21.08.2011
Pourquoi l’Allemagne refusera les euro obligations
Euro obligations, euro obligations, euro obligations : c’est le nouveau mot magique des cabris du 21ème siècle face à la crise financière. Pourtant, un examen de leurs modalités conduit à largement relativiser leur efficacité potentielle autant que la possibilité pour l’Allemagne de les accepter.
Les euro obligations, ou la fin de l’euro
Patrick Artus en a fait le sujet d’une de ces dernières notes en concluant « on ne pourra pas éviter les euro bonds ». Il note justement qu’au bout d’un certain temps, la BCE risque de vouloir freiner ses rachats de dettes espagnoles et italiennes. Il faut noter le succès de cette opération pour faire baisser les taux d’intérêt à dix ans de ces deux pays qui tournent autour de 5% aujourd’hui après s’être envolés au-delà de 6% début août. Mais l’appétit de la BCE risque de se tarir.
En effet, la Banque Centrale Européenne a déjà racheté pour plus de 90 milliards d’euros de dettes souveraines des PIIGS, et son appétit risque d’être un peu limité devant les 2700 milliards de dettes souveraines italiennes et espagnoles. Patrick Artus évoque donc deux possibilités (qui sont proches en fait) : un renforcement du FESF ou des euro obligations. Sinon, « la seule solution serait de sortir de l’euro et de monétiser les déficits publics sur une base nationale ».
Comment demander 4000 milliards à l’Allemagne ?
C’est pourquoi beaucoup pensent que l’Allemagne finira par céder et accepter les euro obligations. Mais les partisans de cette solution devraient quand même étudier un peu plus en profondeur ses implications. Le PIB de la zone euro était d’environ 9400 milliards fin 2010, dont 2600 milliards pour l’Allemagne. La proposition du centre Bruegel de mai 2010 consiste à collectiviser les dettes publiques à hauteur de 60% du PIB en une tranche sénior qui serait collectivement garantie.
Que cela implique-t-il pour l’Allemagne ? In fine, cela signifie que Berlin deviendrait caution solidaire d’environ 5600 milliards de dette collective dont seulement 1600 milliards lui reviennent à la base (sachant qu’il y aurait en plus 600 milliards environ de dette souveraine allemande au-delà des 60% du PIB). En clair, le mécanisme présenté par les cerveaux malades de certains eurocrates revient à demander à l’Allemagne une garantie de 4000 milliards d’euros, 150% de son PIB.
Pas étonnant que les Allemands toussent et refusent mordicus cette proposition depuis le début. En outre, il est probable que cette dette fourre-tout augmente les taux d’intérêt payés par l’Allemagne (la presse locale fait état d’un surcoût de 17 milliards). Pire, la dette émise au-delà des 60% du PIB risque d’être payée très chère, même par l’Allemagne, du fait qu’elle serait caution solidaire de plus de 5000 milliards de dettes qui auraient priorité sur toute émission purement nationale…
C’est pourquoi il est proprement hallucinant de voir les dirigeants socialistes critiquer aussi vertement la décision de l’Allemagne de refuser les euro obligations. Se rendent-ils seulement compte des sommes qu’ils demandent à Berlin de garantir ? Quelle légèreté devant l’argent public également car la France serait aussi garante des 5600 milliards de dettes qu’implique le dispositif !
Une proposition dysfonctionnelle et irresponsable
En fait, ce qui est incroyable avec cette proposition, c’est qu’elle ne marcherait même pas. Bien sûr, on sécuriserait le financement des Etats jusqu’à 60% du PIB, mais que ce passerait-il au-delà ? Et même pour l’Allemagne, car elle se serait portée caution sur une dette senior de 5600 milliards… Il est évident que les prêteurs demanderaient des taux confiscatoires pour la dette souveraine qui irait au-delà des 60% du PIB. Qui voudrait prêter à l’Italie les 60% restant ? A quel taux ?
Bref, même les euro obligations ne parviendraient pas à stopper la spéculation, elles ne feraient que la déplacer sur les dettes souveraines restantes. A la rigueur, seule une monétisation totale des dettes souveraines pourrait fonctionner, mais il faudrait décupler le bilan de la BCE ! En outre, il serait irresponsable de monétiser des montants différents de dette par pays car cela reviendrait à donner une prime à ceux qui se sont le plus endettés.
Bref, les euro obligations ne sont pas une solution et il est normal que l’Allemagne les refuse. Et que le SPD et les Verts défendent une telle idée lors des élections législatives de 2013, ils seront balayés par les électeurs et cela pourrait bien être l’acte de décès définitif de la monnaie unique.
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31.07.2011
Alain Cotta flingue la monnaie unique
Il avait combattu l’euro, avec Rosa et Lafay dans les années 1990. Il y a un an, il avait sorti un petit livre savoureux et toujours d’actualité « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu ».
Les arguments des partisans de l’euro hachés menu
Comme Jean-Jacques Rosa après lui, l’économiste revient sur les nombreux arguments avancés par les partisans de l’unification monétaire européenne et depuis démentis par les faits. Il cite donc le fameux article du 28 octobre 1997 du Monde signé par tout ce que la pensée unique compte de partisans, de Pascal Lamy à Claude Bébéar. Le premier argument avancé était la protection contre les crises, prévision que les hoquets des bourses européennes depuis 18 mois infirment fortement.
Ensuite, l’euro devait apporter des prix stables : ceux des grandes marques de grande consommation ont fait l’exact inverse. Il devait ensuite assurer « une gestion saine des finances publiques ». C’est sans doute pour cela que nous sommes aujourd’hui en plein une crise des dettes souveraines… Enfin, l’euro devait nous apporter croissance et emploi. Manque de chance, la zone euro est, avec le Japon, la zone où la croissance est la plus faible depuis dix ans dans le monde entier.
Ensuite, l’euro devait nous donner « une position centrale dans le concert international ». En lieu et place, comme le dit Emmanuel Todd, « avec l’euro fou, l’Europe réussit le tour de force d’utiliser sa propre puissance économique pour se torturer ». Enfin, l’euro devait nous apporter une « cohésion interne » dont on discerne mal les contours en voyant certains Allemands demander aux Grecs de vendre leurs îles et certains grecs évoquer rien moins qu’un « 4ème Reich » !
Pourquoi l’euro ne marche pas
Alain Cotta développe des arguments repris par Patrick Artus et Jacques Sapir, à savoir que l’euro pousse à « contenir les salaires, accroître les impôts indirects pesant sur le consommateur et non sur les entreprises ». Il souligne que l’Allemagne s’y est adapté, accumulant 200 milliards d’excédent extérieur, correspondant à peu près aux déficits des autres pays. Pour lui, « la rente et les rentiers sont les grands bénéficiaires de l’euro », monnaie de la « gérontocratie européenne ».
Pour lui, les politiques qui ont construit l’euro sont « les pompiers zélés d’un incendie qu’ils auront allumé eux-mêmes ». Il note que la monnaie unique bénéficie de nombreux soutiens : tous les gouvernements en place, les rentiers, le système financier et les grands pays (Etats-Unis, Grande-Bretagne et Chine inclus), ce qui risque de faire durer le supplice de l’euro encore un peu, « la force du statu quo ».
Mais pour lui, les plans d’austérité pourraient bien réveiller les peuples, comme le montre le mouvement des Indignados. Il ne croît pas à un mouvement fédéraliste qui « condamnerait les représentants du peuple à devenir (…) des décideurs de la localisation des pissotières ». Il souligne également que l’Allemagne ne sauvera pas l’euro « à n’importe quel prix » et trouve les réticences du peuple allemand « justifiées ». Il n’attaque pas des marchés qui ne font que refléter la réalité.
Vers une nouvelle Europe monétaire
Il souligne que ce sont les porteurs d’obligations de la Grèce qui ont profité du plan de soutien qui a permis de leur rembourser 100 milliards d’euros. Il préconise la transformation de l’euro en une monnaie commune accompagnée de monnaies nationales aux parités ajustables. Il souligne qu’Athènes ne retrouvera pas la croissance sans pouvoir dévaluer et souligne qu’il y a « des dévaluations réussies, d’autres qui échouent, certaines suivies d’inflations, et d’autres non ».
Il pense que l’Allemagne peut changer de modèle et pourrait bien « condamner la zone euro, dont elle détient les clés financières de la cohésion ». Comme Jacques Sapir, il évoque l’utilisation de l’article 16 et prévoit plus de croissance en cas de sortie de l’euro, préconisant aussi l’utilisation de la monétisation. Il croit fortement à l’avenir de notre pays, qui peut s’appuyer sur quatre atouts majeurs : le tourisme, notre système de santé, notre langue ainsi que notre épargne.
Avec ce petit livre mêlant économie et politique, Alain Cotta signe un essai facile à lire, aussi élégant que percutant qui synthétise remarquablement les enjeux autour de la monnaie unique européenne.
Source : Alain Cotta, « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu », Plon, collection Tribune Libre
11:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe, Livres | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : alain cotta, emmanuel todd, patrick artus, jacques sapir, monnaie unique, monnaie commune
28.06.2011
Grèce : y a-t-il un plan B à la sortie de l’euro ?
Alors qu’un nouveau prix Nobel vient de critiquer la monnaie unique, qui n’aurait jamais du être mise en place selon lui, la Grèce est sur le point d’accepter un nouveau plan d’austérité sauvage qui devrait débloquer la dernière tranche d’aide et déclencher un nouveau plan.
Austérité et plan de financement
C’est pour l’instant la voie choisie par la troïka technocratique BCE / Commission / FMI. La Grèce doit réduire drastiquement son déficit (pour viser l’équilibre en 2015) et réduire son rythme d’endettement. En échange, la communauté internationale finance l’intégralité de son besoin de trésorerie (premier plan de 110 milliards d’euros). L’idée est que la meilleure gestion du pays pourrait permettre à Athènes de pouvoir à terme faire face à ses obligations.
Mais cette voie apparaît comme totalement illusoire pour la plupart des économistes. En effet, la Grèce est insolvable et sera incapable de rembourser une dette qui pourrait bien atteindre 180 ou 200% du PIB dans trois ans. En effet, la radicalité des plans d’austérité a plongé l’économie dans une violente récession, qui, en réduisant la richesse nationale, alourdit encore le poids de la dette. Pire, les Etats, le FMI et la BCE se substituent aux investisseurs privés, assurant le risque de défaut.
Austérité et restructuration
C’est pour cela que de nombreux économistes appellent à une restructuration de la dette grecque qui semble aujourd’hui inévitable. Le très sérieux The Economist recommande cette semaine une réduction de 50%, qui correspond à l’évaluation actuelle des marchés. Les banques européennes pourraient absorber une telle somme. Il faudrait en revanche recapitaliser les banques grecques, dont l’exposition est trop forte pour une telle restructuration.
Cela laisserait la Grèce avec une dette d’un peu moins de 80% du PIB, une réduction automatique de son déficit de 3,5 à 4 points de PIB (économie d’intérêt) et diminuerait nettement son besoin de financement pour les années à venir (le déficit 2011 étant divisé par deux par exemple). Un tel scénario permettrait de grandement limiter le coût du plan à venir. On peut estimer que le besoin serait au minimum divisé par deux (moins de 50 milliards au lieu de 100).
La question de la compétitivité
Il est bien évident qu’une telle solution permettrait de grandement réduire la pression sur le gouvernement grec et donnerait sans doute une bouffée d’air dans cette crise sans fin de l’euro en réduisant fortement la pression sur Athènes. Cependant, tout ne serait pas réglé. Le pays ne serait pas pour autant tiré d’affaire car il présente un énorme déficit de sa balance commerciale et de ses paiements : il manque tous les ans 5 à 10% du PIB pour équilibrer ses comptes extérieurs.
Paradoxalement, la restructuration de la dette freinerait le rééquilibrage de la balance des comptes courants car la Grèce se retrouverait dans trois ans avec un budget à l’équilibre mais des comptes courants dans le rouge, nécessitant toujours une l’injection d’argent de l’étranger… En effet, le pays souffre cruellement d’un manque de compétitivité qui plombe ses exportations. Bref, la situation resterait instable à moyen terme, à moins d’un transfert permanent de 5 à 10% du PIB…
Du coup, la seule solution, évoquée par Patrick Artus dans une de ses notes, serait une dévaluation interne, une baisse des salaires pour retrouver de la compétitivité. Cela a déjà été entamé, mais l’économiste en chef de Natixis évoquait le chiffre de 35% ! Une telle évolution serait un cataclysme économique qui provoquerait des années de récession économique qui remettraient en cause le remboursement de la dette, même après un ajustement de 50%.
A moins d’accepter des transferts colossaux pour combler le déficit de la balance des paiements, les deux options qui se présentent pour la Grèce, en complément d’une restructuration de la dette, sont une baisse d’un tiers des salaires ou une sortie de l’euro. La deuxième n’est-elle pas plus humaine ?
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21.06.2011
Les trois cercles vicieux de l’euro
Un commentateur du blog m’a signalé une note de Jean Quatremer indiquant que Jean-Claude Trichet a affirmé que l’Union Européenne est comparable aux Etats-Unis et une autre de Patrick Artus affirmant à peu près la même chose. L’occasion de revenir sur les raisons de quitter l’euro.
L’UE n’est pas les Etats-Unis
Jeudi, aux Etats-Unis, Jean-Claude Trichet a ainsi affirmé que les économies européenne et étasunienne « sont diverses de la même façon », évoquant les différentiels de croissance, d’inflation ou même de coût du travail. Malgré tout, il a souligné qu’il n’y avait « pas un budget fédéral important qui puisse remédier aux chocs asymétriques ». Dans la même veine, Patrick Artus a sorti une note intitulée « s’il faut plusieurs euros, il faut beaucoup de dollars ».
Son analyse est assez habile. Il conclut que « malgré un budget fédéral de grande taille et une mobilité plus forte du travail, l’hétérogénéité des Etats-Unis, en ce qui concerne les mêmes facteurs que dans la zone euro, est aussi considérable ». Il y a plusieurs failles dans son raisonnement. Tout d’abord, les économistes définissent trois conditions pour établir une Zone Monétaire Optimale (ZMO) : mobilité du travail, budget fédéral et convergence économique.
De facto Patrick Artus souligné déjà que deux des trois critères sont vérifiés pour les Etats-Unis mais pas pour l’Europe, démontant malgré lui la pertinence de la zone euro. En outre, on peut fortement contester le fait que les économies européennes et étasuniennes soient similaires. Bien sûr, sur certains critères, on peut constater que les différences entre Etats européens sont similaires à celles des Etats-Unis. Mais c’est loin d’être vrai sur de très nombreux autres critères.
Tout d’abord, le niveau des salaires est beaucoup plus hétérogène puisque le salaire minimum atteint à peine plus de 200 euros en Slovaquie ou en Estonie. Les écarts de croissance sont colossaux (3% en Allemagne, -5% en Grèce). Et les structures économiques restent essentiellement nationales (chaines de distribution ou autres). En fait, l’Europe est beaucoup plus diverse que les Etats-Unis, économiquement, culturellement, historiquement ou linguistiquement.
Les cercles vicieux de la monnaie unique
Pire, la monnaie unique provoque de nombreux mécanismes pervers. Tout d’abord, dans un système où il n’est plus possible de dévaluer, il y a une forte prime pour celui qui a les salaires les plus faibles ou qui les réduit. Avant, un pays pouvait laisser ses salaires augmenter plus vite que le voisin, il pouvait retrouver sa compétitivité en dévaluant. Avoir une monnaie unique pousse de facto à une baisse des salaires, comme le sous-entendent le pacte pour l’euro ou la Commission.
Ensuite, il est impossible de mener une politique monétaire qui convienne à des pays aussi différents : qui peut croire aujourd’hui que l’Allemagne et la Grèce peuvent partager la même politique monétaire ? Nous allons forcément avoir une cote mal taillée qui conviendra mal aux deux, comme dans les années 2000, où la politique monétaire de la BCE était à la fois trop restrictive pour une Allemagne à la croissance lente et trop laxiste pour l’Espagne, provoquant la bulle immobilière.
Enfin, la monnaie est un moyen d’équilibrer les balances commerciales : un pays en déficit voit en général la valeur de sa monnaie baisser, pénalisant les importations et favorisant les exportations. A l’inverse, un pays en excédent voit la valeur de sa monnaie s’apprécier, provoquant le phénomène inverse. Aujourd’hui, certains pays de la zone devraient voir leur monnaie s’apprécier alors que d’autres ont un besoin impérieux de la voir se déprécier pour équilibrer leurs échanges.
En imposant une cote mal taillée, l’euro accentue les problèmes au lieu de les résoudre : l’euro reste trop fort pour les pays en déficit, les accroissant davantage et ne s’apprécie pas assez pour ceux en excédent, qui en accumulent toujours plus. Bref, loin de faire converger les pays, l’euro les fait diverger. En fait, il était plus facile de faire converger les pays européens avec des monnaies nationales. Et ce n’est pas un budget commun qui changera quoique ce soit à ces trois problèmes…
L’euro, cela revient à imposer aux pays européens qui y participent de tous chausser la même pointure, indépendamment des réalités. Non seulement cela va abîmer les pieds qui les portent mais cela finira in fine par détruire cette chaussure inadaptée que nous n’aurions jamais du porter.
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16.06.2011
La révolte contre l’UE commence à Athènes
Hier avait lieu la 3ème grève générale en Grèce en protestation contre les plans concoctés par la Commission, la BCE et le FMI et qu’essaie de faire passer le gouvernement. Nicolas Dupont-Aignan était hier à Athènes pour protester lui aussi contre ses plans absurdes.
La partie de poker entre la finance et les Etats
Sur son blog, Hervé Nathan montre justement qu’aujourd’hui que c’est la corbeille qui décide à Athènes et que Commission, BCE et FMI ne font que suivre ce qu’elle souhaite. Assez naturellement, les marchés ne veulent pas entendre parler d’une décote qui risquerait à nouveau de provoquer une crise financière systémique, démontrant à nouveau que le secteur financier n’est qu’un immense château de cartes à la merci du défaut d’un pays pesant 3% du PIB de la zone euro.
On perçoit dans les menaces des agences contre Athènes ou les banques qui ont des engagements en Grèce une forme de chantage, un pur rapport de force entre les marchés et les Etats européens pour se partager l’addition. Il est intéressant de constater à quel point la troïka infernale défend uniquement les intérêts de la finance, appuyée par la France, en contradiction totale avec les propos de Nicolas Sarkozy sur la moralisation du capitalisme.
En revanche, l’Allemagne pèse de tout son poids (qui est grand, en tant que prêteur de dernier ressort) pour partager l’addition avec le secteur financier et imposer qu’il prenne en charge une partie de la note, quitte à accroître les tensions sur les marchés financiers. On peut se demander si, de la sorte, l’Allemagne ne cherche pas tout bonnement à faire pourrir la situation pour enfin sortir d’un euro dont elle n’a jamais voulu. Résultats, les négociations continuent à piétiner.
La seule chose qui est certaine est que les conditions de l’accord qui doit être trouvé d’ici la fin du mois seront à nouveau sanglantes : baisse des salaires, hausse des impôts, véritable dépeçage du service public national pour dégager de la trésorerie (50 milliards d’euros de privatisations, c’est 20% du PIB du pays, l’équivalent de 400 milliards en France…). Comme le soutient Morad El Hattab, cela revient à presser un citron jusqu’à ce que les pépins craquent…
Une situation totalement intenable
J’avais écrit il y a quelques semaines qu’il n’y avait qu’une solution pour la Grèce, à savoir la sortie de l’euro, une forte dévaluation et une restructuration, si possible ordonnée, de sa dette. C’est exactement ce qu’a écrit Nouriel Roubini dans le Financial Times de mardi. Les médias ont assez mal rendus compte de cet article, qui, avant de conclure, étudie les autres possibilités offertes à la Grèce : dévaluation de l’euro, voie allemande ou dévaluation interne.
Mais l’économiste qui avait prédit la crise de 2008 juge que ces options sont impraticables car les traités impliquent un euro cher, (d’autant plus quand on met des psychopathes à la tête de la BCE) et que le principe d’une compression interne des salaires pour améliorer la compétitivité de la Grèce provoquerait une Grande Dépression qui, non seulement achèverait l’économie grecque, mais rendrait totalement illusoire le remboursement des dettes que le pays a contracté.
Certes, certains évoquent la solidarité européenne mais celle-ci est illusoire tant elle devrait être importante. Jacques Sapir a chiffré à 3.5 à 4% du PIB l’effort annuel que devrait consacrer l’Allemagne. Pire, comme je l’avais expliqué, cette solidarité, si elle améliorerait la situation de la population grecque, ne ferait qu’entretenir un déséquilibre de la balance des paiements du pays qu’il faudra bien tôt ou tard corriger. Cette solution revient à une fuite en avant dans toujours plus de dettes.
La Grèce n’a pas 36 solutions aujourd’hui : elle doit dévaluer pour retrouver sa compétitivité. Soit elle procède à une dévaluation interne pour rester dans l’euro. Mais dans ce cas, Patrick Artus estime qu’il faudra baisser les salaires de 35% : je vous laisse imaginer la boucherie que représenterait un tel ajustement. C’est pourtant la voie prise aujourd’hui. L’alternative consiste à sortir de l’euro pour procéder à une dévaluation en bonne et due forme.
L’Argentine s’était imposée quatre années de récession avant d’abandonner le lien avec le dollar. La Grèce est dans sa troisième année. Si Athènes suit Buenos Aires, le moment de vérité aura lieu début 2013… Mais la situation est tellement instable que cela pourrait arriver plus vite…
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01.06.2011
Athènes outragé ! Athènes dépecé! Athènes martyrisé ! A quand Athènes libéré ?
50 milliards : voilà le programme de privatisations massif que la Grèce se voit imposer par le FMI, la BCE et la Commission Européenne en contrepartie du plan « d’aide ». Pour donner un ordre de grandeur, cela revient à 400 milliards à l’échelle de la France.
Le grand dépeçage de la Grèce
Je me permets de reprendre le titre du papier de Nicolas Dupont-Aignan, invité avant-hier soir à l’émission de Pierre-Louis Basse sur Europe 1. Car comment qualifier autrement le programme qui est imposé aujourd’hui au peuple grec ? A-t-on vraiment conscience de ce l’immense régression que traverse le peuple grec ? Certes, le pays a trop emprunté et a trafiqué ses comptes (avec l’aide de Goldman Sachs), mais les mesures actuelles sont aussi dures qu’inutiles.
Car quelle sera la situation du pays dans deux ans ? Un pays qui aura une dette de 160% du PIB, une grande partie de ses actifs vendus à des entreprises étrangères, un PIB qui aura reculé de 10 à 15%, un taux de chômage de plus de 20% et sans doute toujours un déséquilibre important de sa balance des paiements, et donc toujours un besoin de financement étranger. Bref, quoique l’on fasse, la Grèce finira par restructurer sa dette. Nous ne faisons que repousser le problème.
Le besoin de se libérer de la monnaie unique
Patrick Artus, économiste à Natixis, a fait un papier sur les pays périphériques de la zone euro. Bizarrement, il affirme que « l’ajustement demandé à ces pays est de l’ordre de celui réalisé par l’Allemagne ». Pourtant, il montre qu’ils ont besoin d’une baisse des coûts salariaux de 20 à 35% et une baisse de la demande intérieure de 13 à 27 points du PIB ! A partir de là, comment la Grèce pourrait bien faire 3% de croissance par an comme il le prévoit pour étayer ses prévisions ?
Car si les salaires baissent d’autant, il est bien évident qu’il n’y aura pas de croissance. En fait, le problème de compétitivité des pays de la périphérie de la zone euro est assez simple : soit il est traité par une baisse sauvage des salaires, aux effets dépressifs catastrophiques, soit il est réglé par une dévaluation (et donc une sortie de l’euro). Et comme le besoin d’ajustement des coûts salariaux est aujourd’hui trop important pour être réalisé par les salaires, il faut passer par la deuxième solution.
Les plans actuels sont d’autant plus choquants qu’ils sont aussi cruels qu’inutiles. Ils ne font que repousser la résolution du problème, en le faisant grossir. Résultat : les peuples souffrent absolument pour rien, la dette sera restructurée et l’ajustement sera encore plus brutal.
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29.05.2011
Europe : le cauchemar économique qui donne raison au « non » de 2005
Il y a six ans, nous dénoncions cette Europe anti-démocratique, technocratique et néolibérale, qui avait oublié que le progrès se doit d’être social en faisant de la « concurrence libre et non faussée » l’objectif monstrueux du TCE. Malheureusement, les faits montrent que nous avions raison.
Une impasse économique insoluble
En 2005, comme en 1992, on nous a dit que plus d’Europe, ce serait plus de croissance et plus d’emplois. Il n’y a plus que les banquiers centraux pour tenir encore un tel discours complètement déconnecté de la réalité de ce que vivent les peuples, à Athènes, Dublin, Lisbonne, Madrid, mais aussi à Berlin, où les salaires stagnent depuis quinze ans. Loin d’être progressiste, cette Europe organise une immense régression sociale sur toute la partie occidentale du continent.
En effet, les politiques européennes menées depuis 25 ans produisent d’immenses déséquilibres provoqués par la conjonction de la monnaie unique et de l’ouverture anarchique des économies européennes aux mouvements de biens et de capitaux. En outre, la situation actuelle n’est pas tenable, comme le rapporte très justement Patrick Artus dans une nouvelle note. Le chef économiste de Natixis démontre à son corps défendant que la zone euro est condamnée.
Il commence par faire une synthèse utile des immenses déséquilibres de la zone euro, où l’on voit que paradoxalement, alors que des monnaies nationales permettaient de faire converger les économies européennes, une monnaie unique les fait diverger. Ensuite, il souligne les écarts colossaux d’évolution des coûts salariaux entre les pays et les déséquilibres immenses des balances de paiement (jusqu’à 10% de déficit pour la Grèce et le Portugal).
Les deux issues qui n’en sont pas
Patrick Artus voit deux solutions. La première, qu’il balaie rapidement, est un fédéralisme budgétaire, mais devant l’ampleur des problèmes, il faudrait que l’Allemagne accepte de transférer plusieurs points de PIB tous les ans vers l’Europe du Sud. Cela est bien sûr totalement illusoire, après l’intégration de l’ancienne Allemagne de l’Est et avoir consenti à une stagnation des salaires pour assurer la compétitivité de l’industrie nationale en Europe. En outre, cela ne règlerait pas tout.
La seconde solution consiste à une baisse des salaires et de la demande intérieure pour équilibrer la balance des paiements courants. L’économiste chiffre l’effort à 3-4% du PIB pour la France, l’Espagne et l’Italie et 10% pour la Grèce et le Portugal. Mais la baisse de la demande devrait être nettement supérieure pour produire un tel ajustement, puisqu’elle comprime également la demande de produits intérieurs. On peut anticiper un effort environ deux à trois fois plus important.
Bref, en l’absence de possibilité de dévaluation, Patrick Artus nous promet une austérité inédite et sauvage. Et d’ailleurs la situation de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne nous démontre aujourd’hui que cette construction économique est une impasse qui ne pousse qu’à une immense régression sociale, une envolée du chômage et un effondrement du pouvoir d’achat, tout ça pour ne pas remettre en cause cette monnaie unique, ce veau d’or du 21ème siècle.
Il y a quelque chose d’effrayant à voir cette Europe refuser même la moindre restructuration de la dette grecque, par la voix d’Herman Von Rompuy ou de Jean-Claude Juncker. Au nom de cette Europe, le peuple grec est simultanément saigné et pillé (avec une vague de privatisations des services publics qui va donner de belles rentes de situations à des entreprises étrangères) alors que les créanciers de la Grèce, et notamment les banques, sont totalement protégés.
Le prix à payer n’est-il pas totalement démentiel ? La colère populaire est totalement légitime et ne va pas se calmer de sitôt. Tôt au tard, les peuples du Sud de l’Europe finiront par se révolter démocratiquement pour sortir de cette impasse. On ne peut pas saigner un pays sans réaction.
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12.02.2010
19 livres pour mieux comprendre la crise
Depuis deux ans, j’ai publié de nombreux résumés de livres traitant de la crise de la globalisation néolibérale. Pour faciliter la recherche de ces notes, voici des liens vers l’ensemble des papiers :
Patrick Artus, « Globalisation, le pire est à venir » : ici
Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, « Vers un nouveau capitalisme » : partie 1 et partie 2
Emmanuel Todd, « Après la démocratie » : partie 1 et partie 2
Maurice Allais, « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance », partie 1, partie 2 et partie 3
Jean-Luc Gréau, « La trahison des économistes » : ici
Paul Jorion, « L’implosion » : ici
Paul Jorion, « La crise » : ici
Paul Krugman, « L’Amérique que nous voulons » : partie 1 et partie 2
Jean-Luc Gréau, « L’avenir du capitalisme » : partie 1 et partie 2
Jacques Généreux, « La dissociété » : partie 1, partie 2 et partie 3
Jean-Claude Michéa, « L’empire du moindre mal » : ici
Robert Reich, « Supercapitalisme » : partie 1 et partie 2
Joseph Stiglitz, « La Grande désillusion » : partie 1, partie 2 et partie 3
Frédéric Lordon, « Jusqu’à quand » : partie 1 et partie 2
James Kenneth Galbraith, « La crise économique de 1929 » : partie 1, et partie 2
Christian Saint Etienne, « La fin de l’euro » : partie 1 et partie 2
Frédéric Lordon, « La crise de trop » : partie 1 et partie 2
Jacques Sapir, « Le nouveau 21ème siècle » : partie 1 et partie 2
Paul Krugman, « Pourquoi les crises reviennent toujours » : partie 1 et partie 2
Enfin, quelques synthèses de mon cru (les premières devront être remises à jour car elles commencent un peu à dater) :
« La crise de l’anarchie néolibérale », ainsi que quelques propositions sur le commerce, la monnaie et la finance
« La globalisation néolibérale contre l’intérêt général », « Ré-internationalisation contre globalisation », « Quelques idées pour la ré-internationalisation ».
10:50 Publié dans Actualités, Economie, Livres | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : maurice allais, paul jorion, frédéric lordon, jacques généreux, jean-luc gréau, emmanuel todd, jacques sapir, jean-claude michéa, patrick artus, christian saint-etienne, muhamad yunus, robert reich, joseph stiglitz
23.09.2009
Le sadomasochisme monétaire européen
C’est un sujet qui devrait être en haut de la liste des préoccupations du G20 cette semaine. Pourtant, les désordres monétaires ne seront pas traités lors de cette réunion, pour le plus grand malheur d’une zone euro qui semble atteinte d’un véritable sadomasochisme monétaire.
Des taux de change ahurissants
Pourtant, de plus en plus de voix s’expriment pour dénoncer la politique monétaire aberrante de la zone euro. Même des partisans de l’intégration européenne et de la mondialisation comme Patrick Artus, Christian Saint Etienne ou Dominique de Villepin soulignent aujourd’hui que l’euro n’a pas été un facteur de croissance pour l’Europe, bien au contraire. Et deux prix Nobel d’économie, Paul Krugman et Joseph Stiglitz critiquent ouvertement la politique de la BCE.
Il faut dire que toutes les études montrent que l’euro est considérablement surévalué. Il cote 1,48 dollars aujourd’hui, soit près de 40% de plus que le niveau des parités de pouvoir d’achat, estimé à 1,07 dollar par Michel Aglietta, comme The Economist. De même, pour sortir de la crise, la Grande-Bretagne n’a pas hésité à laisser la livre se déprécier de 30% contre la monnaie unique pour aider son économie. Il n’y a que l’Union Européenne pour faire ce choix d’une monnaie chère.
La politique de l’euro cher
Car ce qu’on appelle la politique de « l’euro fort » est en réalité une politique d’euro cher. Cher pour les touristes américains et anglais qui ont en partie abandonné la France cet été par sa faute. Cher pour les exportateurs qui sont incapables de lutter avec des coûts surévalués de 40% par rapport aux usines outre-Atlantique et outre-manche. Certes, cela nous permet de payer nos écrans plats moins chers, mais que vaut-il mieux avoir, un emploi ou un écran plat vingt centimètres plus large ?
Car les effets de cette politique d’euro cher sont clairs : l’industrie automobile Français a délocalisé la production d’un million de véhicules entre 2004 et 2008, principalement en Europe de l’Est. Même Airbus préfère sous-traiter une partie croissante de son A350 à des fournisseurs étasuniens… Cela fait bientôt vingt ans que Jean-Claude Trichet persiste dans une erreur qui a coûté des millions d’emplois à l’Europe. Pourtant, malgré quelques critiques de Nicolas Sarkozy, rien ne change.
On nous a longtemps dit que ce qui handicapait la croissance de la zone euro par rapport aux Etats-Unis était un manque de flexibilité. En fait, l’écart de croissance s’expliquait essentiellement par l’endettement massif des ménages et la politique monétaire trop restrictive suivie par l’Europe. D’ailleurs, la seule période où l’Europe a pu rivaliser avec la croissance des Etats-Unis ont été les quelques années d’avant 2001, quand le cours de l’euro était raisonnable par rapport au dollar.
Nul doute que les années qui passent aboutiront à un jugement très sévère sur la politique monétaire suivie par la zone euro dans les années 90 et 2000. Pourquoi diable suivre une politique qui a envoyé et envoie encore des millions de personnes au chômage ?
Source : http://www.lefigaro.fr/tauxetdevises/2009/09/22/04004-200...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : euro, zone euro, euro fort, euro cher, paul krugman, joseph stiglitz, patrick artus, dominique de villepin, christian saint etienne, the economist
11.01.2009
Les dangers de la globalisation
En juin 2008, Patrick Artus et Marie-Paule Virard ont publié un ouvrage intitulé « Globalisation, le pire est à venir ». S’il ne traite naturellement pas des événements de l’automne, ce livre constitue un bon résumé des problématiques actuelles de la globalisation.
Une synthèse utile des limites de la globalisation
Ce livre ne s’adresse pas forcément aux plus spécialistes qui pourront le trouver un peu basique ou à ceux qui recherchent une analyse de la crise de cet automne. Néanmoins, alors que le débat dérive un peu trop sur des comportements individuels malhonnêtes comme ceux de Bernard Madoff, il est utile de se voir rappeler l’ensemble des problèmes que pose la globalisation, dans un petit livre de 150 pages, facile à lire et qui contient des explications très pédagogiques de l’ensemble des notions abordées.
Il faut dire que Patrick Artus, professeur à Polytechnique et à la Sorbonne et Marie-Paule Virard, ancienne rédactrice en chef des Enjeux-Les Echos, ont un certain don pour présenter de manière simple et agréable à lire les problématiques économiques. Ce livre part d’un constat très juste : « si la globalisation entre dans un nouvel âge, fait d’instabilité, de désordres et de craintes de toutes sortes, c’est bien parce qu’elle est livrée à elle-même, que les élites politiques et économiques ont préféré jusqu’à maintenant ignorer combien elle leur créé, et exige qu’ils assument, tous, de nouvelles responsabilités ».
Ils dénoncent la « bulle (qui) s’est formée sur les matières premières, expression même de la stupidité d’une spéculation qui n’hésite pas à s’enrichir sur le prix du riz et sur la ruine des plus pauvres, tandis que les autorités monétaires semblent se résigner à réguler les cycles économiques par la liquidité, c’est-à-dire par les bulles, quel qu’en soit le prix pour les acteurs de l’économie réelle ». Ils présentent les cinq dangers de la globalisation actuelle : « les inégalités croissantes, le gaspillage des ressources, la spéculation financière, la course absurde aux profits et l’implosion de l’Europe ».
Pourquoi la globalisation peut être dangereuse
Le livre commence par une citation du Prix Nobel d’économie, auteur en 96 de « La mondialisation n’est pas coupable », Paul Krugman, qui affirme « qu’il n’est plus sans risque, comme cela l’était il y a douze ans, d’affirmer que les effets du commerce sur la répartition des revenus dans les pays riches sont relativement mineurs. On peut désormais affirmer qu’ils sont plutôt importants et ne font que s’accroître ». Ils soulignent que la mondialisation provoque une déflation salariale dans les classes populaires et moyennes en Occident et que les (faux) exemples anglo-saxons n’ont tenu que par une hausse considérable de l’endettement.
Ils citent une étude réalisée par Camille Landais, pour l’EHESS qui montre que de 1998 à 2005, si les revenus des ménages ont progressé de 4,6%, ceux du 1% les plus riches ont progressé de 19%, et ceux du 0,1% les plus riches de 32%. Cela montre ainsi que l’augmentation des inégalités touche la France, même si les chiffres y sont plus modérés qu’aux Etats-Unis, où les revenus des plus modestes baissent en réel, et ceux des plus riches progressent plus vite encore. Les auteurs craignent que cette déconnexion entraîne un véritable risque d’effritement de la cohésion sociale.
Ils soulignent également le danger que fait peser la globalisation sur l’environnement en dénonçant la spéculation sur les matières premières et les dangers de notre modèle de développement. Ils montrent bien comment les variations erratiques des marchés représentent un danger mortel pour nos économies et les hommes. Ils dénoncent également la « course absurde aux profits » des banques qui conduit à prendre des risques considérables par l’utilisation de l’effet de levier, qui permet de placer toujours plus pour une même somme de départ. Ils critiquent également le caractère moutonnier et pro cyclique des marchés. Enfin, ils montrent également que le système de rémunération pousse à prendre toujours plus de risques.
Ce livre comporte enfin une critique assez féroce de la construction européenne d’aujourd’hui. Il souligne que la zone euro ne correspond pas à une zone géographique adaptée au partage d’une même monnaie, du fait d’un manque de mobilité des travailleurs et d’une absence de budget européen significatif. Du coup, l’euro pousse à une déflation salariale pour gagner en compétitivité au sein de la zone, comme ont fait les Allemands (le salaire moyen réel y est stable depuis 1986 selon le Ministère du Travail). Il montre également comment l’euro cher accélère la désindustrialisation en soulignant que depuis 2005 Renault a réduit sa capacité de production de 325 000 unités en Europe occidentale pour l’augmenter de 250 000 ailleurs.
Les auteurs, pourtant clairement partisans de l’économie de marché, soulignent bien que la globalisation actuelle ne fait que peu de gagnants et beaucoup de victimes et plaide pour « donner un nouveau cours à notre vivre ensemble », soulignant que la « civilisation de la globalisation reste à inventer ».
Source : « Globalisation, le pire est à venir », Patrick Artus et Marie-Paule Virard, La Découverte
10:57 Publié dans Economie, Livres | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : globalisation, patrick artus, paul krugman



