12.06.2010
Comment le néolibéralisme transforme sa crise en victoire
C’est tout le paradoxe de la crise que nous traversons depuis deux ans. Alors que la majorité des analystes s’accordent pour dire qu’elle est la conséquence directe du « laissez-faire » et du « laissez-passer », elle aboutit finalement à accentuer les mouvements qui l’avaient provoquée.
La crise de l’anarchie néolibérale
Bien sûr, quelques libéraux et néolibéraux affirment encore que la crise est la conséquence de l’excès de réglementation, pointant l’intervention de l’Etat sur les marchés immobiliers, via les niches fiscales et le rôle de Fannie Mae et Freddie Mac. Cependant, cette analyse ne résiste pas longtemps à l’analyse, comme peuvent l’attester les différents livres que vous trouverez ici en référence. Il est vrai que le rôle de l’Etat a pu amplifier certains excès, mais c’est bien l’anarchie néolibérale qui est responsable.
En effet, l’anarchie commerciale fait peser une pression énorme sur les bas salaires dans les pays occidentaux, en les mettant en concurrence avec des millions de personnes parfois payées 20 fois moins. On assiste donc à une stagnation, voire une baisse des bas salaires aux Etats-Unis comme en Europe. Ce blocage ou ce recul du pouvoir d’achat a été compensé par une augmentation de l’endettement proportionnelle (forte dans les pays anglo-saxons, plus faible en France).
Cette envolée de la dette a permis de maintenir une croissance de la consommation malgré la stagnation ou le recul des revenus. Mais parallèlement, les plus hauts revenus ont progressé de manière disproportionnée, amenant un flux de liquidités colossal sur les marchés. En outre, la libéralisation a permis aux banques de prêter toujours plus quitte à prendre des risques inconsidérés, créant une bulle. C’est cette séquence qui nous a menés au grand krach de l’automne 2008.
Quand les néolibéraux utilisent Keynes pour se sauver
Cela restera sans doute un des paradoxes les plus incroyables de la séquence que nous venons de vivre. A l’automne 2008, on a vu un journal comme The Economist implorer de « sauver le système sans le changer ». Les néolibéraux ont donc pris de Keynes ce qui les arrangeait et leur permettait de sauver ce qu’ils souhaitaient sauver, à savoir le système bancaire, au lieu de le laisser faire faillite (comme les néolibéraux les plus extrêmes le préconisaient).
L’hésitation a été forte et a culminé avec l’épisode Lehman Brothers où les plus radicaux ont emporté la décision et ont laissé faire la faillite de ce symbole du capitalisme. Mais rapidement, une majorité s’est dégagée pour revenir à un pragmatisme plus keynésien. Mieux, les leçons de la Grande Dépression ont aussi été tirées sur la croissance puisque les Etats ont substitué à la demande privée défaillante une augmentation de la demande publique pour relancer la machine économique.
C’est ainsi que les Etats-Unis ont adopté un plan de soutien massif de 800 milliards de dollars, honni par les plus néolibéraux des néolibéraux, mais soutenu par les plus réalistes d’entre eux (The Economist entre autres) malgré toutes ses limites. Ceci a permis à l’économie étasunienne de rebondir puisqu’on prévoit une croissance de 3% en 2010 qui annulera purement et simplement la récession de 2009. Quand Keynes permet de sauver le système néolibéral…
La grande glaciation néolibérale
Il y a un an et demi, j’avais publié une série de papiers « Le Grand Choc de 2017 », qui se voulaient une analyse prospective de ce qui pouvait arriver. Naturellement, un certain nombre de prédictions se sont révélées complètement fausses (réélection de Gordon Brown, popularité de Barack Obama), mais un certain nombre d’autres étaient plutôt bien vues, notamment l’évolution de la bourse en 2009. J’avais alors parié sur la victoire d’une lecture néolibérale de la crise…
Et c’est bien ce qui se passe aujourd’hui. La hausse des dépenses de l’Etat, suite aux plans de soutien aux banques et à l’économie a provoqué une explosion des déficits et de la dette qui provoque aujourd’hui un violent retour de bâtons en faveur de la baisse du poids de l’Etat dans l’économie, s’appuyant également sur des dérives réelles. Cela est illustré par le succès du mouvement « tea-party » aux Etats-Unis, qui pourrait bien porter Sarah Palin à la présidence des Etats-Unis en 2012.
En Europe, le mouvement n’est pas moins fort et la pression pour la réduction des déficits publics y est particulièrement forte, par la voix même de la Commission. Un à un, les pays mettent en place des plans d’austérité, l’Allemagne décrochant pour l’instant la palme et une coordination se met en place pour s’assurer que personne ne suit une autre politique. Enfin, la déréglementation continue de gagner du terrain avec la récente ouverture des jeux en ligne, dont on se demande bien quel est l’intérêt.
Les néolibéraux nous ont précipités dans la crise en recréant une jungle économique instable et injuste. Alors que leur château de cartes menaçait de s’écrouler, ils ont imploré l’aide des Etats avant de se retourner contre eux pour les affaiblir. Le pire, c’est que ça marche !
11:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, crise financière, néolibéralisme, the economist, anarchie néolibérale
16.03.2010
Le néolibéralisme est un darwinisme
C’est Jacques Généreux qui l’affirmait à raison dans son livre « La dissociété ». La démonstration de l’ancien socialiste passé depuis au Front de Gauche se trouve considérablement renforcée par les évènements des 18 derniers mois.
La loi du plus fort
Dans ce livre de référence, l’économiste se faisait volontiers philosophe et affirmait que le libéralisme avait muté à la fin du 19ème siècle en néolibéralisme sous une double influence. Tout d’abord, les théories de Darwin, pour lesquelles la loi du plus fort serait la loi de la nature à travers la théorie de l’évolution. Puis l’application des mathématiques à l’économie puisque la mise en équation de l’homme doit présupposer un être autonome uniquement mû par ses intérêts égoïstes.
La thèse du livre était de dire qu’au contraire, l’homme avait deux facettes : « l’être soi » et « l’être avec », le premier représentant le versant individualiste et autonome de l’homme, le second, son besoin de lien social. Il va sans dire que pour l’auteur, l’homme ne peut s’épanouir que dans un équilibre de ces deux êtres. Il soutient en revanche que la société néolibérale en construction depuis quelques décennies tend à nier le besoin d’être avec pour ne retenir que l’être soi.
Une crise darwinienne
La crise que nous traversons est une illustration parfaite de cette analyse. En effet, les néolibéraux ont obtenu des Etats et des hommes politiques de droite comme de gauche qu’ils laissent faire le marché, que ce soit pour le commerce, la monnaie ou la finance. Ainsi, les droits de douane ont baissé, les marchés monétaires ont été libéralisés, les mouvements de capitaux libérés et les banques ont d’autant plus pu faire ce qu’elles voulaient que ce sont elles qui fixent leurs règles…
C’est bien l’anarchie néolibérale qui est responsable de la crise. Pour reprendre les termes du Général de Gaulle, le « laissez-passer » provoque en Occident chômage et perte de pouvoir d’achat, ce qui pousse les ménages à s’endetter toujours davantage pour pouvoir acheter un logement, d’autant plus qu’ils sont appâtés par les prêts trompeurs des banques, que l’on a « laissé-faire » pour cela et pour se couvrir par des mécanismes qui démultipliaient le risque au lieu de le couvrir.
Une solution toute aussi darwinienne
Pire, la loi du plus fort s’est aussi illustrée dans les remèdes apportés à la crise. Alors que l’on a laissé les ménages empêtrés dans des emprunts léonins faire faillite et perdre leur maison, les banques qui avaient joué avec eux ont été jugé « trop grosses pour faire faillite ». Pire, la crise a encore aggravé la concentration du secteur tout en ayant consacré l’aléa moral du système financier qui sait aujourd’hui que les Etats les sauverons forcément en cas de crise, pour éviter une faillite du système.
Et aujourd’hui, alors que les grands pays peuvent avoir des déficits massifs sans sanction du marché, les plus petits (Irlande, Grèce, Lettonie) se voient imposer des plans de rigueur sauvages. De même, si la crise frappe durement les plus pauvres, avec l’envol du chômage et la stagnation du pouvoir d’achat, les grandes fortunes et les traders ont passé une très bonne année 2009, au point que certains se portent presque déjà mieux qu’avant la crise.
Naomi Klein avait raison de parler d’horreur économique. C’est bien ce qui caractérise le système actuel. La volonté de libéralisation sans limite de l’économie provoque un retour en arrière effrayant où l’homme revient à l’état de nature dans une loi de la jungle qui efface notre humanité.
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23.02.2010
Les néolibéraux ont gagné une bataille…
C’est tout le paradoxe de cette crise. D’une part, les travers de la globalisation néolibérale ont été exposés comme jamais, et font même la une des média (une de l’Express cette semaine). De l’autre, loin de faire avancer une autre politique, c’est l’agenda néolibéral qui semble triompher.
Une bataille gagnée
En effet, quand on examine l’actualité aujourd’hui, que constate-t-on ? Les institutions financières semblent tout aussi libres qu’avant la crise. La profitabilité des banques remonte en flèche (Goldman Sachs, BNP Paribas), des bonus indécents continuent à être versés, de nouvelles innovations financières (les dark pools) continuent d’être imaginés par les fertiles cerveaux de la finance pour échapper à toute réglementation et augmenter encore et toujours la rentabilité des placements.
La déconnexion entre la sphère financière et l’économie réelle atteint des sommets inédits, et pourtant, rien ne bouge. Comme le demandait The Economist à l’automne 2008 en une, le système a été sauvé mais pas changé. Les déréglementations financières, commerciales et monétaires n’ont pas été remises en cause. Les dénonciations des bonus et des paradis fiscaux n’ont pas été suivies d’effet. Pire, les nouvelles normes prudentielles sont dans les mains des banques…
Et après avoir été sauvés par les Etats, les marchés se retournent contre eux en spéculant sur les dettes publiques, dont le récent dérapage est la conséquence des plans de sauvetage ! Du coup, dans la grande majorité des pays développés, on ne parle plus que de coupes dans les dépenses publiques pour équilibrer des budgets mis à mal par la crise. Au final, cette crise pourrait bien paradoxalement aboutir à un retrait de l’Etat alors que c’est son absence qui en est responsable…
Une guerre qui sera perdue
Bref, à court terme, et jusqu’à la prochaine crise, ce sont les néolibéraux qui ont gagné la bataille, comme on pouvait malheureusement l’imaginer. Mais cette victoire sera de courte durée, pour deux raisons. Tout d’abord, l’ensemble des déséquilibres de l’économie mondiale n’ont pas été traités. La dérive d’un capitalisme actionnarial qui vampirise l’économie réelle, les ravages de l’anarchie commerciale qui déprime les revenus et fait s’envoler les hauts salaires et les excès de la finance continuent.
Résultat, tous les ingrédients pour une nouvelle crise se mettent en place. La question n’est pas de savoir si elle aura lieu, mais quand. Deux ans, dix ans ? Il est trop tôt pour le savoir. L’avantage est que cette troisième crise (il y a aussi eu la bulle Internet) devrait achever de discréditer les tenants de l’ordre établi dont on verra bien que les solutions n’étaient que de la poudre aux yeux. Une nouvelle crise devrait favoriser l’émergence d’une véritable alternance démocratique.
Car les peuples sont en colère, à juste titre, contre les excès de la globalisation néolibérale. L’image d’un système où les profits sont privatisés et les pertes collectivisés (comme même The Economist le reconnaissait), où les erreurs d’hier ne sont pas prises en compte et où les inégalités deviennent toujours plus indécentes est gravé dans toutes les mémoires aujourd’hui. Tous les médias se sont fait l’écho, et se font encore l’écho, des excès d’un système qui n’est qu’en sursis.
Les néolibéraux ont bien gagné la bataille de cette crise, faute de politiques porteurs d’une véritable alternative. Mais la prise de conscience des citoyens fait que demain, quand une nouvelle crise aura lieu, ce système monstrueux sera balayé comme jadis Roosevelt l’avait fait.
10:51 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : néolibéralisme, crise, the economist
02.11.2009
La globalisation néolibérale contre l’intérêt général
Depuis 30 ans, la globalisation néolibérale a transformé la planète. Ses promoteurs affirment que la liberté, promue objectif absolu de l’humanité, est le meilleur moyen de faire avancer le bien commun. Pourtant, aujourd’hui, il est difficile de ne pas constater qu’elle œuvre contre l’intérêt général.
Un idéal de liberté travesti
A la base, le libéralisme est porteur d’un bel idéal, celui d’une émancipation des hommes de sociétés féodales, où le destin des individus était trop souvent dans les mains d’un autre. Cet idéal a dirigé certains des plus grands progrès de l’humanité, notamment la fin de l’esclavage dans toutes ses formes. En cela, le mot « liberté » prend une place particulière dans le triptyque de notre République. Malheureusement, cet idéal a été travesti par sa transformation en néolibéralisme.
Un intellectuel affirme que cette mutation du libéralisme, qui se serait opérée vers la fin du 19ème siècle, s’explique par deux évènements : la théorie de Darwin et la mathématisation des sciences économiques. La première aurait poussé certains économistes à adopter la théorie de l’évolution aux sociétés humaines et à vouloir laisser faire la nature dans tous les aspects de l’économie. La seconde a favorisé des constructions purement abstraites, déconnectées de la réalité.
Une société injuste et instable
Cette volonté de liberté absolue trouve sa première expression sur le terrain économique et social. La liberté ne devient plus un moyen à destination d’une fin, le progrès humain, elle devient un objectif en soi. Le meilleur exemple reste le Traité Constitutionnel Européen qui avait fait de « la concurrence libre et non faussée » un objectif de l’Union Européenne. Le « laissez faire » et le « laissez passer », pour reprendre les mots du Général de Gaulle, ont été érigés en horizons indépassables de la modernité.
Pourtant, faute est de constater que cette anarchie néolibérale (monétaire, commerciale et financière) n’a fait que provoquer une course au moins-disant social, salarial et environnemental. Le bilan de cette anarchie économique globale est désastreux dans tous les pays développés puisque nous assistons à une montée inédite des inégalités (90% de la population ne profite pas de la croissance), à des crises à répétition et de plus en plus violentes, et une montée de l’endettement.
Un affaiblissement de nos Républiques
Mais cette globalisation néolibérale pose également de graves problèmes dans le fonctionnement de nos sociétés et de nos démocraties, comme l’illustre bien le cas des Etats-Unis, pays le plus « avancé » dans cette évolution. Elle porte en elle une remise en cause partielle de l’idée même de démocratie, puisqu’elle aboutit à sanctuariser une partie croissante du pouvoir politique (la monnaie notamment) dans des instances « protégées » des choix démocratiques et structurellement favorables à cette évolution.
La société que construit la globalisation néolibérale tend également à profondément remettre en cause l’égalité des chances, comme le montre bien Paul Krugman. Le « rêve américain » est battu en brèche par l’argent : un mauvais élève riche a autant de chances d’arriver à l’université qu’un bon élève pauvre. L’ascenseur social se grippe, une nouvelle aristocratie de l’argent se forme. De plus en plus, les citoyens constatent qu’il y a deux poids, deux mesures, et pas pour les bonnes raisons.
Enfin, en mettant autant l’accent sur l’individu, elle tend à distendre le lien entre les citoyens et des Etats-nations, dont la perte de marge de manœuvre ne permet pas de renouveler le lien national. Comme le montre Jacques Généreux, elle pousse l’individu à l’individualisme au détriment du collectif ou tend à promouvoir des communautarismes de toutes sortes.
Un monde où règne le chacun pour soi
Et comment ne pas voir la patte de la globalisation néolibérale dans l’évolution des rapports internationaux ? A force de promouvoir le pur intérêt égoïste, dont la somme serait censée produire un intérêt commun, les pays ne sont plus capables de dépasser leur propre intérêt pour envisager le bien commun de la planète. C’est ce que montrent les discussions plus mesquines les unes que les autres sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, que ce soit au niveau européen ou mondial.
Cette évolution consacre également la très darwinienne loi du plus fort, qui a présidé aux interventions des Etats-Unis en Irak ou celle d’Israël au Liban, malgré l’opposition de la majorité du concert des nations, et sans la moindre conséquence pour ceux qui ont pourtant violé les règles de la communauté internationale. L’expression d’un bien commun planétaire semble désormais un doux rêve.
Les trente dernières années montrent que la globalisation néolibérale est incapable de produire du bien commun. Elle ne tend qu’à produire un monde égoïste, injuste et instable, sans doute le signe que le cadre mondial n’est pas capable de produire de l’intérêt général.
Ce papier et les deux suivants sont l’aboutissement de nombreuses lectures, les livres de Frédéric Lordon et Dominique de Villepin, les débats du blog Horizons, ainsi que d’une soirée de discussion avec Stéphane, Charles et Emmanuel, qui m’a servie de catalyseur. Je les en remercie.
Demain, « Re-internationalisation contre globalisation »
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : globalisation, néolibéralisme, traité constitutionnel européen, paul krugman, jacques généreux
26.09.2009
Néolibéralisme contre démocratie
C’est une série d’articles dans The Economist du 12 septembre qui m’a mis la puce à l’oreille. Devant l’insistance de l’hebdomadaire anglais à limiter le pouvoir des politiques, n’y a-t-il pas une tentation anti-démocratique dans la pensée néolibérale ?
Limiter le pouvoir des politiques
Il faut dire que ce numéro était truffé de remarques acerbes sur les hommes politiques. The Economist soutient l’indépendance des banques centrales. Il veut limiter le plus possible toute socialisation, même partielle et temporaire, du crédit. Il demande également un encadrement plus strict du processus budgétaire pour limiter les futurs déficits et réduire les dettes publiques. Enfin, il soutient l’idée de Barack Obama de « confier à un comité technocratique la tâche de réformer Medicare, pour enlever intelligemment les décisions difficiles des mains des hommes politiques ».
On résume : il ne faut pas confier aux hommes politiques la politique (sic) monétaire. Il faut encadrer strictement le budget pour les empêcher de trop dépenser. Si jamais ils étaient contraints d’utiliser des nationalisations partielles pour sauver les banques, il faut absolument qu’ils en cèdent le contrôle le plus rapidement possible. Et enfin, pour les décisions difficiles relevant de la santé, il vaut mieux les confier à des technocrates indépendants plutôt qu’à des politiques qui écoutent le peuple…
Populisme anti-démocratique
Naturellement, The Economist habille ses propositions du bon sens et de la raison. Il ne faudrait pas confier la politique monétaire aux hommes politiques pour éviter de finir comme l’Allemagne de Weimar. Il faut restreindre leur liberté de gestion budgétaire puisque nous avons des déficits colossaux. Quant aux banques, elles ne sauraient être bien gérées par des hommes politiques. Enfin, les hommes politiques étasuniens ont été incapables de gérer la santé, donc il faut leur retirer ce pouvoir…
Pourtant, cette présentation des faits ne résiste pas à l’analyse. Car c’est bien sous le mandat des hommes politiques que l’inflation a été vaincue au début des années 80. En outre, les banques centrales indépendantes ont été incapables de contenir une inflation des actifs qui était beaucoup plus faible du temps du contrôle politique... Sur les déficits, le raisonnement est malhonnête : The Economist était le premier à demander de « sauver le système » l’automne dernier à coup d’argent public.
Et si le néolibéralisme n’était pas démocratique ?
En fait, derrière toutes ces contraintes que les néolibéraux veulent imposer au pouvoir politique, comment ne pas voir la volonté d’imposer une politique qui ne pourrait plus être remise véritablement en question même en cas d’alternance démocratique. Si les vrais libéraux acceptent les alternances et les opinions contraires aux leurs, il est possible de se demander aujourd’hui si le néolibéralisme, forme extrême du libéralisme, ne souffre pas des mêmes défauts que les autres extrêmes politiques.
Car cette croyance théologique dans les vertus du marché et cette priorité absolue donnée à la liberté peut vite déraper en une forme d’extrémisme qui peut les pousser certains à vouloir mettre en place des mécanismes qui restreignent fondamentalement la capacité d’alternance démocratique des peuples. Si l’on suit The Economist, que finirait-il par rester aux hommes politiques, outils de l’expression démocratique des peuples ? Sans doute pas grand-chose…
Il y a une tendance chez certains néolibéraux à vouloir verrouiller les politiques publiques dans le sens de leurs idées, au mépris de la capacité à obtenir une véritable alternance démocratique qui les remettrait en cause. Pire, ils arrivent à obtenir des redditions des politiques, comme sur les banques centrales.
Source : The Economist 12 septembre
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27.04.2009
Néolibéralisme : la parabole du code de la route
Il était une fois une période que l’on appelait les Trente Glorieuses. Le progrès économique était partagé par tous, chacun pouvait espérer que la condition de ses enfants soit meilleure que la sienne. Le capitalisme encadré par l’Etat fonctionnait globalement pour le bien de tous.
Un code de la route obsolète
La route des Trente Glorieuses comportait de nombreux feux rouges, ronds points, stops et autres règles qu’il convenait de respecter. L’Etat se chargeait de sanctionner tout contrevenant. Mais un jour, la multiplication des règles finit par devenir pesante et certains demandèrent l’abrogation de ces règles. Leur argument était simple : en supprimant tous les ronds-points, feux rouges, stops et autres laisser passer, il serait possible d’accroître la vitesse de passage et l’efficacité du système de transport.
Les partisans de l’abrogation des règles affirmaient que chaque individu était capable d’estimer quel était son meilleur intérêt et qu’à un croisement, une « main invisible » miraculeuse permettrait à chacun de s’insérer dans le trafic de manière harmonieuse et efficace pour tout le monde. Leur calcul mathématique montrait qu’en évitant tout arrêt, il était possible de largement augmenter le trafic pour un même réseau, assurant ainsi d’une meilleure efficacité pour le bénéfice de tous.
Les partisans de la fin du code de la route parvinrent à faire passer leur argument en s’appuyant sur des arguments simples mais percutants. Ils mirent en avant le temps perdu à des feux rouges inutiles où personne ne passe en face… En outre, ils soulignèrent que ce code de la route imposait des forces de police qui pourraient être occupées à des activités plus utiles.
Le code de la jungle
La suppression des règles fut progressive, pour permettre une familiarisation de la population. Les feux rouges devinrent de simples laissez-passer avec priorité et petit à petit, la notion de priorité fut retirée des endroits avec une bonne visibilité. Assez naturellement, une nouvelle règle se mit en place : le plus gros et le plus rapide avait la priorité sur le plus petit, qui laissait toujours passer plus fort que lui. Dès lors, les gros devinrent de plus en plus gros pour profiter de cette priorité.
En fait, plus on était gros et forts, plus on pouvait imposer sa volonté sur des petits qui ne pouvaient pas se risquer à passer, de peur d’être tout simplement écrasés par un plus gros qui n’aurait pas fait attention. Pire, les plus gros étaient devenus tellement gros qu’en cas de pannes ou d’accidents, ils bloquaient totalement le passage, imposant progressivement aux petits de les aider pour se sortir de l’ornière à moins de rester bloqués derrière eux sans pouvoir avancer.
Après de nombreux accidents consécutifs à la vitesse excessive des plus gros camions (les 900 tonnes), qui avaient fini par bloquer de plus en plus souvent les routes, les hommes finirent par constater que le « laissez faire » et le laissez passer » provoquait de grandes injustices et des crises violentes comme le disait un Général prophétique. C’est pourquoi ils finirent par décider de revenir à leur ancien code de la route, qui s’il était un peu frustrant parfois, garantissait à tous un droit de circuler plus juste et sécurisant.
La morale de l’histoire
La déréglementation économique que nous vivons depuis 30 ans, c’est un peu comme si nous avions renoncé à tout code de la route économique en pensant que l’absence de règles n’empêcherait pas la création spontané d’un équilibre qui pourrait être profitable à tout le monde. La crise actuelle montre bien qu’un tel équilibre n’est pas possible, que seule une minorité profite de l’absence de règles et que l’absence de cadre économique provoque des crises de plus en plus violentes.
L’alternative n’est pas un système uniforme niant toute liberté. L’économie a juste besoin de retrouver un code de la route pour ne pas sombrer dans la loi de la jungle. Et chaque individu y restera libre d’y choisir son véhicule, son rythme et sa route, mais en respectant le code de la route et les normes en vigueur.
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14.04.2009
Ce que le néolibéralisme fait à la diplomatie
La somme des intérêts égoïstes permettrait de produire de l’intérêt général. Si la théorie libérale s’est à nouveau fracassé sur le mur de la réalité avec la crise, son influence n’a pas fini de se faire sentir, par la tournure d’esprit qu’elle donne aux diplomaties de la planète.
Du néolibéralisme et de l’Europe
Quand les Etats européens négocient un nouveau paquet climat, c’est une foire d’empoigne pour négocier des exemptions ou de meilleurs quotas pour ses industriels. La mise en place d’une taxe nous aurait épargné ce spectacle assez peu réjouissant. En fait, les pays européens n’ont pu s’entendre que sur un plan coordonné pour sauver des banques. En revanche, les plans de soutien à la demande ne sont pas concertés et les pays qui le peuvent, comme la Grande-Bretagne, utilisent la dépréciation monétaire…
Sans doute en bonne partie sous l’influence néolibérale, l’Union Européenne n’est plus un espace où un intérêt général européen pourrait s’imaginer mais simplement un champ de bataille où chacun cherche à protéger mesquinement ses propres intérêts ou, mieux, à les imposer aux autres pays, voir dans le cas des lobbys, à les imposer aux gouvernements et aux peuples. Les ravages de l’idéologie néolibérale sont ancrés profondément dans l’ensemble des Institutions européennes.
Dans les années 50, la France et l’Allemagne étaient capables de construire un projet commun, la CECA, qui servait leurs intérêts communs. Dans les années 60, le Général de Gaulle avait réussi à faire adopter une Politique Agricole Commune avec un grand dessein. Avec Airbus et Ariane, les Etats ont su faire preuve d’une certaine abnégation pour construire un dessein plus grand.
Du néolibéralisme et de la diplomatie
Il en est de même à l’échelle de la planète. Qu’avons-nous appris aux pays émergents si ce n’est une logique détestable de rapports de force où le plus puissant fait ce qu’il veut et peut imposer sa volonté à plus faibles que lui. Quand les pays riches traversent une crise économique, ils n’hésitent pas à creuser les déficits pour amortir la crise. Quand les pays émergents vont mal et qu’ils sont contraints d’avoir recours à l’aide du FMI, qu’ils cherchent donc à éviter, on leur impose des cures d’austérité…
Diplomatiquement, la situation est simple. Un pays peut faire ce qu’il veut du moment qu’il est puissant, économiquement ou militairement : les autres pays ne viendront pas lui chercher des noises. En revanche, un pays relativement faible, comme l’Irak, le Liban ou Gaza, pourra être envahi par plus puissant que lui sans la moindre conséquence concrète de la part de la communauté internationale. Le règne du chacun pour soi en économie devient la règle en diplomatie.
Conséquences et remèdes
La volonté de puissance affichée par la Russie ou la Chine est une conséquence logique de la façon dont fonctionne la communauté internationale fonctionne. Malheureusement, c’est ce que nous leur avons appris. La Russie s’est vue imposer une thérapie de choc inhumaine par un Occident inconscient dans les années 90. Il est donc parfaitement normal que le régime russe soit toujours dans une logique de rapports de force avec les autres pays. Nous leur avons montré qu’il valait mieux être puissant et riche…
Dans un autre monde, l’Europe aurait pu tendre la main à sa partie orientale pour l’aider à se relever de l’effondrement du communisme en prenant exemple sur le plan Marshall du sortir de la guerre. Ainsi, nous aurions appris à nos frères de l’Est que l’égoïsme ne fait pas tourner le monde. En un sens, la crise actuelle est une opportunité de nous racheter. Malheureusement, il est peu probable qu’elle soit saisie.
En un sens, l’aventure européenne, jusque dans les années 70, a représenté et représente toujours une formidable aventure humaine qui a permis à des nations autrefois séparées par d’innombrables guerres et des millions de morts, de construire un projet commun qui nous a permis de dépasser les antagonismes et de construire de nouvelles solidarités. Malheureusement, ses promoteurs ont fini par tomber dans un double travers : un dogmatisme ultralibéral sans limites et une volonté affichée d’affaiblir les nations.
Le néolibéralisme prêche la guerre économique entre les nations. Il n’est malheureusement pas étonnant que cet état d’esprit conduise à des comportements belliqueux. Il est urgent d’imaginer de nouveaux projets communs pour remettre de l’intérêt général dans les relations diplomatiques.
Source : http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/04/le-g20-vers-un...10:55 Publié dans Economie, Europe, International | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : diplomatie, fmi, russie, chine, europe, néolibéralisme
10.02.2009
La crise de l’anarchie néolibérale
La crise actuelle n’est pas seulement la conséquence des excès des subprimes ou du comportement individuel de quelques traders. Elle est la conséquence directe des excès de la déréglementation.
Aux racines du mal : une triple déréglementation
À partir des années 70, les structures économiques relativement rigides issues de l’après-guerre ont été démantelées par les tenants d’une liberté économique sans limites. Ils sont parvenus à mettre en place une triple déréglementation, monétaire, commerciale et financière, liée par l’idéologie et des intérêts croisés. La libéralisation financière pousse ainsi celle du commerce puisque les multinationales qui investissent à l’étranger cherchent ensuite à exporter. La libéralisation monétaire pousse la libéralisation financière pour permettre aux entreprises de se couvrir contres les évolutions erratiques du cours des monnaies.
On oublie aujourd’hui le rôle fondamental de la fin de la convertibilité du dollar en 1971, qui a accéléré la financiarisation de l’économie (le marché des devises est le premier au monde). Puis, les accords commerciaux se sont multipliés pour démanteler les barrières douanières et assurer une circulation la plus libre possible des biens. Enfin, les années 80 ont vu une accélération de la déréglementation financière jusqu’à ce que les échanges financiers soient 50 fois plus importants que ceux de marchandises.
Les trois conséquences de la déréglementation
La déréglementation a eu trois conséquences. La première a été un gonflement incontrôlé de l’endettement (des ménages et des Etats,), permis par le manque d’encadrement des pratiques financières. Les institutions financières peuvent créer toujours plus de monnaie par rapport à leurs capitaux, que ce soit par l’effet de levier, qui permet de prêter ou placer davantage que ce qui est autorisé (par le hors bilan) ou la titrisation (qui permet de sortir le risque du bilan). Les excès de cette libéralisation sont particulièrement bien illustrés par les excès du marché de l’immobilier subprimes aux Etats-Unis, que Paul Jorion décrit si bien.
La deuxième conséquence est une amplification radicale du caractère cyclique de nos économies et la multiplication des crises. Nous vivons dans un monde économique de plus en plus instable : krach boursier en 1987, crise économique du début des années 90 (conséquence d’une bulle immobilière), crise asiatique de 1997, bulle Internet de 2001, subprimes en 2007. Et du fait de la libéralisation, la contagion est plus rapide et les crises sont plus violentes. Le repli de la régulation laisse mieux apparaître le caractère exagérément cyclique du marché, exubérant à la hausse comme à la baisse.
La troisième conséquence est une hausse des inégalités. Le libre-échange non régulé des pays développés avec les pays émergents provoque une déflation salariale et une hausse du chômage. Le système actuel ne profite au mieux qu’à 10% de la population. Et la hausse des inégalités se retrouve également dans la soumission accrue des entreprises au diktat du marché. Enfin, cette inégalité transparaît dans le rapport entre les entreprises et les citoyens puisque les premières s’accaparent une part toujours plus grande de la richesse au détriment des salaires, preuve que déréglementation ne rime pas forcément avec concurrence.
Pire, les trois conséquences de la déréglementation se renforcent entre elles. En effet, c’est bien la hausse des inégalités aux Etats-Unis qui a provoqué la catastrophe des subprimes puisque les ménages modestes ont compensé par l’emprunt la baisse de leur pouvoir d’achat à cause à la déréglementation financière. Et c’est la déréglementation monétaire et financière qui pousse les pays d’Asie à engranger des excédents colossaux pour se protéger des marchés, créant d’énormes déséquilibres financiers mondiaux.
Une guerre sémantique et philosophique
De manière intéressante, les tenants du système ont gagné une partie de la bataille en parvenant à qualifier la destruction de la réglementation économique issue de l’après-guerre des beaux noms de mondialisation, globalisation ou déréglementation. En effet, comment être contre ces termes, porteurs de valeurs positives ? Notre combat idéologique passera également par les mots et il nous revient de qualifier ce qu’est vraiment cette évolution de ce capitalisme sauvage : la loi de la jungle, la loi du plus fort ou l’anarchie néolibérale.
Pire, certains ont réussi à faire passer ce retour en arrière pour moderne. Il s’agit d’une arnaque incroyable tant cette idéologie tend à revenir au capitalisme sauvage du tournant du siècle, celui d’avant les grandes conquêtes sociales. En quelque sorte, pour reprendre Paul Jorion, il s’agit d’une volonté de retour du capitalisme à l’état de nature, d’un déni de tout ce qui fait l’humanité, l’abandon du processus de civilisation où le bien commun et la solidarité l’emportent sur les calculs égoïstes individuels.
Quelques économistes darwiniens ont vendu l’idée que la somme des égoïsmes correspond à l’intérêt général et qu’une main invisible bienveillante veille sur le marché pour promouvoir le « laissez faire » et le « laissez passer ». La crise leur fait perdre une bataille, mais ils n’ont pas encore perdu la guerre…
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : crise, néolibéralisme, déréglementation, laissez-passer, laissez-faire, paul jorion
13.01.2009
La trahison sociale des socialistes
C’est Malakine sur son blog Horizons qui a déniché cette interview de Jacques Delors, la référence d’une grande partie du Parti Socialiste. Une interview essentielle pour comprendre pourquoi les socialistes ne sont pas l’alternance dont notre pays a besoin.
La démission libérale du PS
1983 marque la rupture du Parti Socialiste avec sa volonté de « changer la vie ». L’échec du programme commun a provoqué une reddition sans condition aux dogmes ultralibéraux, dont Jacques Delors était déjà un des principaux avocats. Bien sûr, il y a eu les 35 Heures sous le gouvernement Jospin, qui permettent de garder une illusion de volontarisme économique. Mais leur bilan controversé, notamment pour les classes populaires, et d’autres mesures, comme la directive sur la libéralisation des services publics ou les privatisations montrent bien l’étendue de la conversion néolibérale des socialistes.
En fait, c’est la pensée économique du Parti Socialiste qui est profondément atteinte, comme le montre cette interview de Jacques Delors. Chose absolument incroyable, il reconnaît que « la mondialisation exerce une pression sur les revenus et le niveau de vie des pays riches » et que « seule une partie a vu ses revenus croître très nettement ». On pourrait s’attendre alors à ce que l’ancien Président de la Commission Européenne exprime un minimum de regrets ou la volonté de changer le cours des choses. Mais non, « il faut bien voir qu’il y a un marché mondial et que ceux qui veulent avoir une place au soleil poussent, donc les classes moyennes souffrent de cela ».
Ce froid constat de celui qui inspire encore une bonne partie du PS n’est malheureusement pas une surprise. De nombreuses personnes, notamment de gauche, ont dénoncé sa dérive libérale (sur l’économie). Je l’avais évoqué dans ma chronique des livres de Jacques Généreux, ancien membre du bureau politique, et Jean-Claude Michéa. Le premier dénonçait alors une « illusion démocratique » où « les électeurs ont alors le « choix » entre des candidats dont aucun ne représente l’alternative à laquelle ils aspirent » ainsi que la « troisième voie », qui n’est qu’une capitulation de la gauche au néolibéralisme.
Quelle alternance pour les citoyens ?
Le mal du Parti Socialiste est profond. Avec le départ de Jean-Luc Mélenchon, Jacques Généreux et d’autres, il ne reste presque plus de penseurs alternatifs. On peut même suspecter Benoît Hamon d’être davantage dans une posture gauchiste que dans une véritable pensée alternative quand on lit le texte d’orientation qu’il a signé pour prendre la fonction de porte-parole. Dès lors, il faut espérer que les Français se tourneront vers d’autres partis pour rechercher une alternance au système économique actuel. Trois se présentent à eux : le Modem, le Parti de Gauche et Debout la République.
Le Modem est le premier candidat naturel, grâce au score de son candidat en 2007 et la perspective crédible de sa victoire en 2012. Pourtant, on peut se demander si François Bayrou n’est pas dans une aventure purement personnelle et s’il n’est pas le représentant ultime du système économique actuel. En fait, une issue possible serait un véritable virage à gauche, avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, mais, coincé entre une franchise socialiste qui cherche à se gauchir et Olivier Besancenot, il ne lui sera pas évident d’exister politiquement. On peut également s’interroger sur son rapprochement avec le PC.
Reste alors l’option de l’alternance gaulliste. Après tout, le Général n’était pas le dirigeant politique le moins critique à l’égard des excès du capitalisme, dont « il est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ». Il entendait répondre à ces limites par « le dirigisme du nouveau régime », un terme que même le PS n’ose pas utiliser dans ses discours… Le gaullisme peut représenter une possibilité d’alternance, et comme il a été digéré et oublié au sein de l’UMP, c’est bien dans un nouveau parti qu’il pourra renaître, sans doute au sein du mouvement de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la République.
Même s’il parvenait à récupérer le pouvoir, le Parti Socialiste ne serait pas capable de proposer la moindre alternance économique tant, suivant Jacques Delors, il a démissionné face à l’ultralibéralisme. La France devra se tourner ailleurs pour trouver une alternative.
Source : http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/01/la-vrit-sort-d...
10:59 Publié dans Actualités, Blog, Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, jacques delors, néolibéralisme, horizons, malakine, jacques généreux, jean-claude michéa
14.09.2008
Analyse critique du néo-libéralisme : le constat et les solutions de Lionel Jospin
Il y a quelques jours, Lionel Jospin a publié une tribune intéressante avec François Morin, économiste, ancien membre du conseil de la Banque de France, au sujet de la crise financière. Cette tribune brille néanmoins davantage par son constat que par les esquisses de solution.
Le constat, à défaut d’être nouveau, a le mérite d’être clair. Les auteurs expliquent assez bien la mécanique de la libéralisation. Dans un premier temps, ont été libéralisés les marchés monétaires et financiers. Mais, les variations consécutives des taux et des cours des monnaies ont poussé les entreprises à chercher à se protéger avec des produits dérivés garantissant les cours. Les auteurs soulignent l’ironie que représente le fait « de libéraliser les prix pour se protéger ensuite contre leurs variations ». Mais ces produits se sont transformés ensuite en placements financiers, dont les transactions atteignent aujourd’hui 1,4 million de milliards de dollars, plus de 30 fois le PIB mondial. Les auteurs notent que les transactions liées à l’économie réelle ne représentent plus que 2,2% des échanges monétaires.
Ils soulignent justement, dans une analyse proche de Joseph Stiglitz, que les débordements de l’économie financière ont de plus en plus tendance à influencer l’économie réelle. La crise financière actuelle, qui vient essentiellement des Etats-Unis, a ainsi tellement bouleversé les marchés financiers mondiaux que l’Allemagne, où les prix de l’immobilier sont stables depuis 10 ans, est également affectée. On pourrait ajouter que la crise boursière de 1987 n’avait pas eu d’impact sur l’économie réelle. Ils soulignent très justement que le développement anarchique de la sphère financière influence de plus en plus la sphère productive. En outre, le développement de ces outils a permis l’enrichissement considérable d’une petite élite puisque les près de cent mille personnes qui détiennent plus de trente millions de dollars ont un patrimoine équivalent au quart de la richesse annuelle mondiale !
La partie sur les solutions est moins convaincante car les idées ne sont pas suffisamment développées. Les auteurs proposent en vrac une régulation des agences de notation par le FMI, l’augmentation de la transparence (notamment dans les « paradis fiscaux »), la fusion FMI-BRI en vue du développement d’une monnaie internationale, enfin, la taxation sur les mouvements de capitaux. S’il faut réformer le mode de notation des entreprises, on peut se demander en quoi la confier aux bureaucrates du FMI assurera une meilleure évaluation. Une meilleure séparation des intérêts des agences de notation semble une voie plus sûre. De même, la gestion d’une monnaie internationale par des bureaucrates ne ferait que renforcer les travers du système. Enfin, l’augmentation de la transparence des « paradis fiscaux » (quel nom détestable !) est bien timide : il faudrait plutôt mettre fin à ces anomalies du système économique !
Si le constat sur les dangers du système néolibéral est bien illustré, les solutions restent timides, limitées et parfois bien peu pratiques, malgré les innombrables livres récemment sortis sur le sujet. Une nouvelle illustration de l’incapacité des socialistes à penser la réforme du système néo-libéral.
Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/09/05/faire-f...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : néolibéralisme, le monde, jospin, joseph stiglitz



