07.05.2010
La Grande-Bretagne sans majorité
C’est le résultat que tout le monde espérait éviter. Les élections législatives britanniques se soldent par un Parlement où ni le Parti Conservateur ni même une coalition entre les travaillistes et les libéraux-démocrates n’ont une majorité.
Un virage à droite
Au final, le résultat de ces élections est un succès pour David Cameron, le chef des Tories. Son parti arrive largement en tête des suffrages, avec 36% des voix, nettement devant le Parti Travailliste, à 27%. Les libéraux-démocrates, un temps en tête des sondages, font finalement 22%, soit le score qu’ils avaient fait en 2005. Mais les subtilités du système électoral britannique et l’implantation géographique des partis leur donnent respectivement 305, 255 et 61 députés.
Ce résultat valide en bonne partie la stratégie du jeune leader des conservateurs qui a recentré son parti sur de nombreuses questions, en parlant d’environnement et en garantissant le budget de la santé, pourtant largement augmenté par les précédents gouvernements travaillistes. Son « conservatisme compassionnel » a de nouveau donné envie aux britanniques de lui confier le pouvoir, ce qui est un exploit après une série de trois lourdes défaites électorales.
Mais il va lui manquer une vingtaine de sièges pour pouvoir gouverner sereinement. Et, c’est une surprise, une coalition entre le parti travailliste et les libéraux-démocrates n’aurait pas non plus de majorité au Parlement. Bref, une majorité claire ne pourra être obtenue qu’avec une alliance avec les petits partis. Et sinon, Gordon Brown pourrait se voir confier par la Reine le soin de former un nouveau gouvernement, à moins qu’il ne concède la défaite.
Un perdant + un perdant = deux gagnants ?
Car il faut être clair. Avec seulement 27% des voix, soit 9 points de moins que les conservateurs, les travaillistes enregistrent une défaite bien plus sévère que ne le suggère la répartition des députés. L’autre grand perdant est Nick Clegg, le chef des libéraux-démocrates, et révélation de la campagne, qui ne fait que rééditer le score d’il y a cinq ans, après avoir espéré beaucoup plus. Cependant, les deux dirigeants défaits de la campagne pourrait être tentés de s’entendre…
En effet, même si elle n’aurait pas la majorité absolue, une alliance des deux disposerait de davantage de sièges que les conservateurs, et avec le soutien d’un petit parti, elle pourrait peut-être avoir une majorité absolue. Après tout, les travaillistes pourraient bien être tentés d’infliger une défaite aux conservateurs en les privant du pouvoir. Et les libéraux-démocrates pourraient chèrement monnayer leur soutien, par exemple en obtenant la part de représentation proportionnelle qu’ils réclament depuis si longtemps.
A priori, David Cameron semble en meilleure position pour devenir Premier Ministre car sa victoire est assez nette, même s’il n’obtient pas la majorité absolue. Cependant, les résultats de cette élection pourraient encore réserver une sacrée surprise…
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25.12.2009
Gordon Brown redécouvre la lutte des classes
Après un léger rebond à l’automne 2008 au pic de la crise financière, le parti travailliste semblait parti pour une défaite aussi cinglante que celle qu’il avait infligée aux conservateurs en 1997. Mais depuis quelques semaines, il semblerait que l’élection puisse être plus serrée qu’annoncé.
Les aristocrates à la lanterne
Comme le raconte The Economist dans son édition du 12 décembre, le Premier Ministre Britannique multiplie les initiatives contre la « haute », incluant une attaque contre Eton, l’école de David Cameron. Il a introduit une nouvelle tranche d’imposition sur le revenu à 50% (contre 40% en France ou aux Etats-Unis pour la tranche la plus élevée). Ensuite, le gouvernement vient de décider de taxer à 50% les bonus supérieurs à vingt-cinq mille livres qui seront payés en 2010.
Ces mesures font partie d’un plan d’ensemble puisque le gouvernement a également décidé de maintenir à quarante-quatre mille livres le seuil à partir duquel s’applique la tranche d’imposition à 40% et à trois cent vingt cinq mille livres le seuil à partir duquel s’applique l’impôt sur les successions (alors que les conservateurs veulent le monter à un million). Le gouvernement a également annoncé une réduction de 50% du budget dédié aux consultants et une révision des plus hauts salaires de l’administration.
Un nouveau Roosevelt ?
Avec beaucoup d’enthousiasme, on pourrait finir par se dire que Gordon Brown se révèle par la crise. Après tout, c’est lui qui a inspiré les mesures les plus radicales qui ont permis au monde d’éviter de sombrer dans une crise économique comparable à la Grande Dépression des années 30. Le plan européen de soutien aux banques de l’automne dernier n’était qu’un décalque du plan britannique appliqué aux autres pays. En outre, il a nationalisé une partie importante du secteur bancaire.
Mieux, le Royaume-Uni n’hésite pas à recourir à des déficits colossaux pour ranimer l’économie. En effet, le déficit atteint 175 milliards de livres cette année, soit plus de 12% du PIB. Le gouvernement tire bien les leçons des années 30 en évitant une rigueur qui ne ferait que prolonger la dépression économique sans réellement permettre une amélioration des comptes publics qui seraient plombés par la baisse des recettes. La hausse des impôts des plus riches rappelle également Roosevelt.
Peut-il gagner les élections de 2010 ?
Mais il y a quand même une grande différence entre les deux. En effet, Franklin Roosevelt avait appliqué la politique qu’il avait annoncé pendant la campagne électorale de 1932. Au contraire, Gordon Brown semble défaire ce qu’il avait mis en place avec le New Labour. Du coup, ce virage à gauche peut ne sembler être qu’un virage tactique à l’approche d’élections qui promettaient d’être une véritable déroute à moins de changer radicalement la donne.
Il est difficile de savoir ce que Gordon Brown pense réellement. Avec ces mesures fiscales ou la défense d’une taxe Tobin, son virage à gauche est impressionnant. Et il semble que cette stratégie fonctionne puisque l’avance des conservateurs dans les sondages a fondu à moins de 10 points, ce qui priverait David Cameron d’une majorité claire en 2010. On en vient même à se demander si la défaite du Labour est vraiment certaine et s’il ne pourrait pas finalement l’emporter…
Curieux destin que celui de Gordon Brown. Après s’être fait le zélateur de la cause néolibérale au point de passer pour un homme de centre-droit sur un échiquier continental, la crise et la promesse d’une déroute électorale provoque une mue dont on ne saura sans doute jamais si elle était sincère.
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