07.05.2009

La formidable hypocrisie européenne du président

Nicolas Sarkozy est formidable : un jour avant l’anniversaire de son élection, il nous a livré un discours sur l’Europe qui résume parfaitement sa présidence, règne de l’ego et des postures et décalage incroyable entre les faits et les mots.

L’homme qui dit une chose…

Le discours de son parolier Henri Guaino frappe juste. La Turquie « n’a pas vocation à devenir membre de l’Union Européenne » puisqu’il juge « mieux inspiré » d’engager « dès maintenant » des négociations pour créer un « espace économique et de sécurité commun ». Il propose le même statut à la Russie pour cesser de « se diluer dans un élargissement sans fin ». Et il réaffirme sa volonté de « changer l’Europe », s’interrogeant même sur les pouvoirs de la Commission Européenne.

Le président n’a pas manqué de glorifier sa présidence de l’Union Européenne, qui aurait permis d’éviter que la Géorgie ne soit « rayée de la carte ». Grâce à lui, « un cessez le feu a pu intervenir à Gaza ». Enfin, son action aurait permis que l’Europe ne cède pas au sauve-qui-peut dans la crise financière. Bref, c’est le président superman qui aurait sauvé l’ensemble du continent et quelques pays voisins grâce à son activisme de tous les instants.

… et en fait une autre

Mais là, Nicolas Sarkozy est allé aussi loin que quand il avait promis d’être le « président du pouvoir d’achat » avant de devenir le président sous lequel le pouvoir d’achat n’avait jamais baissé aussi vite. Sur la Turquie, s’il a légèrement ralenti les négociations d’entrée dans l’Union Européenne, il les a poursuivies, ouvrant de nouveaux chapitres de négociations. En outre, il a fait supprimer le verrou constitutionnel du référendum lors de la réforme des Institutions.

 Mais le plus ridicule est sans doute cette volonté affirmée de changer l’Europe. Comment un président qui s’est précipité pour accepter un traité de Lisbonne copie identique du TCE peut-il affirmer sans rougir qu’il veut réexaminer les pouvoirs de la Commission Européenne alors qu’il a accepté dès le début de son mandat de les graver dans le marbre ? Comment peut-on lui laisser parler de changement alors qu’il a gâché une occasion unique de réformer l’Union Européenne suite au « non » de 2005 ?

D’ailleurs, quelle initiative institutionnelle a-t-il pris pendant son mandat de président de l’Europe ? Son bilan est aussi outrageusement fardé qu’une actrice de charme de série Z. La Géorgie ? Il a accepté toutes les conditions posées par la Russie. Gaza ? Israël n’a pas tenu compte une seconde de son ballet diplomatique. La crise économique : si l’Union Européenne s’est mise d’accord sur le plan de sauvetage des banques, c’est en s’inspirant du plan anglais et aucune coordination des plans de relance n’a vu le jour.

Ce discours sur l’Europe représente une des pièces à conviction les  plus incroyables sur Nicolas Sarkozy. Le président est allé encore plus loin que d’habitude dans l’emphase égotique de son bilan et dans le décalage entre son action et ses mots.

Source : http://www.lemonde.fr/elections-europeennes/article/2009/...

http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/05/la-tentation-p...

15.12.2008

Un autre regard sur le bilan de la présidence Française de l’Europe

Alors que la France s’apprête à passer la main à la République Tchèque pour la présidence de l’Europe, Nicolas Sarkozy a dressé un bilan extrêmement positif de son action. L’examen un peu plus attentif permet d’aller plus loin que le « chapeau l’artiste » de conclusion du Figaro

Un président qui agit ou qui bouge ?

Il faut dire qu’à première vue, le bilan de Nicolas Sarkozy semble extrêmement positif. Tout le monde a noté un retour des Etats et des politiques en Europe. On loue son action en Géorgie, son action pour régler la crise économique, la solution trouvée pour la ratification du traité de Lisbonne, l’Union pour la Méditerranée ou enfin l’accord qui est intervenu pour le paquet climat lors du sommet de la semaine dernière. Bref, à lire un peu rapidement la presse, on peut croire que l’Europe a grandement avancé. Et il est vrai que les multiples sommets et déclarations suggèrent un activisme de tous les instants.

Malheureusement, cet activisme était souvent de façade. La Géorgie ? Le premier accord signé à Moscou était tellement favorable aux Russes qu’il a fallu revenir dessus. L’Union pour la Méditerranée ? La grande proposition Française a été réduite à un prolongement d’une politique lancée il y a dix ans, sans grande substance et inclut le Danemark et l’Irlande. La réaction à la crise ? Pour sauver les banques, l’Europe s’est alignée sur le plan Brown. Et aujourd’hui, le plan de relance européen est tout sauf coordonné. Le plan climat ? Les objectifs sont les mêmes depuis plus de dix ans et Nicolas Sarkozy est parvenu à un accord qui recule les contraintes…

Bref, par-delà l’immense autosatisfaction de notre président, les réalisations ne sont pas si importantes. Nicolas Sarkozy multiplie les accords et les déclarations mais n’avance pas vraiment sur la résolution des problèmes. Pour lui, le fait de trouver un accord prime sur le contenu de l’accord. Le simple fait de bouger est plus important que le contenu des accords. L’enrobage communicant permet de faire passer les vessies pour des lanternes et la valse des annonces ne permet pas de s’arrêter suffisamment sur les faits pour démasquer la supercherie.

Retour des Etats ou Etats désunis ?

Le Monde titre sur le retour des Etats et il est vrai que la présidence Française a montré que ce sont bien les Etats qui peuvent faire avancer les choses et que les institutions européennes sont souvent paralysées pour prendre des décisions. La Commission Européenne semble paralysée face à une crise qui remet en cause tous ses dogmes ultralibéraux. La BCE, qui a toujours les taux les plus élevés des grandes banques occidentales, a beaucoup tardé pour baisser ses taux. Pire, cette présidence a surtout montré une désunion historique des Etats européens.

Lors des Jeux Olympiques, l’Europe a affiché un front désuni, entre dirigeants qui ont assisté à la cérémonie d’ouverture et ceux qui l’ont boudée. Sur le plan de relance, les divergences n’ont pas du tout été comblées et la coordination est pour l’instant quasiment nulle quand on constate la différence des plans adoptés par les grands pays (France, Allemagne, Royaume-Uni et Espagne). Enfin, le couple franco-allemand n’a jamais connu de point aussi bas depuis des décennies. Chaque pays défend ses intérêts sans jamais sembler considérer un éventuel intérêt général européen.

Il n’y a guère que pour sauver les banques (ce qui était important il est vrai) que l’Europe a agi de manière unie et décisive pendant la présidence Française. Pour le reste, l’Union Européenne n’a pas vraiment avancé et a exposé tous les jours une plus grande désunion.

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2008/12/13/01003-200...

http://www.lemonde.fr/l-europe-a-l-heure-de-la-presidence...

20.10.2008

L’activisme à double tranchant de Nicolas Sarkozy

La crise économique et financière est l’occasion pour Nicolas Sarkozy de démontrer ses grandes qualités de leadership, mais aussi ses limites en matière de résolution de problèmes…

Nicolas Sarkozy est un véritable chef. Même s’il est difficile de véritablement juger de la performance des précédents présidents de l’Union Européenne, il semble incontestable que le président Français fait partie du haut du panier en matière d’animation du groupe des chefs d’Etat et de gouvernement européens. Après avoir échoué lors de la réunion du G4 Européen pour avoir pousser ses idées sans s’assurer de l’accord des autres participants, la réunion d’il y a huit jours a permis de stabiliser la situation à l’échelle continentale avec l’annonce d’un plan de soutien aux banques de 2 000 milliards d’euros. Si ce plan n’a pas tout réglé, il a au moins démontré la capacité d’action des pays européens quand leurs chefs politiques sont coordonnés par un président actif et volontaire.

Nicolas Sarkozy a continué à endosser son rôle de co-leader du monde en se rendant à Camp David samedi pour convaincre Georges Bush d’organiser au plus vite un sommet pour tirer les conclusions de la crise financière actuelle. Et pour le coup, il est difficile de ne pas lui tirer un coup de chapeau pour ce qu’il a obtenu, même si les circonstances y étaient très favorables. Nicolas Sarkozy a raison de vouloir associer les grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, un pays arabe) à la résolution de la crise, tant leur rôle sera capital par les capitaux qu’ils possèdent et leur poids économique. Cette volonté d’associer les pays émergents est somme toute très gaulliste et prend acte des limites de notre modèle occidental. Sa volonté d’organiser rapidement une réunion est également la bienvenue car l’ampleur de la crise n’est pas sans rappeler celle de 1929.

Mais le problème avec Nicolas Sarkozy n’est pas vraiment sa capacité à entraîner les autres, ou à agir en chef. Le problème porte sur les solutions qui sont mises en place. Car s’il a très justement poussé les leaders européens à travailler pour résoudre la crise et s’il est parvenu à un accord important pour sauver les banques, les conclusions du dernier sommet européen montrent les limites de sa démarche. Si l’Europe s’est mise d’accord pour sauver les banques, elle ne s’est pas mise d’accord pour sauver la croissance et les emplois en refusant tout plan de relance coordonné. En outre, le niveau des taux de la BCE reste absurdement élevé par rapport aux Etats-Unis. Enfin, le choix de l’ancien patron du FMI pour coordonner l’aide aux banques en France démontre une absence de remise en cause du système contradictoire avec son discours. Bref, si on peut lui faire confiance pour organiser un nouveau Bretton Woods, on peut avoir des doutes sur la qualité des solutions qui y seront adoptées.

La forme, pas le fond : c’est toujours la même rengaine avec Nicolas Sarkozy. Au moins, il aura démontré que la France a toujours vocation à jouer un des premiers rôles sur la scène internationale.

Source :  http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/19/crise-l-idee-d-une-serie-de-sommets-retenue_1108622_1101386.html#ens_id=1089411

01.07.2008

Narcisse éternel candidat

Hier soir, le chef de l’Etat s’est invité sur France 3 pour défendre son action et dresser les grandes lignes de la présidence française de l’Union Européenne. L’occasion pour lui de multiplier les promesses de dépenses et de développer un étrange discours sur l’Europe.

Hier soir, c’était la fête de la TVA. Hôtellerie, restauration, essence, bâtiment Haute Qualité Environnementale, disques, DVDs : partout, Nicolas Sarkozy promet de vouloir faire baisser la TVA de 19,6 à 5,5%. Il en a même profité pour égratigner Jacques Chirac en affirmant qu’il ne « voulait pas seulement tenir ses promesses mais aussi celle des autres ». Cette pique inélégante, inutile et peu républicaine est un peu facile de la part d’un président dont la multiplication des promesses compromet fortement la réalisation. Car après tout, comment pourrait-il réduire les déficits publics de 50 milliards en cinq ans tout en réduisant si fortement la TVA ? Et puis, après l’échec de sa proposition de baisse de la TVA sur l’essence, comment espére-t-il convaincre nos partenaires européens en chargeant la barque plus encore ?

Ce manque de sérieux budgétaire rappelle le candidat, dont le programme était un des plus chers. Pour l’instant, Nicolas Sarkozy continue à réciter un discours de campagne alors qu’il est en fonction. Il est vrai qu’il est meilleur candidat que président et que la première position est plus facile. Les Français s’en sont lassés et le temps qui passe rendra cette position de plus en plus difficile. Mais quitte à tenir un discours de candidat, le président n’y est pas allé de main morte sur l’Europe. Il a critiqué la politique de la BCE et recommandé à Jean-Claude Trichet de ne pas monter les taux d’intérêts. Il a critiqué le niveau de l’euro, qui pénalise Airbus, la politique commerciale du commissaire européen à l’OMC, le manque de protection vis à vis de la concurrence déloyale ou l’acceptation du poulet chloré.

À dire vrai, sur ces sujets, le discours du président sonnait juste. Son argumentaire sur la nécessité de ne pas monter les taux d’intérêt était très juste : il est vrai que l’inflation actuelle n’a rien à voir avec celle des années 70 et qu’une hausse des taux n’y fera rien. Sur tous ces sujets, il était très convaincant. Le problème est que sur l’Europe, il y a un monde entre ce que Nicolas dit et Sarkozy fait. Lors de la négociation du traité de Lisbonne, il aurait pu faire changer des choses mais il ne semble même pas avoir essayé. De même, quand il souligne les accords pris avec l’Allemagne sur la baisse des émissions polluantes, il dissimule de véritables redditions aux positions allemandes.

Et puis, ce show a également été l’occasion de contre vérités assez incroyables. Le locataire de l’Elysée a poursuivi son discours affirmant que les produits de la grande distribution sont 15% plus chers en France qu’en Allemagne, alors que même les enquêtes diligentées par le treize heures de TF1 montrent que cela est faux. En réalité, il faut veiller à comparer des produits comparables puisque la part du Hard Discount est beaucoup plus forte en Allemagne qu’en France. Il a aussi tenté un discours assez incroyable sur le prix du pétrole en affirmant que si l’Europe baissait les taxes, alors les Etats producteurs baisseraient les prix. Ce raisonnement hasardeux oublie le rôle du marché (!!!) et le fait qu’une baisse des taxes, et donc des prix, stimulerait in fine la consommation et donc les prix.

Le président a aussi poursuivi dans son rôle de fanfaron en soulignant que 60% des entreprises utilisaient les heures supplémentaires défiscalisées : ce chiffre, impressionnant, camoufle le fait qu’avant même cette mesure, une grande partie des entreprises utilisaient déjà les heures supplémentaires… Ensuite, il a osé se vanter des bons chiffres du chômage, d’autant plus hérités de l’équipe précédente que depuis le début de l’année, le chômage s’est stabilisé. Ensuite, devant des journalistes bien inoffensifs, il s’est vanté d’avoir visité nombre de sites industriels d’Airbus ou Arcelor, oubliant les promesses qu’il y avait fait… En tout cas, le président avait l’air heureux de lui-même et de sa prestation, oubliant son sourire uniquement pour évoquer la tragédie de Carcassonne.

Nicolas Sarkozy reste un formidable candidat pour peu qu’on ne gratte pas trop le fond de son discours car il vend plutôt bien sa propre personne. Le problème est la confrontation avec la réalité : notre Narcisse beau parleur s’y heurte tous les jours davantage.

Lire aussi le dossier intéressant sur les Narcisse dans le Marianne de la semaine