19.09.2008

Nicolas Sarkozy ou la « peoplisation », s’il le veut

Hier soir, Carla Bruni était la rédactrice en chef du Grand Journal de Canal Plus, dans le cadre de la promotion de son dernier album, mais aussi du Président de la République et de son gouvernement. Un nouvel exemple de la stratégie à géométrie variable de Nicolas Sarkozy sur sa vie privée.

Nous en sommes à la cinquième phase du rapport de Nicolas Sarkozy avec l’exposition de sa vie privée. Dans un premier temps, qui a couru jusqu’au début 2005, on a vu celui qui était à l’époque ministre puis président de l’UMP, exposer de plus en plus sa vie privée. Le couple qu’il formait avec Cécilia s’étalait alors sur les pages des magazines. Il ne reculait devant aucune mise en scène, faisant intervenir son fils lors de son élection à la tête de l’UMP (« Bon courage mon papa ! ») ou le faisant poser dans une mise en scène rappelant une photo du couple Kennedy. Mais cette exposition de sa vie privée prit fin lors de sa première séparation d’avec Cécilia, au printemps 2005. Dans cette seconde phase, il refusait toute évocation, attaquant les journalistes qui lui en parlaient : « faites-le votre beau métier ! ».

La réconciliation du couple nous a fait entrer dans une troisième phase, où le candidat à la présidentielle a d’abord mis en scène les retrouvailles lors d’une petite promenade en bateau, avant d’évoquer « C. » dans son livre « Témoignages ». Si Cécilia Sarkozy a assuré un service plus léger lors de la campagne et des débuts de la présidence, le président ne manquait pas une occasion de la mettre en avant. Sa séparation définitive marqua le début d’une quatrième phase où le président décida à nouveau de refuser de s’exprimer sur sa vie privée, le poussant même à quitter l’interview d’une chaîne de télévision Américaine. Mais quelques semaines après sa rencontre avec Carla Bruni, Nicolas Sarkozy s’est à nouveau fait beaucoup moins discret, à Disneyland, en Egypte, acceptant même de répondre aux questions sur sa vie privée en conférence de presse (« Carla et moi, c’est du sérieux ! »)…

Bref, pour Nicolas Sarkozy, l’exploitation de sa vie privée est à géométrie variable : s’il le désire, il la met en avant, s’il ne le souhaite pas, on ne doit pas en parler. Et hier sur Canal Plus, son épouse a pu lui faire une publicité avantageuse, montrant un autre visage du président, toujours à son avantage. Il y a quelque chose de gênant à voir une chanteuse comme elle bénéficier d’un tel plan média pour finalement beaucoup plus parler du président que de son disque. La frontière entre politique et people se brouille d’une manière troublante. Certes, l’épouse du président est parfaitement rentrée dans son rôle de première dame, notamment lors des voyages à l’étranger et son discours reste joliment policé. Néanmoins, on peut se poser la question de savoir si cette opération de communication au service de son mari est légitime et si elle ne réduit pas la fonction politique à une simple variante du star système…

Nicolas Sarkozy a fait exploser les frontières traditionnelles de la communication politique. S’il a suivi une voie empruntée jadis par d’autres, le plan média de son épouse en cette rentrée accentue encore cette mauvaise pente qui fait des dirigeants politiques des stars plus que des Hommes d’Etat.