06.06.2010

La planche à billets : solution contre la crise ?

Après avoir étudié les enjeux de la dette et les solutions qui peuvent être mises en place, la conclusion est simple : la monétisation est sans doute la seule voie viable pour l’Europe et la France. Mais quelles pourraient en être les modalités ?

L’austérité, seule, n’est pas une solution

En effet, la voie de l’austérité a toutes les chances d’être une voie sans issue dans les circonstances actuelles. Les niveaux de déficit et de dette sont trop importants et la croissance trop faible pour que les pays européens puissent mettre en œuvre des programmes d’austérité sans prendre le risque considérable de rentrer dans une déflation économique où la baisse des dépenses de l’Etat annihilerait toute croissance, sans pour autant parvenir à réduire les déficits à zéro.

Mais du coup, s’il n’y a pas de croissance et toujours des déficits, alors le poids de la dette va continuer à augmenter et la situation risque d’empirer au lieu d’être résolue. Car comment espérer la moindre croissance dans des pays où le volume des dépenses publiques va baisser en moyenne de 10% en trois à quatre ans alors que ces dépenses représentent en général la moitié de l’économie ? La demande privée pourra au mieux compenser, et encore…

La monétisation, la seule voie possible

Du coup, la solution pourrait être le refinancement des Etats par leurs banques centrales. Après tout, ces banques centrales refinancent depuis près de deux ans l’ensemble des établissements bancaire à des coûts dérisoires (1% ou moins aux Etats-Unis et en Europe). Pourquoi les banques centrales ne pourraient-elles pas prêter aux Etats, à 0% (ou un petit peu plus pour ne pas trop encourager le recours à la dette), ce qui serait une solution solide aux problèmes actuels. En effet, les Etats pourraient se passer des marchés, tout en économisant des intérêts.

En outre, cette solution préserve les intérêts des créditeurs actuels qui n’auraient plus de soucis à se faire sur la capacité des Etats à les rembourser, ce qui pourrait restaurer un climat de confiance plus favorable à la croissance. En outre, cette solution pose la question plus globale de la justification du système actuel qui refuse aux banques centrales de créer de la monnaie pour les Etats en Europe (ce qui n’est pas le cas aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne) et le permet aux banques privées.

Encore plus loin, la planche à billets ?

Au final, la solution préconisée par de plus en plus d’économistes apparaît assez raisonnable. Mais il y a une autre voie encore plus hétérodoxe, qui consisterait à faire carrément fonctionner la planche à billet, comme ce que fait épisodiquement le Japon depuis quelques années, c’est-à-dire créer ex nihilo de l’argent. Cette solution en épouvanterait beaucoup qui répondront en évoquant le spectre de l’hyperinflation. Cependant le contexte actuel amène à modérer ces critiques.

En effet, pour la première fois depuis longtemps, la masse monétaire a tendance à légèrement baisser. En outre, avec un chômage massif et des capacités de production sous-utilisées, le risque d’inflation est aujourd’hui totalement nul. Au contraire, un peu de création monétaire pourrait être le carburant pour relancer l’économie, l’éviter de sombrer dans la déflation et même légèrement relever le niveau d’inflation qui est sans doute un peu trop bas aujourd’hui.

Bref, au-delà des politiques d’austérité, dont on peut sérieusement douter de la capacité à résoudre nos problèmes, il existe d’autres solutions. Heureusement, elles commencent à émerger dans le débat public, indiquant aux citoyens qu’il y a d’autres issues que les politiques de Herbert Hoover.