28.09.2011

La France, exportatrice de technocrates apatrides

C’est Eric Zemmour qui avait eu ce bon mot un matin dans sa chronique sur RTL : la France est bien un pays spécialisé dans l’exportation de hauts technocrates dont l’internationalisme est tel qu’ils en oublient totalement leur pays d’origine. Nouvel exemple avec Christine Lagarde.

Un lourd passé

Jacques Delors, Jean-Claude Trichet et Pascal Lamy sont sans doute les pires exemples de ce que la France a produit comme technocrates irresponsables et apatrides. Si le second a toujours été à droite, le premier et le troisième sont venus de la gauche pour mener des politiques profondément antisociales et dogmatiquement monétaristes et néolibérales. Fâchés avec la réalité, ils n’hésitent pas à nier la crise de l’euro, affirmant qu’il s’agit seulement d’une crise de la dette.

Ces criminels économiques portent tous une très lourde part de responsabilité dans les difficultés de notre pays. Jacques Delors et Pascal Lamy ont été derrière le tournant de 1983. Jean-Claude Trichet a mené une politique monétaire totalement absurde au début des années 1990, montant les taux et envoyant ainsi un million de Français au chômage. Il est le partisan d’une politique monétaire délétère qui produit une monnaie trop chère qui asphyxie notre économie depuis 20 ans.

Jacques Delors et Pascal Lamy sont aussi les responsables de la libéralisation des mouvements de capitaux, qui a créé l’anarchie financière qui nous a mené aux crises des dernières années et qui rend toute tentative de réforme de la finance bien impossible, à moins de revenir dessus. Pascal Lamy s’est aussi fait remarqué pour avoir dit que le SMIC était trop élevé et Jean-Claude Trichet pour avoir affirmé qu’augmenter les salaires était la dernière bêtise à faire.

Internationalisme et néolibéralisme

On voit bien à quel point la frontière est poreuse entre internationalisme et néolibéralisme. Des hommes sensés être issus de la gauche en finissent par s’attaquer aux bas salaires ! Par delà l’indécence de telles déclarations, cela démontre à quel point l’éloignement avec les racines nationales est néfaste. Il permet toutes les dérives intellectuelles les plus dogmatiques et coupées de la réalité Dans leur bulle dorée, les aristocrates des temps modernes refusent même la moindre obole.

Après Jean-Claude Trichet, qui s’était empressé d’affirmer qu’il n’était pas un Français en tant que président de la BCE, nous avons produit de nouveaux exemples de technocrates apatrides. Christine Lagarde plait beaucoup aux étasuniens qui trouvent qu’elle se permet de dire des choses qu’eux-même n’osent pas dire aux européens et aux Français. C’est ce que révèlent deux portraits publiés la semaine dernière dans le Figaro et les Echos qui vantent la conversion de notre ancienne ministre.

Il est tout de même incroyable de constater à quel point une certaine élite est capable de totalement oublier les intérêts de son propre pays, quitte à retourner complètement sa veste sur un certain nombre de dossiers qu’elle traitait encore il y a quelques mois. En ce sens, les autres pays n’ont sans doute pas fini de vouloir recruter des Français à la tête d’institutions internationales tant nous parvenons à produire une élite tellement internationaliste qu’elle en oublie totalement sa nation.

Jacques Sapir a dit que « la haine de la nation, c’est l’internationalisme des imbéciles ». Malheureusement, nos technocrates apatrides tombent souvent dans ce piège mais aussi dans celui de la promotion de politiques néolibérales profondément antisociales.

05.07.2011

Protectionnisme, euro, démondialisation : la pensée unique contre-attaque

Alors que les intellectuels alternatifs amènent le débat économique sur tous les fronts (sortie de l’euro, protectionnisme, démondialisation), les tenants de l’ordre établi, néolibéral et monétariste, se crispent et refusent de débattre, préférant la caricature et l’outrance à la confrontation des idées.

Les caricatures du politiquement correct

Outre une interview de Christian Noyer dans le Figaro, c’est le Monde (qui avait, il est vrai, accueilli une interview de Jacques Sapir), qui mène la charge avec pas moins de trois papiers : une tribune d’Alain Faujas, qui fait du protectionnisme une « ligne Maginot », une autre, d’un professeur de Sciences Po, Zaki Laïdi, qui dénonce « l’absurde démondialisation » et un entretien avec Pascal Lamy pour qui « la démondialisation est réactionnaire ».

Christian Noyer affirme qu’une « réduction modeste des revenus permet d’obtenir les mêmes effets économiques qu’une dévaluation importante ». Non seulement cela est malhonnête puisque les deux doivent être équivalentes, mais cela montre aussi que les salaires vont devoir baisser. La comparaison entre la zone euro et les Etats-Unis est d’une sacrée mauvaise foi. Enfin, il refuse tout plan B. En revanche, il faut noter la justesse des questions de Jean-Pierre Robin.

Pascal Lamy ne fait pas dans la dentelle et ose affirmer que la compétitivité salariale indue n’est « pas évidente » tout en évoquant des écarts de salaires allant de 1 à 8 entre France et Chine du fait de la hausse des salaires chinois. Il faut noter qu’il minore volontairement les écarts (qui vont de 1 à 30 en Asie et de 1 à 10 en Europe). Le directeur de recherche de Sciences Po n’est pas moins caricatural en invoquant un « autocentrage économique » rappelant l’Albanie…

Il évoque le cas de l’Iphone, dont 4% de la valeur ajoutée est réalisée en Chine pour affirmer que les chiffres ne veulent rien dire, feignant d’ignorer que les composants issus des autres pays ont bien été importés dans un premier temps. ! Il ose même affirmer que « en achetant plus d’Airbus, on ne protège pas nécessairement plus l’emploi européen » ce qui est faux puisque 10% des composants de Boeing sont européens, contre 50% pour ceux d’Airbus (et il faut y ajouter le montage).

Le débat interdit

Ce qui est assez impressionnant, c’est la faiblesse de l’argumentation des défenseurs de la pensée unique. Quand ils ne réfutent pas tout simplement les chiffres du commerce extérieur, ils recourent à la caricature pour dénigrer tous ceux qui remettent en cause les dogmes libre-échangistes ou européistes. Pire, ils disent tout et son contraire, comme Christian Noyer qui affirme bien miraculeusement qu’une réduction modeste des revenus équivaut à une dévaluation importante.

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir des intellectuels de tous bords qui défendent ces idées, y compris des prix Nobel comme Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Maurice Allais ou Amartya Sen. En France, des intellectuels de gauche (Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Frédéric Lordon) comme de droite (Jean-Luc Gréau, Alain Cotta, Jean-Jacques Rosa, Gérard Lafay) remettent en cause la libéralisation excessive ou le choix d’une monnaie unique en Europe.

En outre, il devrait tout de même être possible de débattre du degré de libéralisation du commerce. Tous les pays sont un peu protectionnistes et cela ne devrait pas être un drame que de dire qu’il en faut davantage. Personne ne propose l’autarcie, même les plus radicaux. Il est tout de même normal de débattre démocratiquement des grands choix économiques. La crispation des grands partis et de nombreux médias sur la question est franchement révoltante.

Naturellement, les défenseurs de la pensée unique ne manquent pas une occasion de citer Marine Le Pen pour discréditer les idées alternatives. Cela fait plus peur que Paul Krugman ou Jospeh Stiglitz… Il serait temps de pouvoir avoir un débat sérieux sur ces questions.

27.06.2010

Quand des « socialistes » se font les avocats de la mondialisation néolibérale…

« Je n’aime pas les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes » : voilà ce que le Général de Gaulle aurait dit dans l’après-guerre (outre le fait qu’il n’aimait pas « les communistes parce qu’ils sont communistes et les siens parce qu’ils aimaient trop l’argent »).

DSK et Pascal Lamy au sommet du monde

C’est un des paradoxes les plus révélateurs sur ce que pensent réellement les dirigeants socialistes. Les dirigeants de l’Organisation Mondiale du Commerce et du Fonds Monétaire International, les deux organisations qui poussent le plus l’agenda néolibéral de déréglementation monétaire, commerciale et financière sont aujourd’hui deux « socialistes » Français. Mardi à Vancouver, ils ont essayé de défendre de défendre leur bilan auprès de la confédération syndicale internationale.

Il est piquant de constater que, pour le monde syndicaliste « FMI et OMC sont en effet suspectés, accusés même, de promouvoir des politiques de restriction budgétaire et d'organiser une mondialisation qui s'accompagne de dérégulation et de réduction des droits sociaux ». DSK, qui avait allégé la fiscalité sur les stocks options alors qu’il était ministre, a demandé « une taxation sur les profits, les bonus et les hautes rémunérations », proposition bien vague.

Le directeur du FMI a défendu les plans de rigueur avec une image habile : « Il y a deux ans, la maison brûlait alors les pompiers ont utilisé beaucoup d'eau, a-t-il déclaré. Maintenant, la maison est inondée. Il faut donc éponger la dette. » Il s’est opposé à une taxation des transactions financières, soutenue par les syndicalistes, qui y voit une réforme structurante qui diminuera la spéculation, plaidant plutôt pour une taxe sur les profits, sorte d’assurance pour les prochaines crises.

Les avocats dogmatiques de la mondialisation néolibérale

Il est pour le moins paradoxal de constater que des « socialistes » s’opposent à une taxation sur les transactions financières à un moment où même les dirigeants européens poussent cette idée. Contrairement à ce que dit DSK, le point n’est pas technique. Une taxe sur les profits ne consiste qu’à créer un fonds de prévention et n’a aucune dimension structurante. Une taxe significative sur les transactions financières (0.1 à 1%) aurait le double avantage d’équilibrer la fiscalité et dégonfler la spéculation.

Alors que Pascal Lamy récitait sa bible libérale dans une interview dans le Monde, affirmant que « les pays les plus pro-mondialisation sont les pays les plus pauvres », le dialogue avec les syndicats le ramenait à la réalité. Un délégué du Nigéria a réfuté cet argument en affirmant que "le libre-échange s'accompagnait toujours de déréglementation et la perte des emplois se faisait sous la bannière de l'OMC". Un membre de FO a dénoncé l’alignement des politiques sociales nationales aux conditions du marché.

Enfin, le vice-président allemand de la CSI, Michael Sommer, s’est demandé : "Pourquoi la réglementation des marchés financiers prend-elle tellement de temps – des années – quand le déblocage de sommes considérables pour les banques ou pour un programme du FMI ne demande qu'une semaine ?". De la sorte, il souligne toutes les incohérences de ces socialistes toujours plus prompts à défendre les banques ou les dogmes néolibéraux que les intérêts des classes populaires.

En 2012, même s’il semble aujourd’hui bien placé, DSK ne sera que le candidat d’une alternance de plus, le nouveau représentant (plus présentable) de la politique qui échoue depuis tant d’années. Les Français devront chercher ailleurs pour trouver une alternative.

18.07.2009

Pascal Lamy ou le syndrome de l’éléphant socialiste

Hier, nous avons appris que l’OMC a récemment refusé d’accorder une augmentation de 32% à Pascal Lamy. Un nouvel exemple qui permet de mieux cerner ce que pensent réellement les dirigeants socialistes.

La conversion néolibérale

Je ne sais plus si c’est Jacques Généreux ou Jean-Claude Michéa qui l’affirme, mais selon l’un des deux, les socialistes convertis au néolibéralisme sont souvent plus dogmatiques que les néolibéraux de naissance. L’explication donnée est qu’après avoir abjuré leur première religion économique, ils ne seraient plus capables de la moindre remise en question de leur nouvelle foi, qu’il soutiendrait avec l’enthousiasme naïf et non distancié des nouveaux convertis. Une explication intéressante...

Dans le cas présent, Pascal Lamy, qui perçoit un salaire de plus de trois cent mille euros annuels, a demandé une rallonge de 32%. Comment ne pas relever l’indécence d’une telle demande en pleine crise économique alors que des millions de personnes perdent leur emploi, du fait, entre autres, des politiques de libre-échange mises en place par le patron de l’OMC ? Qu’a-t-il pu passer par la tête de ce haut fonctionnaire pour faire une telle demande à une telle époque ?

Deux poids, deux mesures

Pire, Pascal Lamy avait affirmé avant la crise que le niveau du SMIC en France était trop élevé. Bref, pour résumer la pensée de ce haut fonctionnaire socialiste : le salaire des ouvriers et des employés (à peine plus de mille euros nets par mois) est trop élevé alors que le sien (vingt-six mille euros par mois) est trop bas. Bref, l’écart de 1 à 25 entre son salaire et celui de la piétaille de son pays n’est pas juste et ne reconnaît pas à sa juste valeur ce que lui, peut apporter à l’humanité.

Le Général de Gaulle aurait dit qu’il « n’aime pas les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes… ». Ce qui était déjà vrai dans les années 50 et 60 semble toujours vrai au 21ème siècle. Il est donc sans doute parfaitement illusoire d’espérer une quelconque évolution d’un parti qui est peut-être finalement resté le même et dont la parenthèse collectiviste de la fin des années 70 et du début des années 80 était purement tactique et ne reflétait pas sa pensée profonde.

Merci à Pascal Lamy de nous rappeler par intermittence la réalité brutale du visage des socialistes convertis au néolibéralisme. Car le discours parfois gauchiste des dirigeants locaux ne fait que camoufler une pensée équivalente à celle du patron de l’OMC.

Source : http://www.lemonde.fr/organisations-internationales/artic...