25.08.2008

Dignes célébrations ou exploitations du malheur des autres ?

Nicolas Sarkozy a dénoncé la « faute morale » commise selon lui par la France en ignorant le massacre de Maillé à l’occasion de la commémoration des 64 ans de ce massacre. Faut-il y voir un Chef de l’Etat soucieux du devoir de mémoire de la Nation ou un communicant cynique ?

Le massacre en question a eu lieu le 25 août 1944, jour de la Libération de Paris. Les nazis ont tué 124 personnes suite à un accrochage entre l’armée allemande et des résistants. Malgré son ampleur, il est vrai que ce drame ne faisait pas partie de notre mémoire collective et que les précédents Présidents de la République ne semblent pas avoir accordé une attention particulière à cet évènement (encore qu’il soit difficile de le vérifier). C’est pourquoi les médias répètent volontiers l’argumentaire de l’Elysée soulignant que Nicolas Sarkozy est le premier à se déplacer pour cette commémoration. On peut considérer qu’il est important que le Chef de l’Etat mette en valeur des épisodes cruciaux de notre histoire et entretienne un devoir de mémoire collective mais plusieurs choses posent problème dans cette célébration.

Le premier problème est le fait que Nicolas Sarkozy utilise cette cérémonie pour se valoriser au détriment de ces prédécesseurs. Ainsi, il fait savoir qu’il est le « premier » à se rendre à cette commémoration. Et en dénonçant la « faute morale » que représenterait l’oubli de cet épisode de notre histoire, il attaque ses prédécesseurs qui auraient failli au devoir de mémoire, alors que lui, a corrigé cette faute. Cette glorification personnelle lors d’une telle manifestation permet de douter de la sincérité d’un président qui devrait s’effacer davantage derrière ce terrible drame.

Ensuite, même s’il est bien sûr légitime de commémorer un tel massacre on peut se demander tout simplement si la République tout entière doit y être invitée. Faut-il convoquer le Président de la République à toutes les commémorations de massacre ? Pourquoi est-il venu à celle de Maillé ? La France a traversé de très nombreux drames dans son histoire et nous ne pouvons pas nous retourner en permanence dessus. Le massacre d’Oradour sur Glane, qui a fait plus de six cents victimes, est déjà un témoignage des atrocités nazies commises pendant la guerre. Faut-il accorder tant d’importance à Maillé ? Pourquoi ?

En fait, il devient aisé de suspecter Nicolas Sarkozy d’avoir incorporer Maillé à son plan de communication de la semaine, comme il l’avait fait auparavant pour l’esclavage, la Shoah, la lettre de Guy Moquet ou ses multiples apparitions au sujet de la mort des soldats Français en Afghanistan. Ces séquences de communication, qui n’apportent strictement rien aux Français, sont en effet des épisodes où les apparitions du président peuvent grandement servir son image, tout en faisant un peu oublier d’autres sujets (croissance et pouvoir d’achat en berne, crise financière, pétrole), qui semblent moins intéresser l’Elysée.

Par-delà le drame de Maille, qu’il est légitime de commémorer, on peut tout de même se demander à quoi sert sa mise en avant par Nicolas Sarkozy. Pire, on peut même s’interroger sur les véritables motifs du président…

Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2008/08/25/01016-...