09.10.2008

Attention : les néolibéraux n’abdiquent pas !

Alors que le modèle néolibéral de déréglementation est en faillite et doit compter sur des injections massives d’argent public pour ne pas s’effondrer, victimes de ses abus, ses partisans n’ont pas vraiment tiré les leçons et continuent à plaider pour une réforme a minima du système.

C’est une vaste offensive que mènent aujourd’hui les néolibéraux pour défendre le marché. La semaine dernière, Canal Plus a ainsi donné la parole à trois partisans du système (Elie Cohen, Jacques Marseille et Jean-Marc Sylvestre) pour analyser la crise alors que Jean-Luc Gréau, qui l’avait vu venir, vient de sortir un livre. Mardi matin, Alain Minc était sur RTL au micro de Jean-Michel Apathie. Enfin Philippe Manière défendait le système dans le Marianne de la semaine dernière, osant écrire « la moindre des choses serait de juger des ‘méfaits’ du capitalisme sur un cycle entier, et pas sur trois mois d’hystérie ! (…) Avant la débâcle, il y a eu l’heure de gloire, l’énorme enrichissement des financiers (souvent immérité, bien sûr exagéré – ce n’est pas le sujet !) et ses retombées en pluie fine sur une population qui n’en est pas toujours consciente ».

Cette citation du directeur de l’Institut Montaigne indique bien la ligne de défense des ultralibéraux : les crises ne sont qu’une conséquence logique du développement économique. Si celle-ci a été plus dure que les autres, c’est à cause d’Alan Greenspan qui n’a pas suffisamment monté les taux  et à cause du mauvais comportement de certains acteurs du marché financier. Cette « histoire » est aujourd’hui racontée par beaucoup de tenants du système. Mais elle agit comme une dangereuse diversion qui risque de protéger le système financier d’une véritable réforme. En effet, l’attaque contre Alan Greenspan est abusive. Avant l’éclatement de la bulle Internet, les taux courts Américains étaient à 6,5% contre 4,75% en Europe. Avant la crise des subprimes, le scénario était le même : 5,25% contre 4%, sachant que l’inflation était relativement stable dans les deux cas.

Mais l’argument le plus habile des néolibéraux est d’attribuer la responsabilité de la crise aux mauvaises pratiques des banquiers, qui seraient les principaux coupables de la situation actuelle. En effet, il est évident que le monde de la finance a commis de terribles abus, qui ont eu pour conséquences des rémunérations astronomiques et dont on mesure aujourd’hui qu’elles ne reposaient que sur du vent. Il est donc particulièrement choquant que la collectivité finance le sauvetage de ce système sur un principe de collectivisation des pertes et de privatisation des profits. Naturellement, les opposants au système néolibéral ne peuvent qu’être d’accord avec cette présentation des choses. Bien sûr, il faudra sanctionner les comportements qui ont abouti à cette débâcle, mais il ne faut pas oublier la réforme de la finance.

En se focalisant sur les coupables, les néolibéraux font oublier la nécessaire réforme du système en sous-entendant que ce sont surtout des comportements individuels qui sont responsables de la situation actuelle. Pourtant, la crise vient surtout du système : ne l’oublions pas !

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:LeitzinsenFR.png

http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2008/10/cr...

22.09.2008

Ces néo-libéraux qui ne désarment pas…

La gravité de la crise actuelle devrait inciter des tenants du néolibéralisme à relativiser leurs certitudes. Malgré tout, The Economist ou Philippe Manière, chroniqueur dans Marianne, montrent que rien ne semble remettre en cause leur croyance aveugle dans le marché.

Et pourtant, les derniers jours ont bien montré que s’en remettre uniquement à sa « main invisible » pouvait produire la plus grave crise économique depuis la Grande Dépression de 1929. Trois des cinq plus grandes banques d’affaires ont fait faillite ou ont été rachetées. De nombreuses banques sont en difficulté et les compagnies d’assurance commencent à être touchées, comme l’a montré la spectaculaire nationalisation d’AIG, après celles de Fannie Mae et Freddie Mac aux Etats-Unis et celle de Northern Rock au Royaume Uni. Ces nationalisations ont coûté la bagatelle de 300 milliards de dollars aux Etats, et donc aux contribuables, qui, eux, ne peuvent pas compter sur l’aide de l’Etat pour payer leurs emprunts immobiliers. Mieux, l’administration américaine a annoncé un nouveau plan de 700 milliards de dollars qui permettra aux autorités fédérales de racheter les créances hypothécaires douteuses des institutions financières américaines.

L’intervention massive de l’Etat est sans doute la seule solution pour éviter un effondrement économique massif, dont les conséquences seraient désastreuses pour l’économie productive et les citoyens du monde entier. Néanmoins, elle pose de nombreux problèmes. Pourquoi l’Etat n’a-t-il pas aidé les 2,5 millions de ménages Américains qui ont perdu leur maison, alors que l’argent ne semble jamais manqué pour aider les grandes entreprises ? On pourrait objecter que la faillite des ménages ne menace pas l’économie, encore que cela est faux à grande échelle. Mais surtout, cette hiérarchie des choses est  humainement préoccupante… Tous les citoyens, y compris les plus modestes, contribuent financièrement au sauvetage d’institutions financières qui ont précipité l’économie mondiale dans une grave crise et grassement enrichi leurs dirigeants alors que personne n’aide les ménages à conserver leur maison.

Mais le pire est sans doute la réaction de certains défenseurs du néolibéralisme. Si certains semblent faire amende honorable, d’autres persistent et signent dans un aveuglement qui confine à un obscurantisme plus théologique que rationnel. Ainsi, dans la rubrique « Ils ne pensent pas comme nous » de Marianne, Philippe Manière ose écrire que « l’économie de marché, ce n’est pas joli joli, mais… ça marche du feu de Dieu », vantant les progrès faits depuis trois cents ou cinquante ans. Cette analyse pour le moins sommaire lui permet de fermer l’œil sur la stagnation du pouvoir d’achat des ménages modestes depuis une quinzaine d’années en Europe et trente ans aux Etats-Unis. Pire, il avertit qu’il faut manier la régulation avec prudence puisque la « crise actuelle est décuplée par (…) les nouvelles réglementations comptables et prudentielles très vertueuses ». On n’ose pas imaginer ce qui serait advenu si les règles n’avaient pas été vertueuses !

Le discours de The Economist est très proche. L’hebdomadaire anglais ultralibéral défend l’intervention de l’Etat pour venir au secours des établissements financiers. En revanche il dénonce le « désir compréhensible de réglementer la finance comme une erreur dangereuse ». Malgré les récents évènements, il soutient que « les financiers savent mieux que les régulateurs » ce qu’il faut faire : on l’a bien vu dans le cas des banques d’affaires ! Enfin, comme Philippe Manière, il soutient que le système a produit  « une croissance économique saine (sic !!!) et une faible inflation depuis une génération », ce qui justifie de le conserver intact. Là encore, l’hebdomadaire oublie que la croissance et une faible inflation n’ont d’intérêt que si le pouvoir d’achat de tous progresse de manière relativement équitable, ce qui n’est plus le cas depuis longtemps.

Il y a un véritable risque que l’intervention publique permette un retour à la normal du système néolibéral sans véritable remise en question. La bataille pour une meilleure régulation de l’économie ne fait que commencer. Elle sera longue et difficile malgré les évènements récents.

Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2008/09/20/04001-20080920...