20.07.2010
Les scandales de la communication gouvernementale
Depuis quelques semaines fleurissent les spots et les annonces publicitaires pour la réforme des retraites. Parallèlement, une nouvelle polémique émerge autour de l’appel d’offre de 120 millions d’euros du gouvernement pour sa communication.
Publicité et politique sont-elles solubles ?
Cette question est importante car on voit bien les dérives que peuvent permettre l’irruption de la publicité en politique aux Etats-Unis. La campagne présidentielle de 2008 a vu les candidats dépenser la bagatelle de deux milliards de dollars et les récentes élections de Carly Fiorina et Meg Whitman aux primaires républicaines de Californie ont atteint des sommets délirants : 70 millions de dollars chacune, soit 60 dollars par vote, ou encore le budget annuel de la marque L’Oréal en France…
Aux Etats-Unis, le problème est d’autant plus sensible que la liberté d’expression justifie des abus absolument incroyables et les campagnes négatives particulièrement agressives. En Europe en général et en France en particulier, nous restons loin des excès étasuniens. Longtemps, le gouvernement s’est contenté de campagnes publicitaires autour de grandes causes nationales (sécurité routière, violence) relativement non partisanes.
Le quinquennat de Nicolas Sarkozy a marqué une vraie rupture avec le développement de plus en plus courant de véritables campagnes de promotion des politiques gouvernementales (grand emprunt hier, réforme des retraites aujourd’hui) conçues comme des campagnes pour les lessives ou les yaourts. La campagne sur le RSA a ainsi coûté trois millions d’euros, celle sur les retraites ou les économies d’énergie (« faisons vite, ça chauffe), sept millions.
Pourquoi cette communication est choquante ?
Cette communication est choquante. Tout d’abord, selon les règles en vigueur, la majorité dispose d’ors et déjà de deux tiers du temps de parole politique en France (un tiers pour le gouvernement et un tiers pour la majorité, y compris le temps de parole du président depuis une décision récente du CSA). Du coup, dans un monde où l’opposition ne dispose que d’un tiers du temps de parole, il est choquant que le gouvernement en rajoute en faisant de la publicité, le tout payé par le contribuable.
Juan souligne que le budget du SIG est passé de 6 millions sous Jacques Chirac à 27 millions cette année (en réintégrant certaines dépenses dispersées auparavant cependant) et que les achats d’espace ont doublé, passant de 50 à 100 millions depuis 2008, démontrant l’ampleur des dépenses engagées par Nicolas Sarkozy pour faire pression sur l’opinion.
En outre, l’explosion de ce budget pose un énième problème de conflit d’intérêt entre les médias et le gouvernement. En effet, comment ne pas être inconfortable devant cet afflux d’argent sur des médias en pleine crise, à l’équilibre financier précaire et donc de plus en plus dépendants de cette source d’argent public ? S’il est évident que la grande majorité des journalistes restent insensibles à ces « investissements », comment ne pas imaginer qu’ils ne laissent pas indifférents certains dirigeants ?
Si la communication a son rôle en politique pour bien expliquer ce que l’on fait, on assiste à de multiples dérives sous la présidence de Nicolas Sarkozy : la multiplication de campagnes de promotion des politiques gouvernementales en est une.
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, publicité, sig, csa
25.02.2010
Sexe, cigarette et publicité (de mauvais goût)
Il n’est pas fréquent que je sois d’accord avec Nadine Morano, mais pour le coup, la ministre de la famille a été une des premières dirigeantes politiques à prendre position pour l’interdiction de la nouvelle campagne anti-tabac. J’espère qu’elle y parviendra.
Je choque donc j’existe
Cette campagne créée un véritable scandale et la grande majorité des commentateurs la jugent négativement. Le directeur de l’association des Droits des Non Fumeurs a choisi l’agence BDDP et trois visuels montrant de jeunes adolescents agenouillés devant un homme qui tient leur tête pour les forcer à prendre une cigarette dans leur bouche. La référence sexuelle est assumée, dans le but de choquer un public qui n’écouterait pas les messages relatifs à la santé.
Avant d’énoncer tout jugement moral, étudions l’efficacité de cette campagne. S’il y a une chose qui est clair, c’est que cette campagne interpelle, très fortement même. Et c’est une des nécessités premières de la communication que de parvenir à attirer l’attention des passants. En revanche, je reste beaucoup plus circonspect sur le message qu’elle véhicule. Les auteurs de la campagne disent vouloir faire passer l’idée de soumission au tabac, mais cela pose plusieurs problèmes.
Tout d’abord, illustrer la dépendance plutôt que la soumission serait sans doute plus clair. Ensuite, l’idée de soumission n’est pas très claire puisque l’on parle à la fois du tabac et d’un homme en costard. Qui est-il ? S’agit-il d’un patron d’une multinationale du tabac ? En outre, le parallèle sexuel complique singulièrement le message et il n’est pas évident que l’outrance de cette communication permette de faire passer un quelconque message à sa cible, les adolescents.
Une comparaison inacceptable
En fait, j’ai l’impression que cette campagne sera plus efficace pour faire parler d’elle-même que véritablement de la cause qu’elle est sensée défendre. C’est le travers de beaucoup de communications, qui, à force de vouloir se faire remarquer, finissent par ne plus dire grand-chose sur leur objectif initial. Mais surtout, la comparaison est totalement abusive et elle marque un manque de considération inacceptable à l’égard des jeunes victimes de violences sexuelles.
En outre, ce n’est pas comme si cette campagne était destinée à une cible très restreinte. C’est une campagne d’affichage, qui va donc toucher indirectement un très large public, et on peut s’interroger sur l’opportunité de montrer un tel visuel à de jeunes enfants par exemple. La création peut être jugée comme trop explicite pour être exposée à un public d’un certain âge après tout. Les commanditaires ont beaucoup trop négligé les aspects négatifs de leur campagne.
Excessivement choquante, notamment pour des victimes de violences sexuelles, inefficace d’un point de vue de la communication, cette campagne est une grave erreur. Il est malheureux que l’agence et l’association des Droits des Non Fumeurs persistent à défendre l’indéfendable.
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : nadine morano, droits des non fumeurs, publicité, tabac
24.10.2009
N’avons-nous rien appris sur le crédit ?
Alors que l’économie mondiale semble tout juste émerger de sa pire crise économique depuis 80 ans, une crise notamment provoquée par l’excès de crédit, comment ne pas voir dans les publicités pour la carte Double Action du Crédit Agricole une provocation scandaleuse ?
Double action ou double peine ?
En effet, même en ne regardant la télévision qu’avec parcimonie, il est impossible en ce moment d’échapper aux publicités pour cette carte « révolutionnaire » à la fois carte de paiement et carte permettant de déclencher instantanément un crédit, dont le taux, naturellement indiqué en tout petit, est 17,5% de TEG annuel maximum. Un taux qui permet de financer ces campagnes publicitaires puisque le Crédit Agricole se finance à seulement quelques pourcents, laissant une belle marge.
Et c’est toute la perversité du système qui se met en place. En effet, les TEG autorisés sur les crédits à la consommation permettent aux banques de dégager des marges énormes, même avec un taux de non-paiement significatif. Du coup, elles en font la publicité et les facilitent grandement pour les consommateurs en mettant à leur disposition une carte qui déclenche automatiquement un crédit. Mais cet accès automatique démultiplie son utilisation et donc les risques...
Mais que fait le gouvernement ?
Bien sûr, on pourra dire qu’il revient aux individus de bien lire toutes les petites lignes concernant les conditions du crédit. Et ce n’est pas faux. Néanmoins, ce raisonnement présente ici deux limites. Tout d’abord, le rapport de force entre les banques et les particuliers est asymétrique. Les banques l’ont bien compris : en créant cette carte « double action », elle déconnecte le moment où le client « lit » les conditions du prêt du moment où il le contracte tout en simplifiant à l’extrême la procédure.
Ensuite, il ne faut pas oublier que l’abus de crédit est dangereux pour la collectivité, comme l’expérience des subprimes aux Etats-Unis le montre. Un trop grand recours au crédit peut provoquer une bulle, qui, en se dégonflant, peut avoir des conséquences dévastatrices. Dès lors, il est important de mieux encadrer cette activité. Le gouvernement l’avait promis il y a quelques semaines mais rien n’a changé. A minima, il pourrait déjà interdire la publicité, ce qui semble la moindre des choses.
Ce qui est terrifiant avec la crise actuelle, c’est la vitesse à laquelle nous revenons aux excès qui nous ont menés dans le mur il y a si peu de temps. Bonus, crédit, rien n’a changé sous le soleil de la planète finance. Pour notre plus grand mal.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : crédit agricole, carte double action, publicité
27.11.2008
République irréprochable ou république des copains ?
Dans une tribune au Monde quelques semaines avant les élections présidentielles, Nicolas Sarkozy s’était fait le défenseur d’une « république irréprochable ». Un peu plus de 18 mois après son élection, c’est plutôt la « république des copains » qui s’est mise en place.
Le débat sur le financement du Service Public de l’audiovisuel en est la preuve flagrante. Le gouvernement ne s’en cache même pas en disant qu’il est important de renforcer les groupes privés Français par rapport à leurs concurrents. En clair, il annonce de manière à peine maquillée que les groupes privés (au premier rang desquels TF1, qui capte plus de 50% du marché publicitaire) vont être soutenus par l’Etat. Pourtant, ce n’est pas comme s’il y avait la moindre menace d’un groupe étranger. TF1 reste la première chaîne d’Europe par l’audience. Le discours sur la nécessité de renforcer la compétitivité des groupes privés par rapport aux concurrents est complètement bidon et vise uniquement à donner un prétexte à un arsenal législatif qui est un concentré de favoritisme pour les groupes privés au détriment du Service Public.
Dans une configuration digne de Berlusconi, Nicolas Sarkozy favorise économiquement TF1 et M6 (ce qui ne devrait pas pousser leurs actionnaires à la critique vis-à-vis d’une équipe au pouvoir qui les nourrit) tout en reprenant la main sur le service public, en nommant directement la direction tout en contrôlant une plus grande part de ses recettes. C’est ainsi que les chaînes privées devraient gagner le droit de diffuser davantage de publicité à partir de janvier pour compenser sa suppression sur le Service Public : Nicolas Sarkozy donne l’argent de France Télévisions à TF1 et M6 ! Mieux, certains députés, inquiets de l’audience des coupures publicité du privé, essaient, par voie d’amendements, d’imposer au Service Public la diffusion de messages courts informatifs et citoyens pour que France Télévisions n’en profite pas pour récupérer l’audience de TF1 et M6. Sarkozy fait pire que Berlusconi !
N’oublions pas que Martin Bouygues a été le témoin de mariage du président. Il faut dire que ce n’est que le énième épisode de la « république des copains » … Après tout, les mesures du « paquet fiscal » de l’été 2007 étaient déjà destinées à ses nombreux amis. Et puis, comment ne pas soupçonner un retour d’ascenseur dans l’incroyable arbitrage de l’affaire Tapie qui permet à celui qui a soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle de récupérer 400 millions d’euros de l’Etat alors qu’il n’est pas évident qu’il aurait dû recevoir le moindre centime (voir note de lundi). On peut également penser à l’épisode de l’occupation de la villa de Christian Clavier par des nationalistes corses, qui avait provoqué le renvoi d’un haut fonctionnaire ou au refus d’extradition d’une ancienne terroriste protégée par la première dame.
Nicolas Sarkozy est habile : son omniprésence médiatique ne permet à l’actualité de se fixer sur de graves conflits d’intérêt qui auraient dû se transformer en scandale tant ils sont caractéristiques d’une république des copains qui a plus à voir avec Silvio Berlusconi ou François Mitterrand.
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, tf1, service public, france télévisions, publicité, martin bouygues
24.06.2008
Halte à la propagande gouvernementale !
Les années passent et tous les ans, le gouvernement semble dépenser davantage en campagnes publicitaires qui vont de la sécurité routière à la promotion des fruits et légumes. Mais ce gouvernement vient de franchir un cap en passant de la promotion de grandes causes à de la pure propagande.
Si les budgets consacrés à la lutte pour la sécurité routière semblent d’autant plus importants qu’ils ont contribué à la baisse du nombre de victimes sur les routes, l’augmentation des dépenses de communications de nombreux ministères est particulièrement choquante. Dans les derniers mois, nous avons eu droit à des campagnes pour promouvoir la consommation de féculents, de fruits et légumes, pour faire des économies d’énergie et cet hiver, pour adopter le bon comportement en cas de rhume (ne pas éternuer sans mettre la main devant la bouche…). On peut s’interroger sur la pertinence de ce déluge publicitaire, qui coûte tout de même des millions à l’Etat. Pire, nous ne sommes pas loin du conflit d’intérêt quand les deniers publics financent des médias en charge de l’information.
Mais, au moins, les campagnes précédentes étaient des campagnes non politiques, qui visaient à promouvoir des comportements plus conformes à l’intérêt général et au bien public. Dès lors, on pouvait en partie justifier ces dépenses même s’il convient sans doute de davantage veiller à leur pertinence réelle et aux sommes ainsi dépensées. La nouvelle campagne du gouvernement bouleverse nos repères en prenant une tournure politique que n’avaient pas ces autres communications. Même s’il existe quelques exemples dans notre histoire politique, il est choquant qu’un gouvernement dépense de l’argent pour la simple promotion de mesures politiques qui ont déjà été prises. Qu’une majorité qui dispose de plus des trois quarts du temps de parole à la télévision ressente le besoin d’en rajouter en saturant les espaces publicitaires de messages à la gloire de sa politique est un véritable scandale.
En outre, les messages qui sont à l’antenne depuis hier soir sont d’autant plus choquants qu’ils ne sont pas simplement la présentation relativement factuelle des mesures du gouvernement (ce qui serait déjà trop). Le slogan publicitaire, assez habile il est vrai, « pouvoir d’achat, vous êtes impatients, nous aussi ! » vise à dédouaner le gouvernement des problèmes actuels tout en montrant implicitement que le gouvernement est du côté des français. Cette manière de présenter des mesures politiques est choquante car elle rompt avec une pratique de présentation purement factuelle des décisions gouvernementales, plus neutre, laissant aux citoyens le soin de juger. Néanmoins, ces grosses ficelles vont se heurter à la réalité d’une hausse des prix de l’alimentaire et de l’énergie bien plus concrète aux yeux des Français que cette réclame qui risque bien d’être prise pour telle.
Il est scandaleux que le gouvernement recourt à une campagne de publicité pour promouvoir sa politique. Heureusement, le scepticisme traditionnel des Français vis à vis de la communication pourrait bien faire revenir cette campagne comme un boomerang dans la figure de Nicolas Sarkozy.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/06/23/pouvoir-d-achat-le-gouvernement-consacre-4-3-millions-d-euros-a-expliquer-sa-politique_1061636_823448.html#ens_id=1060583
09:45 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, propagandes, saussez, campagne, publicité



