11.05.2010

Rigueur, plan de soutien et vocabulaire

Si les mots ont un sens, il est surprenant de voir à quel point il peut être détourné pour servir une cause politique. Les deux derniers jours l’ont montré jusqu’à l’absurde.

Rigueur, je ne dirai pas ton nom

A priori, tout citoyen devrait espérer que son gouvernement gère les deniers publics avec une certaine rigueur, c'est-à-dire avec exactitude et en ayant le souci de ne pas dépenser plus que de raison. A la limite, un tel comportement devrait être considéré comme totalement normal et permanent. Mais voilà, la rigueur est devenue un mot tabou depuis que Pierre Mauroy l’a employé en 1983 pour marquer un virage qui rappelait l’austérité de Raymond Barre.

Résultat, le gouvernement se démène dans des circonvolutions sémantiques assez ridicules pour dire qu’il ne met pas en place la rigueur. C’est ce qu’a fait Pierre Lellouche hier soir sur France 2 en parlant de continuité alors que toutes les dernières annonces du gouvernement (gel des dépenses sur trois ans, suppression de certaines aides sociales ou fiscales) indique clairement un tour de vis budgétaire. Ce déni de réalité n’est pas sans rappeler le discours des régionales

La victoire de l’Europe contre les marchés ?

Le « succès » du plan européen pour stabiliser les marchés financiers est également l’occasion d’un exercice sémantique assez hallucinant. En effet, utilisant volontiers un vocabulaire guerrier, on apprend que « L’Europe répond aux marchés par une riposte massive ». Où l’on voit les fiers fantassins d’une armée européenne déferler contre les troupes des terribles marchés et les terrasser après avoir été rudement bousculé la semaine dernière. Le Seigneur des Anneaux n’a qu’à bien se tenir…

Sauf que, quand on réfléchit un petit peu, on se rend compte que finalement, le marché a eu ce qu’il voulait. Ne serait-ce pas plutôt le marché qui a gagné et les dirigeants européens qui ont capitulé devant ses désirs (qu’ils soient légitimes ou pas) ? Le rebond colossal des bourses hier est-il le signe d’une victoire de l’Europe sur les marchés ou des marchés sur les pays européens ? En effet, les banques ont surtout gagné l’assurance d’être remboursées, avec intérêt. Au pire, les Etats paieront…

Il est proprement incroyable de tenir un discours aussi décalé de la réalité. Nul doute que cela concourt au divorce entre les Français et la politique. Mais cela devrait favoriser l’émergence d’une alternative…