19.05.2011
Les conséquences politiques de l’affaire DSK
L’élimination désormais quasiment certaine du favori de l’élection présidentielle de 2012 bouleverse la donne. Quelles pourraient être les conséquences pour le paysage politique, au Parti Socialiste, comme pour l’élection qui aura lieu dans onze petits mois ?
François Hollande, nouveau favori au PS
Les évènements récents nous ont permis de clarifier ce qui se tramait réellement au PS. Les journalistes de Marianne, qui avaient vu Dominique Strauss-Kahn fin avril, ont confirmé qu’il était bien candidat, comme Manuel Valls lundi matin sur RTL. Le Figaro affirme même que Ségolène Royal avait prévu de le rallier, du fait de la persistance de ses mauvais sondages, ce qu’elle dément aujourd’hui (mais peut-elle faire autrement ?). Cette fois, j’avais bien anticipé les choses.
Les sondages le disent : l’ancien premier secrétaire est désormais en pôle position pour la nomination socialiste. Bien sûr, le camp qui soutenait DSK regorge de candidats potentiels : Martine Aubry, Laurent Fabius, voir même Bertrand Delanoë. Mais François Hollande dispose désormais de deux atouts majeurs. Tout d’abord, il est parti le premier et a démontré une volonté plus forte que nombre de ses rivaux, qui étaient prêts à s’effacer derrière le patron du FMI.
Mais surtout, l’association de ses rivaux avec ce dernier pourrait se révéler radioactive et faire de Hollande le nouveau sauveur des socialistes. En effet, Martine Aubry semblait prête à confier la France à DSK et si ce dernier n’est pas innocenté, il est difficile d’imaginer que cela n’ait pas de conséquence sur le jugement que les militants porteront sur les soutiens de Dominique Strauss-Kahn. Bref, François Hollande a sans doute pris un avantage encore plus décisif qu’on ne le pense.
Une présidentielle bouleversée ?
Cet événement pourrait contribuer à rendre la présidentielle plus ouverte. En effet, le PS pourrait en sortir affaibli, surtout si le parti se déchire entre de multiples candidatures et une campagne dure entre les différents protagonistes. L’affaiblissement des socialistes pourrait alors renforcer Nicolas Sarkozy, dont la réélection semble moins improbable. Mais elle pourrait également avoir des conséquences pour le centre politique, Bayrou, Borloo, Villepin et les Verts.
En effet, DSK était un candidat redoutable pour le centre dans la mesure où il était beaucoup plus fort auprès de cet électorat que dans l’électorat populaire. On pouvait penser qu’il allait totalement éclipser (voir rendre totalement inutile) les candidats centristes, dissuadant notamment Dominique de Villepin d’y aller. A priori, le paysage devient un petit peu plus favorable à ces candidats, même si une candidature de Martine Aubry leur serait encore plus favorable.
François Hollande ne semble pas autant à même d’attirer l’électorat centriste que DSK. Il est perçu comme un peu plus à gauche que le patron du FMI (ce qui n’est pas difficile), même si ses idées sont très proches. Il sera sans doute un peu moins crédible. En revanche, sa personnalité, plus modeste, et moins dépensière, le rapproche d’un François Bayrou et devrait renvoyer Nicolas Sarkozy à son image « bling bling » qu’il espérait pouvoir modérer face à DSK…
Pour les alternatifs, cela ne change pas forcément grand chose. Si le Parti Socialiste choisit François Hollande, il s’agira d’un candidat exactement sur la même ligne idéologique que DSK, un social libéralisme compassionnel complètement à côté de la plaque par rapport aux enjeux économiques actuels. Et si le centre s’en trouve enhardi, cela n’est pas forcément gênant. La multiplication des candidats de la pensée unique pourrait servir les vraies alternatives, comme NDA.
Bien sûr, il est assez aventureux de faire des pronostics aussi rapidement, mais je crois que François Hollande a désormais toutes les chances de s’imposer comme candidat du Parti Socialiste. Au global, la campagne présidentielle m’en semble un petit peu plus ouverte.
10:57 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : dominique strauss kahn, parti socialiste, ps, ségolène royal, martine aubry, françois hollande, bertrand delanoë, laurent fabius
16.04.2011
Immigration, laïcité : ni angélisme, ni agitation, ni stigmatisation
Aujourd’hui, il est difficile de parler d’immigration et de laïcité tellement le débat politique est caricatural. A quoi pourrait ressembler une politique respectant nos principes, ferme et non stigmatisante ?
Angélisme, agitation, stigmatisation
Le Parti Socialiste a toujours été mal à l’aise sur ces questions et c’est bien la raison pour laquelle Nicolas Sarkozy met ces débats sur la table. Toujours prêt à défendre les sans papiers, à combattre les expulsions, le PS semble ne pas s’être remis de la phrase de Michel Rocard « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Mais les Français ont du mal à comprendre cette volonté d’accorder des droits supplémentaires alors qu’ils doivent renoncer à une partie des leurs…
A droite, l’UMP vire identitaire avec les déclarations de Claude Guéant. Mais cette agitation verbale est pour le moins paradoxal de la part des personnes en charge de ses questions depuis neuf ans. En effet, Nicolas Sarkozy n’aurait-il pas pu s’apercevoir avant qu’il faut réduire les flux migratoires et que les traités européens le privent d’une grande partie de sa capacité d’action avant ? Les Français ne sont pas dupes de cette agitation électoraliste, qui les pousse dans les bras du FN.
Mais du côté de Marine Le Pen, on navigue sur des fantasmes de « substitution » de la population et d’un nombre d’immigrés présenté comme le plus haut d’Europe alors qu’il est un des plus faibles en réalité, même en s’appuyant sur les statisticiens officiels du FN. En outre, la présidente du FN propose bien cavalièrement de diviser par 20 les flux migratoires, ce qui supposerait de refuser la manne financière et d’influence que représentent les étudiants étrangers.
Immigration et laïcité en version républicaine ?
Tout d’abord, il faut mettre fin aux fantasmes et souligner que l’immigration n’est pas si massive en France. Ensuite, il n’y a pas de danger de substitution. Plus important encore, il faut arrêter la stigmatisation et la généralisation abusive : une grande majorité des musulmans respectent les lois de la République. Il n’y a qu’une minorité d’intégristes, comme dans les autres religions (point important à noter) et face à eux, nous devons veiller au respect des principes de notre République.
Malgré tout, la réduction des flux a du sens sachant qu’il y a un million de chômeurs de plus depuis 2007, ce qui complique l’intégration des immigrés (qui ont plus de mal à trouver un emploi) et remet en cause le motif professionnel. En outre, la crispation actuelle de la société n’arrange pas les choses. Du coup, il faut mettre en place des quotas pour assurer la réduction des flux migratoires sur le prochain mandat pour s’adapter à la situation actuelle et chercher à déconcentrer les immigrés.
On pourrait se mettre d’accord pour diviser par deux les flux migratoires hors étudiants (un atout stratégique pour notre pays), ce qui réduirait le solde net à zéro selon les chiffres de l’INSEE ou le diviserait par trois si on se base sur les chiffres de Michèle Tribalat. Mais pour faire cela, il sera essentiel de rétablir de véritables frontières, avec des douaniers et ainsi sortir de l’espace Schengen, qui ne permet pas à un pays de véritablement maîtriser ses flux migratoires.
En outre, toute remise en cause de la loi de 1905 ou de nos principes républicains de liberté, égalité et fraternité doit être combattue, comme cela a été fait pour la burqa, cette prison mobile pour les femmes. L’Etat ne saurait financer des lieux de culte. Mais on pourrait également se poser la question du concordat qui a été accordé à l’Alsace et à la Moselle. Enfin, au-delà de la burqa, on pourrait même s’interroger sur le voile, dont le principe cadre mal avec nos valeurs.
Il est à espérer qu’il soit encore possible de débattre sereinement, posément et factuellement de ces questions sans que des anathèmes soient jetés à la figure. C’est ce que j’ai essayé de faire.
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : immigration, laïcité, ps, michel rocard, claude guéant, ump, nicolas sarkozy, marine le pen, fn
29.03.2011
Le vote FN est, logiquement, un vote social
C’est un sondage publié par Marianne 2 qui l’a révélé : quand Marine Le Pen fait 21%, elle obtient 34.5% des intentions de vote des employés et 37.5% de celles des ouvriers. Le vote FN est un vote social.
Un vote sanction contre un système injuste
Le fait que le Front National réunisse les suffrages de plus d’un ouvrier sur trois est impressionnant. Ces scores, extrêmement sévères pour l’UMP, mais plus encore pour la gauche, montrent que les classes populaires ont totalement perdu confiance dans les partis de gouvernement. De la sorte, elles sanctionnent ces partis qui les ont abandonnées à cette globalisation néolibérale porteuse d’inégalités, qui délocalise leurs emplois et comprime leur pouvoir d’achat.
En effet, l’intégralité de la création de richesses économiques va depuis dix ans aux 10% des Français les plus riches, dans les profits des entreprises et les dividendes pour leurs actionnaires, qui battent record sur record. Et avec le sauvetage des banques, cette crise a démontré que si les profits sont privatisés, les pertes peuvent être collectivisées. Pire, pour sauver l’euro, les gouvernements européens sont littéralement en train de saigner les peuples, en Grèce, en Irlande ou au Portugal…
Dès lors, étant donné que PS, UMP, Modem et écologistes défendent globalisation et déréglementation et ne proposent rien pour le réformer, il est logique que les classes populaires, premières victimes de ce système injuste, instable et inefficace se tournent alors vers le principal parti qui le dénonce: le Front National. Jean-Pierre Chevènement, Philippe Séguin et Philippe de Villiers ont porté une telle parole, mais leur effacement a libéré du terrain pour Marine Le Pen.
Comprendre ce vote pour y répondre
Pour toutes ces raisons, le vote FN est parfaitement compréhensible. Après tout, il est parfaitement légitime de ne pas vouloir voter pour des partis trop souvent d’accord sur les questions européennes ou de libéralisation. Il est totalement absurde et choquant d’insulter les électeurs du Front National. De deux choses l’une, soit ce parti doit être interdit (et il n’a rien fait pour l’être) soit il faut arrêter de jeter l’anathème sur ses électeurs qui expriment juste un choix démocratique.
Ce vote est notamment un cri de Français qui ont mal à leur démocratie, qui ont envie d’un changement que PS, UMP, Modem, Verts sont incapables de leur apporter. C’est le cri de Français qui souffrent du chômage, de fins de mois difficiles, qui craignent le déclassement pour leurs enfants (pour la première fois, une génération pense que ses enfants vivront moins bien qu’elle, ce qui est triste). Bref, c’est un désir de changement qui ne trouve pas encore de traduction concrète.
L’alternative, ce n’est pas forcément le FN
Mais essayer de comprendre les électeurs du Front National ne doit pas mener forcément à de la complaisance avec le parti. Critiquer le FN parce qu’il a investi un jeune nazillon aux cantonales, ce n’est pas critiquer ses électeurs. Au nom de quoi faudrait-il tout lui passer parce qu’on se situe aussi dans l’opposition aux politiques européennes et de déréglementations menées par le Parti Socialiste et l’UMP, et soutenues par les Verts et le Modem ?
C’est exactement ce que souhaitent UMP et PS. Si l’alternative se cantonne au FN ou à des partis proches, alors elle sera teintée par les scories de ce parti. Le système utilise le FN pour se maintenir. Au contraire, il est essentiel que les Français comprennent que l’alternative est plurielle et qu’elle n’impliquera pas forcément le FN. C’est pourquoi il faut montrer qu’une alternative distincte et indépendante existe. Il y a Debout la République, il y a le MRC et il y a le Front de Gauche.
Il est également heureux que des intellectuels alternatifs affrontent la vindicte bien-pensante pour développer des thèses originales. Merci donc à Jacques Sapir ou Emmanuel Todd, qui a signé une très belle tribune au sujet de la montée du FN. Et merci aux journalistes qui honorent le débat public en ouvrant leur colonne à tous les penseurs libres, Philippe Cohen, Elisabeth Levy et Eric Zemmour, contre lesquels une gauche antisociale a fait une campagne révoltante.
Aujourd’hui, les Français ont le choix. Ne compter que sur le FN pour apporter le changement est une erreur, entre ses scories et ses difficultés à casser le plafond de verre. La crise est forte. Les mouvements du corps électoral seront brutaux. Ne nous enfermons-pas dans une voie sans issue. Un petit peut devenir grand.
09:55 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : marianne 2, front national, marine le pen, ump, ps, philippe cohen, elisabeth levy, eric zemmour
27.03.2009
La chienlit politique, hommage à Nicolas Sarkozy
Il y a une dizaine d’années, on parlait encore de godillots. À quelques exceptions près, les hommes politiques avaient tendance à davantage respecter les consignes de leur parti. Aujourd’hui, tout semble prétexte à étaler les divisions, à l’UMP comme au PS.
Chienlit majoritaire et chienlit socialiste
On fait grand cas des divisions au sein du PS, mais l’UMP et le gouvernement n’en sont pas exempts, loin de là. Le débat sur l’OTAN a permis aux chiraquiens et villepinistes d’exprimer leur opposition au projet du président. La majorité s’est déchirée sur la contribution des plus riches et le possible aménagement du bouclier fiscal. On ne compte plus les déclarations acides entre ministres (Morano et Boutin, Yadé et Kouchner, Wauquiez et Fillon…). Ce n’est plus un gouvernement, c’est la chienlit au gouvernement !
Il faut dire que ce n’est guère mieux dans l’opposition. Les socialistes sont devenus les spécialistes du suicide collectif. Il semble quasiment impossible pour un dirigeant du PS de s’exprimer sans égratigner un camarade. La constitution des listes pour les élections européennes a été un nouvel exemple de cette extraordinaire capacité du PS à se déchirer en public et si possible devant un micro ou une caméra, sans jamais se poser la question des dangers d’une telle exposition de leurs rancoeurs.
Pourquoi les divisions s’étalent de la sorte ?
Se pose alors la question des raisons d’un tel comportement. Comment ne pas y voir une forme d’hommage à Nicolas Sarkozy ? Le président, convaincu en 2002 qu’il ne pourrait pas être élu s’il incarnait la continuité, a construit une stratégie d’opposition radicale au président dont il était le ministre (« la rupture »). Son succès en 2007 valide une telle stratégie et pousse donc les apprentis Sarkozy à imiter l’indiscipline de leur modèle, ce que Jean-François Copé fait de manière transparente.
Mais il y a une deuxième raison plus fondamentale à cette dérive des hommes politiques : la perte du sentiment collectif. La majorité des hommes politiques d’aujourd’hui ne sont plus que des ambitieux en quête d’une carrière à laquelle ils sacrifient tout. Si l’ambition n’est pas critiquable en soi, elle réduit à néant la notion de collectif quand elle n’est pas équilibrée par de fortes convictions personnelles ou un certain sens du service de l’Etat, comme pouvait l’avoir une majorité du personnel politique d’il y a 20 ans.
Quelles conséquences ?
Cette triste évolution du comportement politique pose de nombreux problèmes. Couplée avec la limitation à deux de mandats présidentiels, elle ferait du président qui serait réélu un « canard boîteux » dès le lendemain de son élection, comme cela se passe aux Etats-Unis. En effet, comment accorder de l’importance à un président qui prendra de toutes les façons sa retraite à la fin de son mandat. Nicolas Sarkozy a clairement savonné la planche d’un (très) éventuel deuxième mandat.
Imaginons un instant le comportement de tous ceux qui visent 2017 au sein même de sa majorité. Si leur élection passe par une critique en règle du président en place, ils ne s’en priveront pas, ce qui promettrait une chienlit gouvernementale bien pire qu’aujourd’hui, où le président reste le maître du jeu. Néanmoins, cette chienlit politique a au moins un avantage. Elle montre bien aux Français ce que sont devenus PS et UMP : de simples franchises électorales au service d’ambitieux dépourvus de convictions.
Les chienlits majoritaire et socialiste ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont le symptôme d’un effacement du collectif au profit d’une ambition personnelle dépourvue de convictions fortes ou de volonté de servir l’Etat. Nicolas Sarkozy en est à la fois le meilleur exemple et l’inspirateur…
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13.07.2008
Royal, Montebourg, Saussez, Bertrand : les prix citron de la semaine
À la veille du 14 juillet, l’actualité politique ne prend toujours pas de vacances comme nous avons pu le constater cette semaine, pour le meilleur, mais surtout pour le pire !
Ségolène Royal a choisi : alors que ces camarades se concentrent sur leur nombril, elle a décidé de reprendre le flambeau de l’opposition. Mais au flambeau, elle semble préférer le lance-flammes. Ce sont trois salves de kalachnikovs que la candidate du PS a envoyé en direction de l’Elysée. Résumons : une attaque sur la récupération de la libération d’Ingrid Bettancourt, puis une offensive sur le rapport du président à l’argent et son clan puis mardi un nouveau scud sur France 2 en affirmant que « la France de Sarkozy, c’est la télévision de Berlusconi et les méthodes de Poutine », en suggérant qu’il y avait un rapport entre la mise à sac de son appartement et son opposition au « clan » au pouvoir. Si cette triple charge ravira certains opposants au pouvoir, ses excès la rendent contre-productive. En maniant l’outrance à ce point, on ne retient que les excès de la candidate qui semble au final servir le président par le manque de subtilité de ses critiques alors qu’il y a tant de choses plus rationnelles à dire.
Le Parti Socialiste va décidemment bien mal. Enviant sans doute la position de Jean-François Copé qui prépare un destin qu’il espère présidentiel à la tête du groupe UMP de l’Assemblée, Arnaud Montebourg a essayé de prendre la direction du groupe socialiste. Le député de Saône et Loire est une caricature de tous les excès de la politique. Longtemps avocat du non cumul des mandats, il a finalement décidé de conquérir la présidence de son conseil général après avoir manqué être battu aux législatives, affirmant désormais que la questions qu’il est « croyant, mais non pratiquant »… Après avoir incarné l’aile gauche du parti lors du référendum de 2005, il a complètement tourné casaque en présentant une motion avec les partisans de Strauss-Kahn. Heureusement, les députés socialistes ont eu le bon sens de ne pas élire cet opportuniste à leur tête et de conserver Jean-Marc Ayrault, quelles que soient ses limites.
Le Canard Enchaîné a révélé cette semaine le quadruplement du budget de communication du gouvernement demandé par Thierry Saussez, le patron du CIG, pour 2009. L’annonce est d’autant plus choquante que le Premier Ministre est venu sur RTL pour expliquer que 30 000 postes de fonctionnaires seront supprimés l’an prochain. Tout le monde ne fait pas ceinture dans l’équipe présidentielle ! Mais il est pour le moins paradoxal qu’à un moment où il est en permanence demandé aux Français de faire des efforts, le budget de communication d’une majorité augmente de la sorte, d’autant plus que l’UMP et son président dispose déjà des trois-quarts du temps de parole politique. Quand on sait en plus que cet argent remplira notamment les poches de TF1, il y a là un véritable scandale, dont il est curieux qu’on en ait pas plus parlé.
Le gouvernement continue sa guerre contre les 35 heures. L’assemblée vient de voter un texte qui fixe à 235 le nombre de jours travaillés par an pour les cadres, au lieu des 218 prévus par la loi Aubry. Problème : cela correspond à environ trois semaines de congés payés si on compte les jours fériés. Xavier Bertrand a beau jeu de dire que ce texte ne remet rien en cause, mais pourquoi alors a-t-il été voté ? Curieusement, aucune explication n’est donnée pour expliquer le pourquoi de cette remise en cause du temps de travail des cadres, bien au-delà des modifications liées aux 35 Heures. Pire, la limite maximale sera de 282 jours, soit une semaine de 6 jours avec 3 semaines de congés payés ! Avec des journées de travail de 13 heures, le cadre Français pourra travailler deux fois plus que les Japonais !
De ces prix citron, Ségolène Royal a gagné la palme médiatique. Mais elle a aussi éclipsé les deux derniers, qui auraient sans doute mérité plus d’attention.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/07/09/mme-royal-etablit-un-rapport-entre-ses-attaques-sur-le-clan-sarkozy-et-le-cambriolage-de-son-appartement_1067901_823448.html#ens_id=910156
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/07/08/thierry-saussez-veut-quadrupler-le-budget-de-la-communication-gouvernementale_1067892_823448.html#ens_id=1060583
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/337772.FR.php
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/07/08/les-deputes-ont-adopte-un-amendement-qui-augmente-le-nombre-de-jours-travailles-pour-les-salaries-au-forfait_1067469_823448.html
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29.05.2008
La guerre des chefs accélère au parti socialiste
La semaine dernière, Bertrand Delanoë a fait un nouveau pas vers la candidature au poste de premier secrétaire du parti socialiste. Mais la contre-attaque de Ségolène Royal a été bien organisée. Malheureusement, la forme l’emporte largement sur le fond.
Le maire de Paris se retrouve un peu dans la position de Ségolène Royal il y a deux ans : favori des sondages mais officiellement candidat à rien. Pourtant, son offensive médiatique ressemble furieusement à celle d’un candidat à la reprise du parti socialiste. La sortie d’un livre par un homme politique est toujours un événement majeur. Dans le cas présent, le choix de se présenter comme « socialiste et libéral » est un véritable positionnement, qui semble bien destiné à créer de la substance pour une candidature, substance à même de rassembler l’aile droite du parti. Mais ce positionnement osé de héraut des libertés sociales, s’il plaira sans doute aux bobos parisiens, est très loin des préoccupations de l’électorat populaire. Reste à savoir s’il est à même de l’aider à capturer le PS.
Le moins que l’on puisse dire est que Ségolène Royal a bien organisé sa contre-attaque. Visite à Gandrange, aide aux marins pêcheurs, multiples déclarations contre le positionnement de son adversaire (« je ne pense pas qu’on puisse être socialiste et libéral au 21ème siècle ») : la contre-attaque de la candidate à la présidentielle lui a permis de contrecarrer l’offensive médiatique de son rival. On pourra en revanche difficilement ignorer le cynisme de ses interventions, notamment sur le libéralisme de Bertrand Delanoë dont elle sous-entend qu’il porte sur l’économie. Comme Alain Duhamel l’a bien souligné lundi sur RTL, la définition qu’elle donnait de « libéralisme » dans son livre « Maintenant » était bien proche de celle de son rival… Alors qu’elle aurait pu entamer un débat intéressant entre autorité et liberté, elle préfère les accusations tendancieuses et malhonnêtes.
En fait, ce combat des chefs est très révélateur de la réalité du parti socialiste aujourd’hui. Entre Bertrand Delanoë et Ségolène Royal, tout n’est que question de positionnement politique pour prendre le pouvoir. Plutôt que de proposer des solutions aux questions que se posent les Français, le maire de Paris prend une posture osée et marquante pour faire parler de lui et prendre le PS par la droite, tout en prenant des précautions en parlant de régulation de l’économie et d’autorité. Résultat, Ségolène Royal fait semblant de mal comprendre, attaque cette acceptation supposée du libéralisme économique et vire à gauche. Ce simulacre de débat d’idées est absolument navrant car il n’y a en réalité aucun débat de fond entre les deux principaux prétendants au poste de premier secrétaire.
Le Parti Socialiste entre dans une phase de décomposition où un pseudo débat idéologique sert de voile pudique pour camoufler ce qui n’est qu’une guerre des ambitions. Cela promet jusqu’au congrès !
Source : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/328187.FR.php
14:09 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ps, parti socialiste, royal, delanoë, socialisme, libéralisme
15.05.2008
Le désespoir d’un quinqua du Parti Socialiste
Trop vieux pour faire partie de la nouvelle génération qui se prépare pour 2017, mais manquant d’épaisseur et d’expérience pour pouvoir jouer en première division aujourd’hui, depuis le départ de son patron au FMI, Pierre Moscovici tente le tout pour le tout pour se faire sa place au soleil, jusqu’au ridicule….
Retenez-moi ou je fais un malheur ! Comprenant bien que la bataille du prochain congrès pourrait le laisser sur le bord de la route, Pierre Moscovici cherche à exister. C’est ainsi qu’il s’est proposé pour le poste de premier secrétaire du parti socialiste, pour éviter la confrontation Royal contre Delanoë, allant même jusqu’à promettre qu’il ne serait pas candidat à la candidature s’il était premier secrétaire. Devant l’enthousiasme général suscité par cette offrande, le député du Doubs vient d’ajouter une subtilité révélatrice: s’il n’est pas premier secrétaire, alors il pourrait être candidat à la candidature de 2012. Bertrand Delanoë et Ségolène Royal ne doivent pas en dormir la nuit... Bonjour la crédibilité de la promesse de ne pas être candidat pour les présidentielles s’il était premier secrétaire !
Encore plus fort, dans sa tentative d’exister médiatiquement face à l’émergence des quadras (Valls, Montebourg, Hamon), Moscovici sort la carte people, comme le révèle le site Le Post dans un article enlevé et très amusant. Dans un entretien dans Gala, il dénonce… la dérive « people » de la vie politique encouragée par Nicolas Sarkozy. Mieux, il n’hésite pas à se confier sur sa vie personnelle, parle de sa barbe, dont certains amis – forcément – lui ont dit qu’elle lui donnait un côté « übersexuel »… L’über-socialiste n’hésite pas non plus à parler de sa vie privée et de ses compagnes… On imagine qu’il doit être plus facile de dénoncer la dérive « people » qui consiste à parler de sa vie privée pour faire parler de soi quand on a cédé soi-même à cette tentation. Quel esprit de sacrifice !
Plus sérieusement, Pierre Moscovici illustre bien les carences des deux partis majoritaires que sont le PS et l’UMP : ce ne sont plus que des franchises électorales, des véhicules pour les ambitions de notables ou de jeunes loups. Il ne reste plus grand chose des projets collectifs qui étaient encore la colonne vertébrale des partis il y a trente ans. Les adhérents et les responsables partageaient alors des convictions, pas des ambitions. Résultat, l’absence de projet collectif, remplacé par les ambitions personnelles, sape toute discipline et toute dignité dans cette quête de pouvoir qui est le seul point commun des dirigeants ou apprentis dirigeants.
Dans cette foire des ambitions, Pierre Moscovici n’est qu’un politicien de plus parmi les Valls, Montebourg, Hamon, Copé, Fillon ou Bertrand. Le renouveau de 2012 passera sans doute par une personne qui a su grandir en dehors de ces partis, qui semblent ne générer que de la médiocrité.
Source : http://www.lepost.fr/article/2008/05/12/1191955_pierre-moscovici-est-ubersexuel-dans-gala.html
12:41 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : moscovici, ps, gala
20.03.2008
La chienlit politique
Le ton de la soirée électorale de dimanche était prémonitoire du climat politique à venir, entre langue de bois et agression verbale. Au lendemain des municipales, les couteaux sont sortis, à droite comme à gauche.
Le climat de la majorité s’est brutalement tendu avec la défaite des municipales que les élus UMP reconnaissent volontiers, contrairement aux membres du gouvernement. Les coups pleuvent et nombre d’élus n’hésitent pas à nommer Nicolas Sarkozy comme le responsable de leur mauvais résultat. Patrick Balkany et Patrick Devedjian échangent des amabilités par presse interposée, comme le rapporte Le Canard Enchaîné : le premier soutenant que « l’UMP est en état de léthargie » alors que le second, ironise sur France Inter : « Balkany nous donne des leçons de politique, vous verrez, bientôt il nous donnera des leçons de morale… ». Les anciens Premiers ministres donnent également de la voix entre Jean-Pierre Raffarin qui dénonce une dérive droitière et Alain Juppé qui prône une plus grande ouverture…
Le climat au parti socialiste n’est pas meilleur avec les préparatifs pour le congrès de l’automne, qui promet d’être sanglant. La guerre entre Ségolène Royal et les éléphants a commencé. Jack Lang a prévenu dimanche soir que cette victoire n’était la victoire de personne. Martine Aubry a retrouvé l’appétit après sa victoire à Lille. Un front « Tout sauf Ségolène » se constitue et semble vouloir faire du maire de Paris son champion dans la mesure où il semble le seul à même de s’imposer face à la candidate socialiste à la présidentielle. Mais même si tout ce petit monde souligne qu’il faut d’abord se mettre d’accord sur un projet avant de choisir un candidat, il est difficile de ne pas y voir uniquement une volonté d’abattre Ségolène Royal. En outre, comment ne pas oublier les problèmes que posent l’écriture d’un programme avant le choix d’un candidat, comme cela s’est passé en 2007 ? La rénovation idéologique ne doit-elle pas être conduite par le nouveau leader du parti socialiste pour proposer un projet cohérent aux Français en 2012 ?
Ces déchirements montrent surtout que ce sont les ambitions personnelles qui animent l’immense majorité des leaders de nos deux principaux partis. Car s’il y avait un véritable projet au cœur du parti socialiste et de l’UMP, alors ce grand dessein serait prioritaire par rapport aux petites querelles de personne. Mais ces deux partis ne sont plus que deux écuries présidentielles qui attirent par conséquent les ambitieux de tout poil qui les voit avant tout comme des véhicules de leur ambition. C’est ce qu’a réussi à faire Nicolas Sarkozy qui devient l’exemple de cette génération qui a bien compris l’intérêt qu’il y avait à contrôler un de ces partis. Malheureusement pour le débat d’idées, ils répliquent également son indiscipline… A noter l’élégance de Françoise de Panafieu qui a abandonné son poste de maire du 17ème arrondissement pour renouveler le personnel politique sans rejeter la responsabilité de sa défaite sur quiconque.
Suivant l’exemple du président de la république, la vie politique des grands partis est entrée dans un jeu d’ambitions personnelles complètement déconnectées de toute idéologie et où tous les coups sont permis. Espérons que cette décadence permette l’émergence de courants pour lesquels la notion de projet politique existe vraiment.
Source : http://www.lemonde.fr/municipales-cantonales/article/2008/03/18/reglements-de-compte-a-l-ump-dechirements-au-centre_1024563_987706.html
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/03/18/martine-aubry-les-francais-veulent-le-retour-au-serieux_1024350_823448.html
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/03/18/au-ps-m-cambadelis-veut-tendre-la-main-a-m-delanoe-pour-s-opposer-a-mme-royal_1024361_823448.html
15:55 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ump, ps, raffarin, juppé, royal, lang, aubry
16.03.2008
Une défaite, un absent et beaucoup de langues de bois
Ambiance électrique sur les plateaux de télévision ce soir pour commenter les résultats des municipales. Les nombreuses défaites de l’UMP montrent que malgré les enjeux locaux, les Français ont sanctionné Nicolas Sarkozy. Mais le plus marquant a été le niveau désolant des interventions des représentants de tous les partis entre suffisance des vainqueurs et absence totale d’écoute des vaincus.
Malgré les dénis bien ridicules de l’UMP, ces élections marquent une très nette poussée de la gauche dans le pays. Toulouse, Strasbourg, Périgueux, Amiens, Metz, Reims, Caen, Blois et Quimper passent à gauche. Marseille reste de justesse à l’UMP avec quatre secteurs à gauche et quatre à droite. Paris prend un nouveau virage à gauche puisque dans le 12ème arrondissement, le parachuté Jean-Marie Cavada est atomisé au second tour avec seulement 34% des voix. Le parti socialiste est désormais nettement majoritaire dans les municipalités et les départements.
Mais cette défaite a été l’occasion d’un concours de langues de bois dont il est bien difficile de désigner un vainqueur. L’UMP a fait preuve d’une imagination sans limite pour nier toute sanction alors que jamais les grandes villes du pays n’auront autant penché à gauche. Le niveau élevé de l’abstention a ainsi été présenté comme une raison de ne pas faire de cette défaite une sanction : la moindre mobilisation des électeurs de droite signifierait donc qu’on ne peut pas parler de sanction pour la droite ! Le gouvernement a également dit tout et son contraire, entre prise en compte du vote des Français (Nicolas Sarkozy à Toulon) ou volonté au contraire d’accélérer les réformes. L’UMP a osé dire que le vote des Français signifiait une volonté d’accélérer les réformes, comme s’il n’y avait pas de déception sur le pouvoir d’achat…
Mais les leaders du parti socialiste ont également montré leur maîtrise de la langue de bois. D’un résultat d’élections municipales, Ségolène Royal a ainsi demandé un retour en arrière de plusieurs mesures du gouvernement et un changement de politique sans réellement proposer d’alternatives. Les socialistes se sont comportés comme si ces résultats invalidaient en partie les résultats des présidentielles et des législatives. Pire, la rénovation du PS semble désormais bien lointaine et cette victoire pourrait faire oublier les carences qui l’ont fait perdre en 2007. Quant à François Bayrou, il a eu le culot d’attribuer la responsabilité de sa défaite au maintien de la liste UMP. En l’absence de fusion, il faut tout de même accepter les règles électorales, qui prévoient des triangulaires…
Ces élections municipales sont un avertissement pour le président puisque jamais les départements et les grandes villes n’avaient autant penché à gauche depuis des décennies, à tel point que le Sénat pourrait changer de majorité. Mais la majorité ne semble pas vraiment vouloir en tirer les leçons et le parti socialiste pourrait bien en profiter pour oublier des leçons précédentes.
22:00 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : municipales, ps, ump, sarkozy



