14.11.2008
Les autoroutes de l’enfer du Parti Socialiste
Pour le guider d’ici à 2012, le PS a le choix entre une dizaine de conducteurs : pas moins de 6 éléphants (Royal, Aubry, Delanoë, Hollande, Fabius, DSK), et trois éléphanteaux (Hamon, Peillon, Dray), réunis en diverses alliances. D’ici une semaine, nous connaîtrons le nom du chauffeur et la voie empruntée.
Les culs de sac
A priori, Bertrand Delanoë est bien le grand perdant du vote de la semaine dernière. Dans la nouvelle géographie politique du parti, il apparaît bien isolé et incapable de prendre sa tête car il est en périphérie du jeu d‘alliance, n’ayant pas d’allié naturel pouvant lui apporter un soutien et n’étant pas arrivé en tête. Si Benoît Hamon fait encore mine de vouloir devenir premier secrétaire alors qu’il n’est arrivé que 4ème, il s’agit sans doute d’une posture tactique destinée à monnayer son soutien à plus gros que lui. En effet, en se maintenant, il joue indirectement le jeu de Ségolène Royal qui restera en tête si aucune alliance ne se conclut. Pour autant, il est peu probable que Martine Aubry et son improbable alliance de fabiusiens et strauss-kahniens accordent leur soutien au jeune leader de la gauche du Parti Socialiste car l’ascension de l’éléphanteau pourrait signifier la fin des éléphants…
La voie Aubry
Finalement, c’est peut-être elle la mieux placée pour remporter la mise. Après tout, l’alliance la plus naturelle, qui semble se dessiner, serait entre sa liste et celle de Benoît Hamon. Ensemble, ils ont réuni 44% des suffrages des militants et on imagine mal la liste Royal se coaliser avec la liste Delanoë… La maire de Lille pourrait donc disposer d’une solide majorité relative en s’alliant avec l’aile gauche du parti. Benoît Hamon a indiqué hier sur RTL qu’il était en discussion avancée et même s’il dit qu’il souhaite toujours être premier secrétaire, il s’agit sans doute d’une posture destinée à négocier son ralliement. Cependant, cette voie a deux limites. Tout d’abord, on peut se demander si les fabiusiens et les partisans de Dominique Strauss-Kahn ont réellement envie d’installer à la tête du parti une rivale si redoutable pour leurs chefs. Ensuite, il n’est pas sûr que dans un face à face contre Ségolène Royal devant les militants, ce ne soit pas la seconde qui l’emporte.
La voie Royal
Car même si son succès est très relatif (29% des voix des militants, contre 60% lors des primaires), Ségolène Royal conserve encore des chances de l’emporter. Son hésitation est sans doute la conséquence de son incapacité à former des alliances avec les autres motions. En effet, elle doit encore chercher 21% des suffrages des militants, ce qui n’est pas mince, surtout dans un contexte où l’on peut considérer qu’une partie des 71% des militants qui n’ont pas voté pour elle ont en partie voté contre elle. Néanmoins, dans un face à face avec la maire de Lille qui serait soutenue par la motion Hamon, il est difficile de prévoir les reports de voix des militants. Il n’est pas évident que Martine Aubry arrive à réunir plus de la moitié des suffrages et c’est bien Ségolène Royal qui pourrait tirer les marrons du feu en représentant une plus grande rénovation du parti.
La voie Peillon
C’est pour cela que la voie favorite du début de la semaine a encore de grandes chances devant elle. Les rapports de force entre les 6 présidentiables de plus de 50 ans du parti socialiste ne sont sans doute pas suffisamment clairs pour qu’un d’entre eux décide de jouer son avenir au poker la semaine prochaine, préférant attendre les primaires de 2011. Seule Ségolène Royal semble suffisamment joueuse. Dès lors, les éléphants pourraient s’entendre sur un candidat qui ne gène personne et une configuration (avec des secrétaires adjoints) qui permettrait de représenter les différentes motions, dans une perpétuation des grandes synthèses de François Hollande. En cela, l’option Peillon reste possible, même s’il est marqué ségoléniste. Mais Julien Dray, toujours candidat, pourrait représenter un bon compromis dans la mesure où il figurait sur la motion Delanoë et qu’il garde des contacts avec Ségolène Royal.
Le Parti Socialiste est à la croisée des chemins pour préparer la présidentielle de 2012. Cependant, il semble qu’aucune des routes qui se présentent ne lui permettra d’éviter la sortie de route tant le parti est fragmenté et miné par une guerre d’egos devenus beaucoup trop nombreux
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/11/14/les-fr...
11:22 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, royal, delanoë, aubry, hollande, hamon, peillon
07.11.2008
Le Parti Socialiste en route vers l’autodestruction ?
Hier, les militants du PS se sont exprimés. Ils ont mis la motion de Ségolène Royal en tête avec 29% des voix. Les motions de Bertrand Delanoë et Martine Aubry suivent dans un ordre incertain autour de 25% alors que la motion de Benoît Hamon fait 19%. Rien n’est et sera sans doute réglé.
Le premier problème du Parti Socialiste est un manque de leadership. Alors que l’UMP est rassemblée autour de Nicolas Sarkozy, le principal parti d’opposition se cherche un chef. En Ségolène Royal, il avait trouvé une candidate très populaire qui avait réuni 60% des voix aux primaires pour les présidentielles. Malgré tout, elle n’a jamais réussi à s’imposer et son score d’hier montre un affaiblissement de sa position qui ne lui permet pas de prendre le contrôle du parti, même si elle est arrivée en tête, d’autant plus que le rejet qu’elle suscite complique les alliances pour elle. Bertrand Delanoë et Martine Aubry n’ont pas réussi à arriver en tête, ce qui aurait pu leur donner une légitimité. Enfin, Benoît Hamon n’a pas réussi à surfer sur la crise économique pour faire mieux que 4ème. Résultat, le terrain semble d’autant plus ouvert que Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius ou François Hollande sont en embuscade.
Le second problème du Parti Socialiste est son positionnement idéologique. Et là aussi, rien ne semble réglé. Un succès de la liste Hamon qui lui aurait permis de s’allier avec la motion Royal ou Aubry lui aurait permis de peser sur la ligne du parti, qui aurait pu prendre un virage à gauche en réaction à la crise. Mais cette clarification n’aura pas lieu. La motion Hamon ne pèse pas suffisamment pour pouvoir former une majorité avec une autre motion et elle est affaiblie par le départ de Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez du parti. En outre, le Parti Socialiste est profondément divisé sur la stratégie électorale entre partisans et opposants de l’alliance avec le Modem (dont certains, comme Martine Aubry, ont pris l’opposé de leur position lors des élections municipales). Bref, le Parti Socialiste n’a pas de chef, ni de direction.
Et c’est bien ce que risque d’entériner le Congrès de Reims. Dans un prolongement des pratiques du futur ancien premier secrétaire François Hollande, c’est bien l’option d’une large motion de compromis qui va sans doute l’emporter, sans rien régler. Le parti est trop divisé pour se permettre une nouvelle bagarre pour la place de premier secrétaire. En effet, une alliance Delanoë / Aubry ne serait pas sûre d’obtenir la majorité et qui y mettre à sa tête ? Et on voit mal une de ces deux listes s’allier à Ségolène Royal pour former une majorité un peu plus solide. La solution probable est donc un grand compromis impliquant la plupart des motions et aboutissant à l’élection d’un premier secrétaire non présidentiable, sans doute Vincent Peillon ou François Rebsamen puisque Ségolène Royal est arrivée en tête.
Le vote des militants n’a rien tranché. Le PS se déchirera sans doute à nouveau pour élire son candidat dans deux ans, dans un combat qui sera potentiellement encore plus sanglant qu’en 2006 vu le nombre de prétendants. François Bayrou peut être satisfait.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/11/07/ps-segolene-royal-remporte-le-vote-des-militants_1115903_823448.html#ens_id=910156
10:55 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, royal, delanoë, aubry, hollande, hamon, peillon



