10.12.2010

Quand Martine et Ségolène font la courte échelle à Dominique

La semaine dernière, l’annonce de la candidature de Ségolène Royal aux primaires du PS a été accueillie comme un nouveau signe du désordre régnant rue de Solférino. Et si cette annonce était plus coordonnée qu’elle n’en a l’air ? 

Dominique Strauss-Kahn préservé 

En effet, les déclarations des deux femmes fortes du Parti Socialiste ne font pas grand mal au patron du FMI. Il faut noter que Ségolène Royal a vanté les qualités de son rival de 2006 en annonçant qu’elle en ferait bien son Premier Ministre et qu’elle pourrait même retirer sa candidature s’il était lui-même candidat. En clair, la présidente de Poitou-Charentes se met dans une position d’infériorité par rapport à lui s’il se déclarait, ce qui rend un affrontement peu probable.

De même, Martine Aubry a annoncé qu’elle annoncer sa décision de participer ou non aux primaires en juin 2011, soit au moment des déclarations de candidature, condamnant toute avancée du calendrier. En clair, elle se déclarera en fonction de ce que décidera Dominique Strauss-Kahn et ne le gênera pas en posant sa candidature avant lui. Et si les médias n’avaient pas bien compris que cette séquence politique favorise grandement l’oracle de Washington ?

Le retour du pacte de Marrakech ?

En fait, on devrait s’interroger sur la possibilité que toutes ces déclarations aient été coordonnées par les trois intéressés et que cette séquence ne soit qu’un prolongement du pacte de Marrakech. En effet, les trois rivaux évitent toujours tout mot qui fâche. Et si Martine Aubry et Ségolène Royal préparaient le terrain à Dominique Strauss-Kahn ? Après tout la date de décision de la première l’arrange et l’éloge de la seconde le met dans une position de force…

Mais alors, quel pourrait être l’intérêt pour DSK que Ségolène Royal annonce sa candidature ? On peut y voir une manœuvre destinée à ne pas laisser grandir les autres candidatures (Hollande, Valls, Montebourg), pour que le combat Royal-Aubry-DSK continuant à les éclipser dans les médias. Si Ségolène Royal n’avait pas annoncé sa candidature, les « petits candidats » auraient occupé l’espace médiatique seuls, menaçant alors de fragiliser les trois éléphants.

Machiavel à la manœuvre ?

Il y aurait quelque chose de machiavélique, mais finalement très mitterrandien à ce que Ségolène Royal se soit prononcée de la sorte pour occuper le terrain avant de passer le relais à Dominique Strauss-Kahn en juin, moment où Martine Aubry confirmerait qu’elle n’est pas candidate et qu’elle soutient le futur ancien président du FMI. Il pourrait ainsi revenir des Etats-Unis comme le Messie, soutenue par ses deux principales rivales et s’imposer sans coup férir.

Ce scénario est possible car les trois savent bien que c’est leur dernière chance d’accéder au pouvoir. S’ils perdent en 2012, une nouvelle génération prendra le pouvoir au PS et les chassera. Dès lors, ils ont un puissant intérêt à s’entendre pour éviter de répéter les primaires de 2006. Ensemble et unis derrière DSK, ils peuvent croire que la victoire est possible. Ainsi, Martine Aubry et Ségolène Royal pourraient préférer jouer placées plutôt que de tout risquer…

Bien sûr, ce scénario pourra paraître abracadabrantesque, mais à bien y regarder, les déclarations de la semaine dernière n’hypothèquent en aucun cas l’accord de Marrakech. Et si les trois favoris des primaires avançaient de concert pour saisir leur dernière chance d’accéder au pouvoir ?