28.01.2011
La nouvelle envolée du prix des matières premières
En moins de deux ans, nous sommes déjà revenus au début de l’année 2008, quand des émeutes de la faim se développaient dans le monde entier et que le prix du baril de pétrole dépassait les 100 dollars. La hausse du prix des matières premières est spectaculaire.
Une envolée générale et durable
Alors que le prix du baril avait dépassé les 140 dollars mi-2008, au pire de la crise, son prix avait été divisé par 4, atteignant les 35 dollars début 2009. Depuis, sa remontée est moins brutale que la course entamée début 2007, mais pas moins spectaculaire. Nous venons d’assister à un quasi-triplement en deux ans (niveau digne des chocs pétroliers). Idem pour le prix des matières premières agricoles, passées d’un indice de 120 en 2006 à un pic de 210 mi-2008, avant de retomber à 140 début 2009 pour approcher 220 en ce début d’année, comme le montre The Economist.
Mais le pire est que cette envolée est sans doute durable, l’effondrement de 2008-2009 s’expliquant par une crise économique d’une ampleur inédite depuis quatre-vingt ans. En effet, l’ensemble des données semblent indiquer que nous entrons dans un monde où les matières premières seront plus chères. Si la hausse des prix va naturellement pousser la production à la hausse, il y a des contraintes physiques qui peuvent freiner cette hausse. Et surtout, l’augmentation de leur consommation devrait continuer dans les années à venir avec la forte croissance des pays en voie de développement.
Risque ou opportunité ?
Bien sûr, les règles du marché devraient permettre une augmentation de la production, des gisements ou des productions qui n’étaient pas rentables le devenant, et étant alors mis en chantier. On estime aujourd’hui que le coût de production des schistes bitumeux du Canada tourne autour de 50 dollars le baril. Les prix actuels garantissent donc une marge qui encourage leur développement. Mais ce n’est pas sans poser de gros problèmes écologiques, comme le souligne la polémique naissante sur les gaz schisteux en France et où l’Etat devrait assurer une plus grande transparence.
Plus globalement, les mécanismes de marché ont une forme de vertu dans le sens où les variations de prix poussent les acteurs économiques à s’adapter. Beaucoup de scientifiques affirment ainsi que nous avons atteint le pic de production de pétrole et s’alarment des conséquences d’une telle perspective, qui pourrait propulser le prix du baril à plusieurs centaines de dollars. Cependant, une telle évolution est aussi le moyen de favoriser l’innovation et la relocalisation des économies (le coût du transport devenant plus prohibitif). Et quel meilleur moyen de « décarboner » nos économies ?
Le besoin d’Etat
A 300 ou 500 dollars le baril, il est probable que l’ingéniosité humaine et la quête du profit permettront de trouver des substituts au plastique et aux multiples dérivés du pétrole. La voiture totalement électrique arrive sur nos routes (avec Renault en pionnier). Cependant, le travers du système actuel est qu’il est extrêmement brutal et que ses conséquences peuvent être dramatiques pour les populations, l’envolée actuelle des prix créant de nouvelles famines et l’exploitation irréfléchie de certaines matières premières créant des désastres écologiques dont la facture est encore invisible.
Pour toutes ces raisons, il est essentiel de ne pas laisser aux seuls marchés la gestion des matières premières par le seul signal d’un prix trop volatil. Il convient à la fois de définir une véritable politique de long terme pour réduire rapidement la dépendance à l’égard des hydrocarbures, développer une politique industrielle ambitieuse pour développer des substituts durables aux produits dérivés du pétrole et surtout stabiliser les marchés agricoles en permettant à la fois aux agriculteurs de gagner leur vie, aux pays d’être auto-suffisants et aux citoyens de se nourrir à un prix décent et moins variable.
Voilà de beaux projets de coopération européenne. Malheureusement, ils contreviennent sans doute trop à la « concurrence libre et non faussée », le veau d’or des autorités bruxelloises. Il revient donc à l’Etat de reprendre la main sur ces sujets, quitte à proposer des coopérations à d’autres pays.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Environnement | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : matières premières, pétrole, the economist, gaz schisteux
24.08.2008
Quel prix pour le pétrole demain ?
Début juillet, le pétrole flirtait avec la barre des 150 dollars le baril et beaucoup d’économistes, qui n’avaient souvent pas prévu une telle hausse, avançaient de nouveaux records très rapidement. Finalement, le baril est tombé sous les 120 dollars. À quoi pouvons-nous nous attendre demain ?
Le ralentissement mondial de l’économie et de la consommation ont mis un frein à l’envolée des cours débutée fin 2003, quand le baril tournait autour de 28 dollars. Cette multiplication des cours du pétrole par cinq représente un troisième choc pétrolier, supérieur encore à ceux des années 70 par l’ampleur de la hausse des prix, même si cette hausse s’est étalée sur une période nettement plus longue. La balance commerciale Française du poste énergie est ainsi passée d’un déficit de 11,6 milliards d’euros (0,8% du PIB) en 1999 à un peu plus de 20 milliards de 2001 à 2004 et devrait dépasser 50 milliards en 2008 (2,6% du PIB), soit plus de la totalité de notre déficit commercial. Si le prix du baril a battu tous les records, il faut noter néanmoins qu’il faut aujourd’hui environ 6 heures de SMIC pour un baril contre 12 heures lors du pic du début des années 1980.
Il y a deux explications possibles à la hausse brutale du prix du baril depuis 2003 : une incapacité involontaire des pays producteurs à suivre la hausse de la demande ou une limitation de la production par ces pays pour faire monter les prix. Aujourd’hui, la plupart des experts soutiennent que c’est bien l’offre qui n’arrive pas à suivre la demande, indépendamment de leur volonté. Ils s’appuient sur le fait que la production de l’OPEP a légèrement reculé en 2007. The Economist a ainsi souligné que des doutes existent sur la réalité des réserves de l’Arabie Saoudite et qu’il y a une controverse sur l’épuisement avancé de certains de ses principaux gisements. Dès lors la pause dans la hausse du prix du baril serait uniquement la conséquence de la baisse de la demande dans de nombreux marchés (européens et américains notamment) et elle devrait reprendre avec la reprise économique.
Cependant, des indices récents peuvent soutenir une autre explication. Plusieurs articles ont expliqué la récente baisse du cours du brut par les hausses de production de l’OPEP, contredisant la théorie selon laquelle les producteurs ne pourraient plus augmenter leur offre. Ne pourrait-on pas interpréter ces interventions comme un moyen pour les pays producteurs de pétrole de calmer l’évolution des prix. Nul doute qu’il serait possible pour l’OPEP de faire monter les prix du baril à 250 ou 300 dollars en quelques mois. Mais est-ce vraiment leur intérêt ? En effet, plus le prix du baril monte, plus les économies vont s’adapter au pétrole cher et chercher des solutions pour réduire leur dépendance et plus les activités fortement consommatrices seront affectées (aviation, automobile…). Si le prix du pétrole doublait une nouvelle fois, nul doute que le trafic aérien (entre autres) serait beaucoup plus affecté.
Le calcul des pays producteurs est peut-être un calcul de long terme. Aux prix actuels, leurs exportations leur rapportent déjà souvent plus qu’ils ne savent dépenser. S’ils poussent les prix plus hauts, alors la réaction (à moyen terme) des autres économies pourrait bien être plus radicale dans leur volonté de construire une économie post-pétrole. Bien sûr, cela ne pourrait pas se faire rapidement, mais un pétrole trop cher serait un puissant stimulant pour la « main invisible », ce qui pourrait faire baisser la consommation et les prix. L’après-demain d’un pétrole à 300 dollars, c’est peut-être un effondrement de la consommation d’une économie mondiale qui aura alors décidé fermement de se sevrer et des pays producteurs qui pourraient finir assis sur des réserves sans valeur à horizon 10 / 20 ans. Cela pourrait pousser les pays producteurs à chercher à stabiliser les prix à un niveau, où finalement ils gagnent bien leur vie sans trop précipiter la préparation de l’après-pétrole.
Le pétrole restera sans doute cher dans les années à venir. Mais s’il devenait hors de prix, alors l’ajustement de l’économie pourrait être plus brutal, condamnant la principale ressource des pays producteurs. La pause dans la hausse des prix est donc peut-être plus concertée qu’on ne le croit…
Sources : Alternatives Economiques juillet-août 2008, The Economist
11:11 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pétrole, opep, the economist
27.05.2008
Nicolas Sarkozy, entre accessoire et essentiel
RER A, décoration de Céline Dion, marins pêcheurs, voyage en Angola, loi sur la participation et l’intéressement, reprise en main de la majorité, réforme des Institutions, intervention sur RTL : depuis une semaine, Nicolas Sarkozy est sur tous les fronts pour relancer sa présidence.
Parmi cet embouteillage d’annonces, celle d’une loi visant à développer la participation et l’intéressement était la principale d’hier. De temps en temps, quelques traits de gaullisme semblent émerger du magma des interventions présidentielles. On peut sans doute remercier Henri Guaino car cette idée n’avait jamais fait partie des priorités de Nicolas Sarkozy avant qu’il ne soit rejoint par ce gaulliste ombrageux. La participation et l’intéressement avaient été voulus par le Général de Gaulle pour dépasser l’opposition entre les employés et les propriétaires d’une entreprise et faire que les premiers soient associés à sa bonne marche. Cette démarche est d’autant plus d’actualité aujourd’hui que le partage des fruits de la croissance n’a jamais été plus inégalitaire depuis les années 30.
Ce matin sur RTL, il est longuement revenu sur la hausse du prix du baril de pétrole. Il a dit que le supplément de recettes de TVA serait consacré à des mesures de soutien pour les Français les plus touchés par cette hausse. Il a également annoncé son intention de proposer aux autres pays européens d’exonérer de TVA l’essence à partir d’un certain prix. Cette annonce est un peu facile dans la mesure où il est peu probable que nos partenaires l’acceptent (nous attendons toujours leur accord pour la baisse de la TVA sur la restauration…). Cela illustre malheureusement les absurdités de certains règlements européens. En outre, s’il est légitime d’aider les Français les plus touchés par cette hausse, il est dangereux d’agir directement sur le prix de l’essence car cela ne pousserait pas les acteurs économiques à réduire leur consommation, ce qui pousserait encore plus les prix à la hausse, et à terme les aides…
Plus globalement, l’action du président de la République pose plusieurs problèmes. Vouloir en permanence être sur tous les fronts à la fois tout en s’assurant une exposition médiatique maximale le contraint à survoler les problèmes (d’où certains couacs, comme sur l’esclavage). Résultat, il ne traite pas les dossiers à fond et se contente d’empiler les nouvelles mesures et lois. De manière assez symptomatique, le « paquet fiscal » a ajouté de nouvelles exonérations de cotisations sociales et de nouvelles exonérations d’impôts sans revoir l’édifice global, ce qui contribue à le complexifier plus encore… Par delà l’intérêt discutable de certaines mesures (réforme des Institutions, paquet fiscal…), le président agit le plus souvent à la marge, sans réformer en profondeur, contrairement à ce qu’il prétend.
Pour devenir président, Nicolas Sarkozy devra sans doute apprendre à mieux choisir ses priorités pour traiter les dossiers à fond et ne pas empiler de nouvelles mesures. Cela donnerait également plus de lisibilité à son action. Mais pour cela, il faudrait qu’il sache distinguer l’accessoire de l’essentiel.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/05/26/interessement-l-offensive-gaulliste-de-nicolas-sarkozy_1049537_823448.html#ens_id=1049546
10:49 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, rtl, pétrole, participation, intéressement
10.03.2008
Et pendant ce temps là, l’euro et le pétrole montent…
Comme la vie politique française est centrée pour quelques jours encore sur des enjeux très locaux, des évènements internationaux d’importance passent sous silence alors qu’ils ont une grande influence sur notre pays. C’est ainsi que l’euro et le pétrole battent de nouveaux records.
Le baril de pétrole a ainsi atteint 107 dollars le baril, un nouveau record. Il est bien possible que le baril poursuive sa hausse de manière régulière et importante dans les années qui viennent tant les fondamentaux de l’économie mondiale resteront favorables. D’un côté, une hausse forte de la demande des pays émergents sans la moindre possibilité à court terme d’une substitution significative, de l’autre, une offre qui a du mal à suivre. La question n’est pas tellement de savoir quand le baril atteindra 200 dollars, mais plutôt quand. 2010 ? Plus tard ? La demande de pétrole ne pourra pas être réduite de manière significative rapidement tant cela demande des changements en profondeur dans la structure de notre économie.
La plupart des commentateurs souligneront que nous avons la chance d’avoir l’euro, dont la hausse limite les effets de la hausse du baril de brut. C’est vrai. Le « détail » qu’omettent tous ces commentateurs souvent euro-béats est que nos importations de pétrole et de gaz représentaient 41 milliards d’euro en 2007, mais que nos exportations représentaient, elles, 394 milliards (dont 136 milliards hors de l’Union Européenne), soit 10 fois plus. En effet, l’euro bat de nouveaux records puisqu’il atteint aujourd’hui 1,53 dollars. Mais ce qui fait le bonheur des touristes français aux Etats-Unis ou des importateurs de pétrole, fait le malheur de nos exportateurs. Les économistes estiment que l’euro est surévalué de 30 à 35% aujourd’hui. C’est à dire qu’un produit qui devrait coûter le même prix à produire en France et aux Etats-Unis, coûte en fait 30 à 35% plus cher du fait du niveau anormalement élevé de l’euro face au dollar (ce qui est encore plus vrai par rapport au yen japonais ou au wuan chinois).
La raison de ce décalage vient de la politique monétaire de la BCE, qui refuse obstinément de baisser ses taux pour soutenir l’activité alors que la Fed les a baissé de 2,25 points, à 3%. La rémunération plus forte de l’euro par rapport au dollar pousse la monnaie européenne à la hausse, rendant les produits français et européens plus chers par rapport à la compétition américaine ou asiatique. Pas étonnant que Renault, PSA ou nos équipementiers automobiles réduisent leur production en France pour l’augmenter en Europe de l’Est, en Asie ou en Amérique du Sud. Pas étonnant non plus que Toyota et Honda décident d’ouvrir une nouvelle usine d’exportation au Japon alors que récemment, ils pensaient encore construire une nouvelle usine en Europe.
L’euro surévalué, c’est au mieux des économies sur 10% de nos importations. Mais c’est une menace de tous les jours pour nos exportations vers l’Asie ou l’Amérique, menace qui explique beaucoup de pertes d’emploi et de délocalisations des dernières années.
Source : http://lekiosque.finances.gouv.fr/Appchiffre/portail_default.asp
18:31 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : euro, dollar, pétrole, exportations, importations, bce



