08.10.2008

Un plan B pour gérer la crise économique

L’adoption du plan Paulson aux Etats-Unis n’a pas rassuré des marchés qui semblent aujourd’hui en proie à une défiance chronique, que les réactions désordonnées des Etats Européens ne risquent pas de rassurer. Mais un plan B existe-t-il pour éviter une récession sévère et mieux réguler les marchés ?

La régulation des marchés contre la croissance ?

Le double problème qui se pose aux dirigeants de ce monde est la contradiction qu’il y a malheureusement entre un véritable renforcement de la régulation et la lutte contre la récession. En fait, si la crise actuelle a convaincu beaucoup de politiques du danger des bulles financières et de la nécessité de les dégonfler, personne ne semble vraiment prendre l’initiative de le faire et au contraire, la plupart des mesures qui sont prises tendent à permettre à la bulle qui s’est créé de ne pas trop se dégonfler. En effet, la baisse des taux aux Etats-Unis a permis d’améliorer les conditions du crédit, même si la méfiance actuelle fait que cela ne profite qu’essentiellement à l’Etat, à travers le faible niveau des taux d’intérêts des Bons du Trésor. Les apports de liquidités des banques centrales, les rachats de créances douteuses ou les injections massives de capital dans les entreprises nationalisées ont le même objectif d’empêcher la bulle d’éclater

Et il faut dire que l’éclatement de la bulle financière aurait des conséquences bien plus dramatiques pour la population que son maintien car un effondrement du système financier provoquerait une grave crise économique qui plongerait des millions de personnes au chômage. Il faut donc malheureusement répondre aux demandes pourtant assez indécentes des tenants du néolibéralisme qui invoquent la nécessaire intervention de l’Etat, qu’ils clouaient au pilori hier et qui est pourtant leur seul recours aujourd’hui. Parce que l’absence d’intervention plongerait le monde dans une crise sans doute proche de la Grande Dépression, il faut « collectiviser les pertes ». Mais, dès lors, il n’est pas acceptable de ne pas revenir sur la privatisation des profits des dernières années : ce ne serait pas juste. Mais peut-on sauver l’économie productive tout en réformant radicalement l’économie spéculative ?

Gonfler l’économie productive pour pouvoir dégonfler la bulle financière

Aujourd’hui, le risque est de tirer les leçons de manière marginale pour éviter la grave crise qu’un véritable dégonflement de la sphère financière provoquerait. Pourtant, ce dégonflement est nécessaire quand on voit à quel point le comportement irrationnel de quelques acteurs dans un marché vient à déstabiliser d’autres économies. Il est proprement incroyable que les emprunts immobiliers Américains plongent l’économie allemande dans la récession alors que le marché immobilier Allemand est resté stable dans les dernières années. Le dégonflement peut être obtenu de plusieurs manières : comme je le disais hier, une taxation sur les mouvements de capitaux est un moyen, non seulement de dégonfler la bulle mais également d’améliorer le bilan « citoyen » de la finance à travers une plus grande contribution à la collectivité.

Le dégonflement lui-même peut être encadré par les autorités publiques par de nouveaux ratios prudentiels, qui contraindraient les banques à mettre davantage d’argent de côté par rapport à leurs engagements au bilan. Ainsi, les banques seraient plus à même de faire face à une baisse du prix des actifs. Nous pourrions également nous inspirer de la pratique espagnole qui consiste à remonter les ratios en période de croissance pour limiter le phénomène de bulle. En outre, une réglementation stricte doit s’assurer que tous les engagements des banques doivent être comptabilisés dans leur bilan, pour limiter les pratiques douteuses des CDS et la titrisation. Enfin, une restriction des mouvements de capitaux avec les zones moins réglementées est essentielle et permettrait de limiter le rôle détestable des « paradis fiscaux ». Cette remontée des contraintes devra sans doute s’effectuer selon un calendrier progressif pour ne pas provoquer d’effondrement de la valeur des actifs qui devront être vendus.

Mais, alors, comment faire en sorte que ce dégonflement de la sphère financière ne provoque pas une grave récession ? Son effet dépressif et déflationniste ne peut être compensé que par une injection massive s’argent public (que ce soit de l’emprunt ou de la création monétaire) et une baisse radicale des taux d’intérêts. Mais une telle solution n’a de sens qu’à l’échelle européenne, ce qui semble difficile aujourd’hui. Si les Etats doivent être prêts à intervenir pour éviter les faillites des banques (en nationalisant et pas en rachetant les créances pourries, de manière à pouvoir se rembourser in fine), ils devraient être prêts à protéger leurs citoyens du chômage et donc à lancer un grand plan continental de plusieurs centaines de milliards d’euros de grands travaux. En le concentrant sur les infrastructures, les universités, et l’environnement, ce serait un investissement pour l’avenir et non pas simplement des dépenses ponctuelles. Cela supposerait une dose de protectionnisme pour ne pas perdre les bénéfices d’une telle politique.

Ainsi, en maintenant la demande par l’emploi, l’Europe pourrait passer à travers la récession tout en dégonflant la sphère financière et en minimisant l’impact de la crise sur les peuples Européens. Malheureusement, il ne semble pas y avoir beaucoup d’avocats pour une telle solution.

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/07/un-nouveau-bretton-woods-par-christian-de-boissieu-et-jean-herve-lorenzi_1104023_3232.html

http://blog.mondediplo.net/2008-04-23-Quatre-princi...

04.10.2008

L’amateurisme gouvernemental sur la gestion de la crise économique

Les discours de New York et Toulon avaient permis à Nicolas Sarkozy de quasiment effacer son inaction sur le front de la crise économique. Mais les premières réponses apportées à cette crise cette semaine ont fortement illustré les limites d’un gouvernement qui s’agite plus qu’il n’agit.

Par-delà la polémique sur le terme « récession », qui devient chaque jour plus ridicule tant la gravité de la situation n’échappe à personne, les premières annonces du gouvernement ont fait un gros flop. Première annonce : une partie des sommes issues de la vente de 5% d’EDF pourrait financer le rachat d’actions dans des banques, alors que cet argent devait être utilisé pour financer les universités. Très rapidement, l’Elysée a fait savoir qu’il n’était pas question de revenir sur la promesse faite pour l’enseignement supérieur. Puis, comme les Français déposent beaucoup plus d’argent sur le livret A, il a été décidé de prendre une partie des sommes pour renflouer les banques. Devant les premières réactions hostiles, le gouvernement a, là aussi, renoncé à son projet, qui manquait grandement de sens politique.

Le cafouillage a également atteint les projets européens en vue de la réunion de ce jour. Le gouvernement s’est demandé si l’Europe ne devrait pas se doter d’un fonds équivalent à celui proposé par le plan Paulson pour sauver les banques. Un chiffre, 300 milliards d’euros, a même circulé. Malheureusement, comme souvent, l’annonce était prématurée et non discutée avec nos partenaires, notamment l’Allemagne, qui ne veut pas entendre parler d’un tel fonds. Résultat, Christine Lagarde a dû démentir la rumeur. Enfin, un débat semble avoir lieu au sein de l’Elysée, porté par Henri Guaino, sur le fait de rompre avec le pacte de stabilité européen pour relancer l’économie, quitte à dépasser les 3% de déficit, contrairement à nos engagements.

Enfin, le gouvernement a annoncé vouloir racheter vingt mille logements pour trois milliards d’euros afin de soulager le marché immobilier. On reste songeur devant cette mesure qui semble être surtout être un bricolage de dernière minute pour annoncer quelque chose. En effet, ce n’est pas parce que l’Etat achète vingt mille logements que l’immobilier va repartir puisque ce transfert de propriété n’aura aucun effet sur la demande finale de logements : seul le propriétaire change. Cette politique de l’offre est une nouvelle erreur alors que la baisse de la demande des ménages impose plutôt des actions pour soutenir la demande intérieure, comme des grands travaux.

Bref, la réaction du gouvernement Français à la crise n’est vraiment pas à la hauteur. Le déluge d’annonces peut donner le change sur le fait que le gouvernement s’y intéresse. Mais le fond des mesures et les cafouillages sur de nombreuses propositions révèlent un amateurisme inquiétant. 

01.10.2008

Les Etats-Unis ont besoin d’un nouveau plan Paulson !

Après avoir adopté une gestion assez réactive de la crise financière, les Etats-Unis, sous la pression de la population, se posent aujourd’hui la question de la pertinence de la réponse apportée jusqu’ici et ont bloqué l’adoption plan Paulson. Y’a t-il une autre issue ?

Jusqu’à présent, la réponse des autorités Américaines a été claire : mettre tout en œuvre pour éviter un effondrement du système financier, qui ne manquerait pas de s’écrouler comme un château de cartes si on laissait quelques établissements faire faillite, notamment à cause des CDS. C’est pourquoi l’Etat est intervenu pour sauver la plupart des établissements en difficulté, que ce soit par le montage d’un rachat par un autre établissement (Bear Stern, Merrill Lynch) ou le rachat pur et simple (Fannie Mae, Freddie Mac ou AIG). Parallèlement, la Fed a largement baissé ses taux d’intérêts (de 5,25 à 2% en un an) et le gouvernement a versé de l’argent aux ménages pour minimiser l’impact de l’éclatement de la bulle financière sur l’économie réelle, ce qui a fonctionné jusqu’au deuxième trimestre, où le PIB a cru de 2.8%.

Mais devant l’accélération de la crise (Washington Mutual, Wachovia, Fortis , Dexia et une banque anglaise ont été secourus en une semaine), le secrétaire d’Etat Américain au Trésor a estimé qu’il fallait un plan de grande ampleur pour restaurer la confiance des marchés financiers et éviter un effondrement complet du système. C’est pourquoi il a demandé une rallonge de 700 milliards de dollars, après avoir déjà injecté près de 300 milliards dans Fannie Mae, Freddie Mac et AIG, soit un total de 1 000 milliards de dollars. Le Congrès a finalement refusé ce plan par l’opposition des plus conservateurs, qui souhaitent limiter l’intervention de l’Etat et qui sont culturellement et idéologiquement opposés à toutes ces nationalisations et cette dépense d’argent public, et des Américains eux-mêmes.

Et la révolte des ménages ne doit être négligée. En effet, la population est franchement hostile au plan et la plupart des élus ont reçu de nombreux messages de leurs électeurs les incitants à voter contre. Les Américains ont du mal à comprendre que 3 millions de ménages aient pu être expulsés de chez eux parce qu’ils n’arrivaient pas à payer leur emprunt alors que l’Etat dépense des centaines de milliards pour sauver des banques dont les dirigeants ont été rémunérés des fortunes sur la base de profits qui étaient purement artificiels. Les citoyens ont l’impression que les profits ont été privatisés et que les pertes sont collectivisées. Il est logiquement choquant de se dire que les ménages qui ont été expulsés seront amenés à financer la survie d’un système financier en partie responsable de la perte de leur toit !

Malheureusement, la colère est mauvaise conseillère. Laisser les établissements financiers s’effondrer ne profiterait en aucun cas aux ménages et ne serait pas une sanction douloureuse pour leurs dirigeants. En revanche, la crise économique majeure que cela provoquerait les frapperait de plein fouet et ils en seraient les principales victimes, par la hausse du chômage consécutive et l’effondrement du système de retraite Américain, qui ne serait sans doute plus à même de payer les pensions… Bref, et c’est toute l’injustice du système, il faut remettre de l’argent public pour éviter que les classes populaires et moyennes sortent de la crise en plus mauvaise situation encore. La survie du système bancaire est sans doute une condition obligatoire pour éviter une nouvelle Grande Dépression.

Cela ne signifie pas qu’il faille accepter le plan Paulson tel quel. Les démocrates ont déjà poussé de nombreuses améliorations, comme la suspension de tous les parachutes dorés des entreprises secourues par l’Etat, un meilleur contrôle des fonds et également des mécanismes d’aide aux ménages qui n’arrivent plus à payer leur crédit immobilier. Un économiste du FMI plaide pour que les capitaux publics constituent des prises de participation et non des simples acquisitions d’actifs toxiques, ce qui permettra à la collectivité de peut-être récupérer sa mise à la revente. Il faut sans doute aller plus loin dans les aides aux ménages qui ont perdu leur maison. Après tout, les sommes annoncées correspondent à 300 000 dollars par ménage ayant perdu leur maison ! Il serait juste que la collectivité n’ignore pas le sort des hommes, ce qui, par ricochet, stabilisera les établissements financiers.

L’urgence actuelle consiste à éviter un effondrement général de l’économie mondiale. Dans un second temps, nous devrons repenser drastiquement la régulation des banques et sans doute trouver des mécanismes pour que le monde financier ne puisse pas s’en sortir sans la moindre sanction.

Source :  http://www.lemonde.fr/elections-americ...