29.03.2010

L’horreur économique révélée par Le Monde

J’ai d’abord cru à une blague de Malakine. Un 1er avril avec quelques jours d’avance ? Dans un papier très enlevé sur Jean-François Copé, qui affirme chaque jour davantage son attachement à la pensée unique, se trouvait une perle de Pierre Antoine Delhommais du Monde.

L’économie, vue par la pensée unique

L’énormité du texte m’amène à le reproduire dans son intégralité, tant il faudra s’en souvenir. C’est la conclusion d’un édito sur le réalisme économique et il représente, pour l’auteur, ce que les hommes politiques devraient dire aux Français :

"Françaises, Français, Ne vous lamentez pas trop sur votre sort actuel, car le plus dur reste à venir. D'abord, le chômage ne va pas baisser. Les Chinois, avec leur coût du travail vingt fois plus faible et leur yuan sous-évalué, vont s'attaquer à de nouveaux produits et monopoliser de nouveaux marchés. Ce qu'ils vont gagner en niveau de vie, vous allez le perdre. Les délocalisations vont s'accélérer. La seule chance, pour la France, d'améliorer sa compétitivité et de rester dans la course, ce sera de se serrer très fort la ceinture sur les salaires, comme le font les Allemands depuis des années. Vous allez gagner moins, mais vous allez devoir travailler plus et plus longtemps, pour espérer toucher une retraite à peine décente. Avec une protection sociale réduite, car l'Etat-providence, étant donné notre niveau de dette publique, c'est terminé. Terminé. Pour réduire nos déficits et rembourser nos emprunts, vous allez aussi devoir payer plus d'impôts. Vous, mais aussi vos enfants et vos petits-enfants. C'est à peu près le seul moyen d'échapper, et ce n'est même pas sûr, au sort de la Grèce."

Voilà reproduit ici, dans sa nudité la plus crue, l’opinion des tenants de la pensée unique qui domine notre vie politique depuis un quart de siècle. Voici le futur riant qui serait l’horizon indépassable des pays occidentaux en général et de la France en particulier. Le modèle Allemand pour tous ! Je précise, au cas où vous ne l’auriez pas compris, que la modération salariale ne s’appliquera qu’à 90 ou 95% de la population. Les plus hauts salaires ne seront pas plus touchés qu’hier…

Les ravages de l’anarchie néolibérale

Tout l’intérêt de ce texte est de montrer jusqu’où la logique néolibérale nous mène. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont pu faire croire à certains qu’il y avait un modèle de croissance adapté aux pays développés dans cette loi de la jungle. Las, leur croissance ne reposait que sur le crédit et une bulle immobilière et financière. Le seul modèle vaguement viable est la désinflation compétitive Allemande. Et encore, ce modèle s’effondrera lui-aussi s’il est suivi car il repose tout de même sur la croissance de la consommation des clients qui importent des produits Allemands…

Il est donc urgent de créer des écluses, (commerciales, monétaires, financières, sociales et salariales) entre les différentes zones économiques pour éviter que l’anarchie économique ne produise un alignement vers le bas généralisé des conditions salariales et sociales de 90% de nos sociétés. Comme le disait le Général de Gaulle à propos du « laissez-faire » et du « laissez-passer », « on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ». Le rétablissement de frontières économiques est la seule condition pour retrouver le chemin d’une croissance pour tous.

Merci au Monde de révéler le fond de la pensée unique, qu’elle soit socialiste, centriste ou « de droite ». En plaçant la mondialisation comme un horizon indépassable, elle va provoquer une cure d’austérité sans précédent. Au moins, on ne pourra pas dire que nous n’étions pas prévenus.

22.03.2009

Les oublis monétaires du G20

Signe des temps, le Monde ouvre de plus en plus ses colonnes à des partisans d’une réforme plus profonde du système économique. Après avoir exploré le protectionnisme avec Jean-Luc Gréau, c’est au tour de la réforme du système monétaire international d’être évoquée dans les colonnes du quotidien du soir.

L’urgence de la réforme monétaire

Hier, je revenais sur l’avancement de la réforme de la finance pour noter que finalement, les dirigeants du G20 pourraient bien aller au-delà d’un changement a minima, au grand dam des banquiers. Les centaines de milliards de dollars et d’euros  déversés par les gouvernements les poussent à chercher des solutions pour éviter une nouvelle crise. Malheureusement, aucune réforme de l’Organisation Mondiale du Commerce ou du Système Monétaire International n’est à l’ordre du jour.

Dans une tribune qui rappelle le papier de Malakine cette semaine, Pierre Antoine Delhommais note que « le G20 entend reconstruire le système financier mondial sans rien changer au système monétaire international. Autrement dit, il prétend édifier un immeuble d'une solidité à toute épreuve sur des fondations mouvantes et vétustes ». En clair, le G20 ne va remettre en cause qu’une partie, certes importante, de la déréglementation des dernières décennies et ignorer les questions monétaires, pourtant essentielles.

Les questions qui se posent

De manière assez surprenante, le journaliste du Monde, qui remplace avantageusement l’ultra-libéral Eric Le Boucher, rend un hommage appuyé au Général de Gaulle en présentant comme prophétique sa critique de l’étalon dollar et sa volonté de retour à l’étalon or, qui gagne le soutien d’un nombre grandissant d’économistes. En effet, comme le soulignent Edouard Husson et Norman Palma dans leur dernier livre, le système monétaire actuel est trop favorable aux Etats-Unis.

Mais le journaliste du Monde s’attaque même au système de change flottant, notant que la pagaille actuelle est un facteur aggravant de la crise, notamment pour les pays émergents. En cela, il rejoint la tribune de Pierre Calame, qui réclame également une stabilisation des taux de change et une plus grande prise en considération des enjeux environnementaux. Enfin, se pose la question de l’indépendance des banques centrales étant données leurs interventions sur les marchés, comme l’évoque Michel Aglietta.

La violence de la crise financière a fait avancer la pensée dans ce domaine. Malheureusement, pour l’instant, nous n’en sommes qu’aux prémices de la réflexion sur un nouveau Système Monétaire International. Les conclusions du G20 seront donc forcément bancales.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/03...

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/03/21/fin-de-...

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/03/17/a-crise...