28.06.2011
Grèce : y a-t-il un plan B à la sortie de l’euro ?
Alors qu’un nouveau prix Nobel vient de critiquer la monnaie unique, qui n’aurait jamais du être mise en place selon lui, la Grèce est sur le point d’accepter un nouveau plan d’austérité sauvage qui devrait débloquer la dernière tranche d’aide et déclencher un nouveau plan.
Austérité et plan de financement
C’est pour l’instant la voie choisie par la troïka technocratique BCE / Commission / FMI. La Grèce doit réduire drastiquement son déficit (pour viser l’équilibre en 2015) et réduire son rythme d’endettement. En échange, la communauté internationale finance l’intégralité de son besoin de trésorerie (premier plan de 110 milliards d’euros). L’idée est que la meilleure gestion du pays pourrait permettre à Athènes de pouvoir à terme faire face à ses obligations.
Mais cette voie apparaît comme totalement illusoire pour la plupart des économistes. En effet, la Grèce est insolvable et sera incapable de rembourser une dette qui pourrait bien atteindre 180 ou 200% du PIB dans trois ans. En effet, la radicalité des plans d’austérité a plongé l’économie dans une violente récession, qui, en réduisant la richesse nationale, alourdit encore le poids de la dette. Pire, les Etats, le FMI et la BCE se substituent aux investisseurs privés, assurant le risque de défaut.
Austérité et restructuration
C’est pour cela que de nombreux économistes appellent à une restructuration de la dette grecque qui semble aujourd’hui inévitable. Le très sérieux The Economist recommande cette semaine une réduction de 50%, qui correspond à l’évaluation actuelle des marchés. Les banques européennes pourraient absorber une telle somme. Il faudrait en revanche recapitaliser les banques grecques, dont l’exposition est trop forte pour une telle restructuration.
Cela laisserait la Grèce avec une dette d’un peu moins de 80% du PIB, une réduction automatique de son déficit de 3,5 à 4 points de PIB (économie d’intérêt) et diminuerait nettement son besoin de financement pour les années à venir (le déficit 2011 étant divisé par deux par exemple). Un tel scénario permettrait de grandement limiter le coût du plan à venir. On peut estimer que le besoin serait au minimum divisé par deux (moins de 50 milliards au lieu de 100).
La question de la compétitivité
Il est bien évident qu’une telle solution permettrait de grandement réduire la pression sur le gouvernement grec et donnerait sans doute une bouffée d’air dans cette crise sans fin de l’euro en réduisant fortement la pression sur Athènes. Cependant, tout ne serait pas réglé. Le pays ne serait pas pour autant tiré d’affaire car il présente un énorme déficit de sa balance commerciale et de ses paiements : il manque tous les ans 5 à 10% du PIB pour équilibrer ses comptes extérieurs.
Paradoxalement, la restructuration de la dette freinerait le rééquilibrage de la balance des comptes courants car la Grèce se retrouverait dans trois ans avec un budget à l’équilibre mais des comptes courants dans le rouge, nécessitant toujours une l’injection d’argent de l’étranger… En effet, le pays souffre cruellement d’un manque de compétitivité qui plombe ses exportations. Bref, la situation resterait instable à moyen terme, à moins d’un transfert permanent de 5 à 10% du PIB…
Du coup, la seule solution, évoquée par Patrick Artus dans une de ses notes, serait une dévaluation interne, une baisse des salaires pour retrouver de la compétitivité. Cela a déjà été entamé, mais l’économiste en chef de Natixis évoquait le chiffre de 35% ! Une telle évolution serait un cataclysme économique qui provoquerait des années de récession économique qui remettraient en cause le remboursement de la dette, même après un ajustement de 50%.
A moins d’accepter des transferts colossaux pour combler le déficit de la balance des paiements, les deux options qui se présentent pour la Grèce, en complément d’une restructuration de la dette, sont une baisse d’un tiers des salaires ou une sortie de l’euro. La deuxième n’est-elle pas plus humaine ?
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : grèce, the economist, restructuration, défaut, bce, fmi, commission, patrick artus, natixis
01.06.2011
Athènes outragé ! Athènes dépecé! Athènes martyrisé ! A quand Athènes libéré ?
50 milliards : voilà le programme de privatisations massif que la Grèce se voit imposer par le FMI, la BCE et la Commission Européenne en contrepartie du plan « d’aide ». Pour donner un ordre de grandeur, cela revient à 400 milliards à l’échelle de la France.
Le grand dépeçage de la Grèce
Je me permets de reprendre le titre du papier de Nicolas Dupont-Aignan, invité avant-hier soir à l’émission de Pierre-Louis Basse sur Europe 1. Car comment qualifier autrement le programme qui est imposé aujourd’hui au peuple grec ? A-t-on vraiment conscience de ce l’immense régression que traverse le peuple grec ? Certes, le pays a trop emprunté et a trafiqué ses comptes (avec l’aide de Goldman Sachs), mais les mesures actuelles sont aussi dures qu’inutiles.
Car quelle sera la situation du pays dans deux ans ? Un pays qui aura une dette de 160% du PIB, une grande partie de ses actifs vendus à des entreprises étrangères, un PIB qui aura reculé de 10 à 15%, un taux de chômage de plus de 20% et sans doute toujours un déséquilibre important de sa balance des paiements, et donc toujours un besoin de financement étranger. Bref, quoique l’on fasse, la Grèce finira par restructurer sa dette. Nous ne faisons que repousser le problème.
Le besoin de se libérer de la monnaie unique
Patrick Artus, économiste à Natixis, a fait un papier sur les pays périphériques de la zone euro. Bizarrement, il affirme que « l’ajustement demandé à ces pays est de l’ordre de celui réalisé par l’Allemagne ». Pourtant, il montre qu’ils ont besoin d’une baisse des coûts salariaux de 20 à 35% et une baisse de la demande intérieure de 13 à 27 points du PIB ! A partir de là, comment la Grèce pourrait bien faire 3% de croissance par an comme il le prévoit pour étayer ses prévisions ?
Car si les salaires baissent d’autant, il est bien évident qu’il n’y aura pas de croissance. En fait, le problème de compétitivité des pays de la périphérie de la zone euro est assez simple : soit il est traité par une baisse sauvage des salaires, aux effets dépressifs catastrophiques, soit il est réglé par une dévaluation (et donc une sortie de l’euro). Et comme le besoin d’ajustement des coûts salariaux est aujourd’hui trop important pour être réalisé par les salaires, il faut passer par la deuxième solution.
Les plans actuels sont d’autant plus choquants qu’ils sont aussi cruels qu’inutiles. Ils ne font que repousser la résolution du problème, en le faisant grossir. Résultat : les peuples souffrent absolument pour rien, la dette sera restructurée et l’ajustement sera encore plus brutal.
07:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : athènes, grèce, fmi, bce, commission européenne, nicolas dupont-aignan, pierre-louis basse, patrick artus, natixis



