16.09.2011

L’Europe au service de Monsanto

C’est un feuilleton les plus incroyables mais aussi l’un des plus significatifs de la construction européenne : la tentative de Monsanto d’imposer la commercialisation de ses produits à des Etats qui ne le souhaitent pas, avec l’appui des institutions européennes. Nouvel épisode.

Une méfiance légitime

Aujourd’hui, les autorités publiques en Europe suivent globalement leur population dans leur réticence à l’égard des OGM. Même s’il est vrai que les problématiques actuelles de manque de nourriture pour la planète imposent de ne pas se fermer à un progrès scientifique qui a permis au monde de considérablement augmenter sa production agricole, la prudence des gouvernements européens est parfaitement compréhensible sur ce sujet.

En effet, les Organismes Génétiquement Modifiés posent un double problème. Le premier est leur innocuité. Leurs partisans ont tendance à inverser la demande de la preuve en soulignant que leur dangerosité n’a pas été prouvée. Cependant, pour ce qui est de la sûreté alimentaire, il n’est pas difficile de comprendre que c’est bien la preuve de l’innocuité qui doit être apportée, naturellement après une assez longue période pour éviter d’affronter de fâcheuses conséquences à l’avenir.

Les Organismes Génétiquement Modifiées ne sont pas comme les croisements d’espèces existantes, sûres, mais des produits nouveaux qui exigent une certification beaucoup plus prudente, d’autant plus que les phénomènes de pollinisation ont tendance à faire proliférer ces nouvelles espèces avec des conséquences que nous maîtrisons mal. En outre, il ne faut pas oublier que ces OGM sont en général des vaches à lait financières pour les groupes qui les produisent.

Une Europe profondément antidémocratique

En effet, Monsanto a vu son chiffre d’affaire et ses bénéfices exploser avec le lancement de ces produits. En ne permettant pas aux agriculteurs d’utiliser une partie de la récolte pour planter l’année suivante, il s’agit d’un immense jackpot financier. Du coup, il est bien évident que la perspective de profits colossaux amène à porter un regard très critique sur les promesses du groupe étasunien… Leur parole ne peut pas être prise pour argent comptant, tant leur semence en rapporte, de l’argent.

Dans ce contexte, il est assez incroyable que les institutions européennes fassent autant d’effort pour essayer d’imposer la commercialisation des semences Monsanto aux pays européens qui ne le souhaitent pas. Elles utilisent toutes les ficelles les moins démocratiques des traités européens pour le faire. C’est ainsi que la Commission a récemment tenté de faire passer un texte qui n’a du son rejet qu’au fait que plus des deux tiers des voix s’y sont opposées.

En  clair, si seulement 65% des voix l’avaient fait, Monsanto aurait gagné. Mais cet échec n’a pas refroidi l’entreprise qui essaie désormais de passer par la Cour de Justice Européenne pour imposer la commercialisation de ses produits aux Etats réticents. Le dernier rebondissement de cette affaire pourrait par conséquent remettre en cause le moratoire français, qui a pourtant été le fruit d’une décision démocratique, soutenue par la majorité.

Ah, elle est belle cette Europe ! Comment croire les fédéralistes qui nous promettent plus de démocratie quand on constate ce que ce dédale bureaucratique et antidémocratique fait : l’Europe pourrait bien imposer par la force la commercialisation des produits Monsanto contre la volonté de 80% des Etats.

12.08.2011

L’appel à la désobéissance européenne d’Aurélien Bernier

Je ne connaissais pas vraiment le M’PEP avant d’être allé à un colloque passionnant qu’ils organisaient sur la question européenne en juin dernier. L’occasion d’acheter le dernier livre du porte-parole du mouvement, Aurélien Bernier, « Désobéissons à l’Union européenne ».

Une vraie communauté de pensée

Il faut être clair, au sujet de l’Europe, je n’ai pas trouvé l’épaisseur d’un papier à cigarette entre les idées du M’PEP et les nôtres. Naturellement, sur d’autres questions, nous pouvons diverger (encore que, beaucoup moins qu’on ne pourrait le croire), mais l’ensemble de l’analyse de l’auteur sur les carences de l’Europe qui s’est construite depuis l’Acte Unique rejoint complètement la mienne, comme peuvent l’attester les très nombreuses notes consacrées à ce sujet sur le blog.

Aurélien Bernier commence par évoquer les « non » français (à 54,7%) et hollandais (à 61,6%) du printemps 2005 pour regretter une « victoire gâchée ». Il dénonce cette Europe qui « interdit toute mesure contraire aux intérêts des transnationales et des marchés financiers ». Il souligne que les plans européens « ne relèvent en rien de la solidarité entre Etats européens, (ils) assurent d’abord et avant tout aux banques et aux investisseurs qu’ils sauveront leurs mises ».

Il affirme très pertinemment que « les déficits et la dette publics créés par l’eurolibéralisme justifient d’aller encore plus loin dans l’eurolibéralisme ». Il dénonce « l’échec de la gauche de gouvernement qui entend pratiquer l’alternance mais ne propose aucune alternative » et « un ordre juridique qui ne repose sur aucune légitimité populaire, qui prétend planifier une politique invariable, (…) qui ne laisse plus aucune place pour d’autres politiques économiques, sociales ou environnementales ».

Une forteresse ultralibérale et anti-démocratique

En 1957, Pierre Mendès-France disait de la CEE : « Le projet du marché commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du 20ème siècle selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes : soit elle recourt à une dictature interne (…) soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique exercera en réalité la puissance publique ».

Aujourd’hui, non seulement « toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les Etats membres en entre Etats membres et les pays tiers sont interdites », mais « l’unanimité est requise pour l’adoption de mesures (…) qui constituent un pas en arrière dans le droit communautaire en ce qui concerne la libéralisation des mouvements de capitaux à destination ou en provenance de pays tiers ». En clair, le Luxembourg pourrait empêcher tout pays de restreindre les mouvements de capitaux !

Pour l’auteur, l’Acte Unique marque un tournant avec la liberté de circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux, et qui fera dire à Margaret Thatcher qu’il « ravive la finalité libérale, libre-échangiste et dérégulatrice (du traité de Rome) ». Il note que la Cour de Justice Européenne a imposé une régression du droit social, en permettant par exemple à une entreprise polonaise installée en Allemagne de verser des salaires inférieurs au salaire minimum allemand !

Développant la genèse du projet européen, il cite Jean Monnet : « au point de vue économique, il est essentiel que soit empêchée dès l’origine la reconstitution des souverainetés économiques ». Il souligne à quel point les discours dominant caricature le débat en opposant « d’un côté, les affreux nationalistes rétrogrades, forcément xénophobes, qui refusent la construction européenne, et de l’autre, les progressistes ouverts et bardés de sentiments généreux qui la soutiennent ».

Aurélien Bernier dénonce « un arsenal juridique érigé contre les peuples » et note la lente insidieuse dérive qui a fait prévaloir le droit européen sur les droits nationaux, y compris les Constitutions ! Il souligne qu’un nouveau gouvernement « ne peut pas mettre en œuvre une législation qui contreviendrait aux principes de l’Union » ! Pour lui, « il en est fini de la souveraineté pleine et entière du législateur français ». Il note qu’en Allemagne la cour de Karlsruhe a refusé cet engrenage en juin 2009.

L’auteur reprend l’exemple des OGM (que j’ai souvent traité sur le blog) pour démontrer le caractère anti-démocratique de cette Europe qui prétend imposer la volonté des technocrates à la majorité des Etats.

Source : Aurélien Bernier et le M’PEP, « Désobéissons à l’Union Européenne », 1001 Nuits, suite demain

06.04.2011

OGM : l’Union Européenne au service de Monsanto

L’affaire de la commercialisation du maïs Monsanto vient de connaître un nouveau rebondissement : après l’échec de la tentative de la Commission Européenne pour interdire son interdiction, la multinationale reprend son combat avec l’aide de la Cour de Justice Européenne.

L’UE contre les Etats et les peuples

Il y a un très large consensus dans les pays européens et au sein des gouvernements pour ne pas autoriser la culture des OGM. Si on peut comprendre les regrets des scientifiques, le principe de précaution est tout de même recevable. Il y a suffisamment de littérature soulignant les dangers à long terme de certaines innovations scientifiques pour n’autoriser que très progressivement l’utilisation de ces nouvelles technologies, après des tests sérieux.

Mais malgré l’opposition des peuples et des gouvernements, cette europe cherche absolument à faire valoir les intérêts de Monsanto. Après un feuilleton incroyable, la Commission Européenne avait trouvé le moyen d’interdire aux Etats d’interdire la culture d’un certain nombre de plantes OGM. Mais les Etats avaient bloqué la manœuvre en réunissant 75% des voix  contre le projet de Bruxelles (il faut noter qu’en-deçà de deux tiers, le projet de la Commission passait !).

Mais cet échec n’a pas découragé Monsanto, qui tente une nouvelle manœuvre par le biais de la Cour Européenne de Justice. Son avocat général a tranché dans le sens de Monsanto, jugeant illégale l’interdiction faite par la France de la culture du maïs Monsanto. Il aurait fallu demander à la Commission, dont on connaît bien les penchants pour les produits transgéniques, ou même pour les farines animales, qu’elle essaie d’autoriser de nouveau.

Une Europe anti-démocratique et soumise aux intérêts particuliers

Il y a énormément d’aspects choquants dans ce mauvais feuilleton. Tout d’abord, cette Europe cherche à imposer la culture de produits que ni les peuples ni les gouvernements ne souhaitent. Après d’innombrables affrontements où la Commission a été mise en large minorité, il est vraiment révoltant que cette autorisation revienne par la fenêtre de la Cour Européenne de Justice. Il y a un manque de respect très préoccupant pour les avis exprimés démocratiquement par les Etats.

Mais ce n’est pas tout. Comme pour les farines animales, il est difficile de ne pas y voir des affaires de gros sous. Monsanto va bien, très bien. De 2003 à 2009, son chiffre d’affaire est passé de 5 à 12 milliards de dollars, et ses profits ont été multipliés par 20, à 2 milliards. Bref, Monsanto a beaucoup d’argent pour essayer de peser sur les décisions de cette europe, qui semble particulièrement ouverte à l’influence financière des lobbys et autres intérêts privés.

Pire, il est question de conflits d’intérêts entre les autorités européennes chargées des avis scientifiques sur les OGM. En clair, certains des décisionnaires européens travaillent directement pour les industriels, ce qui permet de questionner leur indépendance et leur perméabilité à l’avis de ces mêmes grands industriels, gouvernés par la seule logique du profit maximal et non de la sécurité maximale. D’ailleurs, c’était l’Europe qui avait imposé à la France la commercialisation du Red Bull…

Cette affaire de la commercialisation des semences transgéniques de Monsanto éclaire d’une lumière très inquiétante ce projet européen, antidémocratique et qui semble à la botte des intérêts des puissants au mépris de l’avis des peuples et des gouvernements.

01.02.2011

L’alliance des marchés et de l’Union Européenne

Beaucoup,  notamment à gauche, voient dans l’Europe le moyen de dompter les marchés et pour cette raison, ils sont partisans de « plus d’Europe » ou d’une Europe sociale. Ils n’ont pas compris que cette Europe n’a jamais servi que les intérêts du marché et qu’elle ne fera jamais rien d’autre.

Naïveté et réalité

Il est tout de même assez incroyable de pouvoir encore croire que cette Union Européenne pourrait être un moyen de domestiquer les marchés alors que depuis 25 ans au moins, elle démontre systématiquement le contraire. Juste en raisonnant par l’absurde, on serait bien incapable de citer aujourd’hui un seul exemple concret de protection. Les plans d’austérité européens démontrent bien aujourd’hui que cette Europe ne nous protège ni de la crise ni de la spéculation.

Aujourd’hui, l’Europe protège les créanciers (refusant la moindre restructuration des dettes souveraines contrairement aux idées avancées par l’Allemagne ou The Economist, qui ne sont pas des farfelus). Elle impose des cures d’austérité violentes aux peuples pour qu’ils honorent rubis sur ongle les créances d’un système financier que la collectivité vient pourtant tout juste de sauver de ses excès il y a un peu plus de deux ans, sauvetage en partie responsable du niveau des dettes.

Une alliance durable

Les évènements récents ont sans doute ouvert les yeux de beaucoup qui ont compris que cette Europe ne défend jamais les peuples mais les asservis à une finance dont elle n’a rien fait pour corriger les excès. Car le problème est plus profond. Il est structurel. Il est dans les gènes (fondamentalement néolibéraux) de cette Europe, éclaboussant tous les traités, qui sanctifient la « concurrence libre et non faussée ». Cette Europe est fondamentalement au service des marchés.

C’est elle qui cherche à permettre un nivellement social et salarial par le bas avec la directive Bolkenstein. C’est elle qui cherche à tout prix à imposer les OGM à des peuples qui n’en veulent pas, ou qui promeut l’utilisation de farines animales. C’est elle qui impose l’ouverture des marchés sans réciprocité, laissant rentrer les voitures japonaises et coréennes alors que le Japon et la Corée restent fermés aux automobiles européennes. C’est elle qui impose la libéralisation des mouvements de capitaux qui profitent aux plus riches, aux multinationales et aux mafieux.

C’est cette Europe qui a imposé une privatisation complète de la création monétaire au service de la finance, qui peut emprunter à 1% à la Banque Centrale Européenne et prêter ensuite à 3 ou 7% aux Etats, tout en refourguant à cette même BCE leurs créances les plus douteuses. C’est cette Europe qui a imposé le dogme d’un euro cher qui ne profite qu’à une minorité et qui a amplifié le mouvement de délocalisations des emplois, envoyant des millions de travailleurs au chômage.

Tout casser pour toute recommencer

C’est pourquoi il est totalement hallucinant de voir le Parti Communiste défendre l’euro, l’outil de l’asservissement des peuples et des travailleurs européens au grand capital, pour reprendre leur jargon. Bien sûr, l’idée européenne est belle et elle porte en elle de belles promesses, la possibilité de construire des projets utiles pour l’ensemble des pays européens. Mais comment ne pas voir que cette Europe là ne se fera pas dans le cadre actuel ?

Il n’y a pas trente-six solutions aujourd’hui. Le cadre des traités actuels est tellement néolibéral qu’il faut le balayer entièrement pour reconstruire une organisation européenne au service des peuples qui la composent. Vouloir modifier les traités existants pour les orienter dans un sens plus conforme à l’intérêt général est illusoire car les modifications se feraient à partir d’une base de textes dont l’orientation est fondamentalement mauvaise, antisociale et dogmatiquement néolibérale.

Cette Europe n’est pas un moyen de nous protéger des marchés. Au contraire, c’est le moyen s’asservir les peuples aux marchés. D’ailleurs, c’est bien pourquoi les marchés souhaitent le renforcement de ses pouvoirs puisque cela lierait les peuples plus fermement encore.

01.08.2010

Le retour des farines animales ou l’horreur européenne

On pourrait croire à une mauvaise blague si nous étions le 1er avril. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Alors que la maladie de la vache folle est en voie d’être éradiquée, la Commission Européenne propose d’autoriser à nouveau l’utilisation des farines animales !

Le laissez-faire appliqué à l’alimentation

Petit retour en arrière. Dans les années 80, les agriculteurs pouvaient nourrir leurs animaux avec des farines animales (poudre de reste de bovins notamment), riches en protéines et favorisant la croissance. Il faut déjà noter le caractère plus que douteux (pour ne pas dire plus) qui consistait à rendre des herbivores carnivores, et même cannibales. Malheureusement, ces expérimentations dignes d’un docteur Frankenstein ont eu des conséquences calamiteuses.

L’utilisation des farines animales a provoqué un des plus grands scandales sanitaires du siècle puisqu’elle a été reconnue responsable de la transmission de la maladie dite de la vache folle, qui a touché près de deux cent mille bêtes, puis qui s’est transmise à l’homme, en faisant plus de deux cent victimes. Après dix ans d’interdiction, encore 67 cas de « vache folle » ont été déclarés dans l’Union Européenne en 2009. La Commission souhaite pourtant lever les restrictions.

Tout d’abord, elle propose de lever l’abattage systématique des troupeaux quand un cas de « vache folle » est décelé : elle propose d’autoriser à la consommation humaine les animaux des troupeaux infectés du moment que la bête a un test négatif. Cette proposition semble délirante tant ce systématisme a prouvé son efficacité pour venir à bout de l’épidémie et tant ses conséquences sont aujourd’hui limitées. Ensuite, elle propose carrément de lever l’interdiction d’utilisation des farines animales.

L’oubli complet du principe de précaution

Heureusement, les autorités sanitaires Françaises semblent s’opposer à ce nouveau délire de la Commission. Car comment qualifier autrement cette proposition ? Nous savons que les farines animales présentent un risque pour la santé humaine. Nous avons réussi à circonscrire une épidémie qui a fait des morts mais elle propose de relâcher notre vigilance, avant même la disparation de la maladie. Qu’est-ce qui peut bien les pousser à vouloir prendre une telle décision ?

C’est à croire que les commissaires européens vivent sur une autre planète que les citoyens, une planète où le principe de précaution n’existe pas. Pourtant, ce principe devrait nous pousser à refuser de telles idées. On peut malheureusement soupçonner l’action de certains lobbys derrière cette suggestion malheureuse. Cela démontre une nouvelle fois que la Commission n’est pas apte à exercer de tels pouvoirs sans le moindre contrôle démocratique.

Du coup, comment accorder la moindre confiance à la Commission Européenne quand elle souhaite pousser la commercialisation des OGM ? Son manque de jugement stupéfiant dans l’affaire de la vache folle et des farines animales est extrêmement inquiétant quand on voit son acharnement de tous les instants pour permettre la commercialisation des OGM en Europe. Est-il possible de se sentir en sécurité quand cette Europe semble prendre tellement à la légère la santé des populations ?

Plus globalement, cette affaire montre également à quel point il est néfaste de transférer des décisions importantes au niveau européen. N’oublions pas qu’un gouvernement, sous la pression de l’opinion et de l’opposition, aurait sans doute reculé. Ici, ce n’est pas le cas…

16.07.2010

Intérêt général et souveraineté en Europe (2/4) : les travers du modèle supranational

Nous devons donc sans doute déplacer le débat sur la meilleure manière de défendre l’intérêt général des peuples européens. Depuis toujours, deux conceptions s’opposent. La première, centralisée et supranationale, depuis Bruxelles, est celle qui s’est imposée depuis un quart de siècle et l’Acte Unique Européen. La deuxième, décentralisée et reposant sur une coopération volontaire de nations souveraines, le modèle de la CEE tempéré par le compromis de Luxembourg

La question que nous devons alors nous poser est « est-ce que le modèle actuel de construction européenne défend bien l’intérêt général des peuples qui la composent ? » et « est-ce que ce modèle n’a pas tendance à ne défendre que les intérêts des puissants, au mépris de tous les autres, y compris contre l’avis démocratique de la majorité ? ».

Le modèle européen, au service des puissants

L’histoire récente nous enseigne très clairement que le modèle fédéral ne semble défendre que les intérêts des puissants. Il y a quelques mois, le gouvernement Français était intervenu pour demander à Renault (dont l’Etat est actionnaire) de ne pas davantage délocaliser la production de la Clio en Turquie. Cette demande vient bien tardivement, quand on sait que les constructeurs Français ont délocalisé 50% de leur production en seulement quatre ans.

Cependant, elle montre bien la logique dogmatiquement néolibérale de la Commission pour laquelle les Etats, fussent-ils actionnaires, ne sauraient mettre la moindre contrainte aux décisions des entreprises, même quand ces décisions impliquent la destruction de milliers d’emplois. Bref, si Bruxelles défend bien efficacement les intérêts de Renault et de ses actionnaires (et encore pas tous), on ne peut pas en dire autant des intérêts des salariés de l’ancienne Régie.

Autre exemple frappant. Les peuples et les gouvernements européens sont aujourd’hui extrêmement réservés à l’égard de la culture des OGM. Pourtant, inlassablement, la Commission Européenne cherche à imposer la culture de nouvelles variétés, utilisant même les dispositions des traités jusqu’à l’absurde puisqu’il  a fallu une majorité qualifiée d’Etats pour empêcher Bruxelles d’imposer la commercialisation de certains OGM. Là encore, l’Europe défend bien les intérêts de Monsanto…

Dernier exemple : l’Europe a imposé la libéralisation des renseignements téléphoniques. Il y a une dizaine d’années, pour 3,65 francs, on pouvait obtenir trois numéros en appelant le 12. Aujourd’hui, obtenir un numéro revient volontiers à 1,5 euros, soit une multiplication par près de 10 du coût du renseignement, le tout en devant se remémorer des numéros plus compliqués. Bonjour les bienfaits de la libéralisation ! Là encore, c’est l’intérêt des entreprises qui a été défendu, et pas celui des peuples.

Le cas du FMI

En fait, c’est sans doute le cas de toutes les organisations supranationales. Dans « La Grande désillusion », Joseph Stiglitz raconte un voyage qu’il avait fait au Maroc en 1998, alors qu’il travaillait à la Banque Mondiale. Une ONG avait développé l’élevage de volailles par villageoises. Elle s’était appuyée sur une entreprise d’Etat qui distribuait les jeunes poussins. De retour au Maroc quelques mois plus tard, il constata l’échec de cette initiative. Le FMI était intervenu et avait décrété qu’il n’était pas du ressort de l’Etat de commercialiser de jeunes poussins. Malheureusement, le secteur privé n’avait pas pris le relais. Le livre du prix Nobel d’économie regorge d’exemples plus aberrants les uns que les autres.

Les travers du modèle supranational

En fait, les instances supranationales souffrent de deux travers majeurs : un dogmatisme néolibéral généralisé et un refus profond de toute remise en cause démocratique. C’est ainsi que nous en sommes arrivés à la monstruosité institutionnelle que représentait l’inscription de « la concurrence libre et non faussée » comme un objectif de l’Union Européenne dans le TCE. Au mieux, cette concurrence peut être un moyen, pour un libéral, d’obtenir un développement économique.

Mais les libéraux vraiment démocrates auraient du s’opposer à la promotion de « la concurrence libre et non faussée » comme un objectif puisqu’il revient au peuple de choisir la direction politique du gouvernement, cette direction pouvant avoir une vision complètement différente de la concurrence. En fait, on constate une habitude très malsaine de ces institutions qui consiste à figer les politiques dans une direction et les mettre « à l’abri » des choix démocratiques, dans les traités.

Alors que le projet européen devrait organiser la répartition des pouvoirs et des coopérations (le contenant), il se soucie de plus en plus de la définition des politiques (le contenu), qui devrait pourtant être à la discrétion des dirigeants du moment, et non pas gravées dans le marbre éternel des traités et défendues par des chevaliers servants (les commissaires), quelles que soient les orientations politiques des gouvernements en place dans les pays européens.

Comme le dit bien Frédéric Lordon, « en appeler au gouvernement mondial est le plus sûr moyen d’avoir la paix – entendre – pas de gouvernement du tout », « la mondialisation a précisément eu pour effet de redéployer les marchés à l’échelle mondiale, c’est-à-dire dans un environnement de faible densité institutionnelle ». Les constructions supranationales organisent l’absence de prise des gouvernements sur les politiques au mépris de la volonté des peuples (cf le TCE).

Texte issu de mon intervention au colloque Souveraineté du 18 juin à la Sorbonne

06.03.2010

La Commission Européenne, fan des OGM

Au moins c’est clair : depuis des années, José Manuel Barroso fait tout ce qu’il peut pour les imposer à des peuples européens plus que réticents. Faisant fi de l’opinion très réservé des dirigeants des pays de l’Union, qui se sont déjà opposés à lui, il essaie à nouveau aujourd’hui.

Retour en arrière

Ce n’est pas la première fois que Bruxelles cherche à imposer sa volonté aux Etats européens, même si les nombreux échecs de 2009 l’ont incité à choisir une démarche plus suggestive. En effet, il y a un an, une majorité qualifiée d’Etats avaient imposé sa volonté au président de la Commission Européenne en s’opposant à sa volonté d’imposer la commercialisation du maïs Monsanto aux pays qui l’avait interdit en utilisant la clause de sauvegarde.

Il était d’ailleurs complètement scandaleux qu’il faille une majorité qualifiée d’Etats pour imposer sa volonté à des fonctionnaires ! Un mois et demi après, l’Allemagne avait décidé de retirer le maïs en question de son marché. Bref, depuis quelques années s’opposent la volonté des Etats, qui, suivant des opinions publiques assez réticentes vis-à-vis des OGM, veulent limiter le plus possible leur culture, à celle d’une Commission Européenne qui les soutient fortement.

Un nouveau débat

Cette fois-ci, la Commission ne cherche pas à imposer la commercialisation mais se contente de l’autoriser, tout en laissant les Etats choisir s’ils souhaitent autoriser ou non la semence chez eux. Mais outre un mépris flagrant des opinions publiques, certains questionnent l’objectivité de la Commission Européenne en soulignant qu’elle s’appuie sur l’avis d’une agence européenne, l’ASEA, dont la responsable du département OGM est partie travailler chez un producteur d’OGM…

Qui plus est, le Monde a révélé dans un papier très intéressant qu’il y avait des doutes sur l’innocuité d’une variété de pomme de terre OGM autorisée par la Commission Européenne puisqu’elle contient un gène de résistance à un antibiotique et que l’OMS et l’Agence Européenne des Médicaments avaient souligné le pouvoir de ces antibiotiques. Bref, l’autorisation accordée par Bruxelles semble avoir été faite de manière assez légère et on peut à nouveau s’interroger sur les motifs véritables...

Certains OGM peuvent être utiles mais il convient de démontrer leur innocuité sur une longue durée avant d’autoriser leur commercialisation. Aujourd’hui, on a trop l’impression que la Commission Européenne fait passer l’intérêt des multinationales avant tout le reste.

09.12.2009

Comment nourrir le monde (2/2) : avec ou sans OGM ?

Dans un autre papier, The Economist se penche sur Monsanto, la multinationale qui domine le marché des semences OGM. L’hebdomadaire vante sans nuance les mérites de l’entreprise étasunienne dans la quête du monde pour se nourrir.

Des forces soulignées, des faiblesses oubliées

Paradoxalement, sur l’environnement et le réchauffement climatique, The Economist prend une position d’ouverture très respectable. Le journal dit croire au réchauffement causé par l’homme. Mais, en même temps, dans ce même numéro, il souligne qu’il y a également des études scientifiques qui affirment le contraire, et souligne que les vérités scientifiques d’un jour ne sont pas forcément celles du lendemain. Sa position s’explique par le fait qu’une majorité de scientifiques défendent cette thèse.

En revanche, dans le cas sur les OGM, The Economist ne fait strictement aucune nuance. Les Organismes Génétiquement Modifiés seraient un bienfait pour l’humanité qui permettra de nourrir le monde. Le journal se transforme en véritable représentant de Monsanto, affirmant que, grâce à la multinationale, les rendements de maïs sont près de trois fois plus importants aux Etats-Unis qu’au Brésil. Il souligne tous les bienfaits des OGM sans jamais questionner les inconvénients potentiels.

Une histoire de gros sous

Car dans cette affaire également, il y a débat entre les scientifiques. Certains soutiennent que les OGM déciment les abeilles. D’autres affirment qu’ils ne réduisent pas les quantités de pesticides utilisées. Enfin, d’autres questionnent même la dangerosité des OGM, soulignant justement que nous n’avons pas le recul nécessaire pour trancher. Bref, le débat entre scientifiques n’est pas clair et il est impossible de savoir qui a vraiment raison, ce qui impose sans doute la prudence.

En revanche, The Economist révèle de simples chiffres très intéressants. Le chiffre d’affaires de Monsanto est ainsi passé de 5 à près de 12 milliards de dollars de 2003 à 2009 et ses profits ont été multipliés par 20, de 0,1 à 2 milliards. L’hebdomadaire britannique souligne que la multinationale étasunienne a acquis des positions dominantes sur de nombreuses semences, n’hésitant pas à racheter des concurrents pour encore améliorer sa position, frôlant, voir dépassant le comportement anticoncurrentiel.

En fait, cet article montre à quel point Monsanto a réussi à se créer un modèle économique qui lui est extrêmement favorable. L’entreprise utilise la non reproductibilité des semences, ce qui impose de nouveaux achats tous les ans, au lieu de planter une partie de la récolte mise en réserve. Elle compte également sur les semences qui résistent au Round Up, ce qui impose l’achat du désherbant maison. Bref, tout ceci montre que les OGM sont surtout une formidable « cash machine » pour Monsanto.

Même si les partisans des OGM font miroiter des rendements mirifiques, il y a encore trop d’interrogations pour adopter un « laisser faire » dont on ne maîtrise pas les conséquences sur le long terme, d’autant plus que les immenses profits réalisés peuvent faire relativiser à certains les risques…

Source : The Economist 21 novembre

03.03.2009

Les OGM, symptôme des disfonctionnements de l’Europe actuelle

Hier, par plus de 75% des voix, les ministres de l’Agriculture des 27 ont opposé une fin de non recevoir à la Commission Européenne qui souhaitait imposer la commercialisation du maïs génétiquement modifié de Monsanto. Un débat très révélateur sur ce qu’est l’Europe aujourd’hui.

Une histoire abracadabrantesque

Comme le rapporte Le Monde, la Commission Européenne souhaitait « contraindre deux pays – l’Autriche et la Hongrie – à lever l’interdiction de cultiver le maïs génétiquement modifié MON 810 de la multinationale américaine Monsanto lors d’une réunion des ministres de l’Environnement à Bruxelles. Elle entend(ait) ensuite s’attaquer aux interdictions édictées en France et en Grèce. »

Heureusement, une majorité qualifiée des pays de l’Union Européenne s’est opposée à la volonté de la Commission. Néanmoins, si les opposants au diktat de la Commission avaient réuni moins de 255 voix sur 345, c’est la Commission Européenne qui aurait pu trancher, même si une large majorité des Etats s’était prononcée contre la levée de l’interdiction ! Dans l’Europe actuelle, la Commission peut imposer sa volonté à celle des deux tiers des gouvernements démocratiquement élus…

Ce que cela révèle sur l’Europe actuelle

D’une part, il est parfaitement normal que les Etats puissent utiliser le principe de précaution s’agissant de la commercialisation de produits dont l’innocuité fait débat dans la communauté scientifique. Plusieurs chercheurs ont par exemple dénoncé les carences des méthodes de tests de l’EFSA. En outre, en pleine crise économique, la Commission Européenne devrait davantage se soucier du bien-être des peuples européens que des intérêts commerciaux d’une multinationale américaine.

Encore pire, cet épisode démontre de manière éclatante à quel point le système de décision de l’Union Européenne est ubuesque puisqu’il permet à une Commission de technocrates non élus d’imposer leurs idées à une large majorité de gouvernements démocratiquement élus. Ceci démontre bien la prise de pouvoir anti-démocratique qu’organisent les traités européens depuis vingt ans.

Heureusement, les élections européennes ont lieu dans trois mois. Elles donneront l’occasion aux citoyens d’exprimer ce qu’ils pensent de l’Europe que l’UMP, le PS et le Modem ont construite depuis des années. S’ils souhaitent changer d’Europe, ils pourront alors utiliser le bulletin Debout la République.

Sources : http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-385973...

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/03/02/01011-...

http://cdurable.info/OGM-Polemique-Rapport-AFSSA-Mo...

18.02.2009

Incorrigible Commission de Bruxelles !

Cette semaine, la Commission de Bruxelles vient encore de démontrer son dogmatisme sans limite en rappelant à l’ordre les pays dont le déficit budgétaire va dépasser 3% du PIB en pleine crise et en cherchant à faire plier la France sur la question des OGM.

Un dogmatisme sidérant

Alors que l’Europe traverse sa plus grave crise économique depuis la seconde guerre mondiale, on pourrait imaginer les commissaires européens occuper à coordonner des plans de relance ou chercher des solutions pour réduire l’envolée du chômage. Mais non, dans sa bulle dorée de Bruxelles, Joaquin Almunia, commissaire aux affaires économiques affirme « qu’il faut s’en tenir aux règles qui ont été établies pour tout le monde (…) Dans le cas où les pays ont enregistré ou planifié des déficits au dessus de la barre des 3% du PIB, il faut ouvrir les procédures prévues dans le traité ».

Dans un autre dossier sensible en France, la Commission Européenne essaie d’imposer la commercialisation du maïs Monsanto dans notre pays. Mais les experts du Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale (sic) n’ont pas soutenu la demande de la Commission. Mais cet échec n’est que temporaire puisque la balle est passée dans le camp du conseil des ministres de l’agriculture et s’ils ne se mettent pas d’accord, alors la Commission aurait le dernier mot.

Le côté obscur de l’Europe

Comment ne pas voir dans ses deux exemples récents tous les travers de l’Europe telle qu’elle est construite depuis 25 ans : une bureaucratie toute-puissante, coupée de la réalité, dogmatique, figée sur ses règlements, davantage préoccupée par les intérêts commerciaux de puissantes multinationales que des inquiétudes des peuples européens ? Il ne faut pas oublier que c’est également la Commission qui cherche à limiter l’information des consommateurs sur la présence d’OGM dans leurs aliments et propose des règlements permettant la présence d’OGM dans les produits… bio !

Le rappel à l’ordre budgétaire, déjà choquant de la part de fonctionnaires irresponsables quel que soit le contexte, devient complètement ridicule en pleine crise. Les chefs d’Etat s’étaient pourtant mis d’accord pour dire que le pacte de stabilité pouvait être oublié dans des circonstances exceptionnelles. Pourquoi faut-il donc lancer une procédure inutile et coûteuse aujourd’hui ? À quoi cela peut-il bien servir ? Joseph Stiglitz a bien raison de nous mettre en garde sur le fait de confier des pouvoirs à des techniciens indépendants. Même s’ils ne pensent pas forcément à mal, ils n’inclinent pas aux bonnes solutions.

Ces deux exemples montrent à nouveau que la Commission de Bruxelles fait partie du problème. Il est grand temps de remettre l’administration européenne sous la coupe des politiques et de supprimer cette anomalie démocratique qui consiste à confier le gouvernement de l’Europe à des fonctionnaires.

Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2009/02/16/04001-20090216...

http://www.lefigaro.fr/sciences/2009/02/16/01008-20090216...