23.04.2010
La posture gauchiste du PS
Mardi, Pierre Moscovici a présenté les conclusions de la convention nationale du Parti Socialiste pour « un nouveau modèle économique, social et écologique ». L’ensemble des média, Le Monde comme Le Figaro a présenté ce document comme un virage à gauche. Info ou intox ?
Le retour de la lutte des classes ?
Nous n’en sommes pas au « programme commun » de 1981, mais la crise de l’automne 2008, ses conséquences (et notamment les plans de soutien aux banques), l’envolée spectaculaire des inégalités et les innombrables polémiques sur les bonus des traders ou les rémunérations des grands patrons, ont sans doute poussé le Parti Socialiste à adopter des mesures et des postures plus radicales que lors des deux dernières décennies.
« Sus aux riches et aux méchantes entreprises ! ». Dans une posture logique par les temps qui courent, le PS dénonce « la captation des richesses par une minorité », « l’aliénation sociale » et « la mise sous pression des individus ». De ce constat, Pierre Moscovici tire des propositions visant à pénaliser les entreprises qui ont une trop grande part de contrats précaires ou qui ne partagent pas suffisamment les richesses. Le programme fiscal est chargé : prélèvement à la source, fusion IR / CSG, taxe Tobin ou « bouclier logement » pour les ménages les plus modestes.
Le Parti Socialiste fait mine de découvrir que l’Europe « met en concurrence les Etats et les peuples au lieu d’organiser leur coopération », qu’elle « dérégule les marchés au lieu de mettre en place les instruments de régulation, de protection de l’emploi et de l’investissement qui pourraient permettre à notre continent de se renforcer dans la mondialisation ». Pourtant, c’est ce même parti qui a soutenu tous les traités européens, y compris quand ils proclamaient comme objectif de l’Union Européenne « la concurrence libre et non faussée ». Mais pas l’once d’une autocritique ici.
Le Service Après Vente de la globalisation néolibérale
Certains aspects du programme sont intéressants, notamment la fusion de l’IR et de la CSG ou la proposition de taxe Tobin (encore qu’il faudrait en savoir plus sur son taux et sur les moyens de la mettre en place). On note également la volonté de mettre l’euro davantage au service de la croissance ainsi qu’une légère avancée protectionniste avec l’évocation de « tarifs extérieurs communs » au niveau européen (mais il s’agit de mesures exceptionnelles).
En effet, il manque toujours au Parti Socialiste une véritable remise en question de la déréglementation qu’il a accompagnée. La critique du libre-échange et de ses conséquences délétères sur le chômage et le pouvoir d’achat est limitée. L’euro n’est pas remis en cause, malgré le fardeau que la monnaie unique représente pour les économies européennes. Il n’y pas de proposition de refonte de l’architecture financière pour davantage la faire contribuer à la collectivité et prévenir les crises.
En fait, tout est indiqué dans le terme de « care », que Martine Aubry a souhaité mettre en avant. Passons sur le choix d’un terme en anglais… Au final, ce programme est assez révélateur du fait que le Parti Socialiste ne cherche qu’à corriger après coup certaines injustices du système économique actuel, mais sans véritablement le remettre en cause. Les mesures les plus radicales sont à peine esquissées et la plupart des réformes semblent plutôt là pour donner une caution « de gauche ».
De manière totalement contradictoire, après avoir dénoncé l’ultralibéralisme de l’Europe, le Parti Socialiste veut passer d’une « gouvernance européenne faible » à un « véritable gouvernement économique ». Pourtant, tous les traités montrent plus d’Europe, c’est toujours plus de déréglementation. Bref, l’attitude des socialistes est franchement malhonnête. Pire, les innombrables mécanismes fiscaux proposés ne feront que remplacer les anciennes niches par de nouvelles dans de nouvelles usines à gaz.
Malgré un discours plus à gauche, le PS en reste à des ajustements destinés à rendre le système un peu moins injuste. Pourtant, la sévérité de la crise devrait l’inciter à plus de radicalité. Le Général de Gaulle avait bien raison de dire qu’il n’aimait pas les socialistes parce qu’ils n’étaient pas socialistes…
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, pierre moscovici, union européenne, programme



