11.09.2008
L’affaire Tapie est-elle une affaire d’Etat ?
Alors qu’hier, Bernard Tapie et Jean Peyrelevade ont été entendus par la Commission des finances de l’Assemblée Nationale, la polémique fait rage sur le résultat de la procédure arbitrale dont a bénéficié Bernard Tapie. S’agit-il d’une affaire d’Etat ?
L’intervention de l’ancien président du Crédit Lyonnais a permis de re-préciser l’historique de cette affaire. En juillet 1990, l’homme d’affaires achète 80% de l’équipementier sportif pour 244 millions d’euros grâce à un emprunt contracté auprès d’une filiale du Crédit Lyonnais, puis les 15% restant six mois plus tard. Mais devant son incapacité à redresser le groupe et rembourser son emprunt, il est contraint de céder Adidas à un consortium dont fait partie le Crédit Lyonnais en février 1993 pour 315 millions. La banque se retrouve dans la position contestable de mandataire et acheteur dans la vente. Il faut noter que cet accord a lieu alors que Bernard Tapie est ministre d’un gouvernement qui n’en a plus que pour quelques semaines puisque les socialistes subissent une déroute historique le mois suivant. Robert Louis Dreyfus prend alors la tête de l’entreprise et s’inspire des méthodes de Nike pour la redresser.
En décembre 1994, c’est ce dernier qui reprend le contrôle d’Adidas pour 700 millions d’euros, permettant au Crédit Lyonnais d’empocher une forte plus-value. En juillet 1995, Bernard Tapie demande que le Crédit Lyonnais lui rétrocède une partie de sa plus-value. Pour l’anecdote, l’introduction en bourse d’Adidas à la fin 1995 valorise l’équipementier à plus de 1,6 milliards, sans que la banque ne réclame une part de la plus-value… L’audition de Jean Peyrelevade, alors patron de la banque a permis de préciser plusieurs choses importantes pour le dossier. Tout d’abord, le groupe Tapie était à court d’argent fin 1992, et était donc dans la nécessité de vendre son principal actif, Adidas. Ensuite, l’équipementier sportif n’était absolument pas redressé à ce moment-là puisque c’est Robert Louis Dreyfus qui a été l’acteur de ce sursaut, qui explique, seul, le redressement de la valeur de l’entreprise.
La demande de Bernard Tapie, qui le sauve de la faillite, est donc jugée totalement illégitime par l’ancien président du Crédit Lyonnais qui souligne que cela reviendrait à ce que les anciens actionnaires d’Alstom demande à l’Etat de partager le bénéfice qu’il a fait en redressant l’entreprise. Mais outre la probable illégitimité de la demande, se pose également le problème de la procédure choisie, dont beaucoup de juristes soulignent les aspects exceptionnels, pour ne pas dire plus. Le Canard Enchaîné fait une chronique très suspecte de cette affaire en soulignant que l’Etat, par la voix de Christine Lagarde, a fortement poussé à une telle conclusion, qui n’était pas forcément ce que tout le monde souhaitait, comme le montre la démission d’un administrateur du CDR.
Du moment que l’Etat est intervenu, se pose la question du pourquoi. Christine Lagarde a souligné que la procédure n’avait que trop duré, mais cet argument est davantage valable pour Bernard Tapie. En outre, il est pour le moins paradoxal que l’Etat accorde une médiation très favorable au plaignant après avoir gagné un appel en cour de cassation. Pire, les 45 millions d’euros de préjudice moral représentent une somme assez incroyable quand on la compare au 45 mille euros accordés aux victimes de l’amiante. Mais surtout, comment ne pas voir dans l’accélération de cette affaire judiciaire, quelques mois après l’élection de Nicolas Sarkozy, une influence politique ? Cette interprétation est d’autant plus plausible que le plaignant avait bruyamment apporté son soutien au futur président de la République.
Bref, on ne saura sans doute jamais le fin mot de l’histoire. Outre la probable affaire d’Etat que représentait la vente d’Adidas par un ministre à une banque d’Etat, on peut suspecter une deuxième affaire d’Etat dans cet arrangement un peu trop à l’amiable. Mais nous en resterons sans doute aux seuls soupçons.
Source : http://www.lemonde.fr/web/son/0,54-0@2-3224,63-1093808@51...
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/09/04/de-l-a...
http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/09/09/affaire-...
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : tapie, peyrelevade, adidas, crédit lyonnais, lagarde, sarkozy



