29.08.2010
Les Roms, symbole politique
Quelque chose a changé depuis que Nicolas Sarkozy a mis en cause la communauté rom, avant de continuer à faire procéder à des expulsions de membres de cette communauté en situation irrégulière : les réactions des uns et des autres sont de plus en plus exagérées.
Des polémiques totalement démesurées
Le président de la République a encore réussi un joli coup. Certes, il a sans doute outrepassé ce qui devait être dit en stigmatisant l’ensemble de la communauté dans un premier temps. En revanche, comme le souligne Laurent de Boissieu sur son blog, les expulsions sont à la fois légitimes et normales. Mais elles ont déclenché une polémique gigantesque où toutes les bonnes âmes se sont précipitées pour prendre la défense de la communauté, n’hésitant pas à recourir à des comparaisons totalement ridicules avec la rafle des juifs.
Outre une bonne partie de l’opposition de gauche, une partie de l’Eglise, la Commission Européenne et les Nations Unies ont exprimé leur remontrance vis-à-vis du gouvernement Français. Libération, pourtant jamais avare de critiques à l’égard du Pape, n’a pas hésité à s’abriter derrière la sentence papale pour dénoncer le gouvernement. Enfin, d’une manière totalement abusive, Alain Minc a pris la défense du gouvernement en soulignant qu’un pape Allemand ne pouvait pas donner de leçons au gouvernement sur les Roms du fait de leur traitement par les nazis.
Le jeu dangereux du gouvernement
A première vue, le gouvernement semble avoir raison. Jusqu’à 65% des Français (et j’en fais partie) approuvent les expulsions. A tous ceux qui évoquent les enfants renvoyés dans leur pays d’origine des trémolos dans la voix, il faut rappeler que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, surtout aujourd’hui. Certains suggèrent aux beaux penseurs de recueillir quelques Roms chez eux pour être cohérents. Il est tout de même normal de pouvoir expulser les étrangers en situation irrégulière. D’ailleurs, plus de dix mille Roms ont été expulsés depuis le 1er janvier.
Mais le gouvernement n’est pas à l’abri de tout reproche. Comme l’ont souligné Nicolas Dupont-Aignan et Eric Zemmour, l’afflux de cette population est la conséquence directe de décisions prises par l’UMP comme le PS, à savoir les traités autorisant la libre-circulation des personnes dans l’Union Européenne associés à l’adhésion de la Roumanie et la Bulgarie à cette même Union. Bref, comme d’habitude, le gouvernement s’agite devant les caméras sans réellement apporter de solutions durables au problème. Car les Roms renvoyés pourront rapidement revenir à loisir.
Entre un gouvernement utilisant les expulsions pour montrer qu’il agit alors qu’il laisse faire et une opposition qui hurle au loup en semblant ignorer qu’il est naturellement impossible de ne pas mettre un frein à l’arrivée des Roms dans notre pays, cette polémique montre le besoin de sortir du duopole UMPS.
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : roms, nicolas sarkozy, expulsion, nations unies, pape, libération, eric zemmour, nicolas dupont-aignan
24.03.2009
Dérapage religieux
La semaine dernière, tous les commentateurs sont tombés à bras raccourcis sur les propos du Pape sur le préservatif. Tous ? Non ! Trois de mes collègues de Kiwis ont résisté à la vague de fond médiatique et dénoncé ce « lynchage », à divers degrés. L’occasion de revenir sur ce débat.
Ce qu’a dit le pape
Avant de me faire une opinion définitive sur les propos du pape, j’ai tenu à revoir une séquence un peu plus longue qui donne de la perspective. Vous trouverez donc un lien vers un extrait de la chaîne Kto, peu susceptible de présenter de manière défavorable la parole papale. Le pape soutient que « l’entité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est vraiment l’Eglise catholique ».
Il poursuit : « je dirais que l’on ne peut pas dépasser ce problème du Sida avec seulement de l’argent, qui est nécessaire, mais s’il n’y a pas l’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut pas dépasser le fléau avec la distribution de préservatifs. Au contraire, ils augmentent le problème. La solution ne peut venir que d’un double engagement : en premier, une humanisation de la sexualité (…) et deuxièmement une vraie attention particulièrement à l’attention des personnes qui souffrent ».
Dérapages papaux
Premier point contestable : le fait que l’Eglise catholique soit « l’entité la plus efficace » dans la lutte contre le sida. Beaucoup considèrent aujourd’hui que son influence est extrêmement néfaste en Afrique où elle peut freiner l’utilisation du préservatif. Mais c’est surtout le passage sur le fait que les préservatifs « augmentent le problème » qui a choqué. En effet, l’expérience montre que l’usage du préservatif ralentit la propagation du sida et que plus les autorités favorisent son usage, plus la progression de l’épidémie ralentit.
On peut également être choqué par la phrase « la solution ne peut venir que d’un double engagement : (…) une humanisation de la sexualité (c’est-à-dire, l’abstinence et le refus de toutes relations sexuelles avant le mariage) ». En résumé, de tels propos indiquent que pour l’Eglise catholique, le préservatif fait davantage parti du problème que de la solution, parce qu’il encourage la promiscuité sexuelle, et que la seule solution est l’abstinence et le refus de toutes relations avant le mariage.
Une pierre au débat
Et c’est bien pour cette raison que je ne suis pas d’accord avec mes collègues de Kiwis. Non seulement le pape tient des propos qui sont faux et sont infirmés par ce qui se passe en Afrique, mais pire, en disqualifiant l’utilisation du préservatif, il contribue à en freiner l’adoption dans un Continent où plus 20 millions de personnes sont déjà mortes du sida et plus de 20 millions sont porteuses du virus. En cela, ces propos sont plus que choquants, ils sont d’une irresponsabilité rare.
Alors, bien sûr, il est vrai que l’abstinence et la fidélité sont des remèdes encore plus sûrs que les préservatifs pour éviter d’être contaminé. Mais on voit le résultat de ces raisonnements dans les pays qui les ont trop longtemps adoptés, comme en Afrique du Sud. Certes, certains critiques sont sans doute allés un peu loin, mais à titre personnel, cela ne me semble que des peccadilles par rapport aux propos papaux.
Le Figaro fait preuve d’un sacré jésuitisme en affirmant que « les agences de presse ont fait dire au pape qu’il pensait que ‘le préservatif aggravait le problème du sida’ alors qu’il mettait plutôt en doute l’efficacité des campagnes uniquement fondées sur le préservatif ». Je vous laisse juge avec la vidéo… Si les propos de ses défenseurs, me semblent assez justes (« l’enjeu, c’est de comprendre que le « sortez couverts » ne suffit peut-être pas toujours »), cela me semble éloigné des propos papaux…
Pire, ces propos font suite à une série de dérapages inquiétants de l’Eglise (réintégration d’un évêque négationniste, excommunication d’une mère ayant avorté sa fille violée au Brésil – certes condamnée par le Vatican). Cette affaire montre heureusement que l’esprit de 1905 reste vivace et partagé en France.
L’intervention du pape : http://www.youtube.com/watch?v=aHELjx2XQ-c
Pensées d’outre politique: http://penseesdoutrepolitique.wordpress.com/2009/03/23/be...
Toréador : http://www.toreador.fr/2009/03/21/paso-doble-n°128-pas-de-boogie-woogie-tout-court-avant-la-capote-du-soir/
H16 : http://h16.free.fr/index.php?2009/03/20/539-pape-polemiqu...
10:55 Publié dans Actualités, Blog, Société | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : pape, préservatif, sida, kiwis, toréador, pensées d'outre politique, h16



