolvabilité cachée des banques en ayant recourt à des astuces comptables.

Après avoir étudié la crise économique et financière dans sa globalité et à travers les époques, les auteurs se penchent davantage sur l’Europe, la crise de l’euro et des dettes souveraines en plein cœur des débats d’aujourd’hui.

Source : « La vérité sur la crise », Morad el Hattab, Irving Silverschmidt, Editions Léo Scheer

03.09.2011

Morad El Hattab pourfend les excès de la finance

Au delà d’un récit détaillé de la crise, « La vérité sur la crise » de Morad el Hattab et Irving Silverschmidt vaut également pour son explication claire et argumentée de ses causes.

Le côté obscur de la déréglementation

Globalement, ils démontrent le côté pro cyclique des marchés, à savoir que la hausse nourrit la hausse (en augmentant le crédit des parieurs) et la baisse nourrit la baisse (en imposant de vendre pour retrouver des liquidités). Ils dénoncent les pyramides incroyables de crédit : Lehmann avait des positions de 9000 milliards de dollars sur les dérivés. La couverture par un CDS d’AIG permettait de réduire la quantité de capitaux de 8 à 2% selon les normes Bâle 2, permettant alors de prêter quatre fois plus…

Les auteurs expliquent de manière très pédagogiques les normes bancaires Bâle 1 et 2 et démontrent comment la couverture des crédits à raison de 8% par les fonds propres est en réalité un maximum puisque le besoin de couverture tombe à 1.6% pour les banques ou  les entreprises de l’OCDE et même 0% pour les Etats de l’OCDE ! Bâle 2 a conservé le même système en y introduisant les notes des agences (couverture de 1.6% pour les entreprises notées AAA à AA-). Pire, il y a tout le hors bilan…

Ils rappellent une déclaration d’Alan Greenspan en 2005 : « alors qu’avant, beaucoup d’emprunteurs marginaux se voyaient refuser le crédit, les prêteurs sont maintenant capables d’évaluer efficacement le risque associé à ceux-ci. Ces améliorations ont conduit à une forte croissance du prêt hypothécaire à risque… ». Parallèlement, Freddie Mac et Fannie Mae portaient 1600 milliards de crédits hypothécaires (financés à 28% à court terme) avec 90 milliards de fonds propres…

Les auteurs soulignent que la France (les caisses d’épargne ne deviennent des sociétés anonymes qu’en 1999), l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne ont historiquement des systèmes assez hostiles à la spéculation. Malheureusement « les déréglementations des années 1980 ont eu pour effet de jeter aux orties les vieilles règles de prudence bancaire ». Outre-manche, ils notent que dans les années 1960, 30% des actifs des banques étaient liquides, à présent 1%...

La technique au service de la spéculation

Comme Jorion, ils dénoncent les dark pools et le High Frequency Trading, qui s’opposent aux bonnes conditions de fonctionnement d’un marché. Ces nouvelles techniques facilitent les manipulations et camouflent les fraudes. Ils y voient la cause du flash krach du 6 mai 2010, où le Dow Jones s’est effondré de 9.8% en dix minutes (et l’action Accenture est passée de 40 dollars à un cent !).

Ils dénoncent les CDS, qui « ne sont pas négociés sur des marchés ouverts » et qui ont totalement été détournés de leur vocation première pour n’être plus que de nouveaux véhicules de la spéculation financière, leur montant étant « cinq fois plus élevé que les crédits assurés ». Ils insistent sur le mécanisme pervers des prêts immobiliers, revendus ensuite par les banques (titrisation) qui ne se soucient pas de la capacité de remboursement des ménages auxquels elles prêtent.

Les auteurs critiquent le développement des transactions hors marché (de gré à gré ou sur un dark pool) car elles créent d’importants déficits d’information. Ils dénoncent également la concentration du secteur, qui accentue l’aléa moral et permet une explosion des marges. Ils dénoncent les aides publiques qui n’aboutissent pas à une nationalisation, « le stade suprême du hasard moral ».

Ils attaquent l’envahissement du marché des matières premières par des spéculateurs venus chercher une diversification (les fonds dédiés à ce marché sont passés de 10 à 250 milliards de 2001 à 2009 selon Barclays Capital). Ils démontrent également les capacités auto réalisatrices de la spéculation à faire monter les prix en achetant à terme en avançant à peine 15% de la somme. Aujourd’hui, chaque baril de pétrole est échangé 35 fois avant d’être consommé !

Des banquiers tristes aux esprits animaux des spéculateurs

Les auteurs dénoncent aussi les rémunérations de la finance, les bonus (145 milliards au titre de 2009) et l’envolé des hauts revenus (1% de la population concentre 24% des revenus aux Etats-Unis). Pour eux, les banquiers prennent des risques inconsidérés pour empocher de juteux bénéfices à court terme. En 1929, les salaires de la finance pesaient 170% des salaires moyens, puis sont revenus au même niveau de 1950 à 1980 avant d’atteindre 181% des salaires moyens en 2007.

Un journaliste du Financial Times évoque des traders poussant des entreprises à la faillite pour empocher les primes des CDS et développe longuement le cas les CDO Abacus vendus par Goldman Sachs à ses clients alors que la banque d’affaire pariait contre... Ils dénoncent l’impunité pénale des dirigeants des banques alors que plus de 3500 banquiers avaient été envoyés en prison pour des faits délictueux en liaison avec le scandale des caisses d’épargne il y a vingt ans.

Pour eux « le système financier a donc été ravagé par une culture de la cupidité qui a transformé les décideurs en mercenaires décidés à se payer sur la bête sans vraiment se préoccuper de leurs responsabilités ». Ils dénoncent un système qui ne travaille plus que pour lui-même. Ils citent le professeur Samuelson pour qui « l’absence de régulation est très inférieure à la régulation par l’Etat » car elle transforme les marchés en marchés spéculatifs.

Ils soulignent les cercles vicieux des marchés, « les esprits animaux » dirait Keynes : « la célèbre citation de l’ancien PDG de Citigroup, Charles Prince, « tant que la musique joue, vous devez vous lever et danser » exprime une réalité qui s’impose à tous les gestionnaires : si vous restez assis devant une bulle que vous voyez trop risquée, vos clients sont furieux du manque à gagner et s’en vont ».

En incriminant la déréglementation, les innovations de la finance et les ravages de la cupidité des spéculateurs, les auteurs dévoilent un cocktail explosif qui n’est pas sans rappeler les crises passées, ce sur quoi je reviendrai dans la troisième partie.

Source : « La vérité sur la crise », Morad el Hattab, Irving Silverschmidt, Editions Léo Scheer

23.07.2011

Comment Nicolas Sarkozy jette 90 milliards par la fenêtre

Avant-hier, les dirigeants européens ont concocté un plan de près de 160 milliards d’euros pour sauver les créanciers de la Grèce. Un plan illusoire qui ne règle en rien les problèmes d’Athènes et qui va coûter dramatiquement cher aux ménages européens.

L’austérité pour payer les créanciers

Comme le rappelle très clairement Nicolas Dupont-Aignan dans une tribune publiée dans le Monde (version longue sur le site de Debout la République), ces plans ne résolvent rien. Certes, les banques privées sont impliquées (ce qui est positif, car il aurait été immoral que seuls les contribuables paient), mais ils ne règlent en aucun les problèmes de la Grèce. Dans trois ans, le PIB grec aura encore baissé, la dette monté et le pays sera donc encore moins en position de payer.

En fait, les pays européens vont fournir l’argent pour assurer les échéances des trois prochaines années, mais rien n’est fait pour que la Grèce retrouve la croissance. Rendez-vous donc dans trois ans pour un bilan qui sera forcément mauvais. En revanche, les créanciers privés auront pu réduire leurs engagements (certes, pas autant qu’ils l’espéraient) et la dette grecque sera alors détenue à plus de 50% par des institutions publiques, qui devront alors assumer le probable défaut.

En outre, comme le montre Moral El Hattab dans une tribune publiée sur Agoravox, les dirigeants européens ont aussi sauvé de nombreuses institutions financières du dénouement de CDS sur la dette grecque. En fait, même si les banques devront contribuer à hauteur de 50 milliards au plan (220 pour les Etats au cumul des deux plans), ce sont bien pour elles que s’impose cette austérité sauvage dans tous les pays européens. Les contribuables paient encore pour sauver les banques.

Irresponsabilité financière

On a beaucoup glosé sur les 15 milliards qu’engage la France dans ce nouveau plan grec. Le problème est qu’il faut y ajouter notre contribution au premier plan grec (17 milliards) ainsi que celle aux plans irlandais et portugais. En clair, notre pays a engagé près de 60 milliards, qui servent uniquement à rembourser les créanciers de ces trois pays. 60 milliards, 3% du PIB, la moitié du déficit public prévu cette année, une augmentation d’environ 4% de notre dette publique !

Pire, il ne faut pas oublier que la France va emprunter ces 60 milliards et que nous allons devoir payer des intérêts aux marchés financiers puisque nous ne pouvons pas monétiser. Notre pays devra donc payer environ 2 milliards d’euros d’intérêt pendant quinze ans (puisque les prêts accordés par le fonds européen courent sur cette durée). En clair, on peut estimer que sur cette période, la France va donc payer 30 milliards d’euros d’intérêts. Au total, la facture atteint 90 milliards !

Bien sûr, si la Grèce remboursait cette somme et payait les intérêts, alors, ce serait relativement neutre pour nous (sauf que c’est nous qui avançons la somme). Mais le problème est qu’il est totalement illusoire de croire que nous retrouverons cette somme car la Grèce sera encore moins en position de rembourser dans trois ans qu’elle ne l’est aujourd’hui. Il est donc fort probable que l’argent que nous prêtons aujourd’hui ne sera pas récupérée, au alors, seulement de manière partielle.

Bref, il est totalement irresponsable d’engager de telles sommes. Mais le pire est que beaucoup de fédéralistes sont prêts à signer des chèques beaucoup plus importants. Jacques Attali évoque un fonds européen de 2000 milliards d’euros, soit 400 milliards pour la France. Ils ont vraiment perdu la tête !

15.05.2011

Croissance, Grèce, euro : quand l’Europe nie la réalité

C’est la bonne nouvelle de la semaine : la croissance a fortement rebondi au premier trimestre en France et en Europe. Même la Grèce est officiellement sortie de la récession. Mais il ne faut pas être regardant sur les détails pour pouvoir s’en satisfaire.

France : la croissance en trompe l’œil

Comment ne pas être surpris par ce chiffre de 1% de croissance au premier trimestre, soit 4% en rythme annuel, le double du chiffre des Etats-Unis ? Par quel miracle un tel résultat est possible alors que le chômage reste aussi élevé, que le déficit commercial progresse, que le pouvoir d’achat stagne ? Et ce ne sont pas les déclarations triomphantes de Christine Lagarde qui peuvent inciter à la confiance tant la ministre de l’économie est coutumière des exagérations.

Comme d’habitude, le gouvernement se moque du monde. En effet, 70% de la croissance du premier trimestre s’explique par la hausse des stocks des entreprises. En clair, corrigé de ce facteur exceptionnel, la croissance de la France n’a été que d’un petit 0.3%, soit seulement 1.2% en rythme annuel. Bref, il n’y a vraiment pas de quoi se féliciter de la manière dont le gouvernement l’a fait, comme certains journalistes auraient du le faire en étudiant les chiffres plus sérieusement.

En effet, les moteurs de la croissance continuent à avoir des ratés. Notre déficit commercial s’envole et a encore pesé de manière négative. L’investissement peine à redémarrer, ce qui est particulièrement inquiétant étant donné l’effondrement de la crise. Enfin, dans trois mois, il y a fort à parier que la ministre évoquera cette fois-ci le probable déstockage des entreprises (après avoir oublié le phénomène inverse) ou Fukushima pour justifier un chiffre moins brillant…

L’Europe au ralenti

Pour le coup, le Figaro n’est pas aussi optimiste quand il évoque une « fragile sortie de récession pour la Grèce ». Bien sûr, le pays sort officiellement de la récession en affichant une augmentation de son PIB de 0.8% au premier trimestre, mais cela fait suite à un effondrement de 2.8% au dernier trimestre 2010 (plus de 10% en rythme annuel !). Sur six mois, l’économie Grecque s’est donc contractée de 2%, soit une baisse de 4% en rythme annuel, toujours aussi préoccupant.

La crise de la Grèce m’a offert l’occasion d’un débat sur France 24 (partie 1 et partie 2), où j’ai affronté trois interlocuteurs qui défendaient mordicus l’euro. Il y a malgré tout des progrès car ils admettent aujourd’hui les carences de la monnaie unique, à savoir le fait qu’elle pousse aujourd’hui les salaires à la baisse et qu’elle ne convient pas à un espace économique aussi hétérogène.

Malgré tout, ils défendent cette construction monétaire artificielle qui empêche la Grèce de sortir de la crise. Car même en y déversant des dizaines de milliards tous les ans et en restructurant le dette, Athènes ne s’en sortira pas. Pour s’en sortir, le pays a besoin de dévaluer afin de rééquilibrer sa balance commerciale, comme en Argentine. L’argent ne permettra pas au pays d’enfin équilibrer ses exportations par rapport à ses importations, bien au contraire.

Pire, les transferts financiers massifs qu’ils demandent ne règleraient rien. Outre le fait que cela ne permettrait pas de faire redécoller la production (ce qui nécessite une dévaluation), ceci est totalement irréaliste (l’Allemagne a été très claire sur la question). Plus encore, comment ne pas y voir une forme  d’irresponsabilité avec cette demande de dépenser sans compter l’argent de la collectivité sans se rendre compte que cela ne fonctionnerait pas et que cet argent serait dépensé à perte.

Enfin, il est tout de même stupéfiant de voir les soutiens de l’euro dire aujourd’hui que si cela ne marche pas, c’est parce que nous ne sommes pas allés assez loin dans la construction européenne. C’est comme pour le communisme : s’il ne marche pas, c’est parce qu’on ne serait pas allé assez loin… Ne vaudrait-il pas mieux écouter les critiques de l’euro ? Il faut revenir aux monnaies nationales, et comme Morad El Hattab le montre, cela est parfaitement possible pour la France et l’Italie.

Bref, le déni de réalité semble être devenu la spécialité de cette Europe. On se réjouit d’une croissance totalement artificielle et qui ne va pas apporter grand chose, sur la base de chiffres trimestriels qu’il faudrait pourtant prendre avec des pincettes, alors que l’euro nous entraine vers le fond…