17.10.2008

Crise économique : quelles leçons en tirer ?

Alors qu’il devient tous les jours plus évidents que la crise financière va se doubler d’une crise économique dont il est difficile d’apprécier l’ampleur, le débat fait rage sur les leçons à tirer de la crise. Les néo-libéraux ne désarment pourtant pas comme le montre la tribune de Nicolas Baverez dans le Monde.

Dans une tribune proprement hallucinante, l’éditorialiste qui encombre nos médias soutient que « le libéralisme n’est pas la cause de la crise, mais sa solution » ! Il soutient que « l’éloge de la sagesse du politique face à la folie des marchés ne tient pas » et que « le krach politique n’est pas moindre que celui des marchés ». Pourtant, il n’hésite à appeler « l’intervention massive de l’Etat » face à l’écroulement des marchés, dont l’autorégulation serait un mythe. Puis, il soutient que l’intervention de l’Etat, aussi massive qu’elle soit, doit être le plus limitée possible dans le temps et uniquement viser à rétablir le « fonctionnement normal du marché ». Suit une dénonciation du poids de l’Etat, qui aurait privé notre pays des « bénéfices de la croissance intensive et (nous) surexpose au krach ».

Cette bouillie intellectuelle a au moins le mérite de montrer que les néolibéraux ne souhaitent pas remettre en cause le système économique qui nous a envoyé dans le mur. En revanche, elle souligne aussi leur incapacité à expliquer de manière un tant soit peu rationnelle les raisons de la crise, qui sont expédiées un peu rapidement : une prise de risques trop importante… Mais la pauvreté intellectuelle de ce papier est terrifiante tant elle montre une adhésion religieuse et non raisonnée au marché : l’auteur conclut bien que « le capitalisme a une capacité à se régénérer aussi élevée qu’à générer des bulles. Il survivra en se transformant ». L’auteur a quand même le culot de souligner que notre étatisme a privé la France de bénéfices d’une croissance dont on découvre aujourd’hui qu’ils étaient artificiels, que ce soit aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. Et contrairement à ce qu’il dit, la France est relativement épargnée par la crise…

Bref, ce torchon, qui ne fait jamais mention des hommes, simples variables d’ajustement on suppose, ne tire aucune leçon de la grave crise que nous traversons. Pourtant, elle remet en cause deux points fondamentaux de la révolution néolibérale des trente dernières années : la globalisation et la libéralisation de la finance. Le premier point est défendu aujourd’hui par Emmanuel Todd et Jean-Luc Gréau. La libéralisation du commerce introduit pourtant une « déflation salariale » sévère et sans doute durable pour les classes populaires. Toutes les études montrent que leur pouvoir d’achat stagne depuis des années, alors que celui des classes aisées continuent à progresser fortement. Or ce mécanisme est à la racine de la crise des subprimes. En effet, la hausse des salaires des classes aisées a poussé les prix de l’immobilier à la hausse, mais pour pouvoir suivre, elle a contraint les classes populaires à souscrire des subprimes…

La déréglementation financière a donné une trop grande liberté aux banques, qui sont allées chercher la croissance au mépris des risques, qu’elles ont découpés, revendus et assurés dans tous les sens, ne faisant que les rendre insaisissables. Les autorités ont laissé les banques augmenter leur effet de levier pour faire croître leur rendement, quitte à prendre des risques qu’elles ne contrôlaient plus, même s’ils étaient théoriquement assurés. La croissance de la masse monétaire aurait dû être un signe de la crise à venir. Le décalage entre l’économie réelle et l’économie spéculative était devenu beaucoup trop grand mais pas grand monde n’a compris l’ampleur du danger.

Tout ceci a été encore renforcé par le comportement aberrant du marché, dont les mouvements d’humeur erratiques illustrent les limites. L’exubérance irrationnelle que dénonçait Alan Greenspan s’est un peu trop illustrée depuis dix ans pour que les politiques ne prennent pas des mesures encadrant très fortement son activité. De simples mouvements de capitaux avaient plongé les pays asiatiques dans une grave crise il y a dix ans. La ridicule bulle Internet avait plongé le monde dans une courte récession au tournant du siècle. Cette 3ème crise systémique en dix ans montre que le marché ne fait qu’encourager des bulles dangereuses et accentuer les crises de l’économie.

Non, le libéralisme n’est pas la solution à la crise, surtout pas. C’est son encadrement qui est la solution pour limiter ses excès qui sont les causes de la crise. Pour reprendre les mots du Général, « le dirigisme (d’un) nouveau régime » serait la seule solution pour lutter contre les « rudes secousses » que nous vivons.

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/14/le-liberalisme-remede-a-la-crise-par-nicolas-baverez_1106721_3232.html