10.04.2011
Faut-il légaliser le cannabis ?
C’est le livre « La fin des dealers » du maire de Sevran, Stéphane Gatignon et d’un ancien policier, Serge Supersac, qui relance ce débat en France, relayé par le Grand Journal de Canal Plus, mais aussi la fondation Terra Nova ou Jérôme Leroy sur Causeur.
La thèse des auteurs
Les arguments des deux auteurs peuvent sembler justes au premier abord. Ils soutiennent (et ce n’est pas faux), que la consommation de tabac et d’alcool, autorisée par l’Etat, provoque plus de ravages que la consommation de cannabis aujourd’hui. Certains médecins ont même affirmé qu’il était moins dangereux que l’alcool. En outre, la prohibition ne semble pas avoir un grand impact sur son utilisation, puisqu’il y aurait quatre millions de consommateurs en France.
Les auteurs avancent également la manne financière que pourrait représenter la légalisation. En Californie, sa taxation devrait rapporter 1,3 milliards de dollars. Enfin, l’argument ultime, qui sert de titre au livre et donc de thèse principale est que la légalisation permettrait d’empêcher les trafics et les violences qui y sont associées et également d’adopter une politique de prévention plus développée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Enfin, cela permettrait de développer la production locale !
Du faux bon sens
Passé une première impression, l’examen un peu plus approfondi de la thèse des deux auteurs démontre de nombreuses limites. En effet, ce n’est pas parce que l’Etat autorise déjà la commercialisation de substances dangereuses qu’il faudrait autoriser celle du cannabis. Il en va de même pour l’échec de la prohibition, qui n’est pas plus recevable. Sinon, on ne voit pas ce qui pourrait s’opposer demain à la commercialisation de drogues beaucoup plus dures pour la même raison.
L’argument bassement mercantile révèle le fond libertaro-libéral d’une telle proposition. En outre, même s’il s’agit du titre du livre, on peut grandement douter du fait que cela permettrait « La fin des dealers ». En effet, ce n’est pas parce que le cannabis serait légalisé qu’il n’y aurait plus de trafic des autres drogues. Pire le commerce du cannabis pourrait offrir une vitrine légale aux dealers. Et s’il y a des taxes, il pourrait toujours y avoir du trafic pour y échapper (comme pour le tabac aujourd’hui).
Une passerelle vers les drogues dures
En outre, une telle légalisation pose d’innombrables problèmes. Tout d’abord, ne vaut-il pas mieux que le cannabis représente le premier stade d’interdit, justement parce qu’il est moins dangereux ? En effet, s’il est légalisé, les personnes en manque de sensation ne risquent-elles pas d’aller vers des drogues plus dures pour exprimer leur transgression des règles de la société. En outre, un tel recul de l’Etat ne risque-t-il pas d’en appeler d’autres à l’avenir ?
En effet, il y a de fortes chances que la légalisation du cannabis mène à une augmentation de la consommation de drogues dures. Le cas de l’ex-Tchécoslovaquie est particulièrement intéressant. La République Tchèque a adopté une attitude plus souple que la Slovaquie. Résultat, 15% des jeunes Tchèques en consomment contre 6% des jeunes Slovaques. Mais cet écart se retrouve également dans la consommation de drogues dures…
Depuis 1995, l’usage de drogues dures s’est largement développé puisqu’il concerne 10% des jeunes Tchèques de 15-16 ans (!!!) en 2007 contre 4% en 1995. 45% auraient déjà touché à la drogue (cannabis inclus) contre 22% en 1995. Voilà la réalité de la libéralisation. Même si la consommation de drogues s’est également beaucoup développée en Slovaquie, la consommation de drogues dures y reste deux fois moins importante et l’usage de cocaïne y est qualifié de marginal.
Aucun des arguments avancés par les auteurs de ce livre ne me semblent vraiment convaincants. Mais surtout, la légalisation du cannabis représenterait une incitation très dangereuse à la consommation de drogues plus dures.
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (66) | Envoyer cette note | Tags : stéphane gatignon, terra nova, serge supersac, jérôme leroy, causeur, prohibition, cannabis, drogues dures



