15.09.2009

L’avertissement à l’UMP

Cette fin de semaine, nous avons grandement progressé vers les élections régionales. D’une part, Valérie Pécresse a tenu son premier meeting. De l’autre, le Parti Socialiste a repris Carcassonne à l’UMP après plus de vingt années passées à droite.

Les socialistes, champions du local ?

Alors que les élections européennes ont été une véritable déroute pour le PS, passé des 26% de Ségolène Royal en 2007 à seulement 16% deux années après, une lueur d’espoir est apparue du côté de l’Aude. En effet, malgré une situation nationale quasiment désespérée, avec les nouvelles polémiques sur les bourrages d’urne lors de l’élection de Martine Aubry, ce sont bien les socialistes qui ont gagné à Carcassonne, reprenant à l’UMP une ville que la droite détenait depuis 26 ans.

Cette victoire n’est peut-être pas anodine en vue des élections régionales. En effet, l’évaluation des Français à l’égard du Parti Socialiste semble changer radicalement selon le point de vue. Au niveau national, l’image désastreuse donnée par la guerre des chefs provoque un véritable rejet du parti. Mais comme cette guerre des chefs est essentiellement nationale, elle ne semble pas avoir beaucoup d’impact au niveau local, ce qui explique le triomphe des municipales et cette nouvelle victoire à Carcassonne.

Des régionales difficiles pour le pouvoir en place ?

 En fait, il semblerait que les Français ne soient pas mécontents de confier leurs municipalités et leurs régions à des élus socialistes, peut-être d’autant plus que les autres manettes du pouvoir sont aujourd’hui dans les mains de Nicolas Sarkozy. Il s’agit sans doute d’une forme d’équilibrage des pouvoirs au niveau national. C’est pourquoi l’UMP ferait mieux de prendre garde aux élections régionales de 2010. Il n’est pas évident que le résultat leur soit si favorable.

Il est fort possible que la gauche reste aux affaires dans la grande majorité des régions, surtout si le second tour est l’occasion de nombreuses alliances avec le Modem et les Verts. En effet, avec le mode de scrutin à deux tours et la barre à 5% pour fusionner les listes, il est probable que les fusions de listes socialistes se fassent essentiellement avec des listes centristes et écologistes. Ainsi alliées, il sera difficile à une liste purement UMP de battre un rassemblement aussi large.

Juin 2009 a été une vraie victoire de l’UMP. Mais il est fort probable que mars 2010 sera une défaite. Les résultats de l’élection municipale de Carcassonne en sont un indicateur passé un peu trop inaperçu.

Source : http://www.lindependant.com/articles/2009-09-14/carcassonne-bascule-a-gauche-41775.php

19.03.2008

Le mini remaniement du mini président

Malgré le déni de défaite organisé par l’Elysée, le sévère revers des municipales a provoqué un triple remaniement pour Nicolas Sarkozy : de son style, de son équipe et de son gouvernement. Mais ces changements sont trop maladroits pour provoquer un rebond.

Il y a quelque chose d’extrêmement paradoxal dans le refus absolu des proches du président de parler d’un vote sanction malgré l’ampleur des changements opérés depuis les municipales. Nicolas Sarkozy fait sans doute une erreur en n’acceptant pas publiquement la défaite car cette acceptation donnerait une explication à ces changements. En effet, il est difficile d’accorder de l’importance aux modifications qui sont faites sans le moindre mea culpa. Un peu de modestie n’aurait pas fait de mal à un président à l’ego surdimensionné qui aurait gagné à signifier sa compréhension du message des Français. D’autant plus que les changements opérés ne sont pas négligeables étant donnée leur conjonction : le président a clairement changé de ton dans ses interventions, il a remanié son équipe élyséenne et ajusté l’équipe gouvernementale.

En outre, ces ajustements constituent, à peine dix mois après son élection, presque autant de reniements de sa campagne. Le changement de ton est sans doute le plus cruel pour l’hôte de l’Elysée dans la mesure où il a pour but de « re-présidentialiser » un président, qui, par conséquent, de l’aveu même de son équipe, ne faisait pas très président… Résultat, Nicolas Sarkozy se fait plus rare, devient le président des chrysanthèmes et autres hommages pour donner un peu plus de hauteur à son image. On est loin de la « rupture » de style promise. Le changement de son équipe va dans le même sens avec la suppression du point presse à l’américaine qui illustrait lui aussi la « rupture » Enfin, les ajustements gouvernementaux malmènent les promesses de campagnes avec un gouvernement qui passe à 38 membres, qui compte un tiers de femmes (au lieu des 50% promis) et la mise en sourdine de l’ouverture…

Mais s’il y a un aspect qui reste constant entre Sarkozy 1 et Sarkozy 2, c’est bien la prédominance de la communication. Aux problèmes du président, on répond par des images. Car, à quoi correspond la séquence hebdomadaire de l’hommage aux poilus, l’hommage à la résistance et l’inauguration d’un sous-marin ? Il ne s’agit pas d’actions pour résoudre un quelconque problème mais uniquement de séquences destinées à améliorer l’image abîmée du président. Son ego reste le centre du monde présidentiel, les soucis des Français restant toujours en périphérie. Mais sa perte de crédit risque bien de rendre les Français suspicieux d’un tel plan qui sent trop la communication pour être honnête.
Nicolas Sarkozy change sans accepter la défaite et répond par une séquence de communication à sa gloire pour répondre aux problèmes des Français. Heureusement pour lui que le parti socialiste ne change pas : cela amortit sans doute sa chute…

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/03/19/nicolas-sarkozy-au-gouvernement-ni-ralentissement-des-reformes-ni-plan-de-rigueur_1024894_823448.html#ens_id=998385

17.03.2008

Dénis de défaite et ratés de communication

Spectacle amusant et désolant de voir les leaders de l’UMP s’interdisant de prononcer le mot défaite (à l’exception d’une minorité) comme Xavier Bertrand ce matin, sur RTL. Retour sur un curieux déni de défaite et les gros ratés de communication de Nicolas Sarkozy.

Le président s’est toujours vanté d’une honnêteté que suggérait volontiers son parler vif malgré de nombreux arrangements avec la vérité. Il semble avoir imposé à ses troupes un des exercices de langue de bois les plus ridicules de la Cinquième République. C’est ainsi que les ministres du gouvernement dénient depuis hier soir tout vote sanction à l’égard du gouvernement et refusent systématiquement de prononcer le mot « défaite », parlant d’un « rééquilibrage ». Comment ne pas trouver ridicule ce déni de défaite alors que ces élections locales sont sans doute le plus grand succès de la gauche depuis les municipales de 1977. Le parti socialiste va ainsi diriger 8 nouveaux départements, portant son total à 59, et 42 nouvelles municipalités de plus de vingt mille habitants.

Ce déni de défaite est d’autant plus incroyable qu’il a toutes les chances de rendre inaudible le reste du discours du gouvernement. Pourquoi les Français écouteraient-ils des gouvernants qui n’écoutent pas les urnes et soutiennent bien maladroitement qu’il n’y a pas eu sanction du président ? Il aurait été plus simple de reconnaître la défaite (extrêmement importante sur des critères historiques), expliquer que les réformes entamées ne pouvaient pas toutes produire leur résultat tout de suite et que, de toutes les façons, la question du gouvernement de la France avait été tranchée l’an dernier et que l’on n’allait pas revenir dessus à chaque élection locale, sous peine d’inefficacité. La deuxième partie de ce discours a été tenue, mais on peut se demander si le déni de défaite ne va en limiter la portée. Le gouvernement aurait pu également dire qu’il avait entendu la préoccupation à l’égard du pouvoir d’achat et prendre de nouvelles mesures.

Ce déni de la réalité augure mal de la suite des évènements. Un chef qui n’accepte pas ses erreurs n’apprend pas, ni ne progresse. D’ailleurs, la réponse de l’Elysée à ces mauvais résultats est contestable. Le président réplique par une longue séquence « petit père de la patrie » avec aujourd’hui la célébration de la mort de notre dernier poilu, demain une célébration de la résistance, et vendredi l’inauguration d’un nouveau sous-marin. Si ces séquences de communication permettront peut-être d’un peu « re-présidentialiser » un président qui en a bien besoin, il est difficile de ne pas y voir uniquement un souci de communication. Les Français attendent davantage Nicolas Sarkozy sur la résolution de problèmes concrets, mais il semble préférer se préoccuper de son image, travail de longue haleine à dire vrai après neuf mois d’exposition bling-bling sans pudeur.

Il est difficile de savoir quel impact aura ce déni de défaite. Une attitude plus humble lui aurait sans doute permis de renouer quelques-uns des fils qu’il avait liés avec les Français. En refusant d’écouter et en repartant sur de nouvelles séquences communicantes, Nicolas Sarkozy complique son rebond.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/03/15/01002-20080315ARTFIG00085-ce-que-sarkozy-preparepour-l-apres-municipales.php

http://www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0@2-987706,49-1023702@51-998385,0.html

16.03.2008

Une défaite, un absent et beaucoup de langues de bois

Ambiance électrique sur les plateaux de télévision ce soir pour commenter les résultats des municipales. Les nombreuses défaites de l’UMP montrent que malgré les enjeux locaux, les Français ont sanctionné Nicolas Sarkozy. Mais le plus marquant a été le niveau désolant des interventions des représentants de tous les partis entre suffisance des vainqueurs et absence totale d’écoute des vaincus.

Malgré les dénis bien ridicules de l’UMP, ces élections marquent une très nette poussée de la gauche dans le pays. Toulouse, Strasbourg, Périgueux, Amiens, Metz, Reims, Caen, Blois et Quimper passent à gauche. Marseille reste de justesse à l’UMP avec quatre secteurs à gauche et quatre à droite. Paris prend un nouveau virage à gauche puisque dans le 12ème arrondissement, le parachuté Jean-Marie Cavada est atomisé au second tour avec seulement 34% des voix. Le parti socialiste est désormais nettement majoritaire dans les municipalités et les départements.

Mais cette défaite a été l’occasion d’un concours de langues de bois dont il est bien difficile de désigner un vainqueur. L’UMP a fait preuve d’une imagination sans limite pour nier toute sanction alors que jamais les grandes villes du pays n’auront autant penché à gauche. Le niveau élevé de l’abstention a ainsi été présenté comme une raison de ne pas faire de cette défaite une sanction : la moindre mobilisation des électeurs de droite signifierait donc qu’on ne peut pas parler de sanction pour la droite ! Le gouvernement a également dit tout et son contraire, entre prise en compte du vote des Français (Nicolas Sarkozy à Toulon) ou volonté au contraire d’accélérer les réformes. L’UMP a osé dire que le vote des Français signifiait une volonté d’accélérer les réformes, comme s’il n’y avait pas de déception sur le pouvoir d’achat…

Mais les leaders du parti socialiste ont également montré leur maîtrise de la langue de bois. D’un résultat d’élections municipales, Ségolène Royal a ainsi demandé un retour en arrière de plusieurs mesures du gouvernement et un changement de politique sans réellement proposer d’alternatives. Les socialistes se sont comportés comme si ces résultats invalidaient en partie les résultats des présidentielles et des législatives. Pire, la rénovation du PS semble désormais bien lointaine et cette victoire pourrait faire oublier les carences qui l’ont fait perdre en 2007. Quant à François Bayrou, il a eu le culot d’attribuer la responsabilité de sa défaite au maintien de la liste UMP. En l’absence de fusion, il faut tout de même accepter les règles électorales, qui prévoient des triangulaires…

Ces élections municipales sont un avertissement pour le président puisque jamais les départements et les grandes villes n’avaient autant penché à gauche depuis des décennies, à tel point que le Sénat pourrait changer de majorité. Mais la majorité ne semble pas vraiment vouloir en tirer les leçons et le parti socialiste pourrait bien en profiter pour oublier des leçons précédentes.

14.03.2008

Et si la stratégie du Modem était cohérente ?

L’ensemble des commentateurs politiques a passé la semaine à descendre en flamme la stratégie du Modem en soulignant l’incohérence de ses choix pour le second tour des municipales. Et si cette stratégie était plus cohérente qu’elle n’en avait l’air ?

Alain Duhamel a donné le ton de la semaine en disant qu’il y avait besoin d’un GPS pour suivre la stratégie du Modem de François Bayrou. Il est vrai que la stratégie du Modem est à géométrie variable. A presque chaque vile correspond une situation. On commence par Bordeaux, où le Modem faisait liste commune dès le début avec l’UMP, et Nantes, où il faisait liste commune dès le début… avec le Parti Socialiste, sans oublier les multiples déchirements préélectoraux, comme à Lyon. Depuis cette semaine, la situation s’est complexifiée entre les villes où le Modem reste présent au second tour (Pau, Paris), les villes où il a rejoint la gauche (Marseille) ou la droite (Toulouse). Cette situation est rendue plus difficile par les nouveaux déchirements multiples du parti centriste suite aux choix du second tour, comme à Toulouse.

Cette absence de cohérence dans les choix du parti de François Bayrou peut provoquer des railleries. Mais, dans le fond, quelles étaient les alternatives ? Choisir tout le temps de s’allier avec l’UMP aurait été un retour aux pratiques de l’UDF, ce qui était complètement incohérent avec la volonté d’émancipation de la droite que François Bayou défend. Mais cette volonté d’émancipation ne permet pas non plus de s’allier systématiquement avec le Parti Socialiste puisque le Modem veut se situer à égale distance de la droite et de la gauche. Dès lors, la seule autre solution possible serait de ne s’allier avec personne et de toujours maintenir les listes du Modem au second tour. Mais une telle position ne serait pas vraiment cohérente avec la volonté de François Bayrou de travailler demain avec des personnes de gauche ou de droite.

On peut se demander si certains commentateurs ou journalistes ne font pas semblant d’être stupides en raillant la stratégie du Modem. Car après tout, il n’est pas compliqué de se rendre compte que le parti de François Bayrou n’a pas vraiment d’autres alternatives. Sa stratégie d’indépendance ne lui permet pas de systématiser des accords avec le Parti Socialiste ou l’UMP. Et refuser tout accord ne serait pas non plus cohérent avec sa volonté de travailler avec des hommes politiques d’autres formations. Dès lors, même si la stratégie du Modem est à géométrie variable, elle représente sans doute la stratégie la plus cohérente par rapport au positionnement politique décidé par François Bayrou.

Bien sûr, ces élections municipales sont un moment difficile pour le parti centriste, qui s’est souvent déchiré au niveau local et dont les résultats sont en net repli par rapport aux législatives. Néanmoins, la stratégie suivie était sans doute la seule possible.

09.03.2008

Des Français pleins de bon sens

Les résultats du premier tour des élections municipales sont tombés pour la plupart à cette heure : abstention en baisse, poussée des listes de gauche qui devraient prendre plusieurs villes sans pour autant faire tomber les municipalités UMP qui ont un bon bilan.

Les listes de gauche sont donc globalement arrivés en tête. Même si les Français ont également voté en fonction du contexte local, il est difficile de ne pas voir dans la montée d’un Parti Socialiste pourtant guère crédible, un vote sanction à l’égard de l’UMP de Nicolas Sarkozy. C’est ainsi que Toulouse et Marseille pourraient bien passer à gauche dans une semaine. Dans le même temps, Lyon a réélu Gérard Collomb dès le premier tour, résultat assez exceptionnel dans une ville réputée à droite. Au niveau national, le Front National confirme son repli et ne peut plus se maintenir que dans une poignée de villes. Enfin, le Modem réalise un score suffisamment important pour compter dans de nombreuses villes.

Mais ces municipales montrent aussi que les Français ont adapté leur vote en fonction du contexte local. C’est ainsi que Bordeaux, malgré le vote des législatives, a réélu triomphalement Alain Juppé avec 56% des votes dès le premier tour, signe que le renouveau de Bordeaux a été pris en compte par les bordelais. Dans le 8ème à Paris, le maire sortant, François Lebel, qui s’était présenté en dissident puisque l’UMP avait investi Pierre Lellouche, qui avait fui son 9ème arrondissement, est arrivé en tête. Enfin, dans ma ville natale, Bayonne, où je vote, le maire UMP, Jean Grenet, est arrivé largement en tête, avec 44% contre 25% à la liste socialiste. Les électeurs bayonnais sont heureusement passés outre le contexte national pour prendre en compte le très bon bilan d’un maire qui a redynamise notre ville.

Le résultat de ces élections est finalement très cohérent. Les Français ont exprimé les doutes qu’ils ont à l’égard de Nicolas Sarkozy et son gouvernement tout en adaptant leur vote en fonction des résultats des équipes sortantes. Un vote plein de bon sens.