01.06.2009

L’économie va rattraper Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy ne s’est jamais vraiment intéressé à l’économie. S’il a un fond libéral, il peut également l’oublier pour intervenir de manière finalement assez colbertiste. Mais son manque de considération pour ces questions va sans doute lui coûter cher en 2012.

La bonne performance de la France

Le bilan économique des deux premières années du mandat de Nicolas Sarkozy est désastreux. Bien sûr, le fait que la France soit, relativement, moins touchée que ses partenaires européens peut donner l’impression que nous sommes sur la bonne voie. Mais c’est une fausse impression. La meilleure santé de notre économie tient bien plus à sa moindre industrialisation, qui nous protège de l’effondrement des échanges industriels, et au poids de notre Etat Providence, qui amortit la crise.

En outre, contrairement à l’Espagne ou au Royaume-Uni, nous n’avons pas connu de bulles immobilières extravagantes. Et l’endettement des ménages Français est parmi les plus faibles d’Europe. Résultat, le resserrement du crédit a moins de conséquences sur notre économie. Et  nous ne subissons pas une baisse de 20% des prix de l’immobilier, qui appauvrit les ménages outre-Manche ou un effondrement du marché de l’immobilier comme en Espagne.

Une succession d’erreurs économiques

Bref, c’est la structure même de notre économie qui explique notre résistance et dissimule les mauvaises décisions prises depuis mai 2007. En premier lieu, le « paquet fiscal » qui coûte près de 15 milliards par an. L’exonération des intérêts d’emprunts immobiliers est une subvention aux prix de l’immobilier. L’exonération des heures supplémentaires créé un effet d’aubaine qui distord notre marché du travail. Et les baisses d’impôts sur les hauts revenus sont une hérésie vue l’évolution des revenus ces dernières années.

Mais les erreurs économiques de Nicolas Sarkozy ne s’arrêtent pas à la loi TEPA. Ayant beaucoup dépensé en 2007, la cigale Sarkozy s’est retrouvée bien dépourvue quand la crise est venue. Résultat, le plan de soutien à l’économie est très limité pour ne pas gonfler davantage des déficits qui ont augmenté de plus de 50% en 2008. Résultat, le plan de relance Français reste limité à 1% du PIB si on exclut les dépenses annoncées des entreprises parapubliques, une fraction de celui de nos voisins.

Le pire est à venir

C’est pour cela que le pire est à craindre. En effet, alors que nos voisins peuvent espérer un rebond sensible du fait de l’importance de leurs plans de soutien (deux à cinq fois plus importants que le nôtre), la France risque de manquer de carburants fin 2009 / début 2010. Si la baisse de notre PIB reste plus limitée, la reprise devrait être encore plus molle en France que dans les autres pays européens. Bien sûr, nous profiterons un peu de la reprise de nos voisins, mais cela risque de ne pas être suffisant.

Bref, Nicolas Sarkozy a tort de se vanter des meilleurs résultats de la France car cet argument pourrait lui revenir comme un boomerang dans les prochains mois si la reprise est moins forte chez nous, ce qui est probable étant donnée la timidité de notre plan de relance. Pire, avec le gonflement des déficits et une croissance très molle, le gouvernement va se retrouver dans une impasse financière : augmenter les impôts ou tailler fortement dans les dépenses à la veille des élections de 2012.

Le manque d’intérêt de Nicolas Sarkozy pour les questions économiques va finir par le rattraper. Si le budget 2010 pourra sans doute passer sans trop de difficulté, l’équation budgétaire pour 2011 et 2012 devrait être un casse-tête budgétaire insoluble.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/05/26/avec-le...

28.02.2009

Crise : Barack Obama fait tapis

La situation économique Américaine va de mal en pis. Le PIB s’est contracté de 6,2% au 4ème trimestre, contre 3,8% annoncé. Malgré 150 milliards d’aides, AIG semble au bord de la faillite et aurait besoin de 60 milliards de plus. Heureusement, les réponses du nouveau président semblent à la hauteur de la situation.

Le nouveau Roosevelt ?

On raconte qu’à peine élu, Barack Obama s’est plongé dans la biographie du président qui a tiré les Etats-Unis de la Grande Dépression.  En présentant son projet de budget cette semaine, le nouveau président a montré qu’il a compris mieux que n’importe quel dirigeant l’importance de la crise et qu’il a pris des mesures pour essayer d’y mettre fin rapidement. Les chiffres donnent le tournis : le déficit budgétaire pour l’année 2009 atteint la bagatelle de 1 750 milliards de dollars (12% du PIB) et encore 1 170 milliards (8%) en 2010.

L’immensité du plan de soutien Américain à l’économie peut pousser à un certain optimisme. Bizarrement, aujourd’hui, beaucoup semblent sceptiques sur sa capacité à sortir les Etats-Unis de la récession. Pourtant, quand on examine ces chiffres, il est difficile de ne pas y voir une vraie chance de sortie (au moins temporaire) de la crise. L’énormité des sommes engagées par les Etats-Unis (20% du PIB d’injections d’argent public en seulement deux ans) est à la hauteur de la gravité de la crise.

Les Etats-Unis pourront également compter sur la politique active de la Fed. Les taux d’intérêt ont été abaissés rapidement et fortement, provoquant une bouffée d’air à l’économie. En outre, la banque centrale Américaine n’hésite pas à recourir à des moyens d’action peu orthodoxes, comme le rachat d’actifs, privés ou publics, pour pousser les taux longs à la baisse et permettre notamment au Trésor de se financer à bas coût. Cette politique est permise par les pressions déflationnistes (l’inflation va devenir négative).

Mieux, Barack Obama ne s’est pas contenté de sortir son chéquier pour sortir de la crise. L’explosion des déficits a été judicieusement accompagnée d’annonces indiquant que le président souhaite revenir à terme à plus de modération fiscale, avec des coupes dans le budget militaire et une hausse de la fiscalité sur les ménages aisés, qui vont perdre les baisses d’impôt de l’administration Bush. Mieux, il a annoncé vouloir débloquer 600 milliards pour assurer la couverture maladie des 47 millions d’Américains qui en sont privés.

Le pari n’est pas encore gagné

À côté de la réaction Américaine, les dirigeants européens semblent complètement apathiques. Les plans de soutien ne sont qu’une fraction (un quart à un tiers) du plan Obama et rien de sérieux ne semble véritablement envisagé. Les 2,6 milliards d’euros supplémentaires (0,15% du PIB) annoncés par Nicolas Sarkozy sont anecdotiques par rapport à la sévérité de la crise. En outre, la BCE est encore très loin des pratiques de la Fed Américaine et la Commission se préoccupe encore des déficits…

Bref, le monde et les peuples européens ne doivent pas compter sur les dirigeants du Vieux Continent pour les tirer d’affaire. Au mieux, ils pourront bénéficier de la reprise Américaine et du réveil de l’Asie. En fait, nous nous dirigeons vers un scénario économique comparable à l’après bulle Internet, où la croissance avait repris partout dans le monde rapidement, sauf dans le cœur de la zone euro, toujours pénalisée par des choix économiques aberrants.

Mais la réaction conjoncturelle à la crise n’est pas tout. Si Barack Obama est volontiers rooseveltien dans sa volonté de traiter rapidement et efficacement les conséquences de la crise et limiter le plus possible l’envol du chômage, le président du New Deal avait su apporter progressivement des réponses plus structurelles aux causes de la crise. Plus encore que la sortie de la Grande Dépression, c’est la refondation du capitalisme Américain qui a fait de Roosevelt un très grand président. Et là, le mystère demeure.

En quelques semaines, Barack Obama a su faire beaucoup plus que tous les dirigeants européens en 6 mois pour essayer de sortir à court terme de la crise. Mais que fera-t-il pour la refondation du capitalisme ? Son équipe semble trop centriste pour cette tâche mais les circonstances sont exceptionnelles...

Source : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/02/26/obama-...

http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/etats-uni...

25.02.2009

Barack Obama sera-t-il le Superman de la crise ?

Si les dirigeants européens n’avaient pas hésité à mobiliser près de 1 500 milliards d’euros de garantie bancaire, leur soutien à l’activité reste beaucoup plus limité (un dixième de cette somme). Outre-Atlantique, Barack Obama montre davantage d’empressement à sauver l’économie réelle.

Le volontarisme du nouveau Président

L’administration Bush réagissait au coup par coup en cherchant essentiellement à satisfaire les marchés, sans vraiment y arriver. L’équipe économique très centriste (au sens Américain) du nouveau président laissait entendre une politique finalement proche de la précédente équipe de la Maison-Blanche. Mais depuis ses débuts, le nouveau président amène une rupture bienvenue dans la politique économique de la première puissance économique de la planète.

En à peine plus d’un mois, Barack Obama a ainsi fait passer un plan de soutien de 800 milliards de dollars, et annoncé un autre plan pour les institutions financières, de près de 2 000 milliards de dollars. Mais il a aussi pris des mesures visant à une grande justice en consacrant par exemple 75 milliards à l’aide aux ménages en difficulté pour réduire les saisies immobilières, en limitant à cinq cent mille dollars les rémunérations pour les entreprises aidées par l’Etat et en s’attaquant avec vigueur au secret bancaire.

Un plan à la hauteur de la crise ?

Alors, bien sûr, le plan n’est pas parfait. Paul Krugman a critiqué les baisses d’impôt qu’il contient, dont on sait qu’une partie importante risque d’être épargnée et de ne pas contribuer vraiment à la relance de l’économie. Évidemment, le plan a été entrelardé par les parlementaires de dépenses plus ou moins utiles pour leur propre circonscription. Outre cet aspect, les néolibéraux ont également attaqué l’annonce du plan de soutien aux banques, qui manquait de détails par rapport aux attentes des marchés.

Mais même si ce plan est imparfait, il n’était sans doute pas possible de faire mieux étant donnée la « démocratie faible » que sont les Etats-Unis, où les intérêts particuliers et les lobbys détiennent un pouvoir colossal. Barack Obama a sans doute eu raison de préférer agir vite et fort plutôt que de perdre un temps précieux pour essayer de parvenir à un véritable accord avec les Républicains. En outre, il a su équilibrer l’action de l’Etat en soutenant les ménages surendettés et en sanctionnant les banquiers qui ont failli.

Mais alors, pourquoi les marchés cèdent-ils à une nouvelle déprime? La première raison est l’avalanche de mauvaises nouvelles économiques, des chiffres du 4ème trimestre à l’effondrement de certains pays émergents. La seconde raison est un certain scepticisme à l’égard des mesures de l’administration Obama. Même si c’est un peu facile, l’avis réservé des marchés n’est pas forcément un problème : leur capacité de jugement semble très incertaine et cela peut signifier que l’Etat n’agit pas suffisamment dans leur intérêt.

Même si la réponse de Barack Obama ne porte pour l’instant que sur les conséquences de la crise, et pas sur ses causes, dans le temps imparti, on peut juger que sa réponse est globalement la bonne. Espérons qu’il en sera de même quand il s’attaquera à la nécessaire refondation du capitalisme.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/19/barack-...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/18/etats-u...

19.02.2009

Le rideau de fumée social de Nicolas Sarkozy

Hier soir, le président de la République s’est à nouveau adressé aux Français, à peine deux semaines après sa précédente intervention, qui s’était soldée par une plongée dans les sondages. Nicolas Sarkozy en a tiré les leçons et a nettement réorienté son message pour essayer de convaincre.

Une accumulation de mesures

Autant l’intervention télévisée du 5 février avait manqué d’annonces, autant celle-là en était riche. Il a ainsi proposé une hausse des indemnités de chômage partiel de 60 à 75% du salaire ainsi qu’un assouplissement des échéanciers d’emprunts. Il a annoncé une prime de 500 euros pour certains chômeurs, une prime de 150 euros aux trois millions de familles bénéficiant de l’allocation de rentrée et 200 euros de bons d’achat pour certaines familles. Enfin, il a proposé une suppression des deux derniers tiers de l’impôt sur le revenu pour les quatre millions de ménages qui sont soumis à la première tranche (soit environ 200 euros).

Outre cette distribution d’argent tous azimuts, le président a également annoncé la création d’un fonds d’investissement social doté de 2,5 à 3 milliards d’euros ainsi que l’interdiction pour les entreprises qui licencient de distribuer des bonus. L’application de cette dernière mesure (ainsi que l’assouplissement des échéanciers d’emprunt) reste cependant assez énigmatique dans le degré de contrainte qui sera établi par l’Etat. Au global, ce déluge de mesures (dont un certain nombre sont pertinentes) a l’avantage d’à nouveau communiquer l’activisme de tous les instants dont le président se glorifie.

Un plan qui n’est pas à la hauteur de la situation

0,15% du PIB. Voilà ce à quoi correspond le plan annoncé par Nicolas Sarkozy. Ce plan s’ajoute au 1% déjà annoncé à l’automne (18 milliards de dépenses additionnelles de l’Etat) ou 1,4% (et 26 milliards) si on y ajoute les dépenses des entreprises publiques ou partiellement publiques. Cette rallonge de 15% apparaît donc assez légère, surtout à côté du plan Allemand, qui a doublé de 25 à 50 milliards (soit de 1 à 2% du PIB) et plus encore du plan Américain, proche de 800 milliards de dollars (soit 6% du PIB). Le plan de relance Français reste pour l’instant limité en taille et cet ajout est finalement assez anecdotique.

Sans ignorer que ces mesures vont mettre du beurre dans les épinards de nombreux Français en difficulté, on peut s’interroger sur cette réorientation du plan de relance. À l’origine, Nicolas Sarkozy nous avait proposé un soutien à l’investissement et l’amélioration de la trésorerie des entreprises. Puis, il passe maintenant à des baisses ciblées d’impôt (il n’y a curieusement pas eu de mention de la suppression de la taxe professionnelle) et à de la distribution d’argent, soit un cocktail plus conforme aux dogmes libéraux pour lesquels il vaut mieux rendre l’argent aux citoyens que voir l’Etat le dépenser.

Pourtant, comme le soutient Paul Krugman, il vaut mieux donner la priorité aux dépenses d’investissement, qui ont un effet plus important sur l’emploi. En privilégiant la communication (et donc la multiplicité des annonces), Nicolas Sarkozy aboutit à un plan fourre-tout mêlant une multitude de mesurettes dont l’effet a toutes les chances d’être minime. Pire, il a fait allégeance au Medef en rejetant toute hausse du SMIC. Et si son couplet sur la répartition des bénéfices était intéressant, il est difficile de ne pas voir dans la commission annoncée l’enterrement d’un débat qu’il veut exploiter mais sans le mener réellement à bout.

Au global, cette prestation plus condensée peut paraître habile par le nombre des mesures annoncées et la rhétorique du président. Mais, passé l’effet de surprise, on en relativise à la fois l’importance, la pertinence et plus encore la direction de plus en plus incertaine de l’exécutif dans cette crise.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/02/18/les-pr...

14.02.2009

Quel plan de relance pour l’économie ?

Le débat fait rage aux Etats-Unis sur le plan de relance de Barack Obama voté ce matin. Les libéraux demandent davantage de baisses d’impôt et moins de dépenses gouvernementales alors que Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008 demande le contraire.

Des différences de moyens considérables

Beaucoup de solutions sont évoquées et utilisées pour sauver les économies de la plus grave récession depuis les années 30, comme le confirment les statistiques tombées hier pour l’Union Européenne. Trois types d’intervention de l’Etat sont ainsi utilisées, dans des proportions radicalement différentes selon les pays. Le plan Obama comporte d’ailleurs les trois solutions : versement d’argent, baisse d’impôts, et investissements publics. Il faut noter que Georges Bush s’était contenté de verser directement 100 milliards sous forme de chèques aux ménages au printemps 2008.

Mais avant de rentrer dans le détail, il y a aussi de fortes divergences dans le montant des plans de soutien. Le FMI avait recommandé un montant d’environ 2% du PIB pendant deux ans, soit 4%. Jusqu’à présent, les réponses des Etats restent relativement modestes, hormis aux Etats-Unis (6%) et en Chine (15% annoncé, plus probablement proche du niveau Américain). Les pays européens injectent des montants compris entre 1 et 2% du PIB. En France, l’Etat ne va injecter que 18 milliards d’euros, soit 1% du PIB (les 26 milliards comprennent des investissements qui seront  réalisés par des entreprises en partie publiques).

Deux philosophies bien différentes

Les plus libéraux privilégient les baisses d’impôts, ou la distribution directe d’argent par méfiance à l’égard de la dépense publique. C’est aussi une solution populaire et qui peut sembler juste. Néanmoins, les baisses d’impôt ont de nombreuses limites. Si elles sont temporaires, elles supposent une remontée qui peut casser la reprise économique. Une baisse de la TVA risque d’avoir un effet déflationniste dangereux et d’amoindrir les hausses de salaires, réduisant à zéro les efforts du gouvernement. Enfin, ces initiatives ont toutes une forte déperdition (l’argent pouvant être épargné au lieu d’être dépensé).

C’est pourquoi Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008, démocrate classé à gauche, soutient qu’il vaut mieux privilégier la dépense publique directe et non les baisses d’impôt. En effet, les dépenses de l’Etat ont l’avantage d’avoir le moins de déperdition possible et ont un effet 2 à 3 fois supérieures aux baisses d’impôt. On pourrait également ajouter qu’il est plus facile de revenir à la normal après. En outre, quand ces dépenses sont des dépenses d’investissement pour l’avenir (trains à grande vitesse, investissement en infrastructure ou pour des économies d’énergie), elles peuvent même être rentables à terme.

La France a plutôt choisi la bonne direction, mais le plan de relance reste beaucoup trop limité pour avoir un effet significatif sur l’économie du fait de l’argent gaspillé dans le « paquet fiscal ». Au global, la situation européenne semble extrêmement préoccupante.

Source : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/02/12/01011-200902...

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/02/13/l-effi...

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/02... 

28.01.2009

Ce que son plan de relance révèle sur le Parti Socialiste

Il y a une semaine, le Parti Socialiste révélait son alternative au plan de relance du gouvernement. Une première proposition de la nouvelle équipe menée par Martine Aubry qui révèle beaucoup sur cette nouvelle direction…

Un plan de relance plus important mais peu convaincant

En positif, il y a le montant du plan : les 50 milliards d’euros (dont 42 pour l’Etat) représentent le double du plan Sarkozy. En effet, le plan du gouvernement (à moins de 1,5% du PIB, et même moins de 1% en dépenses additionnelles) est beaucoup trop limité, par rapport aux 5% du PIB aux Etats-Unis… En outre, le plan comporte davantage de Grands Travaux. La proposition de hausse du SMIC de 3% fera sourire ceux qui se souviennent que les hausses étaient plutôt de 4% sous les deux mandats de Jacques Chirac.

Les deux autres mesures phares (un chèque de 500 euros pour 9 millions de ménages et la baisse de la TVA) sont de grosses erreurs. Aux Etats-Unis, la distribution d’un chèque de 1000 dollars au printemps 2008 a été un échec puisque seulement 30% de la somme a été dépensée, malgré un contexte inflationniste. Une telle mesure en France aujourd’hui risquerait soit d’être épargnée soit d’être dépensée en importations.

La deuxième mesure, certes prise par le gouvernement anglais, est encore plus stupide. En effet, la baisse des prix induite par la baisse de la TVA aurait un impact équivalent sur les hausses de salaires, ce qui la rendrait inopérante et ajouterait encore au climat déflationniste. Imaginons par exemple que cette mesure fasse passer la hausse des prix de 1 à 0% : nul doute que les entreprises y trouveraient un bon prétexte pour ne pas monter les salaires, dans un contexte économique difficile avec la hausse du chômage…

Un néolibéralisme populiste de gauche

Mais cette proposition de l’équipe de Martine Aubry a au moins le mérite de nous éclairer sur l’évolution idéologique du Parti Socialiste. En effet, une bonne partie de la solution à une crise économique consisterait donc à baisser les impôts et rendre de l’argent aux Français. On croirait entendre Ronald Reagan ou Margaret Thatcher ! D’ailleurs, la proposition de chèque n’est que la reprise d’une mesure du gouvernement de Georges Bush… S’en remettre de la sorte aux forces du marché révèle bien le fond néolibéral du PS.

Mais ce fond est tout de même corrigé par des accents populistes de gauche. En effet, l’ensemble des propositions, à défaut de faire sens d’un point de vue économique, a le mérite d’être populaire auprès d’un électorat qui ne peut qu’apprécier des baisses d’impôt et la réception d’un chèque. En outre, le choix de ne verser ce chèque qu’à 9 millions de ménages et le choix de la TVA comme impôt à baisser est un moyen de signifier que le PS est toujours à gauche. Néolibéral certes, mais un minimum de gauche…

Cette présentation du plan de relance du Parti Socialiste ne fait que confirmer tout ce que l’on peut penser sur le parti dirigé par Martine Aubry : absence d’idées nouvelles (toutes les propositions sont reprises à d’autres), manque de jugement économique et un accent néolibéral toujours plus marqué.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/01/21/le-ps-devoile-son-contre-plan-de-relance_1144561_823448.html#ens_id=910156

05.12.2008

Mention tout juste passable pour le plan de relance

Hier, à Douai, Nicolas Sarkozy a présenté son plan de relance de l’économie. Mais l’autosatisfaction habituelle du président ne saurait cacher de grandes limites, même si certains principes sont plutôt bien inspirés.

Il y a plusieurs bonnes décisions dans le plan gouvernemental pour relancer l’économie. La première, assurément, est le choix de mesures temporaires, qui ne grèveront pas durablement les finances publiques. Ainsi, le président a le pragmatisme de creuser le déficit seulement à court terme tout en limitant les décisions sur lesquelles il sera difficile de revenir plus tard, que ce soit des baisses d’impôts ou des hausses de dépenses. En cela, le choix d’aide ponctuelle pour l’automobile et l’immobilier ou l’aide pour les trésoreries des entreprises est judicieux. Et justement, le choix des secteurs est assez bien pensé : même s’il s’agit d’une aide ponctuelle, le soutien à l’industrie automobile est rendu nécessaire par l’étendue de la crise dans ce secteur et son poids dans l’économie et l’emploi. Enfin, l’accélération des investissements publics, notamment dans le bâtiment, permettra de soutenir le BTP, autre secteur crucial pour l’activité.

Malheureusement, le plan de relance présente de sérieuses limites qui ne sont que la conséquence des travers traditionnels du président : une réelle faiblesse en économie et une priorité donnée à la communication. Car si le gouvernement a pris garde de ne pas engager trop de dépenses pour l’après 2009, on peut s’interroger sur la pertinence globale du plan, qui donne la priorité aux politiques de l’offre, comme l’illustrent les seules aides de 11,5 milliards pour les trésoreries des entreprises. Si ces aides vont être des soutiens précieux pour de nombreuses entreprises, elles n’influent pas directement sur le niveau des emplois, qui aurait dû être la priorité étant donnée la hausse du chômage. En outre, il faut noter que sur les 26 milliards annoncés par le plan, il n’y aura que 15 milliards d’euros de dépenses additionnelles en 2009, ce qui correspond à moins de 1% du PIB, un plan finalement pas si important que cela.

Car si Nicolas Sarkozy a multiplié les adjectifs très positifs « historiques », « massif », « ambitieux » pour qualifier son plan de relance, d’autres viennent plus spontanément à l’esprit : « petit » et « dispersé ». Petit car même comparé à l’effort Allemand, notre investissement est inférieur. Et le plan Français est beaucoup moins « historique » par rapport aux plans Espagnols, Anglais, Chinois ou Américain (on évoque 500 milliards de dollars…). Bref, le plan du président n’est pas forcément à la hauteur de la crise économique, alors qu’il était à la hauteur de la crise des banques. Ce choix de priorité en devient d’autant plus significatif : le gouvernement sauve les banques mais pas les emplois. En outre, les 10 milliards d’investissements additionnels peuvent sembler bien mystérieux quand on constate qu’EDF doit en assumer 2,5 à elle seule, ou La Poste 600 millions alors que cette dernière cherchait 3 milliards il y a trois mois….

Et ce plan manque justement de priorités car à vouloir multiplier les annonces dans tous les domaines, Nicolas Sarkozy éparpille un plan qui aurait sans doute eu besoin d’être à la fois plus concentré et plus important. À vouloir multiplier les mesures, il prend le risque d’additionner des mesurettes qui n’auront pas d’effet significatif sur la croissance. Si certaines semblent de bonnes idées, il aurait mieux valu en limiter le nombre pour assurer à chacune un plus grand impact. En fait, le président aurait dû donner une priorité absolue aux investissements publics (transports, rénovation environnementale des logements, logements) pour soutenir la demande et éviter une destruction massive d’emplois dans le BTP. Le saupoudrage semble malheureusement la marque de fabrique d’un dirigeant qui préfère la quantité à la qualité.

Le plan présenté hier n’est absolument pas historique. Il est de taille modeste par rapport au plan Chirac de 1975 ou aux efforts de la plupart des grands pays aujourd’hui. Il a néanmoins le mérite d’exister et de comporter quelques bonnes mesures. Mais sa taille, ses priorités et son éparpillement limiteront son efficacité.

Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2008/12/04/04001-20081204...

25.11.2008

La France en retard d’un plan de relance

Nicolas Sarkozy s’agite beaucoup depuis le début de la crise mais la réunion d’hier avec Angela Merkel révèle à nouveau les carences d’une présidence qui privilégie encore et toujours la communication sans rien véritablement régler.

Le moins que l’on puisse dire est que le couple franco-allemand est au point mort. Nicolas Sarkozy ne sait décidemment pas y faire avec la chancelière allemande. Elle obtient beaucoup (traité de Lisbonne identique au TCE, normes environnementales pour les constructeurs automobiles allemands ou Union pour la Méditerranée qui comprend toute l’Union Européenne) et lui pas grand-chose, à part la lumière des projecteurs. Encore une fois, la France et l’Allemagne se séparent sur un constat de désaccord puisque l’Allemagne refuse d’envisager un plan de relance plus ambitieux. Pourtant, aux Etats-Unis, Barack Obama préparerait un plan de 700 milliards de dollars, qui serait le plus important depuis le New Deal. En Grande-Bretagne, Gordon Brown annonce une baisse de la TVA de 2,5 points, qui va coûter la bagatelle de 15 milliards d’euros et devrait présenter un plan total de 24 milliards.

L’Allemagne a, il est vrai, annoncé un petit plan de relance, mais la plupart des économistes le jugent très timide, eu égard à la bonne situation des finances publiques allemandes. En revanche, l’Espagne a annoncé un plan de relance plus ambitieux, notamment basé sur des dépenses d’investissements. Nicolas Sarkozy n’a pour l’instant pas fait grand chose. En fait, le président a grillé une partie de ses cartouches avec le « paquet fiscal », qui a démontré son inefficacité puisque la croissance Française en rythme annuel reste équivalente à celle de nos voisins. On attend encore et toujours un véritable plan qui permettrait d’amortir la crise, et pas des effets d’annonce démagogiques et inapplicables comme le suivi des emprunts aux PME que les préfets se sont vus chargés de faire tous les mois et dont on se demande comment ils pourront le faire, que ce soit d’un point de vue agenda ou compétences…

Il y a en revanche un point intéressant dans le sommet franco-allemand : la dénonciation du plan anglais de baisse de la TVA. Cette mesure, qui est pourtant la colonne vertébrale du plan Brown, est une fausse bonne idée. Relancer la consommation par la baisse des prix peut être séduisant, mais cela a deux immenses limites. D’une part, la relance de la consommation peut se faire sur des produits importés, ce qui ne relancera pas l’économie anglaise. Pire, devant la hausse plus limitée des prix, les entreprises pourraient limiter encore davantage la hausse des salaires. Concrètement, imaginons que cette mesure fasse baisser l’inflation de deux points. Il est possible que les entreprises, dans un contexte aussi difficile, réduisent également les augmentations de salaires de deux points, dans un jeu à somme nulle pour le consommateur, mais bien cher pour le budget britannique…

Qui plus est, il est toujours difficile de revenir sur des baisses d’impôt. Résultat, la perte de recettes pourrait bien se révéler permanente. Car comment le Trésor britannique pourra passer une hausse de la TVA dans deux ans si le contexte économique ne s’est pas très nettement amélioré ? Cela représenterait un coup d’arrêt brutal à l’éventuelle relance, ou, pire, ne permettrait pas à l’économie de sortir du marasme si elle y est toujours plongée, ce que l’on ne peut pas exclure. Les baisses d’impôt ne représentent sans doute pas la solution à la crise et montrent un dangereux tropisme libéral qui montre bien que rien n’a vraiment changé malgré la crise. La solution passe beaucoup plus par des programmes d’investissements publics additionnels, qui stimuleront l’économie et l’emploi dans le secteur sinistré du BTP, tout en ne représentant pas des engagements financiers permanents pour l’Etat. En outre, certains investissements (notamment dans les économies d’énergie) rapporteront de l’argent dans le futur.

Les réponses à la crise de beaucoup de dirigeants et de Nicolas Sarkozy en particulier montrent une incompréhension sidérante des mécanismes économiques. Les milliards pleuvent de manière désordonnée, sans grande réflexion, et en suivant le même logiciel qui nous a mené dans le mur.

Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2008/11/24/04001-20...

http://www.lefigaro.fr/economie/2008/11/24/04001-20...

http://www.lefigaro.fr/economie/2008/11/24/04001-20...

21.08.2008

Leçons Américaines et Espagnoles

Tout ça pour ça ! François Fillon  avait convoqué une demi-douzaine de membres de son gouvernement au sujet des mauvais résultats de la croissance. Au final, il ne voit qu’un simple « ralentissement de l’économie » et juge un plan de relance « ni possible, ni souhaitable ». Nos voisins sont mieux inspirés…

Le ralentissement économique ne laisse pas tous les dirigeants occidentaux aussi indifférents que notre Premier Ministre. José Luis Zapatero a ainsi interrompu ses vacances pour reconnaître la gravité de la situation économique et annoncer un plan de soutien de 20 milliards d’euros. Cette annonce tranche d’autant plus avec l’indifférence du gouvernement Français que le PIB Espagnol a cru de 0,1% au second trimestre alors qu’il a baissé de 0,3% en France. Le plan de soutien espagnol est d’un keynésianisme des plus classiques puisqu’il comprend « des aides au financement pour les PME, la construction de logements sociaux, le renforcement de la concurrence et la facilitation des projets de grands travaux ». Mais si ce plan de soutien est possible, c’est aussi parce que le budget espagnol a été excédentaire de 2004 à 2007.

Aux Etats-Unis également, la réponse au ralentissement de l’économie a été forte. Tout d’abord, la banque centrale a baissé drastiquement les taux, de 5,25% l’été dernier à 2% aujourd’hui, accentuant plus encore la dépréciation du dollar. Cette politique a un double effet positif pour les Etats-Unis. Tout d’abord, elle favorise les exportations (en progression de 10% au second trimestre) et freine les importations (en recul de 6%, malgré la hausse du prix des matières premières). Ensuite, elle diminue le coût des emprunts à court terme aux Etats-Unis. Mais ce n’est pas tout, le gouvernement et le Congrès se sont accordés pour voter un plan de relance de plusieurs dizaines de milliards de dollars sous la forme de chèques envoyés il y a trois mois aux ménages américains. Résultat : 1,9% de croissance au second trimestre en rythme annuel.

La rentrée gouvernementale de cette semaine a été bien peu convaincante. Convoquer en urgence un séminaire gouvernemental pour conclure qu’il y a urgence à ne rien faire de différent malgré les très mauvais chiffres de la croissance est assez ridicule… Le résultat de la France est d’autant plus mauvais que nous ne faisons pas mieux que la moyenne malgré les milliards du « paquet fiscal ». Et c’est à cause de cela que la France se retrouve aujourd’hui avec peu de marge de manœuvre fiscale pour un plan de relance, encore que l’exemple Américain montre qu’on peut prendre des libertés avec l’orthodoxie budgétaire quand on le souhaite.

La France est au bord de la récession et un plan de relance est parfaitement possible et souhaitable, comme le montrent les exemples Américains et Espagnols. Le gouvernement fait à nouveau fausse route, confirmant que l’économie est bien son point faible.

Source : http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/345769....

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