02.11.2010
De l’usage des épices verbales en politique…
Suite à un papier où je critiquais le durcissement de Jean-Luc Mélenchon, qui avait déjà créé un gros débat ici et sur Agoravox, j’en ai publié un autre prenant position contre la critique des journalistes. Nouvel épisode dans cette réflexion sur l’usage de la polémique.
Préliminaire
Je tiens à préciser ici que cette suite de papier ne prétend pas définir théoriquement ce que nous devons faire pour porter nos idées au pouvoir, mais simplement susciter un débat à partir d’intuitions et de réflexions qui ne sont pas encore arrêtées. Nous sommes encore à 18 mois de l’élection présidentielle et nous avons encore du temps pour définir notre langage. En outre, un ton doit être assorti à une personne et ce qui fonctionne pour l’un peut ne pas fonctionner pour l’autre.
Néanmoins, je crois que c’est une question que nous devons absolument nous poser. Dans tous les blogs ou sites alternatifs que je fréquente, nous parlons toujours de ce qu’il faut faire, parfois de stratégie (ce qui est souvent l’occasion de s’écharper, même si nous sommes à 99% d’accord sur le fond), mais presque jamais de la manière de communiquer nos idées, des mots, du ton que l’on doit adopter et encore moins du discours global qui pourrait permettre à un des nôtres d’arriver à l’Elysée.
La parabole des épices
Pourtant, comme je l’ai dit dans les commentaires, si le fond est la base, le plus important, la façon de le dire, et le discours global que nous avons, sont aussi importants. Comment parvenir à faire partager nos idées (j’y reviendrai prochainement sur la nation) à une majorité de Français ? Le facteur déclencheur a été la polémique sur les propos de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre de plusieurs journalistes. Je me suis demandé si de tels propos ne risquaient pas de l’enfermer dans une impasse.
Pour prendre une image, l’UMP, le PS, les Verts et le Modem proposent tous la même soupe fadasse qui mélange des ingrédients dûment autorisés. Quelques épices verbales peuvent donner du goût à cette mélasse. En revanche, les alternatifs que nous sommes proposons à nos concitoyens un plat extrêmement original. Y ajouter trop d’épices verbales ne risque-t-il pas d’occulter la saveur des ingrédients d’origine (les idées) même si cela ravira les amateurs de ces épices ?
Des saillies à double tranchant
Bien sûr, les épices verbales sont un moyen facile et parfois utile pour attirer l’attention, chose dont nous avons bien besoin tant que nous sommes petits et donc peu exposés. C’est simple, on a jamais autant parlé de Jean-Luc Mélenchon qu’aujourd’hui et il s’impose comme un représentant des petits contre les puissants. Cependant, quand on parle de lui, on ne parle plus que de ses foucades épicées contre tel ou tel journaliste, presque jamais de ses propositions.
Dans un autre genre, les dérapages ont sans doute permis à Jean-Marie Le Pen d’émerger et même de parvenir au second tour d’une élection présidentielle. Mais ne l’ont-ils pas (heureusement) cantonné dans une impasse politique, en soulignant le caractère profondément extrémiste du personnage et de son parti ? Les excès de langage restent. Ils contribuent à façonner l’image d’un homme ou d’un parti, autant que les propositions. C’est pourquoi ils peuvent être à double tranchant.
Opposant permanent ou alternative ?
En choisissant de parler de protectionnisme, de sortie de l’euro, de souveraineté, Nicolas Dupont-Aignan se place sur le fond. La force des propositions permet d’émerger comme l’a montré la campagne en faveur de la sortie de l’euro. Et je crois que son côté plus raisonnable et posé que Jean-Luc Mélenchon peut en fait une véritable alternative de gouvernement, un homme qui pourra un jour rassembler une majorité de Français lors de l’élection présidentielle.
D’ailleurs, il y a six mois, NDA pointait autour de la 60ème place du top 100 Facebook des hommes politiques, derrière le président du Parti de Gauche. Aujourd’hui, il vient d’atteindre la 28ème place, devant ce dernier, après une progression continue, preuve que les esclandres, aussi médiatisés qu’elles soient, ne sont pas forcément plus productifs qu’un travail de fond. Il évite de s’enfermer dans le rôle d’un chroniqueur au vitriol, sans doute de talent, mais qu’on peut difficilement imaginer au pouvoir…
Bien sûr, nous sommes toujours tentés d’utiliser des mots forts, qui ont de l’impact, en interne comme à l’extérieur. Mais ces mots peuvent être comme des épices brûlantes qui abîment la perception globale du plat que nous proposons. Veillons à ce qu’ils soulignent nos idées et ne les écrasent pas.
10:55 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : jean-luc mélenchon, parti de gauche, nicolas dupont-aignan
29.10.2010
Jean-Luc Mélenchon suit-il la bonne stratégie ?
La question pourra paraître surprenante tant le chef du Parti de Gauche s’impose dans les médias et également comme présidentiable en vue de l’élection de 2012. Cependant, il ne faut pas confondre la force du bruit produit avec sa pertinence.
Une stratégie qui maximise le bruit
On parle de plus en plus de Jean-Luc Mélenchon. Ses fréquentes foucades contre les journalistes arrivent même au paradoxe de faire parler de lui en son absence. Il faut dire qu’il les multiplie depuis six mois entre sa critique d’un jeune journaliste qui lui posait une question sur les maisons closes, les qualificatifs de « larbin » et « salaud » employés contre David Pujadas ou l’expression de « perruches et métronome » pour parler de trois journalistes femmes reçues par Michel Denisot.
A priori, cette stratégie peut sembler habile. En effet, les journalistes ne sont pas forcément très appréciés et devenir leur tête de turc présente l’avantage de faire (beaucoup) parler de soi. En outre, comme le souligne Marianne, ces attaques peuvent le servir en renforçant son statut de défenseur du peuple contre les élites politico-médiatiques. Cette posture, sur laquelle François Bayrou a joué en 2007, le place au centre du jeu politique et pourrait l’amener à un beau score en 2012.
Une stratégie à double tranchant
Mais comme le souligne Marianne, le « coup de gueule permanent », s’il permet de faire du bruit, n’est pas sans limite et peut parfois lui permettre de se passer de « délivrer un message cohérent et constructif ». Pire, même s’il délivre parfois un tel message, il y a fort à parier que seules ses foucades parviennent aux oreilles des citoyens. Cela pourrait bel et bien le réduire à une sorte de chroniqueur politique qui défend les petits contre les puissants, sans perspective d’arriver au pouvoir.
Bref, en multipliant les déclarations cinglantes, Jean-Luc Mélenchon pourrait au final devenir un autre idiot utile du système (au même titre que le Front National ou le NPA), c'est-à-dire un leader qui capte une part importante de l’électorat sans espoir de devenir une véritable alternative de gouvernement du fait d’un discours, qui, s’il séduit fortement une partie de l’électorat, prend le risque d’être trop réduit à ses excès pour être une alternative crédible de gouvernement.
Une leçon pour les alternatifs ?
La situation des candidats alternatifs (DLR, MRC, PG) est très compliquée. D’un côté, nous avons le besoin d’émerger médiatiquement, ce qui est grandement facilité par des déclarations fracassantes et très critiques, qui retiennent davantage l’attention. Mais de l’autre, on peut se demander si le fait d’être réduit à des foucades, qui peuvent être vues comme excessive par la majorité, ne fait pas de nous les idiots utiles du système qui divertissent sans pouvoir rien changer.
La difficulté est d’autant plus grande que la plupart des militants apprécient beaucoup les déclarations tonitruantes qui sont prises comme de la sincérité et l’illustration nécessaire des souffrances d’une grande partie de la population. Une trop grande modération peut être interprétée comme un manque de conviction ou une faiblesse. Pourtant, un discours plus policé est aussi le moyen de convaincre d’autres citoyens et de pouvoir un jour rassembler une majorité derrière nos idées.
Les foucades de Jean-Luc Mélenchon plaisent sans doute beaucoup à une minorité de l’électorat, mais s’il s’enferme dans un tel registre, il est probable qu’il ne pourra jamais convaincre une majorité de Français de l’envoyer à l’Elysée. D’ailleurs, il ne donne pas vraiment l’impression qu’il en a réellement envie et on peut se demander si son rôle de chroniqueur alternatif et vitupérant de la vie politique ne représente pas pour lui l’horizon indépassable et même souhaitable de sa carrière.
La stratégie actuelle de Jean-Luc Mélenchon est sans doute très efficace pour émerger médiatiquement. Mais en se cantonnant dans un rôle de critique acerbe du pourvoir au détriment de sa capacité de proposition, il risque de se transformer en nouvel idiot utile du système…
10:55 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : jean-luc mélenchon, parti de gauche



