15.01.2011

François Mitterrand, le mauvais esprit du Parti Socialiste

Il y a une semaine, beaucoup de figures du PS étaient à Jarnac pour commémorer les quinze ans de la mort de François Mitterrand. Le seul socialiste à avoir accéder à la présidence de la République illustrait tellement bien pourquoi le général de Gaulle disait qu’il n’aimait pas les socialistes…

Le cynisme comme boussole

Déjà, il faut se souvenir que cette figure tutélaire du PS avait été élue à l’Assemblée Nationale en 1946 avec le soutien de l’extrême droite et qu’il a commandité un faux attentat contre lui-même (l’affaire de l’Observatoire en 1959) avec l’aide d’un ancien député poujadiste. Bref, François Mitterrand a toujours semblé prêt à tout pour accéder au pouvoir. Tout le problème est que le Parti Socialiste s’est inspiré de lui et non de Pierre Mendès France.

C’est lui également qui a dénoncé les journalistes (« les chiens ») lors de l’enterrement de Pierre Bérégovoy alors qu’il n’avait pas vu son ancien Premier Ministre depuis la défaite historique des élections législatives. Il a également été porteur d’une vision extrêmement égocentrique de la politique où tout ce qui était fait était davantage destiné à façonner son histoire personnelle plutôt que d’améliorer le sort des Français, ce qui explique en partie son soutien au projet européen.

Enfin, François Mitterrand, c’était tout de même un rapport particulier avec l’honnêteté, un nombre considérable d'affaires, qu’Edwy Plenel et d’autres se chargèrent de révéler à la fin de son second mandat, totalement crépusculaire. Entre les affaires des écoutes de journalistes et de stars, les affaires de financement du Parti Socialiste, les innombrables conflits d’intérêt (soutien à Guy Ligier…), il représente un sommet qui ne sera sans doute heureusement jamais plus atteint.

« Je n’aime pas les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes »

Un examen du parcours politique de François Mitterrand peine à donner une quelconque cohérence. Quoi de commun entre le candidat du programme commun de la gauche en 1981 et le président qui autorisa la totale déréglementation de la circulation des capitaux, qui rendit la Banque de France indépendante et qui abaissa les barrières commerciales, mettant en concurrence les ouvriers Français avec ceux du monde entier, entraînant délocalisations et hausse du chômage ?

Bien sûr, les mitterrandistes pourront toujours s’accrocher à l’abolition de la peine de mort (votée par Jacques Chirac et Philippe Séguin) et quelques conquêtes sociales, mais ces dernières ont été rendues insoutenables par l’adhésion sans recul et sans mesure de ce président « socialiste » à la globalisation néolibérale. Frédéric Lordon et Jean-Pierre Chevènement ont bien montré à quel point les socialistes ont joué un rôle plus important que la droite dans cette évolution…

François Mitterrand, c’est aussi le président qui a instrumentalisé l’extrême droite pour affaiblir ses adversaires, intervenant pour faire accéder Jean-Marie Le Pen aux médias, alors sous contrôle public. Quel socialiste sincère aurait pu favoriser l’émergence du FN s’il avait la moindre sincérité dans son engagement ? Pour moi, il ne restera de lui que l’image d’un cynique absolu, sans foi ni loi, l’exemple de ce que ne doit pas être la politique.

François Mitterrand n’était pas sur terre pour servir les Français. Comme un autre célèbre avocat parvenu à l’Elysée, il était là pour construire son roman personnel, ses rêves de gloire. Il faut bien avoir conscience aujourd’hui que tous les candidats socialistes aux primaires sont ses dignes enfants politiques…

 

03.09.2009

Une attaque surprenante contre le dogme de la désinflation

La désinflation compétitive est un des dogmes économiques de la pensée unique les plus ancrés au sein des élites économiques et politiques. Pourtant, un leader de la presse d’opinion vient de le remettre en cause. Marianne pensez-vous ? Non, il s’agit du Monde ! Petit retour sur une révolution.

Un pilier de la pensée unique

Petit retour en arrière : paradoxalement, c’est bien le gouvernement issu du programme commun de la gauche (sans doute le plus à gauche qu’ait connu notre pays) qui a vaincu l’inflation au début des années 80. Alors que l’inflation léguée par les gouvernements de droite atteignait les deux chiffres, c’est bien Pierre Mauroy qui a enclenché le grand mouvement de modération des prix dans notre pays, faisant de la France un des pays les plus « vertueux » des grands pays industrialisés. Il faut noter que cette baisse fut une décision politique et ne fut pas le produit de l’indépendance de la banque centrale.

Car cette dernière fut décidée près de dix ans après la baisse de l’inflation. Entre temps, Pierre Bérégovoy, quatre ans ministre des finances, théorisa la « désinflation compétitive », la modération des prix (et donc des salaires) qui permet de rendre nos entreprises plus compétitives à l’exportation. Devant la hausse de l’inflation en Allemagne, suite à la réunification et au choix de la parité du deutsche mark, la France refusa alors de laisser déraper le cours du franc et les prix et décida de maintenir des taux d’intérêts assassins pour l’activité économique, plongeant notre pays dans la récession en 1993.

Une faille dans le dogme

A l’époque, Jean-Pierre Chevènement et Philippe Séguin critiquaient cette politique dite de « franc fort », plaidant pour une baisse des taux d’intérêt afin de soutenir l’activité et lutter contre le chômage (le fameux « Munich social »). Le pseudo cercle de la raison, notamment défendu par le Monde, Edouard Balladur ou la majorité des socialistes (Delors, Rocard, Bérégovoy) s’étaient alors opposés à toute baisse des taux pour protéger la parité franc-mark et prévenir tout retour au spectre de l’inflation.

C’est pourquoi cet article passé inaperçu est d’une importance capitale. Que le Monde arrive à envisager comme solution à la crise actuelle un léger regain d’inflation pour effacer en partie les dettes contractées par les Etats, parlant même de redistribution entre les emprunteurs et les créanciers, est incroyable ! Bien sûr, nous devrons nous poser la question du niveau d’inflation souhaitable dans les années à venir étant données les dettes léguées par la crise. Une accélération raisonnable du niveau d’inflation (3 à 4%) semble une solution intéressante pour réduire le fardeau qui pèsera sur les Etats.

Bien sûr, le Monde est loin d’être passé du côté des économistes alternatifs. Néanmoins, cela montre que la crise a provoqué une véritable remise en cause de certains dogmes, auprès même de ceux qui en furent les défenseurs les plus acharnés. Et de cela, on ne peut que s’en féliciter.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/08/31/sortie-de-crise-la-tentation-de-l-inflation_1233585_3234.html#ens_id=1198047