30.01.2011
Un peu plus d’inflation pour plus de croissance et de stabilité économique
L’équation que les banquiers centraux doivent résoudre vient de singulièrement se compliquer. En effet, l’inflation vient d’atteindre 2.2% dans la zone euro et même 3.7% en Grande-Bretagne, provoquant des interrogations dans la gestion des taux d’intérêt.
Bonne ou mauvaise nouvelle ?
Dans l’absolu, ce rebond de l’inflation est une mauvaise nouvelle car il est fort probable que, comme en 2008, cette hausse des prix se traduise directement par une baisse du pouvoir d’achat, n’ayant aucun impact sur le niveau des salaires. The Economist rapporte ainsi que les salaires progressent de 2.2% et que tout semble indiquer que le niveau du chômage empêchera tout ajustement. Pire, la hausse de la TVA de 17.5 à 20% devrait faire passer l’inflation au-delà de 4 ou 5%.
En fait, comme en 2008, cette inflation est la conséquence de l’envolée du prix des matières première. Si on les exclut, aux Etats-Unis, l’inflation est restée au niveau anémique de 0.8% alors qu’elle a bondi de 1.3 à 1.7% au global. Et comme il est probable que la hausse du cours des matières premières ne pourra pas se poursuivre à ce rythme, cette vague d’inflation est probablement temporaire. Le risque d’une course prix-salaires est quasi-nul avec un tel chômage.
Malheureusement, la dogmatique BCE pourrait en tirer une mauvaise conclusion, comme elle l’avait fait mi-2008. Alors que la Fed avait déjà baissé ses taux d’intérêts de trois points en un peu plus de six mois, la BCE avait remonté ses taux de 0.25 point, à contre temps du cycle économique, propulsant l’euro à des niveaux historiques et achevant d’étouffer une économie européenne qui a donc subi une crise plus dure qu’aux Etats-Unis (PIB en baisse de 4% contre 2.5%).
Quel objectif d’inflation ?
En revanche, étant donné le niveau élevé des dettes souveraines, on peut se demander aujourd’hui si un niveau d’inflation légèrement supérieur ne serait pas un moyen commode et beaucoup moins douloureux de réduire le poids de la dette. Un simple calcul montre qu’au bout de 10 ans, 1% d’inflation (et 1.5% de croissance) réduise mécaniquement le poids de la dette par rapport au PIB de 22%. Avec 3% (chiffre raisonnable), le poids de la dette par rapport au PIB baisse de 36%…
Mais par-delà l’effet mécanique de réduction de la dette, on peut aujourd’hui se poser la question de la pertinence d’un objectif d’inflation de 2%. Ne s’agit-il pas d’un chiffre trop faible ? Une inflation trop faible ne finit-elle pas par peser sur la croissance ? Une inflation de 3% ne serait-elle pas plus propice à une croissance plus forte ? L’histoire économique récente du continent européen semble indiquer un lien entre le niveau de croissance et d’inflation.
En outre, une inflation trop faible pourrait avoir tendance à réduire excessivement le coût de l’argent. Avec un point d’inflation en plus dans les années 2000, il est probable que les taux d’intérêt auraient été au moins un point plus élevé, ce qui aurait lourdement pesé sur les emprunts immobiliers et probablement limité la bulle immobilière. De même, cela aurait peut-être dégonflé un peu la bulle financière. Une inflation trop faible provoque également un crédit trop bon marché.
A un moment où l’envolée du prix des matières premières fait remonter l’inflation, un débat devrait s’ouvrir pour questionner les 2% choisis en Europe comme niveau optimal sans qu’il n’y ait la moindre preuve pour soutenir ce choix. Même le FMI s’est posé la question récemment.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : inflation, pouvoir d'achat, fmi, the economist
22.05.2008
Paradoxes et fractures économiques
Les nouvelles du front économique sont extrêmement contradictoires depuis quelques semaines. D’un côté, les chiffres de croissance sont meilleurs que prévus des deux côtés de l’Atlantique. De l’autre, la consommation baisse partout, et jamais la confiance des ménages n’a été aussi basse.
Il est vrai que les derniers indicateurs économiques des deux côtés de l’Atlantique peuvent pousser à l’optimisme. Certes, la croissance n’a été que de 0,6% sur les deux derniers trimestres aux Etats-Unis, mais cela semble signifier que le pays n’est pas entré en récession et les chiffres de l’emploi suggèrent que le pire serait derrière nous, ce qui justifie une probable pause dans la baisse des taux d’intérêt de la Fed, et une nette reprise de la bourse. De ce côté-ci de l’Atlantique, la croissance 2007 a été revue à la hausse de 1,9 à 2,1% et le chiffre de 0,6% au premier trimestre est un bon score. Mieux, l’INSEE affirme (sans doute un peu imprudemment), que le pouvoir d’achat aurait bondi de 3,3% en 2007. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ?
Cette vision des choses est bien évidemment partielle. Aux Etats-Unis, des centaines de milliers de ménages ont perdu leur maison à cause de la crise des subprimes et la crise immobilière est loin d’être finie puisque les prix de l’immobilier baissaient de plus de 12% en rythme annuel dans les grandes villes. De même, en France, la consommation a reculé en mars, l’inflation a atteint plus de 5% sur les produits de grandes marques et la baisse du chômage marque une pause après plus de deux années de bons chiffres. Les chiffres globaux sur le pouvoir d’achat sont particulièrement délicats à utiliser dans la mesure où ils sont une moyenne qui camoufle des différences colossales selon les types de foyers en fonction de leur revenu ou de leur possession de leur logement par exemple.
En effet, l’inflation du prix des loyers, de l’énergie et de l’alimentation pèse d’autant plus fortement sur les ménages modestes qu’ils sont rarement propriétaires et que ces dépenses représentent une part nettement plus importante de leurs dépenses. Résultat, leur pouvoir d’achat est bien en baisse depuis quelques mois. La moyenne est peut-être à la hausse, mais elle cache des disparités toujours plus importantes, le plus souvent au détriment de ces ménages modestes. Il semble que la fracture sociale s’accroisse fortement entre les classes populaires, qui souffrent du retournement de la conjoncture (avec l’envolée des prix de l’alimentaire et de l’énergie) et les classes aisées, qui traversent ce ralentissement économique sans conséquence, notamment grâce à un paquet fiscal dont ils ont profité de manière disproportionnée.
La politique fiscale du gouvernement a aggravé les conséquences des soubresauts économiques actuels (crise financières et hausse du prix des matières premières). Résultat, la fracture économique ne cesse de se creuser.
11:02 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pouvoir d'achat, croissance, inflation
14.05.2008
OGM, pouvoir d’achat : qui sème le vent récolte la tempête
J’avais prévu de parler d’autre chose que de Sarkozy dans les prochains jours, mais l’actualité d’hier a malheureusement à nouveau illustré les immenses limites de cette présidence qui vire à la farce.
Il y a une semaine, le président recevait à l’Elysée l’ensemble des parlementaires UMP pour les remobiliser. Cette réception, bien peu cohérente avec l’esprit de nos Institutions, pour lesquelles c’est le Premier ministre qui joue le rôle de chef de la majorité, avait été l’occasion de plusieurs dérapages. Nicolas Sarkozy avait notamment attaqué la presse, qui jouerait « le rôle de l’opposition ». Mais surtout, le président s’en est pris à ses prédécesseurs, qui auraient été tous immobiles et n’auraient pas réformé le pays alors que lui, a le courage de réformer. Jacques Chirac, mais aussi le Général de Gaulle, auraient été cités. Heureusement, l’ancien chef de l’Etat, qui a, lui, le sens de l’Etat et des responsabilités, ne s’est pas laissé à aller à de telles attaques hier, en recevant les anciens membres de son cabinet…
Hier, la gauche a donc profité d’un manque de députés UMP pour faire passer une motion de procédure afin de rejeter le texte du gouvernement sur les OGM. Ce vote rappelle l’épisode du PACS d’il y a dix ans, quand la majorité de Lionel Jospin, pas toujours motivée pour soutenir le texte, avait été mise en minorité par la droite à l’Assemblée. Mais ici, cette mise en minorité est la deuxième après le passage de l’amendement Chassaigne et elle intervient à peine une semaine après la réunion de l’Elysée. Bref, la majorité est dans un état second… Et cela n’est pas complètement étonnant. Nicolas Sarkozy s’est construit contre la discipline gouvernementale de 2002 à 2007. Fort logiquement, il a montré le mauvais exemple à des députés qui se sentent sans doute moins enclins à la traditionnelle solidarité majoritaire.
Du coup, cette nouvelle a éclipsé le déplacement du président sur le pouvoir d’achat où il a défendu la loi de modernisation économique. Le « président du pouvoir d’achat » y a fait une déclaration très solennelle : « le pouvoir d’achat, ce n’est pas foutu » et il s’est déclaré déterminé à chercher le point de croissance qu’il promettait jadis de « chercher avec les dents ». J’ai eu l’occasion hier de revenir sur le détail de ce projet. Mais la bataille législative risque d’être au moins aussi difficile que sur les OGM car la majorité est au moins aussi divisée sur ce sujet… Bref, Jean-François Copé n’est pas prêt d’être tranquille.
Tous les jours, cette présidence semble tomber plus bas que la veille. Entre des déclarations bien peu en phase avec ce que l’on peut attendre d’un président et une majorité qui se montre aussi peu solidaire que le ministre qu’il était, on se demande comment Nicolas Sarkozy pourra redresser la barre.
Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/05/14/01002-20080514ARTFIG00330-couac-a-l-ump-la-loi-ogm-repoussee-par-l-assemblee.php
http://www.lefigaro.fr/politique/2008/05/13/01002-20080513ARTFIG00449-sarkozy-le-pouvoir-d-achat-ce-n-est-pas-foutu.php
12:19 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, ogm, pouvoir d'achat, chassaigne



