04.12.2010
L’agriculture, victime de la déréglementation européenne
La principale réussite de la construction européenne a longtemps été la Politique Agricole Commune, qui a assuré l’indépendance alimentaire du continent. Mais le dogmatisme néolibéral des instances européennes est en train de détruire le principal bienfait de l’Europe…
Une profession abandonnée
Certes, Bruno Le Maire adopte volontiers un discours offensif à l’égard de la politique agricole de l’Europe, dénonçant les conséquences d’une politique qui a abouti à une baisse de 34% du revenu des agriculteurs l’an dernier, à 14 500 euros, soit moins qu’en 1990 ! Mais, dans la réalité, il ne s’attaque pas aux causes de cette crise inhumaine et désastreuse. Car c’est bien l’ouverture commerciale à des pays à bas coûts et la fin des prix de soutien qui est la raison de cette crise.
En effet, le prix du porc dépasse à peine un euro le kilo alors que le prix d’équilibre pour les éleveurs se situe autour de 1,3 euros le kilo. Idem sur le lait, dont le prix de revient est estimé autour de 325 euros l’hectolitre, alors que les industriels l’achètent à peine plus de 300 euros. Les pommes ne sont vendues qu’autour de 2à centimes le kilo. Bref, beaucoup trop souvent, les agriculteurs vendent leur production à perte, ce qui pose la question de la pérennité de notre agriculture.
Revenir aux prix de soutien
Bien sûr, le ministre de l’agriculture vient d’annoncer que 4 milliards d’aides européennes vont être débloquées. C’est mieux que rien, même si ces aides étaient de toutes les façons dues… Mais je crois que ce que les agriculteurs souhaitent, c’est tout simplement pouvoir vivre de leur métier et arrêter de vendre à perte. Et si cela impose de mettre des droits de douane pour certaines importations ou remettre des prix de soutien, il ne faudra pas hésiter à le faire.
Car un pays doit pouvoir choisir l’indépendance alimentaire. D’ailleurs, il faut noter que la protection du secteur agricole fait partie du modèle de développement asiatique. En outre, une trop grande concentration de la production agricole est dangereuse car elle rendrait le monde dépendant d’aléas climatiques pour se nourrir alors que la diversification de la production, si elle entraîne des coûts sans doute plus élevés, a le mérite d’assurer une plus grande stabilité de l’approvisionnement.
Comme l’avait fait le Général de Gaulle dans les années 60, il ne faut pas hésiter à mener un bras de fer avec nos partenaires pour imposer un retour à un modèle qui permettra à nos agriculteurs de vivre du fruit de leur travail et non de subventions, tout en assurant une certaine indépendance alimentaire.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, politique agricole commune, pac, prix de soutien, bruno le maire
21.05.2009
Le lait, victime du dogmatisme néolibéral européen
Cette semaine, les éleveurs Français ont protesté contre la baisse des cours du lait en déversant une partie de leur production devant les préfectures. Un nouvel exemple des conséquences dramatiques de la libéralisation dogmatique venue de Bruxelles.
Une situation ubuesque
Il y a un an, le litre de lait valait 31 centimes d’euros. Aujourd’hui, suite à une forte augmentation de la production, le prix a baissé de 30% pour tomber à seulement 21 centimes d’euros. Le problème est qu’en moyenne, un élevage Français ne peut pas être rentable si le prix passe sous le cap des 28 centimes. Les éleveurs Français se sont fait tailler des croupières par les éleveurs d’Australie et de Nouvelle-Zélande, aux coûts de production largement inférieurs.
Bien sûr, les défenseurs du néolibéralisme pourront dire qu’après tout, il n’est pas anormal de se tourner vers les produits les plus compétitifs. Mais ce raisonnement est un peu court. Est-il vraiment dans l’intérêt général de transporter sur 20 000 kilomètres du lait de l’Hémisphère Sud ? Ce lait ne revient moins cher que parce que le fuel qui alimente les bateaux qui le transportent n’est pas taxé…
La responsabilité de l’Europe
Il n’y a pas si longtemps, l’objectif de la PAC, mise en place grâce au Général de Gaulle, était l’autosuffisance alimentaire de l’Europe. La Politique Agricole Commune assurait un prix stable pour les paysans et les éleveurs du Marché Commun. Malheureusement, comme le souligne le communiqué de presse de Nicolas Dupont-Aignan, c’est bien Bruxelles qui a demandé la fin du tarif recommandé, au nom de « la concurrence libre et non faussée ».
Pourtant, c’est l’Europe qui avait inventé ce modèle original qui garantissait un prix minimum aux agriculteurs, leur permettant d’investir dans leur exploitation tout en leur assurant un revenu régulier décent. Ce système a permis au continent européen d’atteindre l’autosuffisance et de créer une filière économique de référence à l’échelle du continent.
L’agriculture est-elle soluble dans le marché ?
Certains pourraient dire qu’après tout, c’est la loi du marché, comme dans d’innombrables autres secteurs économiques. Le problème de l’alimentation est particulier. Tout d’abord, les mouvements des prix alimentaires ont une influence colossale sur les pays en voie de développement. Une hausse trop importante des prix, si elle enrichit les paysans, peut réduire à la famine des centaines de millions de personnes alors qu’une baisse trop forte, si elle favorise les consommateurs, appauvrit les paysans.
Et ces mouvements violents des prix, conséquences de la libéralisation, ne peuvent être supportés que par les plus grosses multinationales et les producteurs aux plus bas coûts. Si aucune limite n’est mise, après l’élimination des producteurs les moins efficaces, la production se concentrera dans une poignée de pays, qui pourront alors contrôler la production et faire remonter les prix… Car plus la production se concentre, plus les profits augmentent, au détriment du consommateur final.
On pourra dire que cela participera à l’efficacité globale de l’économie, mais le cas de l’alimentaire est doublement différent. Tout d’abord, face aux aléas climatiques, il est essentiel de limiter la concentration de la production, pour éviter des famines dramatiques. Ensuite, le développement d’une agriculture locale est une phase clé du développement économique, comme le montrent les exemples des pays asiatiques, ce qui impose une protection pour permettre aux agriculteurs locaux de se développer.
La libéralisation imposée par Bruxelles est la cause de ces mouvements désordonnés des prix. Et cela est d’autant plus regrettable que pour cela, l’Europe est revenue sur un système qui avait fait ses preuves par pur dogmatisme idéologique.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/05/18/resulta...
http://www.marianne2.fr/On-importe-du-lait-d-Australie-et...
http://www.debout-la-republique.fr/Crise-du-lait-Michel-B...
10:55 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Economie, Europe, Européennes 2009 | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : lait, commission européenne, politique agricole commune, pac



