11.02.2009
Cette anarchie néolibérale qui détruit l’économie réelle
Les néolibéraux eux-mêmes parlent du processus de destruction créative de l’économie de marché. Mais pendant les Trente Glorieuses, cette caractéristique était compensée par un certain nombre de règles dont la remise en cause depuis 30 ans a libéré la violence destructive du capitalisme sauvage.
La crise la plus violente depuis 80 ans
3 millions de chômeurs de plus aux Etats-Unis en 1 an, avec un taux de chômage qui passe de moins de 5% à 7,6% en 12 mois. Des millions de ménages qui perdent leur maison faute de pouvoir rembourser des emprunts qu’ils n’auraient jamais dû souscrire. En Espagne, un taux de chômage qui bondit de 8 à 14% en 18 mois et un effondrement du marché immobilier. En France, un chômage qui monte à une vitesse inédite. En Allemagne, le PIB qui baisse en rythme annuel de plus de 6% au 4ème trimestre. En Irlande, une chute de 5% du PIB en 2009 et 10% de déficit budgétaire…
Et la situation n’est guère plus glorieuse en Asie. Même la Chine, malgré ses 6,8% de croissance en 2008 a sans doute stagné au 4ème trimestre, en partie sous l’effet de la baisse de ses exportations. Pire, les autres pays asiatiques se sont véritablement effondrés suite à la diminution brutale de leurs exportations (-35% pour le Japon sur le seul mois de décembre). Résultat, au dernier trimestre, le PIB japonais a reculé de 10% en rythme annuel (et 21% en Corée du Sud). La violence de la récession est encore plus dramatique dans les pays émergents où elle jette des millions de personnes dans la misère.
Pourquoi cette crise est plus violente ?
Bizarrement, peu de gens se demandent réellement pourquoi cette crise est aussi violente. Comment croire en effet que seuls les excès des traders et d’une partie du marché immobilier Américain ont pu abattre aussi brutalement l’économie mondiale ? Il semble évident que des mécanismes du nouveau système économique ont joué un rôle prépondérant, les subprimes n’ayant été que l’allumette qui a allumé la poudre. C’est bien la déréglementation commerciale, monétaire et financière est responsable de cette crise.
En effet, la violence de l’ajustement des marchés est permise par cette déréglementation. Et comment ne pas voir que plus nous dérégulons, plus les crises sont violentes et fréquentes, contrairement aux Trente Glorieuse ? Comment ne pas comprendre que la déréglementation financière a permis aux actionnaires et aux marchés de prendre le pouvoir dans les entreprises, poussant toujours plus loin les exigences de rentabilité qui entraînent délocalisations, chômage et baisse du pouvoir d’achat ?
Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont compensé en s’endettant au-delà de toute mesure. Il faut savoir par exemple que la dette des ménages de ces deux pays est passée d’environ 65% du PIB en 1997 à 100% en 2007 alors que leur PIB a augmenté de 33% en dix ans : la croissance américaine et britannique a été faite à crédit ! Parallèlement, le gonflement démesuré de la bulle financière fait qu’il devient toujours plus difficile de compenser son éclatement. La sphère financière vampirise l’économie réelle en temps normal pour supplier son aide quand elle s’effondre, victime de ses propres excès, qu’elle ne peut assumer.
En revenant au capitalisme sauvage d’il y a un siècle, nous avons réveillé la bête brutale qui sommeille dans l’économie de marché. La bonne nouvelle est que nous connaissons les recettes pour la domestiquer à nouveau. La mauvaise est que les dirigeants politiques ne semblent pas tous partisans de le faire…
Source : OCDE, « La trahison des économistes », Jean-Luc Gréau, Gallimard
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : néo-libéralisme, crise, chômage, jean-luc gréau, la trahison des économistes
23.07.2008
Analyse critique du néo-libéralisme : introduction
« La seule querelle qui vaille, c’est celle de l’homme » : cette phrase du Général de Gaulle montre la distance que nous avons parcourue depuis quelques décennies. Aujourd‘hui, il n’est question que d’adaptation des hommes à l’économie, par une terrifiante inversion entre la fin et le moyen.
En mai, 250 000 ménages américains ont été expropriés de leur maison faute de pouvoir rembourser les emprunts qu’ils avaient pris. Le système financier semble à nouveau au bord de l’implosion : l’Etat Américain a volé au secours de Fanny Mae et Freddie Mac et garantir leurs 5 000 milliards de dollars de dette. L’inflation des produits alimentaires et de l’énergie ampute largement le pouvoir d’achat des classes populaires des pays développés et a plongé des millions d’habitants des pays émergents à nouveau dans la pauvreté. Et partout, la même réponse pour traiter cette crise : accélérer les réformes, libéraliser plus encore les échanges et les marchés. Pourtant, comment ne pas s’interroger sur la responsabilité de ces mêmes réformes dans la crise actuelle ?
Lors d’une conférence de presse en février 1965, le Général de Gaulle avait affirmé que : « le laisser-faire ! le laisser-passer ! appliqué à l’économie depuis l’aurore du machinisme a souvent, grâce au bénéfice, à l’esprit d’entreprise, à la libre concurrence, donné au développement une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ». Il affirmait que le « dirigisme » du nouveau régime pourrait corriger ces excès. Ces propos, tenus pendant la période pourtant si calme des Trente Glorieuses, prennent une tout autre dimension aujourd’hui, après vingt ans de crises. Si le capitalisme encadré de l’après-guerre a su apporter un progrès aux hommes, sa variante débridée actuelle montre des carences de plus en plus inquiétantes.
C’est pourquoi, j’ai voulu creuser cette question plus en profondeur, en étudiant également la vision de la défense, par la voix de The Economist, hebdomadaire que je lis depuis une dizaine d’années et sans doute le plus farouche soutien des idées néo-libérales. Mais j’ai surtout cherché à creuser la vision alternative, par la voix des économistes alternatifs, comme Jean-Luc Gréau, Jacques Généreux ou Jean-Claude Michéa. Dans un premier temps, je reviendrai sur les thèses qu’ont développées ces auteurs dans leurs derniers ouvrages, puis je reviendrai sur les différentes manifestations actuelles de la crise pour enfin essayer d’en tirer quelques conclusions.
Je vous donne donc rendez-vous tous les jours pour cette analyse critique du néo-libéralisme. Demain, je commencerai par une revue du livre de Jean-Luc Gréau, « L’avenir du capitalisme ».
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