13.08.2008

Sarkozy 15 mois après : de l’état de grâce à la disgrâce

Il y a un an, Nicolas Sarkozy naviguait sur un lac pour ses vacances aux Etats-Unis et dans les sondages en France. Grâce à une fin de session parlementaire réussie, le président peut profiter d’un léger rebond, même si cela ne doit pas cacher une disgrâce profonde. Début de ce bilan d’étape.

Même si cela ne retire rien à mon jugement de l’époque, ni à mon vote, que je ne regrette pas, j’arrive parfaitement à comprendre le jugement des Français en mai 2007. Après tout, Nicolas Sarkozy avait assez largement gagné la bataille de la communication face à Ségolène Royal, et cela n’était pas seulement la conséquence du traitement de l’actualité par les médias. Le candidat de l’UMP faisait nettement plus compétent que la candidate du Parti Socialiste, comme l’a montré le débat du second tour. Il n’est pas étonnant que les Français aient préféré faire confiance à Nicolas Sarkozy pour gérer le pays tant il semblait plus sûr de lui, quand Ségolène Royal paraissait si souvent hésitante, et parfois à côté de la plaque… En outre, le candidat de l’UMP avait su se réinventer en enrichissant son discours sur la rupture des discours républicains d’Henri Guaino pour se recentrer.

Quinze mois après, le masque est en partie tombé. Le discours républicain du candidat, qui avait modéré son libéralisme, son communautarisme et son adhésion au modèle Américain pendant l’année précédant l’élection, n’a pas vraiment survécu aux quinze premiers mois de sa présidence. Le discours de Latran et celui d’Arabie Saoudite lui ont permis de renouer avec une vision du rôle de la religion dans la société contraire à l’esprit de 1905, même si cela ne s’est pas encore traduit par des actes. Le président a également oublié les discours du candidat sur l’Afghanistan ou l’OTAN. Mais, surtout, l’impression de compétence s’est en bonne partie envolée du fait d’un style souvent trop léger (SMS passés lors de la réception au Vatican, blagues douteuses lors de la remise du prix Charlemagne à Angela Merkel, salon de l’agriculture…) et d’annonces précipitées (Shoah, l’esclavage ou réforme du service public…).

Bref, les Français qui pensaient avoir élu un président travailleur, sérieux et compétent, se sont retrouvés avec un président un peu léger, parfois vulgaire et dont la stratégie d’occupation de l’espace médiatique produit parfois un discours chaotique, voire amateur. Pire, alors qu’il avait bien imprudemment promis d’être le « président du pouvoir d’achat », jamais les Français n’ont eu autant de difficultés avec leur porte-monnaie, même s’il est vrai qu’il ne peut pas grand chose à la hausse du prix des matières premières. En outre, alors qu’il avait promis une « république irréprochable », cette présidence donne plutôt l’impression d’une « république des copains », avec une réforme du service public qui favorise clairement le groupe Bouygues, dont il est proche. Ceci est d’autant plus gênant que la politique fiscale du gouvernement favorise clairement les classes aisées.

Bref, la désillusion des Français est assez logique. Et encore, l’absence criante d’une alternative crédible protège sans doute le président d’un jugement plus sévère. Nul doute que la disgrâce serait beaucoup plus dure s’il y avait en face un parti d’opposition uni avec un chef et un début de programme alternatif.

Demain, je reviendrai sur les succès de ces quinze premiers mois.