24.08.2008
Quel prix pour le pétrole demain ?
Début juillet, le pétrole flirtait avec la barre des 150 dollars le baril et beaucoup d’économistes, qui n’avaient souvent pas prévu une telle hausse, avançaient de nouveaux records très rapidement. Finalement, le baril est tombé sous les 120 dollars. À quoi pouvons-nous nous attendre demain ?
Le ralentissement mondial de l’économie et de la consommation ont mis un frein à l’envolée des cours débutée fin 2003, quand le baril tournait autour de 28 dollars. Cette multiplication des cours du pétrole par cinq représente un troisième choc pétrolier, supérieur encore à ceux des années 70 par l’ampleur de la hausse des prix, même si cette hausse s’est étalée sur une période nettement plus longue. La balance commerciale Française du poste énergie est ainsi passée d’un déficit de 11,6 milliards d’euros (0,8% du PIB) en 1999 à un peu plus de 20 milliards de 2001 à 2004 et devrait dépasser 50 milliards en 2008 (2,6% du PIB), soit plus de la totalité de notre déficit commercial. Si le prix du baril a battu tous les records, il faut noter néanmoins qu’il faut aujourd’hui environ 6 heures de SMIC pour un baril contre 12 heures lors du pic du début des années 1980.
Il y a deux explications possibles à la hausse brutale du prix du baril depuis 2003 : une incapacité involontaire des pays producteurs à suivre la hausse de la demande ou une limitation de la production par ces pays pour faire monter les prix. Aujourd’hui, la plupart des experts soutiennent que c’est bien l’offre qui n’arrive pas à suivre la demande, indépendamment de leur volonté. Ils s’appuient sur le fait que la production de l’OPEP a légèrement reculé en 2007. The Economist a ainsi souligné que des doutes existent sur la réalité des réserves de l’Arabie Saoudite et qu’il y a une controverse sur l’épuisement avancé de certains de ses principaux gisements. Dès lors la pause dans la hausse du prix du baril serait uniquement la conséquence de la baisse de la demande dans de nombreux marchés (européens et américains notamment) et elle devrait reprendre avec la reprise économique.
Cependant, des indices récents peuvent soutenir une autre explication. Plusieurs articles ont expliqué la récente baisse du cours du brut par les hausses de production de l’OPEP, contredisant la théorie selon laquelle les producteurs ne pourraient plus augmenter leur offre. Ne pourrait-on pas interpréter ces interventions comme un moyen pour les pays producteurs de pétrole de calmer l’évolution des prix. Nul doute qu’il serait possible pour l’OPEP de faire monter les prix du baril à 250 ou 300 dollars en quelques mois. Mais est-ce vraiment leur intérêt ? En effet, plus le prix du baril monte, plus les économies vont s’adapter au pétrole cher et chercher des solutions pour réduire leur dépendance et plus les activités fortement consommatrices seront affectées (aviation, automobile…). Si le prix du pétrole doublait une nouvelle fois, nul doute que le trafic aérien (entre autres) serait beaucoup plus affecté.
Le calcul des pays producteurs est peut-être un calcul de long terme. Aux prix actuels, leurs exportations leur rapportent déjà souvent plus qu’ils ne savent dépenser. S’ils poussent les prix plus hauts, alors la réaction (à moyen terme) des autres économies pourrait bien être plus radicale dans leur volonté de construire une économie post-pétrole. Bien sûr, cela ne pourrait pas se faire rapidement, mais un pétrole trop cher serait un puissant stimulant pour la « main invisible », ce qui pourrait faire baisser la consommation et les prix. L’après-demain d’un pétrole à 300 dollars, c’est peut-être un effondrement de la consommation d’une économie mondiale qui aura alors décidé fermement de se sevrer et des pays producteurs qui pourraient finir assis sur des réserves sans valeur à horizon 10 / 20 ans. Cela pourrait pousser les pays producteurs à chercher à stabiliser les prix à un niveau, où finalement ils gagnent bien leur vie sans trop précipiter la préparation de l’après-pétrole.
Le pétrole restera sans doute cher dans les années à venir. Mais s’il devenait hors de prix, alors l’ajustement de l’économie pourrait être plus brutal, condamnant la principale ressource des pays producteurs. La pause dans la hausse des prix est donc peut-être plus concertée qu’on ne le croit…
Sources : Alternatives Economiques juillet-août 2008, The Economist
11:11 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pétrole, opep, the economist



