18.05.2010
L’ode incroyable au marché et à l’austérité du Monde
La grande crise de 2008 semblait avoir remis en cause certaines certitudes et tempérer la croyance théologique dans les vertus du marché. Mais, comme dans le monde politique, la crise actuelle semble révéler les idées et le caractère de chacun. Malheur aux vaincus !
« Merci les marchés et vive la rigueur »
C’est par ce titre surréaliste que le nouveau responsable de l’économie du quotidien du soir a titré sa chronique de samedi. Sa présentation de la crise actuelle est à sens unique. Les Etats sont coupables de « cavalerie budgétaire » et « d’incurie », les marchés ont bien raison de leur mettre la pression et d’ailleurs « le pouvoir des marchés sur les Etats a augmenté au même rythme que progressait l’endettement de ces derniers ». Une seule solution : la rigueur.
Ce manque de nuance est assez stupéfiant. Si l’on ne peut naturellement pas exonérer les hommes politiques de responsabilités en France du fait du laxisme budgétaire de la plupart des équipes au pouvoir depuis trente ans, le raisonnement du journaliste du Monde est totalement excessif. Mettre l’Espagne dans le même panier est totalement injuste puisque ce pays avait une dette de moins de 40% du PIB en 2007 après plusieurs années d’excédents budgétaires.
Et puis, il est tout de même incroyable de sanctifier à ce point le dieu marché, à peine 18 mois après une crise où les marchés financiers étaient partis pour s’autodétruire si les Etats n’étaient pas venus à leur secours. L’histoire récente nous a de tout de même montré le caractère autodestructeur, exubérant et égoïste des marchés et toutes les limites qu’il y a à les laisser faire sans la moindre contrainte véritablement structurante. Tout ceci semble avoir été totalement oublié.
Le summum de la pensée unique
Ce qu’il y a également de choquant dans cette chronique est l’affirmation à peine voilée qu’il n’y a qu’une seule politique possible. L’auteur ridiculise la proposition du Front de Gauche et du Parti Communiste de fermer les marchés pour un mois et ne propose comme alternative que des taux d’intérêt à 15%, une faillite ou une explosion des dettes publiques. En clair, la seule politique possible serait l’austérité budgétaire (terme plus juste que la rigueur vu les politiques suivies).
Et, naturellement, les divins marchés ont en plus la délicatesse « d’avoir fait comprendre aux dirigeants européens, certes par la manière forte, que sans évolution rapide vers le fédéralisme, sans politique budgétaire commune, l’union monétaire était vouée à disparaître ». Pour ceux qui n’auraient pas compris : les gouvernements nationaux vont devoir rapidement céder à nouveau des prérogatives à Bruxelles pour essayer de faire tenir cette construction bancale qu’est l’euro.
Bref, nous aurions le choix entre la continuation, et même l’accélération de l’intégration européenne couplée à une austérité budgétaire et une fausse alternative que serait la vision crypto marxiste du Front de Gauche. L’adorateur du marché devrait pourtant reconnaître que même les marchés doutent de son modèle dont ils se demandent bien comment il pourra produire la moindre croissance et s’il ne risque pas d’aggraver la situation au lieu de résoudre les problèmes.
Il est absolument hallucinant de lire une telle chronique empreinte d’un culte sans nuance pour le marché à peine quelques mois après la plus grave crise du capitalisme depuis près d’un siècle. Naturellement, l’auteur passe complètement à côté des solutions alternatives.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : le monde, pierre-antoine delhommais, austérité, rigueur, marchés
01.05.2010
La Grèce accepte l’euro-camisole
Cette phase de la crise des dettes souveraines européennes touche sans doute à sa fin. La Grèce devrait annoncer un plan de rigueur extrêmement sévère et l’Europe et le FMI un plan de financement capable de couvrir trois années. Avant une prochaine phase ?
Une situation stabilisée pour un temps
Ce matin, sur RTL, un journaliste faisait la comparaison avec Lehman Brothers, que les autorités étasuniennes avaient laissé faire faillite. Il disait très justement que si la Grèce n’était pas soutenue, alors les attaques spéculatives provoqueraient sans doute une énorme crise des Etats européens, comme cela avait été le cas pour les banques à l’automne 2008. Pour les dirigeants en place, à moins de vouloir une révolution financière, il n’y avait pas d’autres solutions.
Mais pour aider la Grèce, l’Allemagne a imposé des conditions drastiques : gel du salaire des fonctionnaires pendant trois ans, suppression des 13ème et 14ème mois, deuxième hausse de la TVA, relèvement de l’âge de départ à la retraite de 53 (!!!) à 67 ans. Bref, cette potion amère représente un ajustement de 10 points du PIB en seulement deux ans qui donne une certaine crédibilité au plan de redressement financier et permet de montrer qu’Athènes fait de gros efforts pour justifier l’aide internationale.
L’Europe achète du temps, cher
Ce plan d’économies, couplé à une aide de 120 à 135 milliards devraient permettre à la Grèce d’aborder sereinement les trois années à venir, sans souci de financement. Cependant, comme le souligne Pierre-Antoine Delhommais dans le Monde, beaucoup de choses ne sont pas réglées. Tout d’abord, il est plus que probable que l’économie grecque, en l’absence de dévaluation, va poursuivre une longue récession vu la sévérité des ajustements budgétaires.
Trois années de baisse de PIB (2009-2011) vont contribuer à alourdir la dette. Ensuite, l’effort drastique de la Grèce (après ceux de la Lettonie et de l’Irlande) risque bien de devenir la norme pour les pays européens. Déjà, le Portugal a fait des annonces proches de celles d’Athènes. L’Espagne et la Grande-Bretagne, dont les déficits sont supérieurs à 10% du PIB devraient rapidement être contraintes à des plans de rigueur. Puis, ce sera le tour de l’Italie et de la France.
Mais surtout, quelle sera la situation en 2013 ? Dans trois ans, il est certain que les déficits publics auront beaucoup baissé, sans doute à 3%. Le poids des dettes publiques, en revanche, aura d’autant plus progressé que le PIB des pays européens n’aura sans doute pas beaucoup progressé du fait des politiques de rigueur. Mais avec entre 90 à 140% de dette rapportée au PIB, la situation de l’Europe sera très instable, dépendante du moindre mouvement d’humeur des marchés.
Comme je l’avais annoncé en février et début mars, la Grèce choisit la rigueur. Mais la situation n’en reste pas moins intenable à plus long terme. Pourtant, il existe des solutions bien plus durables (monétisation de la dette, retour aux monnaies nationales…). Nous allons perdre trois ans.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : grèce, dettes souveraines, rigueur, euro-camisole, pierre-antoine delhommais
04.03.2009
La chienlit financière n’est pas finie…
100 milliards de dollars : c’est le montant de la perte d’AIG en 2008, soit quasiment l’équivalent de son chiffre d’affaires. Après avoir déjà injecté 150 milliards, l’Etat est contraint à une rallonge de 30 milliards. Résultat, les bourses du monde entier s’effondrent depuis quelques jours.
La barbarie financière
Après avoir imposé aux entreprises des niveaux de rentabilité destructeurs pour l’emploi et le pouvoir d’achat, le monde financier impose aux gouvernements du monde entier des plans de soutien colossaux. Parce que leur écroulement pourrait entraîner une crise encore beaucoup plus grave, l’Etat Américain a été contraint de donner 180 milliards de dollars à l’assureur AIG, chiffre assez surprenant car il est presque deux fois supérieur aux pertes de l’entreprise. Les Etats ont déjà injecté environ 1000 milliards de dollars dans les institutions financières depuis le début de la crise et le total pourrait encore doubler ou tripler.
Les raisons de la chute d’AIG sont les CDS (Credit Default Swaps), des contrats assurant tout risque de perte d’actifs ou de prêts pour les souscripteurs. À ce titre, AIG percevait une prime proportionnelle à la valeur du bien garanti. En revanche, l’entreprise n’avait pas mis de côté le moindre dollar pour couvrir les éventuelles pertes. L’explosion de la bulle immobilière et l’effondrement boursier consécutif ont provoqué le déclenchement de ces contrats ruinant alors l’assureur américain peu prévoyant.
L’anarchie financière qui s’est renforcée depuis des années a permis à de nombreuses entreprises et à de nombreux dirigeants de réaliser des profits et des bonus colossaux depuis des années. Mais une fois le château de cartes effondré, ce sont bien les contribuables qui se retrouvent contraints de sauver cette finance qui les a pourtant si souvent étranglés dans le passé. Le système néolibéral aboutit finalement à une privatisation des profits et une collectivisation des pertes.
Une réforme de la finance encore lointaine
Malgré l’énormité des excès commis, les dirigeants de la planète ne semblent pas vraiment se diriger vers une véritable réforme de la finance. Comme le dit Pierre-Antoine Delhommais dans le Monde à propos de la réunion du G20 à venir : « On y dira du mal des paradis fiscaux - sans les supprimer -, des agences de notation - sans remettre en cause leur existence -, on s'engagera à mieux superviser les hedge funds - sans les interdire - et à mieux réguler les activités des banques - sans les contrôler entièrement. ».
Pourtant, de nombreux auteurs proposent de nouvelles idées pour sortir de cette anarchie économique qui ne mène qu’au chaos. Sébastien Duchêne évoque les pistes intéressantes de Michel Aglietta pour donner de nouveaux objectifs à la politique monétaire, en prenant davantage en compte l’inflation des actifs. D’autres évoquent la Taxe Tobin ou la révision des ratios prudentiels, qui n’avaient de « prudentiels » que le nom. Malheureusement, ces réformes ne semblent pas à l’ordre du jour du G20.
L’énormité chaque jour plus apparente de la catastrophe économique est peut-être le seul espoir que nous avons pour que le système économique et financier soit réformé. Mais, à aujourd’hui, les dirigeants de la planète ne semblent pas très avancés dans leur réflexion.
Source : http://ecofi.blog.lemonde.fr/2009/02/24/les-banques-centr...
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/02...
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/03...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : aig, crise financière, pierre-antoine delhommais, cds



