20.08.2011
Du bon usage des statistiques trimestrielles
Il y a quelques jours, les chiffres trimestriels de la croissance sont tombés et ont encore occasionné d’innombrables commentaires, souvent à courte vue. Si l’alerte sur la croissance est réelle, en revanche, certaines conclusions sont franchement hâtives.
Les arrangements du gouvernement avec la réalité
Le flux toujours plus dense de l’information l’explique sans doute, mais comment ne pas constater à quel point certains politiques et journalistes tirent des leçons assez abusives à partir des chiffres trimestriels. Il y a trois mois, Christine Lagarde se glorifiait de la réussite de notre économie et s’en attribuait immédiatement le mérite. Il faut dire que l’ancienne ministre de l’économie, est coutumière des excès de communication lors de la publication des chiffres de croissance.
En effet, on pouvait déjà objecter que 70% de la croissance annoncée (0.7 point sur 1) venait de la hausse des stocks, ce qui relativise fortement les résultats. Pire, outre le fait que notre économie a stagné au second trimestre, la révision des chiffres du premier s’est faite par le bas, puisque le PIB a finalement augmenté de 0.9%, dont 90% attribuable aux stocks ! Bref, tout ceci relativise grandement le discours triomphateur de l’équipe gouvernementale.
Un autre regard sur l’Allemagne
De même, il y a trois mois, l’extraordinaire croissance de notre voisin d’outre-Rhin (1.5%) provoquait une nouvelle flambée du « modèle allemand » dans les éditoriaux. Mais là aussi, la décélération est brutale puisque le PIB allemand n’a finalement progressé que de 1.3% au premier trimestre et surtout de seulement 0.1% au second. Résultat, sur France Info, des commentateurs remettaient en question la pertinence même du modèle allemand sur ces seuls résultats…
Ces deux interprétations sont naturellement excessives. Tout d’abord, il faut garder en mémoire la baisse du PIB allemand de 5% en 2009, deux fois plus qu’en France. Du coup, la bonne performance de 2010 (3.6% de croissance) et la meilleure situation de notre voisin cette année encore ne font que compenser une crise qui a été deux fois plus dure que chez nous. En outre, n’oublions pas que la croissance de l’Allemagne de 2000 à 2009 a été de 0.8% par an contre 1.4% chez nous…
Prendre du recul sur les statistiques
Il est dommage que les chiffres qui tombent ne soient pas analysés avec un peu plus de recul. Tout d’abord, il serait bienvenu (ce qu’une partie des journalistes font) d’étudier les composantes de la croissance (que l’INSEE précise dans ses communiqués) car le fait que 90% de la croissance du premier trimestre vienne de l’augmentation des stocks relativise très fortement le triomphalisme bien mal placé du gouvernement. Les gros titres sont souvent trop réducteurs pour être honnêtes.
En outre, les chiffres sur trois mois, s’ils ont bien sûr un intérêt, devraient être replacés dans un contexte général car ils sont soumis à révision et peuvent être influencés par des facteurs externes. Au premier trimestre, l’Europe avait une plus forte croissance que les Etats-Unis. Au second, c’est l’inverse. Mais surtout, seules les séries plus longues permettent de donner une perspective aux chiffres trimestriels. Il serait important de les rappeler en toute occasion.
Oui, la croissance a beaucoup ralenti au second trimestre, mais l’information principale n’est-elle pas que la zone euro a un gros problème de croissance depuis dix ans et que cela ne s’arrange pas ?
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13.08.2010
Croissance : Christine Lagarde, la magnifique ridicule
Ce matin, la ministre de l’économie était interviewée sur Europe 1. Elle a annoncé que la croissance a atteint un « magnifique » 0.6% au deuxième trimestre 2010 et confirmé ses prévisions pour l’année 2011.
Magnifiquement ridicule
Les estimations de croissance du premier trimestre ont été revues à la hausse : 0.2% au lieu de 0.1%. La ministre a évoqué « un magnifique 0,6 % au deuxième trimestre, (c'est) une multiplication par trois qui vient conforter la politique économique déterminée par le président de la République ». Et elle a confirmé sa prévision de croissance pour 2011, à savoir 2.5%. L’emploi de l’adjectif « magnifique » montre à nouveau l’immense décalage de la Marie-Antoinette du gouvernement avec la réalité de ce que vivent les Français dans cette crise et de la persistance d’un chômage de masse.
La communication du gouvernement sur la croissance est en effet totalement ridicule. Quand un trimestre est bon, la ministre vient sur les ondes pour vanter l’efficacité de sa politique (4ème trimestre 2009, 2ème trimestre 2010) alors qu’elle évite soigneusement les médias quand les résultats sont moins bons (3ème trimestre 2009 ou 1er trimestre 2010). Pour qui ne prête pas une attention soutenue à ces questions, la communication gouvernementale est peut-être efficace, mais avec un peu de mémoire, il est difficile de ne pas noter l’hypocrisie de la ministre dans ses annonces.
Des chiffres passables
Les résultats de la France ne sont pas exceptionnels en effet. Ils ne sont pas mauvais non plus. La meilleure nouvelle est clairement la hausse de 1.1% des investissements qui semble indiquer une reprise des dépenses d’avenir des entreprises. En revanche, comment ne pas noter le décalage entre la croissance au premier semestre (0.8%) et les prévisions de croissance pour l’année prochaine (2.5%) ? Qu’est-ce qui pourrait bien justifier une telle accélération alors même que notre pays sera pénalisé par la plus grande austérité budgétaire après des années à laisser filer la dépense ?
En outre, ces chiffres sont tout justes dans la moyenne européenne. Si nous faisons mieux que l’Espagne (0.2%) ou l’Italie (0.4%), nos résultats sont largement inférieurs à ceux de la Grande-Bretagne (1.1%) ou de l’Allemagne (2.2%). Et il n’y a pas un grand mérite à croître plus vite que l’Espagne qui subit les affres de l’éclatement de sa bulle immobilière ou l’Italie, le pays riche qui a connu la plus faible croissance des années 2000. Bref, la performance de notre pays est loin de mériter l’adjectif « magnifique » bien imprudemment utilisé par la ministre de l’économie.
Il est positif que notre pays enregistre de la croissance. En revanche, il est totalement ridicule de fanfaronner devant des résultats qui sont tout juste dans la moyenne européenne et qui ne suffiront pas, loin s’en faut, à corriger les déséquilibres dont notre pays souffre.
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01.03.2010
Faut-il limiter la rentabilité des multinationales ?
C’est une des thèses de Frédéric Lordon dans son dernier ouvrage. Il propose de mettre en place le SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin). Une analyse rapide des comptes de BNP Paribas ou de Sanofi Aventis a tendance à donner de l’eau au moulin de l’économiste.
Toujours plus de profits
De nombreuses études montrent que la part des profits des entreprises dans le PIB a atteint un pic en 2007, à plus de 12%. Il faut noter que cette étude montre que de 2002 à 2006, leur part dans l’économie étasunienne est passée de 8.5% du PIB à plus de 12%, soit une progression de près de 50%. Cela indique donc qu’une très importante part de la croissance de ces années-là (environ un tiers !) est directement allée dans les profits des entreprises.
The Economist affirme que cette année-là, nous avons atteint un niveau comparable à celui atteint en 1928, à la veille de la Grande Dépression. Et, de fait, les grandes entreprises font des profits de plus en plus importants. En 2009, malgré plus de 8 milliards d’euros de dépréciation, BNP Paribas a fait 5.8 milliards d’euros de profits, pour un produit net bancaire (PNB) d’à peine 40 milliards. En 2007 la banque avait fait 7 milliards de profits et 12 de résultat opérationnel pour 30 de PNB.
L’autre exemple est celui de Sanofi Aventis qui a annoncé un résultat net (après impôt) de 8,4 milliards d’euros pour un chiffre d’affaire de 29,3. Il faut noter que le résultat opérationnel atteint 11,1 milliards, soit la bagatelle de 38% du chiffre d’affaire, des résultats très comparables à ceux obtenus par BNP Paribas. Le moins que l’on puisse dire est qu’une activité qui permet de dégager environ 40% de résultat opérationnel sur le chiffre d’affaire n’est pas soumise à une forte concurrence.
Un excès de profits ?
D’une part, on pourra dire que ces profits ne font que récompenser le bon travail de ces entreprises, mais leur niveau si élevé semble plutôt indiquer qu’elles profitent d’une rente de situation particulièrement forte. La question devient : est-ce que ces « superprofits » ne posent pas un problème pour la société. Bien sûr, des impôts sont payés, mais l’optimisation fiscale permet de les minimiser. Ensuite, est-il sain qu’une telle part (grandissante qui plus est) des richesses nationales soit privatisée de la sorte.
En effet, si l’on prend l’évolution qu’il y a aux Etats-Unis, comment ne pas être interpelé par le fait qu’un tiers de la richesse créée de 2002 à 2006 soit allé dans les profits des entreprises ? N’est-ce pas plus que de raison ? En outre, la faible croissance de la zone euro fait que sans doute la moitié de la croissance est allée aux profits des entreprises. Du coup, on peut se demander s’il n’y a pas un profond déséquilibre dans un système qui donne un tel pouvoir aux entreprises sur la collectivité.
Le développement économique des 30 Glorieuses, basé sur une architecture keynésienne, était équilibré car tous les revenus progressaient au même rythme et la part des profits et des salaires dans le PIB étaient stables. En revanche, le système actuel est devenu malsain tant il favorise les profits des entreprises et les revenus de 1 à 10% de la population par rapport à tous les autres. Pourtant, cette richesse est bien créée grâce à l’action de tous. Elle devrait donc être mieux partagée.
Bien sûr, limiter la profitabilité des multinationales serait une entreprise très délicate et je n’arrive pas à voir de solution facile, tant d’un point de vue comptable que de la nécessaire coordination internationale, mais ces chiffres sont une nouvelle illustration des déséquilibres d’un système qu’il faut changer.
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26.02.2010
France : une reprise en trompe l'oeil
Il y a dix jours, le gouvernement se félicitait du chiffre de la croissance du 4ème trimestre, nettement supérieur aux chiffres du reste de l’Europe. Mais comme d’habitude, et comme l’illustre la hausse du chômage, si l’on regarde un peu plus dans le détail, la réalité n’est pas aussi rose…
Un quatrième trimestre atypique
Il est vrai que sur les trois derniers mois de 2009, la croissance de notre pays a fortement contrasté avec celle des autres pays européens. Le PIB de la France a cru de 0.6%, soit plus de 2% en rythme annuel, alors que le PIB Allemand a stagné, et que l’Espagne (-0.1%) et l’Italie (-0.2%) sont repassées dans le rouge. Mais qu’est-ce qui explique la performance de notre pays et peut-on s’en réjouir ? Tout d’abord, il faut souligner que notre performance du 3ème trimestre était moins brillante.
Un examen plus détaillé relativise plus encore notre performance. En effet, le « bond » du 4ème trimestre s’explique uniquement par la hausse de 0.9% de la consommation. Notre croissance a pour unique explication la réduction des primes gouvernementales pour l’automobile au 1er janvier, qui a provoqué une envolée des ventes de voitures ce trimestre. Si nous n’avions pas eu un tel dispositif, notre PIB aurait stagné, comme celui des autres pays européens.
Bien sûr, au global, la France a connu une récession moins importante que ses voisins (-2.5% contre -4%) et le gouvernement ne manque pas de le rappeler pour s’enorgueillir du succès de sa politique. Mais cette présentation est abusive. Si la récession a été plus forte en Allemagne, c’est parce que l’économie d’outre Rhin, plus ouverte, a davantage souffert de la baisse mondiale des exportations. Et l’Espagne et le Royaume-Uni ont affronté un effondrement de leur marché immobilier.
Une France mal en point
Quand on examine les autres composantes de la croissance, l’investissement (en baisse de 1.2%) a contribué de manière négative à hauteur de -0.2 point, le commerce, à hauteur de -0.7 point, du fait d’une croissance plus forte des importations que des exportations. Le fort rebond des stocks (pour un effet de 0.9 points) compensant ces deux baisses. En clair, si les stocks avaient été stables, le PIB de la France aurait reculé de 0.3%. Pas de quoi pavoiser !
D’ailleurs, il y a fort à parier que le début d’année devrait être moins brillant. Les premiers indicateurs disponibles suggèrent un fort ralentissement économique. En effet, la consommation, moteur du dernier trimestre 2009, a lourdement baissé de 2.7% en janvier, entraînant dans sa suite les prix. Malheureusement, il y a fort à parier que notre PIB va stagner en ce début d’année, si ce n’est pire, signe que la sortie de la récession est vraiment plus que relative.
Pire la contribution négative du commerce extérieur pose un grave problème. La première raison est le libre-échange avec des pays où les salaires sont une fraction des nôtres. La seconde est la surévaluation chronique de l’euro (encore trop cher de 25% aujourd’hui). Tout ceci représente un encouragement pour les délocalisations. Enfin, l’Allemagne comprime ses salaires pour gagner en compétitivité, ce qui pénalise à la fois nos exportations outre-Rhin et favorise nos importations…
En clair, le chiffre de croissance du 4ème trimestre est un trompe l’œil. Comme d’habitude, le gouvernement s’en empare pour s’auto-congratuler, alors qu’il n’y a pas lieu de le faire. Nul doute que le gouvernement ne sera pas responsable des mauvais résultats du 1er trimestre 2010…
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14.11.2009
Avis de reprise molle sur la France
0.3%. Voici le chiffre de la croissance pour le troisième trimestre. Christine Lagarde a beau espérer « qu’on finira l’année sur les chapeaux de roue », le moins que l’on puisse dire est que cette performance médiocre relativise le discours du gouvernement sur la croissance du pays.
Une performance médiocre
Il y a encore quelques jours, le gouvernement se vantait d’avoir la plus forte croissance d’Europe. Et il est vrai que sur le cumul des deux premiers trimestres de l’année, la France s’en sortait un peu mieux que la moyenne. De même, sur l’année 2009, nous devrions présenter une des moins mauvaises baisses du PIB de la zone euro. Le gouvernement espérait donc une croissance de l’ordre de 0,5 ou 0,6% au troisième trimestre, bien au-dessus de la moyenne européenne.
Las. La croissance de la France est finalement légèrement en-dessous de la moyenne (0.3 contre 0.4%), ce qui remet la France dans le milieu du peloton pour 2010. Les raisons en sont simples : si les dépenses publiques soutiennent l’économie, la consommation est étale (malgré la prime à la casse) et les investissements sont en légère baisse. Les estimations d’une croissance à 0.5% au quatrième trimestre indiquent clairement que la reprise est molle.
Pourquoi sommes-nous dans la moyenne ?
Au final, notre performance est seulement dans la moyenne. Bien sûr, l’Espagne et la Grande-Bretagne enregistrent encore une baisse de leur PIB mais cela est la conséquence de l’éclatement de leur bulle immobilière, qui était sans commune mesure avec la nôtre, du fait du très fort endettement des ménages (en Grande-Bretagne, leur endettement est l’équivalent du double de celui des ménages Français), qui déprime plus encore la consommation des ménages.
A l’inverse, l’Allemagne et l’Italie ont enregistré de meilleurs chiffres que nous. Pour l’Allemagne, il s’agit simplement d’un effet rebond sur les exportations. Le PIB Allemand s’était effondré au 1er trimestre à cause d’une baisse sévère des exportations. Il remonte donc grâce à la reprise du commerce, malgré la déprime persistante de la consommation. La progression Italienne s’appuie sur les mêmes ressorts. Bref, c’est le comparatif qui permet à nos voisins d’afficher de bons chiffres.
Fondamentalement, ces chiffres ne sont pas très encourageants. Le modèle économique de la plupart des nations développées est en panne. Le seul espoir de croissance réside dans la dépense publique ou les exportations. Le moteur de la consommation semble définitivement grippé.
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31.10.2009
Une sortie de récession aussi réelle qu’illusoire
3,5% : c’est le niveau de la croissance en rythme annuel des Etats-Unis au 3ème trimestre. Si ce rebond s’explique en partie par la prime à la casse locale, il n’en demeure pas moins que cela représente une véritable sortie de crise pour la première économie de la planète.
Comment les Etats-Unis sont sortis de la crise
La première explication, classique, retiendra l’impact du plan de soutien de l’administration Obama. 800 milliards de dollars, et un déficit de plus de 10% du PIB, cela représente un sacré coup de pouce pour l’économie. En outre, les taux d’intérêt sont quasiment à 0% depuis plusieurs mois, ce qui procure une bouffée d’oxygène supplémentaire à l’économie. Enfin, le faible niveau du dollar favorise les exportations, même s’il est vrai que les importations ont davantage progressé ce trimestre.
A moyen terme, le rattrapage technologique des pays émergents va donner une impulsion de plus en plus forte à la croissance mondiale, étant donné leur poids grandissant dans le PIB. Mécaniquement, la Chine, l’Inde ou le Brésil vont bénéficier de la modernisation de leur économie, ce qui aura quelques retombées pour les pays développés, sur certaines importations (machines outils, aéronautique…) ou le tourisme. On peut donc croire à une reprise mondiale durable à court terme.
Mais il y a aussi une interprétation différente du rebond de l’économie étasunienne. Une autre explication est tout simplement la brutalité de la récession. L’automne dernier, les ventes de voitures baissaient de presque 50%. L’effondrement de l’économie, quand il est brutal, créé un comparatif duquel il est beaucoup plus facile de croître. D’ailleurs, malgré la croissance du 3ème trimestre, l’économie étasunienne reste plus petite qu’il y a un an… Mais, une autre explication vient aussi de l’absence de changement.
Parce que rien ne change…
En fait, la raison pour laquelle on peut croire à une véritable sortie de crises est la similitude avec le précédent de 2001. Les Etats savent éviter les dépressions de type 1929 par un cocktail de dépenses publiques et de relâchement drastique de la politique monétaire. Et cette fois-ci, ils ont même su s’adapter à la violence inédite de la crise en utilisant ces leviers de manière plus radicale. En outre, ils bénéficient également de tous les travers qui ont mené à la crise.
En effet, aucune des causes de la crise n’a véritablement été résolue. Cette fois-ci, ce sont les Etats qui apportent la plus grande contribution à la pyramide de la dette et il y a fort à parier que la hausse de la consommation des ménages étasuniens ce trimestre s’est faite à crédit. Pire, les mécanismes qui dépriment le niveau des salaires des pays développés (libre-échange, liberté de circulation des capitaux, capitalisme actionnarial) sont également toujours en marche.
Bien sûr, la croissance des revenus de la nouvelle bulle financière et d’une petite élite permettra de camoufler la stagnation des revenus de 90% de la population, comme aux Etats-Unis depuis trente ans ou dans la Grande-Bretagne de Tony Blair. Mais tout cela ne fera que camoufler des déséquilibres qui mèneront à une nouvelle crise d’une violence proportionnelle à la non modification du système. Si nous ne changeons rien, la prochaine crise sera redoutable.
Bonne nouvelle : nous sortons véritablement de la crise et beaucoup de choses laissent penser que cette sortie sera réelle. Malheureusement, tous les mécanismes qui ont présidé à la précédente crise restent en marche. Rendez-vous dans 5 à 10 ans…
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17.09.2009
Merci Nicolas Sarkozy pour la commission Stiglitz
La Commission Stiglitz a rendu ses conclusions cette semaine. Ce n’est pas sans un certain plaisir que j’ai pu découvrir le travail de ce prix Nobel d’économie, travail qui a animé Internet cette semaine, notamment au sein des Kiwis, avec les papiers de ça réagit, Toréador et H16.
Une réflexion passionnante
En 1968, Robert Kennedy disait déjà que : « notre PIB prend en compte dans ses calculs, la pollution de l’air, la publicité pour le tabac et les courses d’ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. (…) Il comprend la production de napalm, (…). En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaîté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie, ou la solidité de nos mariages (…) Il ne prend pas en compte notre courage, notre sagesse, ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion, ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ».
Même si on ne peut pas exclure la posture communicante du chef de l’Etat et même si l’on peut douter légitimement du suivi de ce vaste projet, je suis fier que la France relance une réflexion sur la mesure du progrès humain. Comment ne pas reconnaître que, s’il est un indicateur utile, le PIB n’est qu’un indicateur mesurant la production du pays, avec tous les avantages et les inconvénients que cela représente. Le malheur humain peut gonfler le PIB...
C’est pourquoi il est important d’arriver à mesurer différemment le progrès de l’humanité qu’avec le PIB. Bien sûr, il y a l’Indicateur de Développement Humain, qui existe déjà. Cependant, faute est de constater que cet indicateur n’a pas vraiment réussi à devenir un contrepoids au PIB. Et comme la commission Stiglitz le souligne, le PIB a été une sorte de mirage qui a empêché nos dirigeants de prendre conscience des graves déséquilibres économiques qui ont mené au désastre récent.
Merci Nicolas Sarkozy, pour une fois
C’est pourquoi, quelques soient les motifs du président, et même s’il oublie ce dossier dans le futur, je tiens à le remercier d’avoir réuni une telle commission et d’avoir provoqué une réflexion juste et nécessaire. C’est un honneur pour notre pays de marcher dans les pas de Robert Kennedy. C’est une réflexion que le G20 devrait également mener et il faut espérer que notre président partage ce travail avec les dirigeants de la planète lors du sommet à venir.
En revanche, j’ai du mal à comprendre certaines critiques qui attaquent le chef de l’Etat, dans une attitude d’opposants irréductibles incapables de reconnaître s’il fait quelque chose de bien. Bien sûr, il reste encore un travail immense à faire et il n’est pas garanti qu’il le poursuive, mais c’est bien lui qui a ouvert la voie et fait progresser un débat qui était au point mort. Comment ne pas voir dans l’article d’Alternatives Economiques une opposition stérile ? Quand à ceux qui soulignent qu’on ne remplacera pas le PIB facilement, c’est juste, mais cela n’enlève rien à la nécessité d’un autre indicateur.
Pour une fois, je remercie Nicolas Sarkozy pour avoir lancé une telle commission. Il a lancé un débat juste et nécessaire sur la mesure du progrès humain, avec des personnalités de renom et parfaitement qualifiées. J’espère que ce débat se poursuivra dans les années à venir pour aboutir à un autre indicateur.
11:49 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, robert kennedy, pib, commission stiglitz, joseph stiglitz
09.08.2009
La sortie de crise est pour bientôt, aussi illusoire soit-elle
À mille lieux des prévisions dramatiques de certains, les signaux d’une reprise économique se multiplient, comme l’illustrent les dernières statistiques du chômage étasunien, qui ont fait bondir les bourses à leur plus haut depuis 9 mois.
Les signaux de l’embellie
Bien sûr, ces signes restent tout relatifs : le PIB n’a baissé « que » de 1% en rythme annuel au 2ème trimestre aux Etats-Unis et il n’y a eu « que » 247 mille destructions d’emplois en juillet. Bref, nous ne sommes pas encore en croissance, c’est juste que la récession ralentit, nettement néanmoins. Même s’il convient d’être prudent, ces chiffres sont très encourageants. En effet, les chiffres du PIB montrent une véritable stabilisation après une chute qui n’aura été significative que pendant deux trimestres. Et surtout, le taux de chômage a baissé d’un dixième de point, éloignant le spectre du cap des 10%.
Du coup, le scénario d’une Dépression comparable à celle des années 30 s’éloigne. La déflation sera limitée et temporaire puisque seuls les excès de l’an passé expliquent le léger recul actuel des prix, qui n’a pas dégénéré. Le rebond de la bourse éloigne le spectre d’un krach plus violent et permet à la sphère financière de se rétablir, améliorant le climat économique. Enfin, les pleins effets des plans de relance ne se sont pas complètement faits sentir. S’il persiste un risque de rechute, il est tous les jours plus limité.
Une reprise aussi réelle qu’illusoire
Aujourd’hui, le scénario de la reprise se dessine d’autant plus sérieusement qu’à partir de septembre, nous rentrerons dans un comparatif qui favorisera une reprise apparemment assez forte. En effet, l’ensemble des marchés se sont effondrés de septembre 2008 à mars 2009. Résultat, à partir de la rentrée, et jusqu’à mars 2010, le comparatif nous permettra sans doute d’avoir des chiffres de croissance peut-être même meilleurs qu’anticipés. Et le résultat du PIB de la zone euro au 2ème trimestre va être amélioré par les effets des primes à la casse mise en place dans la plupart des pays.
Malheureusement, cette reprise sera sans doute illusoire. En effet, tous les mécanismes à l’œuvre pour plonger l’économie mondiale dans le gouffre de la plus grave crise que nous avons vécue depuis 80 ans, restent à l’œuvre : libre-échange dérégulé qui pousse les salaires à la baisse, trop grande liberté des institutions financières et anarchie monétaire. Qui plus est, l’Europe est l’ensemble qui joue perdant à tous les coups avec son euro cher et son dogmatisme néo-libéral. La croissance à venir restera donc aussi molle que pendant les années 2000, sans empêcher la formation d’une nouvelle bulle.
Heureusement, nous allons sans doute sortir de la plus grave crise économique que nous avons traversée depuis des décennies. Malheureusement, la relative brièveté de cette crise devrait laisser les structures économiques qui ont présidé à ce désastre relativement intactes…
Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2009/08/01/04001-20090801...
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/08/08/obama-dit-entrevoir-le-bout-du-tunnel_1226752_3222.html
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03.05.2009
Crise économique : stop ou encore ?
Le contraste ne pourrait pas être plus saisissant. D’une part, le rebond des bourses se poursuit (plus de 8200 points à Wall Street, plus de 3150 pour le CAC 40), de l’autre, la plupart des nouvelles économiques restent fondamentalement mauvaises. Que se passe-t-il ?
Le verre à moitié vide…
Il faut dire que la hausse de la bourse n’est pas forcément bon signe : entre 1929 et 1932, par cinq fois, Wall Street avait connu un épisode de hausse de plus de 20% avant de retomber encore plus bas. Et d’ailleurs, les Etats-Unis ont annoncé que le PIB Américain a baissé de 6,1% en rythme annuel au premier trimestre 2009, après une baisse de 6,3% au quatrième trimestre 2008. En à peine 6 mois, la première économie de la planète a vu sa taille fondre de 3%.
Encore pire, le scénario déflationniste semble se mettre en place puisqu’à fin mars, les prix baissaient de 0,4% sur un an outre-Atlantique, démultipliant la baisse de l’activité. Les chiffres de baisse de la production industrielle donnent le tournis : -13% aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne en mars, -15% en France, -20% en Allemagne et en Italie, -24% en Espagne et –34% au Japon ! Partout, le chômage explose. Bref, la hausse des bourses mondiales semble complètement incongrue et déconnectée de la réalité.
Le verre à moitié plein…
Mais les oiseaux de mauvais augures n’ont pas forcément raison. Ce qui explique le rebond des bourses malgré la publication de ces mauvais chiffres est la conviction que le pire de la crise est désormais derrière nous et qu’il aurait été atteint lors des trois premiers mois de cette année. Bien sûr, le nombre de chômeurs va continuer à augmenter, mais cela ne dérange pas forcément les marchés… En effet, certains indices de confiance remontent : celui des consommateurs aux Etats-Unis comme celui des entreprises en Allemagne.
Le scénario d’une reprise semble se préciser. Le risque déflationniste semble endigué : la baisse des prix devrait être limitée et de courte durée. L’activité pourrait reprendre dès le 4ème trimestre 2009, à la faveur d’un comparatif plus favorable avec l’année précédente. Bien sûr, cette reprise sera financée par une hausse vertigineuse de la dette, bien sûr, le chômage aura augmenté de manière dramatique, bien sûr, aucun déséquilibre de l’économie mondiale ne sera traité, mais le système s’est sans doute sauvé.
Même si on ne peut pas en être complètement sûr, la sortie (illusoire) de la crise se précise. Mais le débat sur la refondation en profondeur du capitalisme reste ouvert. Nous devons veiller à ne pas trop crier au loup sous peine de ne pas être écouté demain dans le cadre de ce débat.
Source : The Economist 2 mai
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16.02.2009
L’euro, facteur de récession ?
Les résultats du 4ème trimestre viennent de confirmer une dure réalité : la crise est plus sévère en Europe qu’aux Etats-Unis puisque le PIB a reculé de 1% outre-Atlantique contre une baisse de 1,5% dans la zone euro comme en Grande-Bretagne. Un paradoxe qui doit amener à se poser des questions sur l’euro.
Une zone euro asphyxiée économiquement
Lors du débat sur le traité de Maastricht, ses partisans promettaient un futur économique radieux. Aujourd’hui, ils affirment que l’euro nous protège. Pourtant, alors que la crise est partie des Etats-Unis, que le taux de chômage y a déjà progressé de 3 points, que des millions de ménages ont été expulsés, la récession y est moins forte qu’en Europe. En 2008, le PIB Américain a cru de 1,2% contre 0,8% en zone euro. L’Europe est entrée en récession un trimestre avant et 2009 s’y annonce encore plus mauvais.
Pire, l’examen de l’évolution du PIB est encore plus cruel pour l’Europe en montrant une asphyxie économique progressive. Alors que la croissance était de 2,4% dans les années 80 en France et en Italie et de 2,3% en Allemagne, elle est passée à respectivement à 2%, 1,6% et 2,1% dans les années 90 puis à seulement 1,3%, 0,5% et 0,8% dans les années 2000. Dans le même temps, le Royaume-Uni, en retard dans les années 70, affiche une croissance de 2,7%, 2,5% et 1,8% sur les trois dernières décennies.
Les chiffres qui sont tombés pour le 4ème trimestre sont désastreux pour la zone euro. Alors que le PIB Américain a reculé de 3,8% en rythme annuel, il a baissé de 4,8% en France, de 6% au Royaume Uni, de 7,2% en Italie et de 8,4% en Allemagne. La situation de l’Espagne et de l’Irlande, les anciens champions de la croissance européenne, est encore plus mauvaise avec une baisse du PIB Irlandais qui pourrait atteindre 5% sur 2009 avec un déficit budgétaire de 10%.
Une monnaie unique pour une zone qui ne l’est pas
Malheureusement, on peut se demander aujourd’hui si l’euro, loin de nous protéger, n’est pas un handicap pour les économies européennes. En effet, le problème de la zone euro est son hétérogénéité. Dans les années 2000, la majeure partie (Allemagne, France, Italie), avait une croissance et une inflation faibles qui demandaient une politique monétaire accommodante. De l’autre, des pays comme l’Espagne ou l’Irlande, en forte croissance et avec une inflation supérieure, avaient besoin d’une politique monétaire plus restrictive pour éviter la formation de bulles, immobilières notamment.
Résultat, la politique monétaire de la BCE a été une cote mal taillée, une politique trop accommodante pour les pays en forte expansion et trop restrictive pour les pays qui restaient dans une croissance molle. Pire, cette inadéquation a renforcé les écarts entre les pays puisque la politique de la BCE a alors renforcé l’expansion espagnole et irlandaise tout en maintenant l’Allemagne, la France et l’Italie dans cette croissance molle. La même politique était à la fois trop restrictive pour certains et trop laxiste pour d’autres.
Et aujourd’hui, le bilan est encore plus mauvais puisque l’on constate que la croissance de l’Espagne et de l’Irlande était artificiellement soutenue par des taux d’intérêts trop faibles. Résultat, ces pays se réveillent avec une terrible gueule de bois, un effondrement économique qui fait s’envoler le chômage (déjà 14% en Espagne !) alors que les pays qui ont subi une croissance molle pendant les années 2000 souffrent davantage que les Etats-Unis dans cette crise. Tout le monde semble perdre avec l’euro.
Pourquoi l’euro est un facteur de récession
Pire, le principal bénéfice de l’euro, la réduction des écarts de taux, a été annihilé par la crise puisque la Grèce emprunte 2,4 points plus cher que l’Allemagne. En outre, la BCE ne peut pas racheter des emprunts d’Etat pour baisser leur taux, contrairement à ce que font la Fed ou la Banque d’Angleterre. Encore pire, la rigidité induite par la monnaie unique pousse à un nivellement par le bas des salaires (ce que fait l’Allemagne depuis 10 ans) et de la fiscalité, qui a un profond effet dépressif sur les pays les plus riches.
Enfin, le biais globalement restrictif de la BCE provoque une surévaluation de l’euro dévastatrice pour les entreprises exportatrices, ce qui explique que l’Europe soit entrée en récession un trimestre avant les Etats-Unis l’an dernier. Michel Aglietta a calculé que la parité normale de l’euro est 1,07 dollars. Même sous les 1,3 dollars aujourd’hui, l’euro est encore surévalué de 20%, ce qui explique le choix d’Airbus de confier une partie du fuselage de l’A350 à un fournisseur Américain pour l’assembler… en Europe !
La zone euro n’est pas une zone géographique adaptée au partage d’une même monnaie. De nombreux économistes le soutiennent. Résultat, la politique de la BCE asphyxie les uns (France, Allemagne, Italie) et dope artificiellement les autres (Espagne, Irlande) avant un très dur réveil…
Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/02/13/l-europe-...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : euro, bce, fed, pib, récession



