18.09.2011
Le grand virage protectionniste des européens
Après la conférence de presse du 16 juin, où avait été révélé un sondage sur l’état de l’opinion sur le libre-échange, l’association « Manifeste pour un débat sur le libre-échange », a organisé de nouveaux sondages dans toute l’Europe et organisé un colloque mercredi dernier.
Des européens ouverts à la démondialisation
Un des arguments des partisans du libre-échange est de dire que les Français sont un peu atypiques, que notre opinion est minoritaire et que nous ne pourrions pas changer seuls, nous promettant abusivement un destin comparable à celui de l’Albanie si nous suivions ce chemin. Mais le sondage révélé par l’association de Philippe Murer démontre que les opinions publiques allemandes, italiennes et espagnoles sont étonnamment proches de celle des Français sur ce sujet…
Dans le détail, pas moins de 65% des Allemands se déclarent opposés à la faible taxation des produits importés de Chine et d’Inde, à peine moins que les 70% de Français. A noter que les Italiens sont 71% à s’exprimer dans ce sens et les Espagnols 76%. Assez logiquement, les Britanniques sont les moins favorables, avec tout de même 50% de personnes se déclarant opposées à cette situation. De 60 à 67% de l’Europe continentale est favorable à un relèvement des droits de douane !
De manière intéressante, alors que 80% des Français déclarent que le cadre européen est préférable pour une telle politique, ce chiffre tombe à 73% en Italie, 68% en Espagne, 67% en Allemagne et 42% au Royaume Uni. 64% des citoyens britanniques sont prêts à y aller seuls si les autres pays européens n’y vont pas, contre 63% des Italiens, 60% des Espagnols, 57% des Français et 56% des Allemands. Bref, nos concitoyens semblent les plus attachés à l’idée européenne.
L’exception Française
A dire vrai, il s’agit d’une vraie surprise. Je ne croyais pas que les citoyens européens seraient à ce point ouverts aux idées protectionnistes, y compris les britanniques, dans la patrie du libre-échange. Il aurait été intéressant d’avoir fait ce sondage quatre ou cinq ans auparavant pour voir l’évolution. Il est probable que les opinions publiques ont beaucoup évolué récemment. Malgré tout, ce sondage révèle également de vraies divergences entre les peuples européens.
Les Français ont un jugement beaucoup plus sévère sur les conséquences de la mondialisation, qui tranche avec l’opinion des autres pays. Quand 75% des Français pensent que la mondialisation aura des conséquences négatives et 11% seulement positives, les autres opinions publiques sont moins tranchées : 62/29 en Italie, 56/30 en Grande-Bretagne, 56/32 en Espagne et 52/34 en Allemagne. Malgré tout, la victoire est claire pour le camp alternatif qui a gagné la bataille de l’opinion.
La présentation de ces résultats a été accompagnée d’un véritable colloque réunissant économistes (Jean-Luc Gréau, Hervé Juvin, et Jean-Claude Werrebrouck) et politiques (Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg). Je vous invite à consulter le papier et les vidéos de Seb Musset et les articles de Coralie Delaume et Bertrand Rothé qui étaient présents ou celui de Yann, n’ayant malheureusement pas eu la possibilité d’assister à cette réunion.
Petit à petit, nous gagnons du terrain. Nous sommes en train de gagner la bataille des idées grâce à des initiatives comme celles-là. Et la crise qui dure depuis trois ans est en train de créer les circonstances qui permettront à une véritable alternative d’arriver au pouvoir.
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11.08.2011
Quand le Brésil et l’Argentine ouvrent la voie à la démondialisation
Les opposants à toute remise en cause ont vite fait d’évoquer le spectre de l’Albanie ou de la Corée du Nord pour refroidir toute velléité de remettre en cause la mondialisation. Mais dans la réalité, de nombreux pays prennent des libertés avec les dogmes libre-échangistes, pour leur plus grand bien.
Quand le Brésil devient protectionniste
Voici un pays confronté à une monnaie largement surévaluée. En effet, selon l’indice Big Mac de The Economist, le real serait la monnaie la plus chère du monde, surévaluée de 52% par rapport au dollar si on compare le prix du sandwich de Mac Donald’s. Et étant donné le niveau de développement du pays, l’hebdomadaire britannique estime qu’elle est même surévaluée de 149% ! Cela signifie que les produits brésiliens sont mécaniquement trois fois plus chers que les produits chinois.
Comme le souligne The Economist, le Brésil a vu sa monnaie s’apprécier depuis deux ans et demi, après un plus bas à 2,4 real par dollar : elle a atteint 1,57 real par dollar. En cause, la forte croissance du pays, qui attire les capitaux mais aussi des taux d’intérêts à 12.5% pour lutter contre une inflation qui a atteint 6.7% en juin. Mais cette cherté de la monnaie nationale fait souffrir l’industrie du pays, dont la production a reculé de 1.6% sur le mois de juin, avec une baisse de l’emploi industriel.
Le Brésil a donc décidé de taxer toute entrée de capital dans le pays ainsi que tous les contrats qui parient sur une hausse du real. Le pays veut privilégier les produits locaux dans les appels d’offre (qui pourront être jusqu’à 25% plus chers que les importations) et se lance dans une expérimentation proche de la TVA sociale (remplacement des cotisations patronales par une taxe sur le chiffre d’affaire) sur quatre marchés : vêtements, chaussures, meubles et logiciels.
Le précédent argentin
Je profite de l’occasion pour revenir sur un très bon article de Yann du blog Le bon dosage, où il détaillait la politique suivie par l’Argentine. Le cas de ce pays est un peu atypique depuis 2002 puisque le défaut de Buenos Aires l’a coupé des marchés financiers internationaux, imposant au pays un équilibre de son commerce extérieur pour rester indépendant et éviter d’avoir à vendre des actifs ou utiliser ses réserves pour équilibrer ses comptes avec l’étranger.
Le gouvernement argentin veut en effet mettre fin à la dépendance excessive à l’égard de l’extérieur dans certains domaines, notamment le jouet, le textile et l’électroménager. Dans le premier secteur, la production locale est passée de 5% de la consommation en 2003 à 30% aujourd’hui. Et le gouvernement souhaite encore diminuer les importations de 45%. Outre une taxation des importations, le gouvernement a décidé d’interdire les poupées Barbie produites en Chine.
Outre les aspects positifs pour l’environnement, la relocalisation des activités productives est une nécessité absolue qui sert un triple objectif : l’emploi, l’indépendance et la lutte contre les monopoles. En effet, les délocalisations massives d’activités productives ont bien un impact très négatif sur l’emploi, comme nous le voyons en France. Mais en plus, la concentration massive de la production en Chine est extrêmement malsaine du fait de la dépendance qu’elle créé.
D’ailleurs, les pays asiatiques l’ont bien compris, eux qui ont également adopté des politiques protectionnistes pour développer leur industrie. L’Europe sera-t-elle le dernier continent à comprendre l’intérêt de protéger son industrie ?
11:25 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : argentine, brésil, yann, le bon dosage, protectionnisme, the economist, indice big mac
05.07.2011
Protectionnisme, euro, démondialisation : la pensée unique contre-attaque
Alors que les intellectuels alternatifs amènent le débat économique sur tous les fronts (sortie de l’euro, protectionnisme, démondialisation), les tenants de l’ordre établi, néolibéral et monétariste, se crispent et refusent de débattre, préférant la caricature et l’outrance à la confrontation des idées.
Les caricatures du politiquement correct
Outre une interview de Christian Noyer dans le Figaro, c’est le Monde (qui avait, il est vrai, accueilli une interview de Jacques Sapir), qui mène la charge avec pas moins de trois papiers : une tribune d’Alain Faujas, qui fait du protectionnisme une « ligne Maginot », une autre, d’un professeur de Sciences Po, Zaki Laïdi, qui dénonce « l’absurde démondialisation » et un entretien avec Pascal Lamy pour qui « la démondialisation est réactionnaire ».
Christian Noyer affirme qu’une « réduction modeste des revenus permet d’obtenir les mêmes effets économiques qu’une dévaluation importante ». Non seulement cela est malhonnête puisque les deux doivent être équivalentes, mais cela montre aussi que les salaires vont devoir baisser. La comparaison entre la zone euro et les Etats-Unis est d’une sacrée mauvaise foi. Enfin, il refuse tout plan B. En revanche, il faut noter la justesse des questions de Jean-Pierre Robin.
Pascal Lamy ne fait pas dans la dentelle et ose affirmer que la compétitivité salariale indue n’est « pas évidente » tout en évoquant des écarts de salaires allant de 1 à 8 entre France et Chine du fait de la hausse des salaires chinois. Il faut noter qu’il minore volontairement les écarts (qui vont de 1 à 30 en Asie et de 1 à 10 en Europe). Le directeur de recherche de Sciences Po n’est pas moins caricatural en invoquant un « autocentrage économique » rappelant l’Albanie…
Il évoque le cas de l’Iphone, dont 4% de la valeur ajoutée est réalisée en Chine pour affirmer que les chiffres ne veulent rien dire, feignant d’ignorer que les composants issus des autres pays ont bien été importés dans un premier temps. ! Il ose même affirmer que « en achetant plus d’Airbus, on ne protège pas nécessairement plus l’emploi européen » ce qui est faux puisque 10% des composants de Boeing sont européens, contre 50% pour ceux d’Airbus (et il faut y ajouter le montage).
Le débat interdit
Ce qui est assez impressionnant, c’est la faiblesse de l’argumentation des défenseurs de la pensée unique. Quand ils ne réfutent pas tout simplement les chiffres du commerce extérieur, ils recourent à la caricature pour dénigrer tous ceux qui remettent en cause les dogmes libre-échangistes ou européistes. Pire, ils disent tout et son contraire, comme Christian Noyer qui affirme bien miraculeusement qu’une réduction modeste des revenus équivaut à une dévaluation importante.
Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir des intellectuels de tous bords qui défendent ces idées, y compris des prix Nobel comme Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Maurice Allais ou Amartya Sen. En France, des intellectuels de gauche (Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Frédéric Lordon) comme de droite (Jean-Luc Gréau, Alain Cotta, Jean-Jacques Rosa, Gérard Lafay) remettent en cause la libéralisation excessive ou le choix d’une monnaie unique en Europe.
En outre, il devrait tout de même être possible de débattre du degré de libéralisation du commerce. Tous les pays sont un peu protectionnistes et cela ne devrait pas être un drame que de dire qu’il en faut davantage. Personne ne propose l’autarcie, même les plus radicaux. Il est tout de même normal de débattre démocratiquement des grands choix économiques. La crispation des grands partis et de nombreux médias sur la question est franchement révoltante.
Naturellement, les défenseurs de la pensée unique ne manquent pas une occasion de citer Marine Le Pen pour discréditer les idées alternatives. Cela fait plus peur que Paul Krugman ou Jospeh Stiglitz… Il serait temps de pouvoir avoir un débat sérieux sur ces questions.
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29.06.2011
Marine Le Pen, la pire avocate du protectionnisme et du retour aux monnaies nationales
Avec son changement de discours sur l’économie et l’arrivée de Marine Le Pen, le FN a pu apparaître pour certains comme le meilleur moyen de combattre la mondialisation néolibérale. Par delà le côté encore obscur de ce parti, il pourrait bien être le meilleur allié de l’ordre économique actuel.
Le débat impossible
Depuis l’automne dernier et plus encore ce printemps, c’est une constante : toute personne qui parle de protectionnisme, de frontière ou de fin de l’euro se voit invariablement renvoyé à la position du Front National. Quand une conférence de presse est organisée au sujet d’un sondage sur le protectionnisme réunissant des économistes de renom, de gauche comme de droite, il y a toujours une journaliste pour leur signaler que c’est la position du Front National.
Il y a quelque chose d’assez stupéfiant à ce que des personnes qui ont défendu depuis des années des positions se voient interroger sur leur proximité avec Marine Le Pen du fait qu’elle ait sensiblement modifiée la position de son parti. Si quelqu’un devait être interrogé, ce devrait plutôt être elle. C’est un peu comme si on demandait à un mathématicien de justifier que 2 plus 2 font bien 4 parce que le FN aurait écrit cela dans son programme. Bref, le débat s’en trouve totalement perturbé.
Une bien mauvaise avocate
En général, Marine Le Pen est plutôt une bonne oratrice et une débatteuse assez douée. Elle garde son calme tout en étant ferme. Elle a beaucoup d’aplomb, même si cela la conduit parfois à ne pas répondre aux questions posées (mais c’est un défaut commun chez les politiques). En revanche, sa prestation dans l’émission de France 2 la semaine dernière, qui confirme celle de son débat avec Jean-Luc Mélenchon sur RMC, confirme une vraie carence en économie.
Bien sûr, on ne saurait demander aux hommes politiques d’être experts en tout ou même d’être économiste. Mais tout de même, une telle émission suppose une préparation assez standard qui consiste à imaginer les questions qui vont lui être posées, une séance d’entraînement et un calibrage des réponses à ces questions. Si Marine Le Pen a su présenter sa philosophie générale, elle s’est montrée incapable de répondre à la plupart des questions du journaliste en économie.
Elle n’a pas su répondre aux chiffres de croissance avancés par le journaliste alors qu’il s’agit d’un basique et qu’il y a de multiples contre-exemples (Suède entre autres). Elle a beaucoup tardé à répondre sur la dette en lâchant que son plan revenait à une augmentation de quelques centaines de milliards d’euros (ce qui est faux puisque le nouveau franc resterait à parité avec l’euro avec la sortie concomitante de l’Italie ou de l’Espagne). Mais surtout, elle a fui le débat sur l’économie.
Un minimum exigible absent
Et cela n’est pas possible pour une candidate qui propose des solutions aussi radicales. En effet, l’écueil pour les alternatifs est l’incertitude que représentent ces changements majeurs que sont le protectionnisme, la dé financiarisation ou la sortie de l’euro. Une majorité de Français ne pourra être réunie sur un tel programme que si les citoyens ont le sentiment que cette aventure n’est pas trop risquée, qu’elle apportera plus de bénéfices que d’inconvénients et qu’elle sera bien gérée.
Or Marine Le Pen ne donne pas le change sur ces questions et elle a été mise en difficulté par un journaliste pourtant pas très féroce ni très difficile à contredire. Or le moindre doute va bénéficier au système en place : on sait ce que l’on perd mais pas ce que l’on gagne. C’est d’autant plus incroyable que Marine Le Pen a placé ces questions au cœur de son programme (c’est la première chose qu’elle a changé sur le site du FN et elle fait de nombreuses conférences de presse sur le sujet).
Malheureusement, les tenants de la globalisation néolibérale ont trouvé leur meilleure alliée : en faisant de Marine Le Pen la porte-parole de la démondialisation et de la sortie de l’euro, ils pourront la coincer sur les plateaux pour « démontrer » le manque de sérieux de ces propositions…
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17.06.2011
Le grand virage protectionniste des Français
Hier, à l’initiative de Philippe Murer, un sondage Ifop sur le libre-échange a été révélé. Il souligne que les Français sont plus ouverts que jamais aux idées protectionnistes, à un moment où les députés font pression sur Air France pour que la compagnie achète des Airbus.
Le protectionnisme, ça nous gagne !
Il faut vraiment saluer l’initiative de ce particulier qui a réuni les intellectuels qui participaient au projet Protectionnisme Européen pour sonder l’état de l’opinion française sur le libre-échange. Voici une pierre majeure au débat économique. On ne peut que constater l’énorme décalage entre une classe politique assez timide sur ces questions et des Français qui semblent avoir parfaitement compris les conséquences de l’anarchie commerciale sur notre économie.
84% des Français disent que la libéralisation des échanges avec les pays émergents a des conséquences négatives sur l’emploi (7% pensant le contraire). Ils sont 78% à penser que cela a un effet négatif sur les salaires. Pour 54%, cette ouverture bénéficie aux multinationales, pour 24% à la France et seulement 13% aux salariés français et à l’environnement. 75% estiment que cette ouverture des frontières aura des conséquences négatives sur l’emploi dans les dix ans à venir.
76% de ceux qui s’expriment sont favorables à une augmentation des droits de douanes. 80% des personnes interrogées pensent que le protectionnisme doit être mis en place à l’échelle européenne (20% à l’échelle française). Mieux, 57% des Français sont favorables à la mise en place d’un protectionnisme national si nos partenaires européens refusent une telle évolution. Nul doute qu’une majorité n’aurait pas été trouvée il y a quelques années.
Parallèlement, le Figaro a publié un sondage révélant que 64% des Français se disent prêts à payer davantage pour des produits fabriqués en France, 20 points de plus qu’il y a cinq ans. Cela est d’autant plus méritoire que le pouvoir d’achat n’était pas aussi durement touché à cette époque… Parallèlement, un député vient de lancer une pétition à l’Assemblée Nationale pour demander à Air France de privilégier Airbus pour la fourniture de ses prochains longs courriers.
Le débat interdit
Paradoxalement, le débat reste difficile, comme l’a illustré la conférence de presse donnée par P. Murer, E. Todd, J-L Gréau, J Sapir, P-N Giraud et Hervé Juvin. Une journaliste du Nouvel Observateur a évoqué la proximité avec le FN mais s’est fait rembarrée par Todd. Gérard Courtois du Monde a ironisé sur « le protectionnisme dans un seul pays » s’attirant une réplique cinglante et applaudie de Sapir : « la haine de la nation, c’est l’internationalisme des imbéciles ».
J-L Gréau a souligné que paradoxalement, ce sont les protectionnistes qui sont des modérés et les libre-échangistes qui sont les extrémistes car les premiers ne sont pas favorables à l’autarcie, mais à un libre-échange régulé. Il a de nouveau réglé un sort aux théories de Ricardo en soulignant que les capitaux ne circulaient pas à cette époque (on pourrait ajouter que les différences de salaires étaient limitées et les coûts de transport beaucoup plus importants).
Dans une belle formule, il a affirmé que « les politiques s’acharnent à conquérir un pouvoir qu’ils ne veulent pas exercer ». Sapir s’est placé dans le camp des raisonnables, alors que les libre-échangistes sont dans l’utopie. Il a renvoyé dos-à-dos le trop d’Etat communiste et le pas d’Etat des ultra-libéraux. Todd a affirmé avoir rejoint la ligne de Sapir sur l’action unilatérale de manière à changer l’Europe, ne croyant plus au multilatéralisme pour initier le changement.
Pour les économistes, la désindustrialisation, la baisse du pouvoir d’achat et le chômage font que la réalité est en train de trancher le débat. On peut ajouter que presque tout le monde est protectionniste. Les Etats-Unis ont fermé leur marché aux pneus chinois. L’Allemagne protège ses industriels par ses normes DIN et surtout, le modèle de développement asiatique est protectionniste (plus de 95% des voitures vendues au Japon, en Corée et en Chine sont produites localement).
Un grand merci pour cette initiative bienvenue qui met le débat économique dans l’actualité et souligne le décalage immense entre des citoyens de plus en plus protectionnistes et une élite qui reste résignée au libre-échange et ne se pose même pas la question d’une alternative.
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29.04.2011
Asymétries protectionnistes
C’est un des angles morts les plus incroyables de la pensée économique dominante, véhiculée par Alain Minc, Jacques Attali et consorts. S’ils clouent au pilori toute personne ayant l’audace de parler de protectionnisme commercial, ils oublient les autres protectionnismes.
Les protectionnismes oubliés
Si les quotas ou tarifs douaniers sont anathèmes pour les néolibéraux et tous ceux qui, au PS ou à l’UMP, suivent leurs préceptes, bizarrement, ils oublient qu’il existe bien d’autres formes de protectionnisme pas moins efficaces que les bons vieux droits de douane aux frontières. Après tout, aujourd’hui, l’euro est surévalué de près de 40% par rapport au dollar : cela revient à un tarif du même niveau. Et le wuan est lui-même sous-évalué de 40% par rapport au dollar…
La différence est que le protectionnisme monétaire est accepté (certes en grommelant) alors que les droits de douane sont interdits. Il y a quelque chose de totalement ubuesque à permettre à des pays de mettre en place des barrières commerciales, du moment qu’elles sont monétaires, alors qu’il est très difficile de mettre en place des droits de douane. L’asymétrie entre les deux laisse songeur, et amène à questionner la sincérité de ceux qui agissent contre l’un mais pas l’autre.
Mais il y a encore d’autres protectionnismes que les libre-échangistes peinent à prendre en compte : les protections non tarifaires, les normes, les barrières pour la distribution ou l’installation. C’est la spécialité des pays asiatiques, extrêmement protectionnistes pour leur marché intérieur (plus de 95% des voitures vendues au Japon, en Corée du Sud et en Chine sont fabriquées localement), mais aussi les normes DIN qui protègent les industriels Allemands.
Banaliser le protectionnisme
Bien sûr, les défenseurs inconditionnels du libre-échange ne manqueront d’agiter le spectre de la Grande Dépression en expliquant que le protectionnisme aurait lourdement accentué la crise de l’économie mondiale dans les années 1930. Mais trois prix Nobel (Maurice Allais, Paul Krugman, Joseph Stiglitz) expliquent que le protectionnisme est une conséquence de la crise et non une cause, ce qui est confirmé par l’effondrement du commerce international en 2009.
En fait l’Europe devrait adopter une attitude dédramatisée à l’égard du protectionnisme, bien loin de ces traités qui sanctifient imbécilement « la concurrence libre et non faussée ». La Commission Européenne a fait du continent le dindon de la farce de la mondialisation néolibérale. Alors que le Japon a obtenu au début des années 1990 l’ouverture totale de notre marché à la vente de ses voitures, la réciproque n’est toujours pas vraie, de même qu’en Corée du Sud…
Si le protectionnisme n’est pas une fin en soi et sans aller jusqu’à l’autarcie, les quotas, les écluses tarifaires, ou normatives permettent à la fois d’assurer le maintien d’une industrie et d’un équilibre de nos échanges (sans quoi, à être ouverts à des pays fermés à nos produits, on finit mal) mais aussi un moyen de contrôler la qualité des produits qui rentrent et d’éviter que la libéralisation n’aboutisse à une course au moins-disant social, salarial et environnemental.
Si les idées protectionnistes gagnent du terrain (le parti socialiste semble évoluer par la voix d’Arnaud Montebourg ou de Benoît Hamon), les avancées sont encore timides. C’est pourquoi il est important de montrer que finalement, tout le monde est protectionniste, à part l’UE…
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31.03.2011
Le protectionnisme, outil du développement économique
Mon collègue de Causeur Georges Kaplan, vient de signer une tribune « le protectionnisme ne protège pas, les délocalisations d’aujourd’hui peuvent être les emplois de demain ». Mais cette ode au libre-échange se heurte aux faits et aux analyses d’économistes, y compris d’origine libérale.
La désindustrialisation n’est pas un mythe
Georges est assez habile dans sa présentation des faits. En effet, en soulignant l’énorme progression de la production industrielle depuis 1950 ou même sa hausse significative depuis 1990, il montre en effet que la valeur ajoutée industrielle progresse, comme il l’avait souligné dans un précédent papier, auquel j’avais déjà répondu. Dans ce nouveau papier, il relativise ces chiffres en soulignant sa stagnation depuis 10 ans et son très fort déclin en proportion de notre PIB.
Cette fois, Georges Kaplan souligne bien que le nombre d’emplois industriels diminue. Mais il sous-entend que cette baisse est la conséquence de l’externalisation d’emplois de service autrefois internalisés (agents d’entretien, comptables, chauffeurs…) en faisant le parallèle entre le nombre d’emplois industriels perdus (2,3 millions) et le nombre d’emplois créés dans le service aux entreprises (2,6 millions). Mais le service aux entreprises ne se limite pas aux entreprises industrielles.
La balance globale des emplois industriels est bel et bien négative. Il suffit de prendre le cas de l’industrie automobile, autrefois fleuron de notre pays, et qui contribuait de manière très positive à notre balance commerciale jusqu’en 2005. Malheureusement, la production automobile de PSA et Renault a été divisée par deux en France de 2005 à 2009. Nos constructeurs ont décidé de délocaliser en masse leur production pour bénéficier des coûts plus faibles, notamment en Europe de l’Est.
Quand le libre-échange détruit l’emploi
Mais au-delà de l’interprétation des chiffres, le libre-échange est loin de faire l’unanimité parmi les économistes dont un nombre grandissant – de tous horizons – soulignent les conséquences négatives. Notre seul « prix Nobel » d’économie, Maurice Allais, soutenait que plus de la moitié du niveau du chômage en France s’expliquait par le libre-échange. Paul Krugman, autre lauréat, qui écrivait que « la mondialisation n’est pas coupable », a mis de l’eau dans son vin depuis.
Jean-Luc Gréau, ancien économiste du Medef, plutôt libéral à la base, est un des critiques les plus féroces des excès du libre-échange. Il dénonce la déflation salariale que la compétition avec des pays à salaires beaucoup plus faibles induit dans nos pays. Il démonte l’argument des gains de pouvoir d’achat en soulignant que si l’inflation est plus basse, cela est plus que compensé par le ralentissement des hausses de salaires. Aujourd’hui, le pouvoir d’achat baisse pour la majorité.
En effet, ce n’est parce que nous achetons désormais nos tee-shirts, nos produits électroniques et nos jouets en Asie que cela permet de créer des emplois en Europe. L’immensité de nos déficits commerciaux avec la Chine le démontre : alors que l’Empire du milieu a vendu pour 214 milliards de biens dans l’Union Européenne en 2009, il n’en a importé que pour 81 milliards. Bref, les délocalisations d’hier sont surtout le chômage d’aujourd’hui et de demain.
Les raisons sont assez simples : contrairement aux idées reçues, le modèle de développement asiatique, s’il profite de l’ouverture commerciale des Etats-Unis ou de l’Europe est en bonne partie protectionniste. En effet, ce n’est pas un hasard si plus de 95% des véhicules vendus au Japon, en Corée du Sud ou en Chine sont produites localement (pas en Asie, mais bien dans le pays d’origine). Quelques soient les moyens – droits de douane, intervention des services fiscaux, normes de qualité… - ces pays ont mis le protectionnisme au cœur de leur développement.
Bien sûr, Georges Kaplan pourrait convoquer le cas Allemand, pays apparemment ouvert, qui a un fort excédent commercial. Néanmoins, ce cas est un peu atypique. En effet, les Allemands ne sont pas les derniers en protectionnisme : ils ont tout simplement échangé la douane par les normes DIN ! Le résultat est le même en terme de protection de l’industrie locale. En outre, n’oublions pas qu’une partie de l’excédent commercial Allemand vient d’une spécialisation pointue ainsi que d’une politique de déflation salariale réduisant le coût du travail par rapport aux autres pays de la zone euro.
Quand le libre-échange affame les peuples
Finalement, il y a la question autrement importante des produits alimentaires. Là, il ne s’agit pas de tee-shirt ou de voiture mais tout simplement de la possibilité de nourrir des milliards d’êtres humains. Georges Kaplan soutient que « les protectionnistes affament les peuples » et plaide – logiquement - en faveur du « laissez faire » général en agriculture. Mais le libre-échange sans limites pose d’immenses problèmes. Dans un dossier sur les moyens de nourrir le monde réalisé fin 2009, The Economist prenait une position proche de lui. Pourtant, l’hebdomadaire libéral avait l’honnêteté intellectuelle de citer aussi l’exemple du Malawi où les aides publiques ont démontré leur efficacité.
Mais ce qui est encore plus dangereux dans l’application du libre-échange à l’agriculture est qu’il favorise une concentration toujours croissante de la production dans certaines régions du monde. Or, dans le cas d’une activité soumise aux aléas climatiques comme l’agriculture, cela expose le secteur à des risques majeurs car des incidents locaux pourraient provoquer des pénuries graves, voire des famines. C’est parce qu’il ne faut pas jouer avec la nourriture qu’il vaut mieux déconcentrer la production pour la protéger d’aléas climatiques ciblés aux conséquences dramatiques.
En plus, il ne faut pas oublier non plus les effets pervers d’une agriculture tournée à 100% vers le marché par rapport à une logique de subsistance pour les pays en voie de développement. Pour prendre un exemple simple, un paysan Ivoirien ne pourrait pas nourrir sa famille avec du cacao non vendu… Et dans les pays dits développés, la libéralisation fait du revenu des agriculteurs la variable d’ajustement jusqu’à des situations révoltantes où ils produisent à perte.
Il ne s’agit pas bien entendu de plaider pour une chimérique autarcie totale. En revanche, l’anarchie commerciale est porteuse d’immenses déséquilibres en matière d’emplois, de déficits et de risques alimentaires. C’est pourquoi favoriser la (re)localisation de l’économie n’est pas seulement une politique industrielle sensée mais aussi – comme l’ont compris les pays asiatiques - un facteur de progrès.
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09.01.2011
Les victoires de l’économiquement incorrect
La pensée unique économique déploie dans les médias de nombreux « experts » chargés de porter la bonne parole, qui trustent la plupart des plateaux et des tribunes. Cependant, petit à petit, les alternatifs commencent à casser le plafond de verre et gagnent en audience.
Des tribunes s’ouvrent à nouveau
La crise du début des années 1990 et le débat sur le traité de Maastricht avaient permis à un certain nombre d’alternatifs de prendre la parole et de plaider pour une « autre politique », au premier rang desquels Maurice Allais, Jacques Calvet et Emmanuel Todd du côté de la société civile, ainsi que Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement en chefs de fil politiques. On y traitait déjà de protectionnisme et de problèmes monétaires avec l’arrimage du franc au mark.
La grave crise de 2008 semble avoir profondément réveillé les consciences, d’autant plus que la décennie 2000 n’a guère été réussie pour beaucoup de pays européens, enfermés dans la torpeur économique d’un euro cher puis victimes de la pire crise économique depuis 80 ans, et enfin d’une crise majeure des dettes souveraines depuis le printemps 2010. Résultat, comme beaucoup d’alternatifs (Allais, Stiglitz, Gréau, Jorion, GEAB) avaient anticipé la crie, on les écoute davantage.
Bien sûr, leur présence reste limitée dans les plus grands médias, mais Paul Krugman et Joseph Stiglitz, de plus en plus critiques vis-à-vis de la globalisation néolibérale, gagnent une belle audience. En France, Frédéric Taddéi ou Yves Calvi ouvrent leurs émissions à des alternatifs. Et comment ne pas reconnaître le rôle majeur joué par Marianne, qui ouvre grand ses pages et son site à Frédéric Lordon, Jacques Sapir ou Jean-Luc Gréau, leur permettant de populariser leurs thèses.
Des brèches dans la pensée unique
Le site pour un protectionnisme européen autour d’Emmanuel Todd, Jean-Luc Gréau et Hakim el Karoui a été un pionnier. Depuis, les idées protectionnistes avancent. Si Joseph Stiglitz y est encore opposé, Paul Krugman y est de plus en plus sensible en constatant son rôle dans la croissance des inégalités. Marianne a récemment publié deux tribunes très intéressantes de Pierre-Noël Giraud, en faveur d’un protectionnisme coopératif. Et même Laurent Wauquiez s’en rapproche.
Mais ce sont aujourd’hui les questions monétaires et financières qui dominent le débat. Elie Arié a très bien souligné le rôle de la libéralisation des mouvements de capitaux dans le mouvement de déréglementation économique, illustrée par la crise asiatique de la fin des années 1990. Joseph Stiglitz vient de remettre en cause l’indépendance des banques centrales dans son dernier livre. Enfin, André-Jacques Holbecq et RST sont des défenseurs acharnés de la monétisation.
Mais le nouveau combat porte aujourd’hui sur l’euro. Ce blog est le témoin de la virulence des échanges, y compris avec des blogueurs alternatifs comme Malakine ou Incognitototo. Joël Halpern vient de signer un papier très intéressant sur les circonstances d’une sortie de l’euro et Bernard Prudhon, un avocat, complète les charges contre la monnaie unique déjà menée par Jacques Sapir, dans une nouvelle série remarquable ou Alain Cotta, auteur de « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu ».
Cependant, la vivacité du débat a l’intérêt d’affuter les arguments. Puisque les défenseurs de l’euro pointent les risques économiques d’un retour aux monnaies nationales, je vais revenir sur les risques évoqués (inflation, récession) tout en analysant les risques de conserver l’euro.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Économiquement incorrect, maurice allais, emmanuel todd, joseph stiglitz, paul krugman, jean-luc gréau, marianne, protectionnisme, pierre-noël giraud, laurent wauquiez, elie arié, monétisation, andré-jacques holbecq, bernard prudhon, jacques sapir, alain cotta
08.01.2011
La guerre contre l’économiquement correct
La pensée unique a gagné de nombreuses batailles : en 1983, quand le gouvernement socialiste refuse de suivre Jean-Pierre Chevènement, en octobre 1995, quand Jacques Chirac tourne le dos à sa campagne sur la fracture sociale. Mais des signes montrent que le climat change…
Les commandements de l’économiquement correct
Le commerce tu libéraliseras. La circulation des capitaux tu déréglementeras. La monnaie flotter tu laisseras. Indépendante ta Banque Centrale tu rendras. La monétisation des dettes publiques tu interdiras. L’inflation, le plus grand mal économique tu feras, devant le chômage. Les dévaluations tu éviteras. La monnaie unique à mort tu soutiendras. Les services publics tu privatiseras et libéraliseras. La compétitivité et la flexibilité du marché du travail tu développeras.
Voici à peu de choses près un résumé du programme qu’UMP et PS suivent conjointement depuis près de trente ans. Mais leur grande intelligence est d’avoir su choisir les termes qui permettent de vendre cette mauvaise soupe néolibérale. Une monnaie surévaluée est dite « forte », c’est plus positif, et cela disqualifie la proposition alternative. On ne parle pas de baisser les salaires ou les coûts salariaux, mais d’augmenter la compétitivité de l’économie, c’est plus discret.
Les promoteurs de cette pensée unique ont également conçue une ligne de défense aussi efficace que peu démocratique. Toute personne qui remet en cause un seul de ses aspects est qualifiée de démagogue, rétrograde, passéiste ou de populiste (ce qui montre la considération qu’ils ont pour le peuple). Bref, les propositions alternatives sont rarement véritablement étudiées mais plutôt rejetées en bloc. On touche là un phénomène quasiment religieux de partage entre le bien et le mal.
Quand la réalité affaiblit la pensée unique
La technique classique consiste donc à prédire un véritable apocalypse économique si l’on cédait à une quelconque politique alternative. Toute mesure protectionniste entraînerait des représailles qui plongeraient le monde dans une nouvelle grande Dépression. Tant pis si trois prix Nobel d’économie, Krugman, Stiglitz et Allais soutiennent que le protectionnisme n’a été qu’une conséquence de la crise et pas une cause. De même, toute dévaluation provoquerait hyperinflation et appauvrissement.
Les défenseurs de la pensée unique (ou certains alternatifs qui en défendent une partie) raisonnent alors en noir et blanc, une ligne imaginaire séparant la bonne politique de la mauvaise. On est soit pour le libre-échange, soit pour le protectionnisme. Cette conception un peu théologique du débat ignore les innombrables nuances que nous enseigne pourtant la réalité. Le modèle de développement asiatique (Japon, Corée du Sud, Chine) est très protectionniste par exemple.
Mais à force de prévoir l’apocalypse si on ne les écoute pas, les tenants de cette pensée unique sont rattrapés par la réalité économique peu riante du continent européen, qui traverse crise sur crise. Comment convaincre les peuples que le pire arriverait s’ils ne suivaient pas leurs doctes recommandations s’ils ont déjà l’impression que le pire est arrivé ? Pire, ceux-là même avaient promis des lendemains qui chantent si on suivait leurs recommandations…
L’addition de la grande crise de 2008, de la crise des dettes souveraines en Europe et de l’impasse dans laquelle semblent les économies européennes semblent néanmoins accélérer une prise de conscience avec une remise en cause tous les jours plus grande des dogmes de l’économiquement correct.
Demain, les victoires de l’économiquement incorrect
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : pensée unique, protectionnisme
08.10.2010
Le juste échange du PS : le libre-échange des bisounours
Ayant pris conscience qu’il sera difficile de défendre le libre-échange en 2012 du fait des délocalisations massives, le PS, par la voix du député européen Henri Weber, s’essaie à une forme de troisième voie entre libre-échange et protectionnisme : le juste échange. Prière de ne pas rigoler.
Des propositions en carton
Dans le monde économique merveilleux du Parti Socialiste, il y a des méchants et des gentils. Les méchants, ce sont les vilains libre-échangistes, qui en plus, font deux poids deux mesures, protègent leur marché et demandent aux autres d’ouvrir le leur. Mais, il y a des méchants encore plus méchants : les chantres d’un protectionnisme non seulement « autarcique » mais aussi « suicidaire » dans le cadre de « l’internationalisation de la chaîne de production ».
Henri Weber poursuit : « le juste échange (…) s'efforce d'intégrer ces normes (environnementales, sociales…) dans les traités commerciaux internationaux. C'est celui qui ménage des périodes de transition suffisantes, pour permettre les adaptations nécessaires des systèmes productifs et des emplois, induites par l'ouverture à la concurrence, et enrayer, dans nos pays, le processus de désindustrialisation ». Naturellement, charge à l’UE de mener ces négociations…
Et attention, « en cas d'échec des négociations sur les normes, l'UE doit mettre en place des écluses tarifaires. De même, nous devons défendre notre modèle social et ne pas hésiter à suspendre le régime des préférences commerciales à l'encontre des Etats qui ne respectent pas les normes de l'Organisation internationale du travail : interdiction du travail des enfants ; non-recours au travail forcé ; droit reconnu aux salariés de s'organiser pour négocier collectivement leur contrat de travail ».
Le protectionnisme, c’est mal
En fait, ce texte ressemble comme deux gouttes d’eau au prêchi-prêcha que les socialistes ânonnent depuis vingt-cinq ans sur le libre-échange (contrairement à ce que disaient les communistes, comme l’a montré récemment Malakine). Paradoxalement, le texte souligne que tous les pays font un peu de protectionnisme, mais au global, plutôt que d’y réfléchir, le député socialiste reprend tous les clichés les plus faciles véhiculés par les néolibéraux pour combattre toute forme de protection commerciale.
Le choix du vocabulaire est absolument délicieux. En effet, « le juste échange s’efforce d’intégrer des normes ». On imagine bien les résultats que peuvent apporter le fait de s’efforcer de la sorte. Les « périodes de transition pour permettre les adaptations nécessaires des systèmes productifs et des emplois » ne sont qu’un vocable technocratique et boisé pour évoquer le besoin de légèrement ralentir le rythme de la désindustrialisation inévitable des pays développés.
Mieux, les pays émergents doivent trembler devant la menace de « suspendre le régime des préférences commerciales » s’ils font travailler les enfants ou recourent au travail forcé. Non seulement la sanction est dérisoire mais en plus le motif (s’il n’est pas injuste), est totalement hors débat. Le problème, c’est que le SMIC Roumain équivaut à 10% du SMIC hexagonal (sans parler de l’Inde) et que sans écluse, cela va provoquer une disparition des industries de main d’œuvre occidentales.
Les socialistes n’ont rien compris
Sont-ils bêtes ? Sont-ils aveugles ? Il est proprement incroyable que les socialistes restent enfermées dans une vision ricardienne du libre-échange, à peine tempérée par de timides écluses. Pourtant, ce n’est pas faute de production intellectuelle sur le sujet, entre le site sur le protectionnisme européen, les livres de Maurice Allais, Jean-Luc Gréau ou les analyses de Jacques Sapir. Même Paul Krugman ou Patrick Artus commencent à souligner les conséquences ravageuses de l’anarchie commerciale.
Le Parti Socialiste a définitivement oublié la classe ouvrière, lui préférant désormais les sans-papier, un choix lourd de sens. Le plus risible revient à vouloir confier à des institutions européennes dogmatiquement libre-échangistes la mise en place d’écluses en contradiction avec la « concurrence libre et non faussée ». Il est aussi pitoyable de voir repris le mythe du bienfait du commerce sur le pouvoir d’achat, sachant que les salaires ont été bien plus comprimés que les prix, du fait du libre-échange.
Bref, à défaut de montrer que le PS réfléchit à l’anarchie commerciale et à ses conséquences, ce texte montre juste qu’il réfléchit à son positionnement en vue de 2012. C’est bien le seul apport du juste échange.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : protectionnisme, libre échange, juste échange, parti socialiste, henri weber



