16.06.2008
La triste berlusconisation des médias
Nicolas Sarkozy est habile. En dénonçant l’opposition systématique des médias à son égard, il a de nouveau jeté un voile de fumée sur son contrôle toujours plus choquant des médias.
Faisons les comptes : une majorité qui dispose de plus de 75% du temps de parole à la télévision, le propriétaire de TF1, témoin de mariage du président, qui embauche l’ancien directeur adjoint de campagne du candidat, Laurent Solly, dès mai 2007, une mise au placard d’un présentateur vedette un peu trop impertinent, la nomination à la tête de la rédaction de TF1 d’un candidat majorité présidentielle aux municipales, une suppression de la publicité sur le service public qui a fait bondir de 10% la valeur de TF1 en bourse le jour de l’annonce, une prochaine autorisation d’une deuxième coupure publicitaire sur les chaînes privées et une réforme des seuils de concentration des média, une réforme de France Télévisions qui suit docilement les recommandations de… TF1, et enfin un président qui intervient auprès des patrons de presse (Libération, Le Monde, le renvoi du patron de Paris-Match) ou annonce en exclusivité certaines nominations (Harry Roselmack sur TF1 ou Nicolas Beytout aux Echos).
Quand on met tous ces faits bout à bout, la stratégie de victimisation en prend un coup. Bien sûr, quelques médias s’opposent encore fermement au président (Canal Plus, Le Canard Enchaîné, Libération, Marianne, le Nouvel Obs), mais cela reste une goutte d’eau dans un océan médiatique de plus en plus sarkozyste. Le candidat qui souhaitait une « république irréprochable » a fait tout le contraire une fois arrivé. Est-il normal en effet que l’opposition (qui représentait 65% des voix au premier tour) se partage moins de 25% du temps de parole à la télévision ? Est-il normal que le président décide seul d’une suppression de la publicité sur le service public dont le premier bénéficiaire sera la chaîne de son témoin de mariage, chaîne souvent accusée de rouler pour le président de la République ?
Il n’y a qu’un seul pays démocratique au monde où le mélange des genres a été poussé à ce point (voir dépassé il est vrai), c’est l’Italie de Silvio Berlusconi. Nicolas Sarkozy sature les ondes comme jamais auparavant un président ne l’avait fait. Il se permet de prendre des mesures qui profitent outrageusement à des intérêts privés dont il est proche, au détriment du service public. Il se permet d’intervenir directement auprès des propriétaires de médias, comme jadis les ministres intervenaient auprès de l’ORTF. On ne saura sans doute jamais s’il est vraiment derrière la mise au placard de PPDA et l’arrivée de Laurence Ferrari ou si cette décision a seulement été prise pour lui faire plaisir. Mais les faits sont là, la France est désormais plus proche de l’Italie de Berlusconi que d’aucune autre grande démocratie occidentale.
Temps de parole, interventions intempestives, mélange des genres malsains : bien sûr tous les médias ne sont pas derrière Nicolas Sarkozy, mais la pente suivie depuis un an n’en demeure pas moins inquiétante.
Source : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/06/12/la-commission-cope-prone-une-profonde-reorganisation-de-france-3_1057193_3236.html#ens_id=1057294
Vous pouvez également lire le très bon dossier de Marianne sur le sujet
11:22 Publié dans Actualités, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : médias, marianne, ppda, ferrari, temps de parole



