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13/09/2011

Comment piloter la politique monétaire ?

C’est cette question essentielle que The Economist s’est posée en constatant que la Banque d’Angleterre n’a sans doute pas tort de garder des taux extrêmement bas malgré une inflation au-delà de 4%, bien au-dessus de l’objectif officiel de 2%.

Les limites de l’indice d’inflation

En effet, théoriquement, la Banque Centrale  de nos voisins d’outre-Manche devrait monter les taux d’intérêt au-delà des 0.5% sachant que l’inflation a atteint 4.4%, plus du double de l’objectif affiché. Cette attitude contraste fortement à la BCE, qui, avec le même objectif, a monté son taux directeur de 1 à 1.5% alors que l’inflation dans la zone euro atteint péniblement 2.5% en août, s’attirant la critique de nombreux économistes, comme lors de la hausse de l’été 2008.

Le raisonnement est simple pour justifier ce choix. Tout d’abord, la hausse de l’inflation est conjoncturelle et temporaire suite à une envolée du prix des matières premières, qui pourra d’autant moins se reproduire qu’elle a tendance à casser la croissance. D’ailleurs, hors éléments volatiles, l’inflation reste sous les 2% et il n’y a aucun signe que les tensions se transmettent aux salaires. En effet, la croissance est faible, l’économie vient de subir une grave crise, donc la menace inflationniste est nulle.

La solution de la croissance nominale du PIB

Mais du coup, cela amène à se poser la question de la pertinence du taux d’inflation comme indicateur pour déterminer la politique monétaire. The Economist propose donc la solution du taux de croissance nominal de l’économie (croissance du PIB + inflation). Ainsi, dans le cas d’une hausse conjoncturelle des prix qui a tendance à freiner la croissance, la montée de l’un compensera l’autre (comme cela s’est passé en 2008 et en 2011) et cela justifie a posteriori le fait de ne pas monter les taux.

En outre, l’expérience a montré qu’il n’y avait pas de dérapages des prix, donc une telle méthode semble intéressante. The Economist propose donc de viser une croissance nominale de 4 à 5%, ce qui semble une bonne idée, même si on peut argumenter pour un chiffre un peu plus important si on remonte quelque peu l’objectif d’inflation. Malgré tout, l’hebdomadaire souligne qu’un tel changement pourrait perturber les acteurs économiques qui n’auraient plus un objectif d’inflation fixe.

Aller plus loin que la croissance et l’inflation

On peut encore élargir le débat en soulignant que depuis une vingtaine d’années, l’inflation a plutôt tendance à apparaître dans les prix des actifs, nourris par un excès de crédit et de création monétaire. Et devant les conséquences dramatiques des bulles spéculatives sur l’économie réelle, il serait hautement nécessaire de piloter le niveau d’inflation et de spéculation dans les actifs pour agir en cas de formation de bulles. D’ailleurs, la Chine mène une politique très active à ce sujet.

Dès lors, il faudrait également suivre un indice d’inflation des principaux actifs (immobilier et bourse notamment) ainsi que le volume des crédits et de monnaie. En revanche, il faudrait que les banques centrales trouvent d’autres moyens d’agir pour éviter de n’utiliser que les taux à court terme, qui ont également une influence sur l’économie réelle. Jouer sur le niveau des réserves des banques (comme on le faisait avant, et comme le fait la Chine) peut être une voie à explorer.

Devant les catastrophes économiques que nous amènent les marchés financiers déréglementés, il est important de réfléchir aux moyens de prévenir les crises et de protéger solidement l’économie réelle des excès de la finance. L’objectif seul d’inflation des prix des produits est clairement insuffisant.

06/11/2010

Europe, Etats-Unis : la grande divergence monétaire

 

Autant les pays de la zone euro, en signant le traité de Maastricht, ont abandonné toute capacité à mener une politique monétaire, autant les Etats-Unis continuent largement à la pratiquer. Cette divergence en montre bien l’utilité, malheureusement pour notre continent.

L’exemple étasunien

Bien sûr, les Etats-Unis ne sont en aucun cas un exemple pour leur politique économique, dont les excès sont extrêmement nombreux (libéralisation financière, inégalités, panne de l’ascenseur social, système de sécurité sociale extraordinairement cher, peu efficace et injuste…etc). Néanmoins, il est  un domaine où ce pays peut encore en remontrer aux pays européens : c’est bien la politique monétaire, même si, l’on conteste sévèrement l’indépendance de la Fed.

En effet, alors que la BCE ne se préoccupe que d’inflation (bêtement qui plus est), la Fed cherche à stimuler la croissance et à lutter contre le chômage. En outre, elle défend les intérêts nationaux et n’hésite pas à recourir à la planche à billets pour aider le pays. C’est ainsi qu’elle s’apprête à acheter pour 600 milliards de dollars de Bons du Trésor. Même si elle ne va pas aussi loin que ce que propose André-Jacques Holbecq, cette intervention est extrêmement utile pour l’économie étasunienne.

Certes, la Fed ne va pas prêter gratuitement cet argent au pays, mais ces achats ont un double effet positif. Tout d’abord, ils font baisser les taux d’intérêts des bons du Trésor, allégeant le fardeau des intérêts à un moment crucial où toute hausse pourrait être très déséquilibrante. C’est ainsi qu’ils sont tombés à seulement 2.6% à peine 0.2 points au-dessus des taux Allemands. Ensuite, cela contribue à affaiblir le dollar, et donc à pousser les exportations du pays tout en freinant les importations.

Le contre-exemple européen

Cette politique de relance monétaire est particulièrement importante à un moment où les pays s’engagent dans des politiques de réduction des déficits budgétaires qui auront un impact négatif sur la croissance, quoiqu’en disent certains. En effet, l’effet récessif de la politique budgétaire pourrait être contrebalancé par l’impact positif de la baisse des taux longs (qui contribuera au rééquilibrage budgétaire) et d’une baisse du dollar qui contribuera à améliorer le solde budgétaire.

Le problème est que l’Europe s’engage de manière absurde dans une rigueur budgétaire sans véritablement utiliser la politique monétaire pour contrebalancer l’effet de la vague d’austérité qui s’empare du continent. En effet, la BCE, comme l’Allemagne, rechignent à utiliser la planche à billets pour réduire les taux ou faire baisser l’euro. C’est ainsi que la monnaie unique devient de plus en plus chère. The Economist a ainsi estimé la surévaluation de l’euro par rapport au dollar à 29%...

Pire, il faut savoir que le yuan est lui-même sous-évalué de 40% par rapport au dollar… Bref, les pays européens sont bien les dindons de la farce de la guerre des monnaies. C’est comme si l’euro nous imposait de nous battre avec un couteau et un bras dans le dos face à des ennemis armés de mitraillettes. Alors que si elle avait conservait sa monnaie, la Grèce aurait pu dévaluer, elle se retrouve contrainte de mener une politique d’austérité sauvage qui aura réduit de 12% son PIB en trois ans.

Par-delà l’absurdité économique que représente une monnaie unique pour des pays aussi différents (et qui finira donc par exploser à moyen terme), l’euro pourrait au moins être géré dans l’intérêt des pays membres. Ce n’est même pas le cas, contrairement aux Etats-Unis.

Je vous invite à lire le très bon papier de Jacques Sapir sur la situation de la France

 

30/07/2010

Ce que les réponses à la crise disent des priorités de nos sociétés

La crise que nous traversons est un immense révélateur des priorités que suivent nos sociétés. Jamais n’ont été exposés aussi crûment les privilèges des banques et des grandes entreprises par rapport aux citoyens. Nouvel exemple donné par The Economist.

De la politique budgétaire et monétaire

Lors d’une crise, plusieurs réponses sont possibles pour l’Etat. Le premier réflexe est souvent une baisse des taux d’intérêt. Cette baisse a plusieurs conséquences. La première est de gonfler les marges bénéficiaires des banques. En effet, ces dernières peuvent emprunter à court terme auprès de la banque centrale (1% ou moins aux Etats-Unis et dans la zone euro) pour ensuite prêter à plus long terme aux particuliers, aux entreprises ou aux Etats en empochant la différence.

Les premiers bénéficiaires des baisses de taux sont donc clairement les institutions financières. Et si les banques centrales sont toujours promptes à baisser les taux en cas de baisse des marchés, c’est parce que les marges supplémentaires ainsi dégagées permettent de compenser en partie les pertes des banques sur les marchés. Bien sûr, les particuliers, les entreprises et les Etats peuvent aussi y gagner si les taux longs ont tendance à baisser (ce qui est souvent le cas).

Les plans de relance budgétaire ont en général un bénéfice plus large pour la société. Les baisses d’impôt profitent aux bénéficiaires mais elles ont tendance à n’être que très partiellement dépensées, ce qui limite grandement l’efficacité de ces mesures. Les économistes préfèrent en général les dépenses d’investissements, qui ont l’avantage de ne pas être récurrentes, et qui ont un effet direct sur l’emploi et l’activité, comme on a pu le constater aux Etats-Unis.

Ici le bénéfice est plus largement distribué. Les citoyens bénéficient de l’amélioration du marché de l’emploi. Si le taux de chômage reste à un haut niveau aux Etats-Unis, il a cessé de progresser et a même entamé une légère baisse. L’amélioration du climat économique profite directement à l’ensemble des entreprises qui voit leur activité dynamisée par l’intervention de l’Etat ainsi qu’à l’ensemble des banques qui voient les remboursements de leurs prêts stabilisés.

La priorité donnée à la finance

Les réponses à cette crise traduisent bien les priorités (conscientes ou inconscientes) de nos dirigeants. Aux Etats-Unis, l’Etat a mobilisé autant d’argent pour sauver les banques que l’économie (environ 800 milliards de dollars), ce qui démontre l’importance démesurée et déraisonnable du secteur financier. Beaucoup s’étaient émus à l’automne 2008 du fait que l’Etat sauvait les banques sans rien faire (ou presque) pour les ménages qui voyaient leur maison saisie, révélant une priorisation proprement inhumaine.

En effet, comment ne pas être révolté par un système où les banques, pour faire des profits supplémentaires, ont accordé des prêts extravagants à des individus et que le retournement du marché a rendu insolvables, puis que ces derniers soient sanctionnés par la perte de leur logement alors que les banques sont sauvées sans quasiment la moindre sanction. Dans quelle société vivent les Etasuniens pour accepter une telle injustice ?

Pire, après une phase où les Etats ont cherché à plus ou moins relancer l’économie en ouvrant les vannes de la dépense budgétaire, nous entrons dans une seconde phase où les Etats ont choisi l’austérité budgétaire pour réduire les déficits et chercher à maîtriser un endettement qui a explosé. En parallèle, la politique monétaire devrait rester très accommodante pour contrebalancer l’effet dépressif qu’auront les politiques budgétaires dans les prochaines années.

Mais le résultat d’une telle politique est un nouveau blanc-seing pour la finance, qui va profiter d’un financement à très bon marché pour de nombreuses années, après avoir été secouru à coup de milliards alors que les citoyens, qui n’étaient pas responsables de la crise, après avoir souffert de ses conséquences (chômage, pouvoir d’achat) vont souffrir d’une politique budgétaire restrictive  dans les années à venir. Décidemment, les banques gagnent toujours à la fin.

Un peu de recul permet de percevoir cette injustice fondamentale d’un système qui ne sert que les intérêts des banques et des grandes entreprises, qui seront toujours secourues par l’Etat en cas de besoin et des citoyens qui se retrouvent à payer la note de leurs erreurs.

07/03/2010

Le décryptage de la crise en Russie par Jacques Sapir

C’est Seb de Reversus qui a publié un article passionnant sur l’analyse de la crise Russe par Jacques Sapir, qui démontre une nouvelle fois les ravages du « laissez-faire » et du « laissez-passer » en matière de politique monétaire. Petite démonstration.

La crise russe, une crise oubliée

Au milieu de l’effondrement économique de la fin 2008 / début 2009, la grave crise économique traversée par la Russie est curieusement passée relativement inaperçue. Jacques Sapir revient sur cet épisode peu connu et en analyse les raisons en profondeur dans un nouveau papier de référence. Son premier mérite est de rappeler la violence de la crise subie par Moscou : le PIB y a reculé de plus de 10% au premier semestre 2009 : seul le Japon a connu une récession plus violente.

A première vue, étant donné l’effondrement des prix du baril du pétrole, passé de 146 à 35 dollars du point le plus haut mi-2008 au point le plus bas mi-2009, on pourrait imaginer que la baisse violente du PIB Russe s’explique uniquement par cette raison. D’ailleurs, l’analyse des courbes semble indiquer une certaine corrélation, mais Jacques Sapir souligne les limites d’une telle analyse, que ce soit la corrélation entre les deux, ou même l’impact réel sur l’économie.

La part monétaire de la crise

Jacques Sapir introduit un autre facteur. Il explique l’ampleur de la crise par une erreur de politique monétaire. En effet, fin 2008, du fait de la crise financière globale la Russie a été victime d’une fuite des capitaux  et d’une spéculation qui ont fait baisser le cours du rouble. Pour lutter contre les mouvements du marché, dangereux pour une économie en partie dollarisée, Moscou a eu recours à la potion monétariste traditionnelle, à savoir une hausse des taux d’intérêt et la vente de devises.

La Russie a ainsi vu ses réserves passer de 20 à 14 mois d’importation au cours de l’année 2008. Le taux des crédits à un an pour les entreprises non financières a doublé de juillet 2008 à janvier 2009, passant de plus de 10% à plus de 20%. Parallèlement, le taux pour le crédit à un an aux particuliers est passé de 20 à 30%. La masse monétaire M2 s’est ainsi effondrée de plus de 15%, de 14,5 à 12 trillions de roubles, provoquant un puissant effet dépressif sur l’économie.

L’alternative du contrôle des changes

Jacques Sapir soutient que la Russie n’avait pas besoin d’infliger une telle politique au pays et qu’il aurait suffi d’instaurer un contrôle des changes pour ne pas avoir à monter les taux d’intérêts de la sorte et ajouter une politique monétaire dépressive à un environnement économique déjà considérablement dégradé (crise financière, baisse du prix du baril…). Cette analyse rappelle sa vision de la crise asiatique de la fin des années 1990 ainsi que celle de Joseph Stiglitz.

En effet, en pratiquant le contrôle des changes, la Malaisie et la Chine avaient bien mieux traversé la crise que les pays qui avaient simplement suivis les recommandations du FMI. Seb soutient qu’une telle pratique aurait eu pour conséquence un moindre accès aux marchés de capitaux. Mais on peut objecter que la Russie a de telles réserves qu’elle n’en a guère besoin et qu’au final, les marchés ont une mémoire courte puisqu’ils n’hésitent pas à prêter aux pays qui ont fait défaut.

Encore une fois, Jacques Sapir démontre les ravages du « laissez-faire » et du « laissez-passer ». Cela amène une autre question, à savoir la nécessaire remise en question de l’indépendance des banques centrales, qui fige de telles politiques sans possibilité de changement.

11/12/2009

Le tabou de la sortie de l’euro levé par la Grèce

Depuis quelques mois, même si les médias continuent d’entretenir la fable selon laquelle l’euro aurait protégé l’Europe pendant la crise, d’autres discours voient le jour, et notamment la possibilité d’un éclatement de l’euro, avec notamment la situation difficile de la Grèce.

Pourquoi la Grèce pourrait sortir de l’euro

La situation grecque est en effet très instable. Le pays vient de faire une opération vérité sur les chiffres du déficit budgétaire qui s’est soldée par une augmentation de la prévision de déficit de 6 à 12% du PIB pour 2009 !!! La Grèce a sans doute la pire situation financière de la zone euro, avec une dette également très importante. Résultat, elle paie aujourd’hui des taux à 10 ans de 5,77%, une prime de plus de 2 points par rapport à l’Allemagne, ce qui alourdit le fardeau de la dette.

Bref, le bénéfice de la convergence des taux du début de l’euro est un lointain souvenir. En revanche, la Grèce est aujourd’hui handicapée par l’inflation plus importante que la moyenne de la zone euro qu’elle a connu pendant les années 2000 et qui fait que les prix grecs ne sont aujourd’hui plus compétitifs, ce qui pénalise les exportations. Le pays se retrouve donc dans une situation très difficile entre sa perte de compétitivité et sa situation financière dégradée.

Comme il est clair que les autres pays ne viendront pas au secours de la Grèce, la seule solution serait une dévaluation, qui permettrait de rendre le pays plus compétitif et de dynamiser ses exportations, mais le corset qu’est la monnaie unique ne rend pas possible cette solution. La seule voie possible serait de pratiquer une politique de déflation compétitive, à la manière des pays baltes, mais une telle politique serait extrêmement brutale et aurait sans doute des conséquences sociales violentes.

Les vices de la monnaie unique

En fait, le cas grec montre malheureusement tous les travers de la monnaie unique. Les ayatollahs de l’intégration européenne essaient de soutenir que la monnaie unique nous a protégés, mais on se demande bien de quoi. Après tout, le PIB de la zone euro aura reculé de 3,8% en 2009, contre seulement 2,4% aux Etats-Unis, alors que la crise venait des Etats-Unis, et que l’effondrement du marché immobilier y a été particulièrement violent, de même que la hausse du chômage.

Alors, bien sûr, la monnaie unique a évité des dévaluations entre pays membres de la zone euro. Mais cela aurait-il été un mal ? En effet, les Etats-Unis (et la Grande Bretagne) ont amorti la crise par la dépréciation de leur monnaie, ce qui rend leurs exportations plus compétitives et les importations moins intéressantes. L’absence de monnaie unique aurait sans doute permis à la France, l’Italie ou l’Espagne d’éviter de voir leur monnaie s’apprécier autant face au dollar ou à la livre…

Plus globalement, cet épisode montre une nouvelle fois que la zone euro n’est absolument pas une zone adaptée au partage d’une même monnaie. Les pays sont beaucoup trop différents, ce qui conduit à des effets pervers importants. La politique monétaire des années 2000 trouvait le moyen d’être à la fois trop restrictive et d’handicaper la croissance de la France et l’Allemagne tout en étant trop laxiste pour l’Espagne et l’Irlande, ce qui a fortement contribué à leur bulle immobilière.

La situation difficile de la Grèce, avec celles de l’Espagne et de l’Irlande montre les limites de cette construction artificielle qu’est la monnaie unique. Il y a donc fort à parier que la zone euro se délitera au fur et à mesure que ses effets pervers pousseront certains pays vers la sortie pour retrouver de l’air…

08/05/2009

J’accuse la BCE de crime économique !

Hier, la Banque Centrale Européenne a baissé son principal taux directeur de 0,25 point, à 1%, marquant la victoire des « faucons » sur les « colombes ». La zone euro conserve donc la politique monétaire la plus restrictive des pays développés, malgré la sévérité de la crise.

Divergences atlantiques

Comme le montre le graphique du Monde sur l’évolution des taux directeurs, la réaction de la Fed et de la BCE à la crise économique a été radicalement différente. D’une part, la Réserve Fédérale Américaine a réagi à la fois très rapidement et de manière radicale pour donner un bol d’air à l’économie et d’autre part, la BCE a réagi à la fois tardivement et de manière très prudente. On peut toujours dire que la récession est aussi grave des deux côtés de l’Atlantique pour soutenir la politique de la BCE.

Mais ce raisonnement est une erreur. Car le fait que la crise soit aussi grave en Europe et aux Etats-Unis est un terrible aveu d’échec de la politique européenne. Car tout aurait dû contribuer à ce que la crise soit beaucoup moins dure du côté européen. En effet, si les prix de l’immobilier ont baissé de 30% outre-Atlantique, les prix ont à peine baissé dans les pays de la zone euro, à l’exception de l’Espagne. La crise financière est également beaucoup plus grave aux Etats-Unis.

Bref, l’examen des indicateurs macro-économiques indique que la zone euro devrait connaître une crise beaucoup moins sévère. Pourtant, elle est rentrée dans la crise un trimestre plus tôt et la récession y est aussi violente. Comme l’impact des plans de relance ne s’est pas encore vraiment fait sentir, on peut attribuer cet écart  au différentiel de politique monétaire. La baisse rapide et forte des taux de la Fed a permis d’amoindrir la gravité de la crise, notamment en faisant baisser le dollar.

Une BCE apathique

Pendant l’année 2008, comme je l’ai rapporté dans de nombreuses notes (voir dans les archives), Jean-Claude Trichet a soutenu que la baisse des taux présentait des risques inflationnistes. De nombreux économistes répliquaient alors que les risques de récession étaient beaucoup plus grands et que l’inflation allait baisser, notamment après l’été. Le temps a passé et il démontre l’erreur de jugement fondamentale de la BCE. Aujourd’hui, l’inflation est plus basse aux Etats-Unis que dans la zone euro…

Malgré la baisse du dollar, malgré une politique monétaire extrêmement expansionniste, les prix baissent aux Etats-Unis aujourd’hui, signe que la politique de baisse des taux rapide et agressive était la bonne et  ne présentait pas de risque. Comme d’habitude, la BCE est restée enfermée dans ses dogmes, ignorant la souffrance des millions de chômeurs supplémentaires de la zone euro. Comme au début des années 90 et après l’explosion de la bulle Internet, Jean-Claude Trichet s’est trompé.

Cette erreur de politique monétaire pose un immense problème de responsabilité. L’équipe dirigeante de la BCE mène une politique absurde depuis des années mais refuse toute critique et responsabilité. Les banquiers centraux européens ne répondent à personne de leurs actes et personne ne peut évaluer leur politique et encore moins les révoquer, quels que soient leurs résultats. Cette situation est une aberration démocratique qu’il convient de changer de toute urgence.

Il est grand temps de mettre fin à la dictature monétaire aberrante de la BCE. Depuis près de 20 ans, les banquiers centraux européens mènent une politique monétaire absurde qui étouffe l’économie de la zone euro. Heureusement pour eux que la notion de crime économique n’existe pas.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/05/02/faucons...

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/05...

http://www.lemonde.fr/economie/infographie/2008/12/04/evo...

20/12/2008

L’asphyxie monétaire de l’Europe

La divergence de politique monétaire des deux côtés de l’Atlantique s’est amplifiée cette semaine avec la décision de la Fed de baisser à nouveau drastiquement ses taux, à seulement 0,25%, alors que Jean-Claude Trichet a indiqué qu’il laisserait sans doute les taux stables en janvier.

Les Etats-Unis prennent la mesure du risque déflationniste

Bien sûr, on pourra critiquer la politique de la Fed qui vise à encourager le crédit pourtant à l’origine de la crise. Et il est clair qu’il faudra savoir refermer le robinet à crédit rapidement une fois que la machine sera repartie. Néanmoins, cette politique d’argent bon marché n’est pas sans argument. L’inflation, qui avait atteint 5% cet été aux Etats-Unis, a brutalement baissé à seulement 1,1% en rythme annuel et de nombreux économistes soulignent le grave risque de déflation. D’ici à quelques semaine, l’évolution des prix aux Etats-Unis sera négative, comme dans les années 30, période que Ben Bernanke a beaucoup étudiée.

Un recul des prix significatif est très dangereux pour l’économie car il se transforme en cercle vicieux. La baisse des prix pousse les consommateurs à reporter leurs achats, en espérant que les prix soient plus bas demain, ce qui diminue encore la demande, ce qui contribue à faire monter le chômage et baisser les salaires, qui sont flexibles aux Etats-Unis. En outre, la baisse des prix diminue les recettes de l’Etat, qui doit par contre rembourser une dette toujours aussi importante. Pour toutes ces raisons, il est vital d’éviter que l’économie rentre dans un cycle déflationniste.

Une BCE aveugle sur le risque déflationniste

Comme d’habitude, la réaction de la BCE contraste avec l’activisme de la FED. Alors que la banque centrale Américaine a baissé ses taux de 5 points en un an et demi (de 5,25 à 0,25%), la BCE les a baissés de seulement 1,5 points (de 4 à 2,5%). Pire, Jean-Claude Trichet a indiqué qu’il était possible que la BCE fasse une pause en janvier. Certes, l’inflation baisse moins vite en Europe (de 4 à 2% en quelques mois cependant), mais le risque reste fort à cause des mouvements monétaires. En effet, alors que l’euro était passé de 1,6 à 1,24 dollars en quelques mois, il a cassé le cap des 1,4 dollars cette semaine.

La raison est simple. Pour sortir de la récession et combattre la déflation, il y a un moyen très commode : laisser filer sa monnaie. Ben Bernanke rappelle ainsi que les Etats-Unis sont sortis de la déflation en 1934 grâce à la dévaluation du dollar de 40%. Et le dollar n’est pas la seule devise à se déprécier face à l’euro puisque toutes les monnaies baissent à part le yen japonais. Mais ces mouvements monétaires ont un double effet désastreux pour l’Europe : une accélération de la déflation, par la baisse du prix des produits importés, et un renchérissement du prix de nos exportations, qui perdent leur compétitivité.

Quelles solutions pour l’Europe ?

La première des solutions est de baisser les taux d’intérêt pour éviter de renforcer plus encore un euro déjà surévalué d’environ 30% aujourd’hui par rapport au dollar. La baisse des taux permettrait de baisser le coût du crédit pour les banques et d’amortir la crise financière. Et en suivant la politique de la Fed, l’euro éviterait de se renforcer face au dollar et aux autres devises. Il est vital pour l’Europe de renverser l’évolution actuelle du cours de l’euro, tant pour éviter de renforcer encore les pressions déflationnistes, que pour éviter de poursuivre la désindustrialisation de notre continent.

Mais le passé montre que cela ne sera sans doute pas possible avec la BCE dans sa configuration actuelle. C’est pourquoi il est urgent de réformer l’euro. Il faut ajouter l’emploi, la croissance et le taux de change à l’objectif initial de lutte contre l’inflation. Pourquoi faudrait-il uniquement se soucier de cette dernière ? Il faut revenir sur l’indépendance de la Banque Centrale, qui ne doit être qu’un organe de proposition soumis au choix des politiques. À moyen terme, on peut même se poser la question de la pertinence d’une monnaie unique et se demander s’il ne faudrait pas un système de monnaie commune.

De nombreux pays ont choisi d’amortir la crise en dévaluant leur monnaie. Le problème est que l’Europe devient la variable d’ajustement du fait de la politique dogmatiquement rigide de la BCE. Pourtant, il y a urgence si l’on veut éviter une asphyxie économique l’an prochain.

Source : http://www.lefigaro.fr/tauxetdevises/2008/12/17/04004-200...

http://www.lefigaro.fr/tauxetdevises/2008/12/18/04004-200...