07.07.2011
Quand la mondialisation rend la « gauche » antisociale
Hier matin, Manuel Valls était l’invité de Jean-Michel Apathie. Connaissant bien son hôte, il a entamé un couplet sur le nécessaire équilibre des finances publiques, allant même jusqu’à dire qu’il n’était pas réellement possible de financer les emplois jeunes du programme socialiste…
Les « socialistes » antisociaux
La mondialisation néolibérale et la crise placent les gouvernements de gauche dans une drôle de position. C’est un gouvernement socialiste qui fait le sale travail demandé par la troïka technocratique FMI / BCE / Commission Européenne en Grèce. Idem au Portugal. Le gouvernement de Zapatero cherche désespérément à protéger le crédit de son pays auprès des investisseurs. En France, des candidats aux primaires socialistes promettent du sang et des larmes.
Les tenants de la globalisation néolibérale se féliciteront de ce ralliement de la « gauche » à une forme de « réalisme ». Mais cette conversion (qui remonte à 1983 en France) démontre trois choses. Tout d’abord, que sur les questions économiques, il devient bien difficile de distinguer le discours de l’aile modérée du PS de celui de l’UMP. Qui peut croire aujourd’hui que François Hollande ou Manuel Valls sont très différents d’Alain Juppé ou François Fillon ?
Ensuite, cela pose le problème du débat démocratique. En effet, en matière économique, les Français se retrouvent à choisir entre bonnet blanc et blanc bonnet, ce qui n’est pas sain. Enfin, cela démontre que la mondialisation et l’effacement des frontières conduit à réduire le champ des possibles démocratiques, ce qui revient à dire que seul un rétablissement des frontières (sans tomber dans l’autarcie bien sûr) nous permettra de reprendre notre destin en mains.
Du « care » au « racisme social »
La première réaction de la gauche était merveilleusement résumée par le « care » de Martine Aubry. Non seulement cet anglicisme démontrait une soumission à l’ordre économique anglo-saxon. Mais en outre, il illustrait bien le rôle que voulait jouer le PS dans cette jungle qu’est la globalisation néolibérale : une infirmière qui va cajoler les pauvres Français avec de gentilles allocations ou des emplois publics. L’assistance comme un contrepoids à la globalisation.
Malheureusement, si cette politique était possible de 1997 à 2002 quand il y avait une « cagnotte » et que l’euro valait moins d’un dollar, aujourd’hui, le contexte financier est beaucoup plus dur, avec une dette qui atteint 85% du PIB. Du coup, plutôt que de remettre en cause la libéralisation de la finance, du commerce ou l’euro, certains « socialistes » semblent prêts à se transformer en petits soldats sans pitié de la globalisation, dans un tête-à-queue idéologique absolument incroyable.
La fondation Terra Nova, bien consciente du divorce définitif que cela devrait provoquer avec les classes populaires, a donc théorisé une nouvelle stratégie électorale pour la « gauche », abandonnant carrément les ouvriers et les exclus du système au Front National pour privilégier les « inclus » et déplacer le débat sur les sujets de société. Jean-François Kahn vient de signer une remarquable tribune dans le Monde fustigeant cette évolution qu’il qualifie de « racisme social ».
Le Général de Gaulle aurait dit « qu’il n’aimait pas les socialistes parce qu’ils n’étaient pas socialistes » (et « les siens parce qu’ils aimaient trop l’argent »). Encore une fois, ses paroles ne prennent pas une ride et traversent le temps comme les prophéties d’un homme qui savait anticiper l’avenir.
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08.06.2011
Le virage à droite du Portugal
Quel paradoxe a priori : après avoir traversé la plus grave crise du capitalisme depuis près d’un siècle, après les espagnols, c’est au tour des portugais de sanctionner un gouvernement « de gauche » et d’installer une droite qui promet déjà d’apaiser les marchés...
Une bataille de perdue
En fait, il semble que les portugais fassent porter la responsabilité de la crise actuelle au gouvernement socialiste, ce qui explique la large victoire de la droite dimanche. Dans les pays de la périphérie de l’Europe, qui affrontent des plans d’austérité sauvages, pas grand monde ne semble mettre en cause la responsabilité de l’euro dans les disfonctionnements de leurs économies. A chaque fois (Grèce, Irlande, Espagne, Portugal), ce sont les gouvernements sortants qui trinquent.
Il faut dire que pendant des années, l’Europe a été cette main nourricière, ce tuteur venu aider ces économies à grandir, souvent après des épisodes autoritaires. Les populations et les hommes politiques ne se posent donc pas vraiment de questions. Pour eux, l’Europe, c’est forcément positif, du bien et il est hors de question de remettre en cause quoique ce soit dans la construction européenne. Donc la colère se concentre sur les élites politiques locales.
Malheureusement, ce scénario était prévisible, comme je l’écrivais dès février 2010. En outre, cette interprétation de la crise colle bien avec la lecture néolibérale de la crise, qui ne remet nullement le système en question, mais qui rejette la responsabilité sur le mauvais comportement de quelques acteurs économiques (la Fed, quelques spéculateurs, quelques gouvernements irresponsables). Il est donc logique que la droite tire les marrons du feu.
Cela montre aussi la faillite des sociaux-démocrates européens qui ne gouvernent plus que cinq pays de l’Union Européenne (dont trois en coalition), comme le souligne Jean-Philippe Huelin sur Marianne 2. Les « socialistes » européens ne se différencient plus de la droite que par leur attitude compassionnelle, et ne remettent pas en cause la globalisation néolibérale responsable de la crise. Pas étonnant dès lors qu’en des temps si difficiles les peuples les rejettent.
La victoire à venir
Néanmoins, cette transition n’est pas inintéressante à plusieurs titres. Tout d’abord, elle démonétise l’argument de la gauche fédéraliste qui propose d’aller vers une plus grande intégration et plus de solidarité pour régler la crise de l’euro. Avec une large majorité du continent à droite, ce scénario est totalement illusoire. Bien au contraire, plus d’intégration signifierait au contraire des politiques encore plus libérales et conservatrices, d’autant plus que les traités vont tous dans ce sens.
Un fédéralisme solidaire est d’autant plus vain qu’il ne résoudrait pas les problèmes de compétitivité qui nécessitent une dévaluation ou une baisse sauvage des salaires. Mais ces alternances sont intéressantes car elles mouillent l’ensemble de la classe politique dans les mauvaises solutions qui sont mise en place. En effet, imaginons qu’une nouvelle crise arrive, les alternatifs pourront alors montrer que ni la gauche ni la droite n’ont tiré les leçons de la crise de 2008.
Et c’est pour cela que paradoxalement, une victoire des socialistes pourrait être une bonne chose en 2012 en France. En effet, la réélection de Nicolas Sarkozy permettrait au PS de se présenter comme l’alternative dont la France a besoin en 2017, alors qu’il ne s’agirait que d’une alternance superficielle sur beaucoup de questions. Il faut que les citoyens comprennent bien que le PS n’a pas de solutions à la crise. Et pour cela, leur victoire est paradoxalement souhaitable.
Les peuples européens se cherchent. Ils sont mécontents des politiques menées mais l’aura de l’idée européenne créée un brouillard qui ne leur permet pas d’identifier les raisons de la crise. Nul doute que les plans d’austérité sauvages devraient les aider à ouvrir les yeux…
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29.05.2011
Europe : le cauchemar économique qui donne raison au « non » de 2005
Il y a six ans, nous dénoncions cette Europe anti-démocratique, technocratique et néolibérale, qui avait oublié que le progrès se doit d’être social en faisant de la « concurrence libre et non faussée » l’objectif monstrueux du TCE. Malheureusement, les faits montrent que nous avions raison.
Une impasse économique insoluble
En 2005, comme en 1992, on nous a dit que plus d’Europe, ce serait plus de croissance et plus d’emplois. Il n’y a plus que les banquiers centraux pour tenir encore un tel discours complètement déconnecté de la réalité de ce que vivent les peuples, à Athènes, Dublin, Lisbonne, Madrid, mais aussi à Berlin, où les salaires stagnent depuis quinze ans. Loin d’être progressiste, cette Europe organise une immense régression sociale sur toute la partie occidentale du continent.
En effet, les politiques européennes menées depuis 25 ans produisent d’immenses déséquilibres provoqués par la conjonction de la monnaie unique et de l’ouverture anarchique des économies européennes aux mouvements de biens et de capitaux. En outre, la situation actuelle n’est pas tenable, comme le rapporte très justement Patrick Artus dans une nouvelle note. Le chef économiste de Natixis démontre à son corps défendant que la zone euro est condamnée.
Il commence par faire une synthèse utile des immenses déséquilibres de la zone euro, où l’on voit que paradoxalement, alors que des monnaies nationales permettaient de faire converger les économies européennes, une monnaie unique les fait diverger. Ensuite, il souligne les écarts colossaux d’évolution des coûts salariaux entre les pays et les déséquilibres immenses des balances de paiement (jusqu’à 10% de déficit pour la Grèce et le Portugal).
Les deux issues qui n’en sont pas
Patrick Artus voit deux solutions. La première, qu’il balaie rapidement, est un fédéralisme budgétaire, mais devant l’ampleur des problèmes, il faudrait que l’Allemagne accepte de transférer plusieurs points de PIB tous les ans vers l’Europe du Sud. Cela est bien sûr totalement illusoire, après l’intégration de l’ancienne Allemagne de l’Est et avoir consenti à une stagnation des salaires pour assurer la compétitivité de l’industrie nationale en Europe. En outre, cela ne règlerait pas tout.
La seconde solution consiste à une baisse des salaires et de la demande intérieure pour équilibrer la balance des paiements courants. L’économiste chiffre l’effort à 3-4% du PIB pour la France, l’Espagne et l’Italie et 10% pour la Grèce et le Portugal. Mais la baisse de la demande devrait être nettement supérieure pour produire un tel ajustement, puisqu’elle comprime également la demande de produits intérieurs. On peut anticiper un effort environ deux à trois fois plus important.
Bref, en l’absence de possibilité de dévaluation, Patrick Artus nous promet une austérité inédite et sauvage. Et d’ailleurs la situation de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne nous démontre aujourd’hui que cette construction économique est une impasse qui ne pousse qu’à une immense régression sociale, une envolée du chômage et un effondrement du pouvoir d’achat, tout ça pour ne pas remettre en cause cette monnaie unique, ce veau d’or du 21ème siècle.
Il y a quelque chose d’effrayant à voir cette Europe refuser même la moindre restructuration de la dette grecque, par la voix d’Herman Von Rompuy ou de Jean-Claude Juncker. Au nom de cette Europe, le peuple grec est simultanément saigné et pillé (avec une vague de privatisations des services publics qui va donner de belles rentes de situations à des entreprises étrangères) alors que les créanciers de la Grèce, et notamment les banques, sont totalement protégés.
Le prix à payer n’est-il pas totalement démentiel ? La colère populaire est totalement légitime et ne va pas se calmer de sitôt. Tôt au tard, les peuples du Sud de l’Europe finiront par se révolter démocratiquement pour sortir de cette impasse. On ne peut pas saigner un pays sans réaction.
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12.05.2011
Grèce : la sortie de l’euro fait un pas en avant
Il est désormais probable que le processus de déconstruction de l’euro commencera à Athènes. Une réunion qui devait rester secrète s’est tenue au Luxembourg entre grands argentiers de l’Europe pour trouver des solutions à la situation inextricable de la Grèce, après le plan Portugais.
Une situation qui pourrit
Les déclarations de l’Allemagne il y a quelques semaines laissaient présager une telle issue. En l’absence (heureuse) d’euro-obligations, il faut trouver une solution au problème épineux posé par la Grèce. Malgré des plans d’austérité extrêmement sévère, le pays n’est parvenu qu’à réduire marginalement son déficit budgétaire en 2010 (10% du PIB environ contre 12% en 2009, contre un objectif affiché de 8%). Bref, les plans ne donnent pas les résultats escomptés.
Et cela était prévisible (même si, de manière prévisible également, la population ne se révolte pas encore contre les potions amères imposées par le FMI et l’Europe). En effet, il était évident qu’une telle austérité allait prolonger la récession de l’économie grecque, et, se faisant, diminuer les recettes fiscales et augmenter les dépenses, contrariant les plans d’austérité. Résultat, l’assainissement des finances est très lent, détériorant une situation financière qui n’en a pas besoin.
Comme l’a très bien noté Yann, avec l’euro, qui interdit les dévaluations, l’ajustement se fait par le chômage. La Grèce est rentrée dans une spirale infernale du surendettement, en partie du fait qu’elle a trop dépensé, mais aussi à cause de l’euro qui lui a offert pendant quelques années des taux d’intérêt trop bas, qui ont favorisé un comportement trop laxiste. Résultat, on se trouve dans une situation où l’enveloppe prévue il y a un an sera insuffisante pour tenir jusqu’en 2013…
Une perte de temps et d’argent
C’est bien ce que sera ce nouveau plan. Plus nous attendons, plus le problème grossit et sera difficile à résoudre. Il a un an, la dette du pays dépassait 110% du PIB. Au rythme où vont les choses, elle sera de 160% en 2013… La Grèce, qui se retrouve dans une situation proche de celle de l’Argentine en 2001, aurait besoin de deux choses : une restructuration de sa dette, trop lourde à rembourser, et une dévaluation, pour regagner en compétitivité et équilibrer ses échanges.
Car sans dévaluation, la restructuration serait insuffisante puisqu’il faut aussi que le pays équilibre son commerce pour équilibrer sa balance des paiements. Mais l’Europe refuse une telle issue car il est évident que si la Grèce sort de l’euro, la spéculation se déchainera et le processus de décomposition de la monnaie unique sera enclenché. Pire, parallèlement, devant leurs engagements ainsi que ceux de leurs banques, les Etats freinent la restructuration.
Pourtant, les taux à dix ans indiquent que les marchés anticipent in fine un abandon de 40% des créances aujourd’hui ! Seule une décision radicale permettrait peut-être de calmer la situation mais personne n’est prêt politiquement à permettre une telle restructuration, signe des vices de forme de cette construction artificielle et mal conçue. Du coup, les créances pourraient n’être qu’étaler, ce qui, encore une fois, ne fera que repousser le problème, en le faisant grossir.
J’en profite pour vous signaler une analyse dénichée par Edgar. Paul Krugman a qualifié de « folie » la hausse récente des taux de la BCE qui fait monter l’euro. Mais surtout, en pointant que l’Espagne emprunte nettement plus cher que la Grande-Bretagne alors qu’elle est moins endettée et que son déficit est beaucoup plus bas, il en conclut que faire partie de l’euro entraine une prime de risque sur les dettes du fait de l’impossibilité de dévaluer sa monnaie.
Passé un moment, le peuple ou le gouvernement de la Grèce finiront par comprendre que l’euro fait partie du problème et non de la solution. Ils en sortiront, dévalueront et restructureront leur dette. Il n’y a pas d’autres solutions. La question n’est pas de savoir si cela arrivera mais quand.
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19.04.2011
La crise des dettes souveraines passe l’Atlantique
La nouvelle est tombée comme un coup de tonnerre hier soir : l’agence de notation Standard & Poors a abaissé à négative la perspective de la note des Etats-Unis. Les bourses mondiales ont immédiatement réagi à ce nouveau développement de la crise des dettes souveraines.
D’Athènes et Dublin à Washington
Cette crise a commencé l’an dernier avec l’explosion des taux auxquels empruntent les Etats de la périphérie de la zone euro, Grèce, l’Irlande le Portugal. Pour éviter qu’ils ne se trouvent dans l’incapacité de financer leurs échéances, l’Union Européenne a créé un fonds leur permettant de se financer à un taux inférieur aux marchés. Mais cette « aide » est assortie de plans d’austérité sauvages qui accentuent la crise et ne résolvent finalement rien au problème de dettes.
Un an après, on constate que ces plans de « soutien » sont un échec : il suffit de regarder à Athènes pour le comprendre. La situation est intenable. L’austérité casse la croissance, qui limite les recettes de l’Etat, fait augmenter les dépenses et donc plombe les efforts de redressement des finances publiques faisant d’autant plus exploser la dette que le PIB recule. La situation de la Grèce est aujourd’hui désespérée et la question n’est pas de savoir si Athènes restructurera mais quand.
Alors qu’on s’attendait à ce que la crise touche l’Espagne, c’est au tour des Etats-Unis d’être touchés. Il faut dire que la victoire des républicains aux élections de cet automne a produit un accord budgétaire où les baisses d’impôt décidées par Georges Bush ont été prolongées contre un maintien de certaines dépenses : résultat, le déficit budgétaire devrait atteindre 10% du PIB en 2011. Alors que les déficits baissent partout, ils restent abyssaux à Washington.
C’est grave docteur ?
C’est dans ce contexte que la révision de la note des Etats-Unis est particulièrement inquiétante. En effet, la crise de 2008 a montré la capacité auto-réalisatrice du système financier actuel. L’éventuel abaissement de la note pourrait provoquer une hausse des taux, déséquilibrant plus encore les finances publiques du pays, provoquant une baisse de la note. Le cercle vicieux qui avait conduit à l’explosion de la bulle des subprimes pourrait également avoir lieu sur les dettes publiques.
S’agit-il d’un simple avertissement ou d’un prélude à une grave crise, le véritable effondrement du système financier comme le pronostique depuis longtemps le GEAB ? La crise pourrait-elle avoir lieu dès 2011 ou faudra-t-il attendre plusieurs années ? Il y a un peu plus de deux ans, j’avais pronostiqué comme point de départ d’une nouvelle crise financière un défaut de l’Italie suite à une augmentation des taux consécutive à une hausse de l’inflation, mais c’était en 2016…
Pour l’instant, il faut encore garder la tête froide car la note des Etats-Unis n’a pas été baissée et la Fed semble résolue à tout faire pour éviter une crise. En outre, une crise sur la dette étasunienne serait terminale pour le système financier. Les marchés ont-ils vraiment envie de jouer sur leur propre perte ? Le risque le plus probable reste en Europe, avec cet euro qui impose des politiques intenables à l’ensemble des pays du Sud de l’Europe ou l’Irlande.
Il est probable aujourd’hui que la prochaine crise (terminale ?) du capitalisme viendra d’un défaut d’un Etat. L’Europe semblait en pôle-position avec la Grèce, l’Irlande ou le Portugal. A force de laxisme budgétaire, les Etats-Unis les ont rejoints. Nous n’attendrons sans doute pas 2016…
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27.03.2011
Quand le volapük européen traduit saignée et tutelle par « aide » !
Cette semaine a été le théâtre d’une comédie totalement ubuesque où l’on a pu voir l’Union Européenne demander à « aider » le Portugal et ce pays refuser cette « aide ». Voilà de quoi relativiser l’emploi du terme « plan de sauvetage » pour les plans européens.
Le Portugal au bord du gouffre
La situation est proche de l’explosion à Lisbonne. Les taux d’intérêt à long terme approchent 8%. Sachant que la dette publique équivaut à 90% du PIB, cela signifie que si les taux restaient en l’état pour une longue période, alors, le pays devrait consacrer plus de 7% de sa richesse tous les ans uniquement pour payer les intérêts de la dette, sans parvenir à la réduire. La crise est telle que le Premier Ministre a démissionné après le vote négatif du parlement sur un énième plan d’austérité.
Dans un tel contexte, on pouvait imaginer que José Socrates accepterait le « plan de sauvetage » européen de 75 milliards d’euros, qui permettrait à son pays de financer sa dette pour plusieurs années. Mais non, le Premier Ministre en sursis a eu le courage de le refuser pour laisser les Portugais trancher lors des élections législatives à venir. Voici un comportement hautement démocratique qui fait honneur à cet homme qui n’engage pas son peuple contre sa volonté.
Ce que ces plans disent de l’Europe
Tout ceci permet de relativiser le vocabulaire positif utilisé pour présenter ces plans. Car ces plans ne sont pas des « plans d’aide » à un pays, sans quoi personne n’hésiterait à y souscrire. Ce sont des plans qui permettent de sauver l’euro et de préserver les intérêts des créanciers au prix d’une véritable saignée économique et d’une sévère mise sous tutelle des pays qui y souscrivent. Les Portugais ont été précédés par la Grèce et l’Irlande, pour leur plus grand malheur…
Ces pays auraient simplement besoin de dévaluer pour restaurer l’équilibre de leur commerce et de leur balance des paiements autrement que par une baisse sauvage des salaires et du pouvoir d’achat de la population. On peut également souscrire à l’idée d’une restructuration de la dette : même un journal aussi sérieux que The Economist le soutient depuis des mois. L’Europe achète du temps, le fait payer par les peuples, mais ces plans ne résolvent rien et la situation empire.
Et la situation est d’autant moins durable que le dispositif anticrise adopté est totalement insuffisant. Si Madrid était en difficulté, toutes les cartouches seraient grillées. Mieux, les pays européens ont à peine réussi à s’entendre pour maintenir la taille du dispositif, loin des demandes de certains de le doubler ou de lancer des euro-obligations. La Tribune a bien compris que rien n’a été réglé alors que le Figaro fait mine de croire que de véritables solutions ont été adoptées.
Un troisième incendie fait rage dans la zone euro avec le Portugal qui suit l’exemple de la Grèce et de l’Irlande. Quel sera le premier pays à quitter la monnaie unique et à restructurer sa dette ? La question n’est pas de savoir si cela arrivera mais quand, tant les « plans d’aide » ne résolvent rien.
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21.03.2011
La guerre de l’euro continue
La monnaie unique européenne promet de provoquer encore des discussions bien enflammées dans les mois et années à venir. Alors que l’on note un raidissement dans le discours des partisans de l’euro, Nicolas Dupont-Aignan s’apprête à lancer un livre qui va faire du bruit.
Les saignées à Athènes, Dublin et Lisbonne
L’actualité n’a malheureusement pas permis de s’y attarder beaucoup, mais cela bouge dans les pays de la périphérie de la zone euro. Le nouveau gouvernement Irlandais a annoncé un nouveau plan d’austérité cette semaine : au menu, suppression de vingt-cinq mille postes de fonctionnaires (8% du total), réduction de 10% des salaires à l’embauche (après une baisse de 14% des traitements), baisse de 15% des allocations sociales, hausse de la TVA et de l’impôt sur le revenu.
Mais comme Dublin a refusé de remonter son impôt sur les sociétés, les pays de la zone euro ont refusé de revoir les conditions du plan de sauvetage de l’automne dernier, contrairement à la Grèce qui a obtenu une baisse d’un point des taux d’intérêt (désormais alignés sur ceux du FMI : auparavant ils étaient donc plus élevés…) et un allongement de leur maturité. Au Portugal, il y a une semaine, une manifestation monstre de trois cent mille personnes a montré la révolte du peuple.
Crispation des partisans de l’euro
La défense de l’euro impose des plans d’une brutalité inouïe (l’ajustement budgétaire Irlandais atteindra au cumul 20% du PIB dans 3 ans !) alors que des dévaluations auraient permis des ajustements moins violents, comme en Islande ou en Argentine. Est-ce la raison pour laquelle ils se crispent ? Sur le site Taurillon, j’ai commencé par débattre avec de véritables moines soldats qui montent sur leurs grands chevaux dès que l’on critique leur veau d’or, avant de rentrer dans un vrai débat plus constructif.
Le fait que le Front National ait rejoint DLR six mois après pour demander une sortie de l’euro n’arrange pas les choses. Le Monde vient de consacrer un papier dédaigneux et catastrophiste mais aussi court en arguments. Pourtant de nombreux économistes (Jacques Sapir, Gérard Lafay, Jean-Luc Gréau, Alain Cotta, Christian Saint-Etienne, Paul Krugman, Joseph Stiglitz et Maurice Allais) recommandent carrément la sortie de l’euro ou en soulignent les limites inextricables.
L’Arnaque du siècle
De manière amusante, même les tribunes de soutien contiennent aujourd’hui une grande part critique, comme le montre la tribune de Martin Wolff dans le Monde « La zone euro survivra ». Mieux, Philippe Askenazy, toujours dans le quotidien vespéral, souligne les limites d’une construction monétaire unique pour deux pays aussi différents que la France et l’Allemagne. Dans une génération, il y a aura deux fois plus de naissances chez nous, pour une population équivalente.
Dans ce contexte, je vous invite à retenir la sortie prochaine du prochain livre de Nicolas Dupont-Aignan : « L’euro, les banquiers, la mondialisation : l’arnaque du siècle » qui sortira le 31 mars. Ce livre court mais complet démonte les mécanismes qui font que l’euro asphyxie les économies européennes, les multiples conflits d’intérêt au cœur de la monnaie unique et explique comment nous pourrions en sortir, imaginant même la conférence de presse du ministre de l’économie d’après la sortie !
De puissantes forces cherchent à sauver l’euro, aussi sa fin n’est pas forcément proche, même s’il génère d’énormes déséquilibres. A nous de nous armer de pédagogie pour expliquer ces disfonctionnements et l’alternative d’un retour aux monnaies nationales
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12.01.2011
L’euro, ce sont les raisins de la colère en Europe
Et maintenant, c’est au tour du Portugal d’entrer dans la tourmente avec des taux longs qui dépassent 7%. Même si le Premier Ministre affiche son optimisme, comment ne pas constater que les pays de la périphérie de l’Union Européenne sont dans une grave impasse ?
L’Europe du Sud va dans le mur
Bien sûr, le Portugal va réussir à afficher un déficit public légèrement inférieur à la prévision initiale de 7.3%, mais la situation est totalement intenable. Certes, la Commission annonce une croissance du PIB de 0.5% en 2010 et de 0.7% en 2011 mais ce second chiffre semble totalement illusoire étant données les mesures d’austérité annoncées en novembre. Comment le pays pourrait-il croître avec un gel des retraites, une baisse de 5% du traitement des fonctionnaires et une hausse de la TVA ?
Certes, ce plan doit ramener le déficit à 4.6% en 2011 mais il est probable que le pays retombera en récession, d’autant plus que ce n’est pas la demande des autres pays européens qui pourra arranger quoique ce soit. Du coup, la dette publique va dépasser 80% du PIB. Le problème est que le Portugal empruntait autour de 4% à long terme et qu’il doit aujourd’hui emprunter à 7%. Appliqué à l’ensemble de la dette, cela représente un surcoût de 2.4% du PIB !
Joseph Stiglitz souligne bien justement que cette voie n’est pas tenable et que l’euro est devenu un « élément de faiblesse ». En effet, les pays du Sud de l’Europe ne pourront pas s’en sortir sans le bol d’air que donnerait à leurs économies une dévaluation car l’austérité entretient la crise, qui détériore la situation financière, qui appelle davantage d’austérité… Le seul moyen de casser ce cercle vicieux serait de dévaluer pour relancer la production intérieure et accroître les revenus du tourisme.
Aucune issue crédible possible
En fait, les pays du Sud de l’Europe sont dans une impasse similaire à celle de l’Argentine au tournant du siècle. En s’accrochant à la monnaie unique, ils accentuent la crise sans espoir d’en sortir. Plus ils tarderont, plus la sortie sera dure, même si on peut prédire un fort rebond, à la manière de ce qui s’était passé pour Buenos Aires. D’ailleurs, en Grèce, on assiste déjà à une fuite des capitaux similaire à celle de l’Argentine puisque les dépôts bancaires ont fondu de 12% depuis décembre 2009.
Les marchés et les acteurs privés ont bien compris que la situation est intenable et qu’il vaut mieux détenir des euros en Allemagne qu’en Grèce… La situation est intenable. Et ce ne sont pas les solutions évoquées par les défenseurs de l’euro qui permettraient de résoudre quoique ce soit. La plupart de leurs idées (plan de relance, rééquilibrage des balances commerciales) impliquent un changement tellement radical de la politique Allemande que cela semble totalement illusoire.
Les euro-bonds ne sont pas une solution. Même à hauteur de 60% du PIB (et il est peut probable que l’Allemagne accepte de devenir caution solidaire de 3500 milliards d’euros de dettes supplémentaires), cela laisserait des dettes au-delà des 60%, sur lesquelles la spéculation serait sans doute d’autant plus redoutable… Et puis, aucune solution évoquée ne permettrait pas de régler le problème de compétitivité, qui ne peut être soldé que par une dévaluation.
La Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie ne pourraient rester temporairement dans l’euro qu’en acceptant une baisse importante de leur niveau de vie pour regagner en compétitivité. Mais cette voie serait celle d’une Dépression comparable aux années 1930.
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27.11.2010
Quel plan B économique pour l’Europe ?
Cette semaine, la crise économique européenne a pris une nouvelle tournure avec l’annonce d’un énième plan de rigueur encore plus brutal en Irlande ainsi qu’au Portugal. De plus, Lisbonne devrait également demander l’aide du fond de soutien de l’Union pour refinancer sa dette.
Le cercle vicieux actuel
Ce qui est assez incroyable, c’est que les dirigeants européens ne semblent même pas se rendre compte de l’impasse dans laquelle ils s’enferment. D’ailleurs, c’est bien le signal que leur envoient les marchés en faisant exploser la prime de risque de la plupart des dettes souveraines. Déjà que la croissance de la zone euro n’était pas bien vaillante, l’addition de plans d’austérité sauvages ne va pas améliorer la situation, contrairement à ce que soutient la BCE.
En effet, comme l’a montré le FMI, l’austérité freine la croissance, et donc, par ricochet, les rentrées fiscales, limitant l’amélioration des comptes publics, ce qui, du coup, entraine de nouveaux plans de rigueur. L’Irlande le démontre parfaitement puisque les deux plans de rigueur précédents sont à peine parvenus à réduire le déficit de 14 à 12% du PIB et que la Grèce souffre d’une baisse de ses recettes fiscales qui menace l’atteinte des objectifs du FMI, ouvrant la porte à un nouveau plan...
En outre, nous assistons également à un classique cercle vicieux auto-réalisateur au niveau des marchés financiers. La hausse des taux déséquilibre plus encore les comptes publics en augmentant le montant des intérêts versés au marché, ce qui pousse à plus de rigueur, et donc moins de croissance, et ainsi une moindre capacité des Etats à rembourser. Du coup, la peur des marchés s’auto-entretient et semble nous mener tout droit à une panique qui pourrait se rapprocher de celle de 2008…
Quelles solutions pour en sortir ?
Je ne vais pas prétendre ici donner les solutions absolues pour sortir de la crise actuelle. Je souhaite davantage lancer un débat sur les solutions à adopter. Ma première réflexion, très keynésienne, est de constater qu’à ce moment précis les plans de rigueur semblent plutôt contribuer à accentuer la crise qu’à la résoudre. L’austérité réduit la croissance et le PIB, accroissant le poids de la dette et rendant plus compliqué son remboursement par les Etats. C’est ce qui se passe en Grèce ou en Irlande.
Clairement, la solution passe par une redynamisation de la croissance du continent qui réduira les déficits et allègera le poids de la dette. On pourrait même envisager une légère accélération de l’inflation (passer d’un objectif de 2 à 3/4% par an par exemple) pour alléger le fardeau de la dette sans dérapage inflationniste. Enfin, la solution d’une monétisation partielle de la dette (comme aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et au Japon) semble une évidence dans une période où la masse monétaire se contracte.
En effet, en rachetant les dettes publiques comme le font la Fed et les banques centrales Britanniques et Japonaises, les pays de la zone euro pourraient maintenir les taux longs à un faible niveau et faciliter la transition financière. En outre, on pourrait imaginer un grand plan (coordonné ou pas) d’investissements publics dans des infrastructures pour relancer la croissance. Dans les circonstances actuelles, seul un financement par les banques centrales semble crédible.
Si l’Europe semble avoir retenu les leçons de Keynes sur les banques, on peut se demander s’ils ne les ont pas oubliées concernant la croissance et les emplois. La rigueur qui s’empare du continent, outre le fait de casser une croissance peu vaillante, pourrait même être contreproductive pour les finances publiques.
Demain, j’étudierai l’option du défaut souverain
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : irlande, portugal, monétisation, plan de rigueur, plan d'austérité



