20.11.2010

Les Etats-Unis cherchent à s’en sortir, mais pas l’Europe

Pendant que l’Europe cherche à tout mettre en place pour honorer les dettes publiques que détiennent les banques et sauver la monnaie unique, les Etats-Unis recourent à des moyens non conventionnels pour se sortir en partie de l’impasse de la dette.

L’intérêt du « Quantitative Easing 2.0 »

Les réactions à la politique de monétisation de la dette publique étasunienne par la Fed ont été mitigées. Certains ont crié au risque d’hyperinflation et d’effondrement du dollar. Mais, ce scénario est extrêmement peu probable. En effet, si la Fed va racheter pour 600 milliards de dollars de bons du Trésor, il faut noter que cela ne représente que 5% de l’ensemble de la dette publique (qui approche les 12 000 milliards) et environ 4% du PIB du pays. La planche à billet reste limitée.

En outre, si la monétisation a un effet inflationniste, cela ne serait pas un mal dans une économie qui subit des pressions déflationnistes. L’inflation est au plus bas, à peine 1%. Pire, malgré l’envolée des déficits et de la dette, l’endettement global de l’économie étasunienne diminue du fait de la réduction de l’endettement des ménages et des entreprises. Du coup, les effets négatifs de la monétisation seront très limités. Mais cela ne règle pas les déséquilibres fondamentaux de l’économie  outre-Atlantique

En revanche, la politique de la Fed sera très utile pour le pays. Ce programme de rachat de Bons du Trésor va permettre de limiter les taux longs étasuniens, qui sont à peine supérieurs à ceux de l’Allemagne. Ainsi, cela va réduire le montant des intérêts payés et contribuer au rééquilibrage budgétaire. Mieux, cela a eu pour effet de faire baisser le dollar, ce qui va améliorer la balance commerciale en pénalisant les importations et en agissant comme une subvention pour les exportations.

Une Europe ballotée par les marchés

A l’opposé du pragmatisme étasunien, l’Europe poursuit une politique totalement irréaliste, dans le seul objectif de sauver l’euro monnaie unique et de protéger les créances des banques. La cure d’austérité drastique imposée aux pays de la périphérie du continent provoque une véritable dépression économique (le PIB de la Grèce et de l’Irlande aura reculé de plus de 10% en seulement trois ans), affaiblissant considérablement la capacité de remboursement de ces pays.

Du coup, les marchés leur imposent des taux longs toujours plus élevés. Pour l’instant, la Grèce s’en sort grâce au fond européen qui leur permet d’emprunter à des taux plus bas que ceux du marché. L’Irlande a des réserves importantes de liquidités qui lui permettent de se passer encore des marchés pendant quelques mois, mais tout le monde sent bien que cette solution n’est pas durable. C’est pourquoi l’Union Européenne et le FMI préparent un plan pour l’Irlande.

Le point positif de cette situation a été de préparer l’opinion publique à la possibilité d’une fin de l’euro monnaie unique, hypothèse évoquée maintenant dans plusieurs pays et qui a poussé le « président » de l’Europe a tiré la sonnette d’alarme. Dans une belle ironie de l’histoire, il est probable que c’est le marché qui fera tomber la monnaie unique, ce même marché dont l’Europe aura paradoxalement assuré la toute-puissance. On ne peut pas nier la réalité…

Si les Etats-Unis mènent une politique insoutenable à long terme, leur choix à court terme est sans doute le bon, pour défendre leurs intérêts. L’Europe, par son dogmatisme néolibéral parvient à mener des politiques qui sont à la fois néfastes à court et à long terme.

14.11.2010

Bloc notes

En attendant l’annonce du petit remaniement de ce petit président, voici un petit bloc-notes résumant la semaine.

Je me suis exprimé plusieurs fois sur le gaullisme et son héritage. Curieusement, ce 40ème anniversaire de la mort du Général n’a pas été si unanime que cela. France 3 a diffusé un documentaire à charge défendant la thèse d’un coup d’Etat démocratique, dans un oxymore qui démontre bien la fausseté de l’accusation. A-t-on déjà vu un général de pronunciamiento remporter deux campagnes électorales et se faire élire deux fois par les élus de la nation en 8 mois ? Je préfère ne garder que le magnifique et émouvant papier de Jérôme Leroy sur Causeur. Décidemment, quelque chose de fort unit certains communistes aux gaullistes…

Beaucoup de bonnes choses à lire sur la blogosphère la semaine dernière. Je vous conseille vivement l’interview d’Hakim El Karoui par Malakine, comme quoi deux personnes arrivent en un seul papier à beaucoup plus d’intelligence et de matière que le gouvernement avec son pseudo débat sur l’identité nationale… RST, lui, est revenu sur un vieil épisode d’unification monétaire européenne, l’Union Monétaire Latine, réalisée en 1865. Si l’expérience était différente de l’UEM d’aujourd’hui, beaucoup de leçons qui en ont été tirées pourraient nous être utiles aujourd’hui.

Yann poursuit ses analyses toujours pertinentes de la crise économique en revenant sur le nouvel épisode de Quantitative Easing de la Fed. Il signe également un papier que je partage totalement « frontières ou chaos » qui montre que la suppression des frontières est la cause de l’anarchie économique actuelle. L’actualité économique récente démontre également les dangers de l’euro. Alors que la reprise britannique s’affermit au 3ème trimestre (PIB +0.8%, soit plus de 3% de croissance en rythme annuel) du fait de la baisse de la livre, la Grèce s’enfonce toujours plus dans la dépression.

Enfin, il faut noter l’incroyable mesquinerie réactionnaire de l’UMP et d’Hervé Mariton en particulier, qui vient de rétablir l’avantage fiscal l’année du mariage, sans le rétablir pour le PACS. Décidemment, outre une incapacité à régler les problèmes de notre pays (chômage, violence aux personnes, finances publiques ou financement des retraites), cette majorité flirte trop souvent avec un ordre moral nauséabond. Merci à Joseph Macé-Scaron d’avoir attiré notre attention sur ce nouveau dérapage du gouvernement.