21.10.2010

Croissance, dette et récession

The Economist a récemment publié un dossier passionnant sur la croissance et sur les moyens de la relancer dans les pays développés. Par-delà des conclusions attendues, l’hebdomadaire fait des constats particulièrement intéressants pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui.

Retour sur la crise

L’analyse de The Economist part d’un constat très simple. Dans l’OCDE, en 2009, les ménages et les entreprises ont économisé l’équivalent de 7.2% du PIB (différence entre leurs revenus et leurs dépenses) et encore 7% du PIB en 2010. Non seulement les ménages se sont mis à davantage économiser (6% de leurs revenus en Grande-Bretagne en 2010 contre 2% en 2008, les chiffres sont comparables aux Etats-Unis), mais c’est aussi le cas des entreprises.

Cela résume le mécanisme de la crise. Les ménages se sont endettés pendant des années, ainsi que de nombreuses entreprises, notamment dans la finance, entretenant une bulle de la valeur des actifs. La bulle a fini par éclater mais sa taille gigantesque a provoqué une telle baisse de la valeur des actifs pour les ménages comme les entreprises que ces derniers ont remonté leur taux d’épargne et diminué leur consommation pour se désendetter dans un climat de crise.

Cette baisse de la consommation a logiquement provoqué une récession aussi violente que l’éclatement de la bulle financière. Mais les Etats ont creusé et laissé se creuser d’énormes déficits pour compenser la baisse de la demande privée et sauver le système financier. C’était le seul moyen de compenser la chute de la consommation des ménages. Ainsi, les Etats ont bien retenu les leçons de Keynes en agissant rapidement pour éviter un scénario comparable aux années 30.

Des années 2000 en trompe l’œil

Du coup, cela donne une autre perspective à la décennie précédente, où les bons élèves étaient les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou l’Irlande. On vantait le modèle anglo-saxon qui alliait des impôts faibles et une déréglementation générale de l’économie. Il faut dire que la croissance de ces pays était plus élevée que celle des pays de la vieille Europe (France, Italie et Allemagne) ou du Japon. Mais la crise a révélé que ces modèles étaient totalement illusoires.

En effet, si l’on se réfère aux chiffres de Jean-Luc Gréau dans « La trahison des économistes », on se rend bien compte que la croissance de ces pays s’est faite entièrement à crédit. La hausse de la dette des ménages représente l’équivalent de la progression du PIB de 1998 à 2008. On peut même se demander si ces pays n’auraient pas simplement stagné économiquement si les ménages avaient conservé le même niveau de dette pendant la décennie.

Quel impact pour l’avenir

Tout ceci révèle qu’il n’y a peut-être pas de modèle de croissance possible pour des pays développés qui ont libéralisé leur commerce du fait de la pression que cela implique sur leur demande interne. En effet, la seule croissance possible se fait à crédit, au prix de graves déséquilibres économiques et de bulles de crédit qui finissent toujours par exploser. En outre, les ajustements budgétaires en cours pourraient bien réduire plus encore le potentiel de croissance pourtant anémique de nos économies.

Mais cela ne signifie pas forcément que nous allons affronter un scénario en W avec une nouvelle récession dès 2011. En effet, à part la Grande-Bretagne, dans la plupart des grandes économies (Etats-Unis, Allemagne, Japon, France), l’ajustement budgétaire est plus doux et ne devrait que légèrement réduire la croissance. En outre, l’augmentation du niveau d’épargne a atteint un plafond (aux Etats-Unis, la baisse de l’endettement du secteur privé fait plus que compenser la hausse du public !).

Du coup, il est probable que le secteur privé baisse son épargne. Ayant déjà retrouvé un niveau de profitabilité comparable à celui d’avant crise, les multinationales devraient pouvoir investir davantage. Et si les classes populaires et moyennes restent prudentes, une augmentation de la consommation des classes supérieures pourraient relancer la consommation (le PIB / habitant a progressé de 10% aux Etats-Unis quand le revenu médian baissait de 4% de 2000 à 2008).

Bonne nouvelle : une récession semble peu probable en 2011 du fait que les acteurs privés ne seront pas plus prudents qu’en 2009 et 2010. Mauvaise nouvelle : la libéralisation des échanges a cassé le modèle de croissance des pays développés.

31.08.2010

Peut-il y avoir une rechute de l’économie ?

C’est la question qui agite la planète économique depuis que nous sommes sortis officiellement de la récession. Tout le monde craint un scénario en W ou une récession aussi violente que la précédente suivrait la légère reprise que nous traversons.

Des raisons de craindre une rechute

De manière fréquente depuis 2009, les marchés se font peur. Et on ne compte plus les corrections depuis le début de l’année : une première baisse de 10% fin janvier / début février, une correction de 15% au printemps lors de la crise des dettes souveraines européennes. Et après un bon début d’été, le marché est reparti à la baisse suite à des indicateurs décevants aux Etats-Unis, et notamment la révision à la baisse de la croissance au second trimestre, à 1.6% en rythme annuel.

Avant de rejoindre le camp des ours, pour reprendre la terminologie des marchés, il faut examiner ce qui pourrait causer une nouvelle récession. Il faudrait principalement que la consommation des ménages et des administrations publiques baisse puisqu’il s’agit de la première composante du PIB. Et il est vrai que la rigueur budgétaire qui s’est emparée des pays occidentaux et le maintien d’un fort niveau de chômage semblent pouvoir provoquer une telle baisse.

Des raisons paradoxales d’espérer

Cependant, c’est une chose de voir la consommation stagner, c’en est une autre de la voir baisser. Les ajustements budgétaires en Europe ne sont pas si grands, en dehors de quelques pays de la périphérie. En outre, la baisse très forte des taux longs apporte une bouffée d’oxygène colossale aux Etats. 1 point de moins, c’est, à terme, 15 milliards d’économie sur le service de la dette en France. Et étant donnée la crise du printemps, les Etats avaient sans doute prévu que les taux seraient plus élevés…

Ensuite, il faut voir que la baisse de consommation est souvent la conséquence d’une baisse de la valeur des actifs. Paradoxalement, leur niveau actuel est sans doute à la fois assez haut et assez bas. Assez haut parce que nous avons évité l’effondrement japonais, où la bourse a perdu 75%. Assez bas car les marchés boursiers sont finalement relativement bas étant donnée la forte remontée des profits, au niveau d’avant la crise. Du coup, les marges de correction sont limitées, nous protégeant d’un krach.

Et sans krach des marchés, une récession est peu probable, d’autant plus qu’après une baisse de 20% des investissements en 2009, leur reprise est probable cette année et en 2011. Mieux, certains marchés, comme le marché automobile étasunien, sont à un niveau tellement bas qu’ils ne pourront pas baisser beaucoup plus. Enfin, les exportateurs des produits riches vont profiter de la forte croissance persistante des pays émergents, comme l’illustre la performance récente de l’Allemagne.

Une reprise molle, mais une reprise

Bref, un examen des facteurs de croissance comme de récession m’amène à conclure que nous ne devrions pas assister à une rechute économique dans les deux ou trois années à venir, à moins d’une panique des marchés. Cette dernière me semble peut probable, du fait des niveaux actuels de valorisation et que le financement de la dette publique grecque est assuré jusqu’en 2013. En revanche, il y a peut-être un risque sur le marché immobilier Français, qui n’a pas connu de vraie correction.

Après, la petite croissance que nous devrions connaître dans les prochaines années ne sera pas meilleure que celle des années 2000, à savoir qu’elle n’aura que peu d’impact sur le niveau du chômage ou sur le pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes, qui a toutes les chances de continuer à stagner. Comme rien n’a véritablement changé, les fruits de la croissance devraient, comme avant, aller dans les profits des grandes entreprises et les revenus des plus riches.

Bien sûr, un scénario en W ne saurait être totalement exclu. Le risque existe encore. Néanmoins, je crois que nous y échapperons et que les données économiques du moment indiquent qu’une rechute est aujourd’hui plutôt improbable à moyen terme.

26.02.2010

France : une reprise en trompe l'oeil

Il y a dix jours, le gouvernement se félicitait du chiffre de la croissance du 4ème trimestre, nettement supérieur aux chiffres du reste de l’Europe. Mais comme d’habitude, et comme l’illustre la hausse du chômage, si l’on regarde un peu plus dans le détail, la réalité n’est pas aussi rose…

Un quatrième trimestre atypique

Il est vrai que sur les trois derniers mois de 2009, la croissance de notre pays a fortement contrasté avec celle des autres pays européens. Le PIB de la France a cru de 0.6%, soit plus de 2% en rythme annuel, alors que le PIB Allemand a stagné, et que l’Espagne (-0.1%) et l’Italie (-0.2%) sont repassées dans le rouge. Mais qu’est-ce qui explique la performance de notre pays et peut-on s’en réjouir ? Tout d’abord, il faut souligner que notre performance du 3ème trimestre était moins brillante.

Un examen plus détaillé relativise plus encore notre performance. En effet, le « bond » du 4ème trimestre s’explique uniquement par la hausse de 0.9% de la consommation. Notre croissance a pour unique explication la réduction des primes gouvernementales pour l’automobile au 1er janvier, qui a provoqué une envolée des ventes de voitures ce trimestre. Si nous n’avions pas eu un tel dispositif, notre PIB aurait stagné, comme celui des autres pays européens.

Bien sûr, au global, la France a connu une récession moins importante que ses voisins (-2.5% contre -4%) et le gouvernement ne manque pas de le rappeler pour s’enorgueillir du succès de sa politique. Mais cette présentation est abusive. Si la récession a été plus forte en Allemagne, c’est parce que l’économie d’outre Rhin, plus ouverte, a davantage souffert de la baisse mondiale des exportations. Et l’Espagne et le Royaume-Uni ont affronté un effondrement de leur marché immobilier.

Une France mal en point

Quand on examine les autres composantes de la croissance, l’investissement (en baisse de 1.2%) a contribué de manière négative à hauteur de -0.2 point, le commerce, à hauteur de -0.7 point, du fait d’une croissance plus forte des importations que des exportations. Le fort rebond des stocks (pour un effet de 0.9 points) compensant ces deux baisses. En clair, si les stocks avaient été stables, le PIB de la France aurait reculé de 0.3%. Pas de quoi pavoiser !

D’ailleurs, il y a fort à parier que le début d’année devrait être moins brillant. Les premiers indicateurs disponibles suggèrent un fort ralentissement économique. En effet, la consommation, moteur du dernier trimestre 2009, a lourdement baissé de 2.7% en janvier, entraînant dans sa suite les prix. Malheureusement, il y a fort à parier que notre PIB va stagner en ce début d’année, si ce n’est pire, signe que la sortie de la récession est vraiment plus que relative.

Pire la contribution négative du commerce extérieur pose un grave problème. La première raison est le libre-échange avec des pays où les salaires sont une fraction des nôtres. La seconde est la surévaluation chronique de l’euro (encore trop cher de 25% aujourd’hui). Tout ceci représente un encouragement pour les délocalisations. Enfin, l’Allemagne comprime ses salaires pour gagner en compétitivité, ce qui pénalise à la fois nos exportations outre-Rhin et favorise nos importations…

En clair, le chiffre de croissance du 4ème trimestre est un trompe l’œil. Comme d’habitude, le gouvernement s’en empare pour s’auto-congratuler, alors qu’il n’y a pas lieu de le faire. Nul doute que le gouvernement ne sera pas responsable des mauvais résultats du 1er trimestre 2010…

31.10.2009

Une sortie de récession aussi réelle qu’illusoire

3,5% : c’est le niveau de la croissance en rythme annuel des Etats-Unis au 3ème trimestre. Si ce rebond s’explique en partie par la prime à la casse locale, il n’en demeure pas moins que cela représente une véritable sortie de crise pour la première économie de la planète.

Comment les Etats-Unis sont sortis de la crise

La première explication, classique, retiendra l’impact du plan de soutien de l’administration Obama. 800 milliards de dollars, et un déficit de plus de 10% du PIB, cela représente un sacré coup de pouce pour l’économie. En outre, les taux d’intérêt sont quasiment à 0% depuis plusieurs mois, ce qui procure une bouffée d’oxygène supplémentaire à l’économie. Enfin, le faible niveau du dollar favorise les exportations, même s’il est vrai que les importations ont davantage progressé ce trimestre.

A moyen terme, le rattrapage technologique des pays émergents va donner une impulsion de plus en plus forte à la croissance mondiale, étant donné leur poids grandissant dans le PIB. Mécaniquement, la Chine, l’Inde ou le Brésil vont bénéficier de la modernisation de leur économie, ce qui aura quelques retombées pour les pays développés, sur certaines importations (machines outils, aéronautique…) ou le tourisme. On peut donc croire à une reprise mondiale durable à court terme.

Mais il y a aussi une interprétation différente du rebond de l’économie étasunienne. Une autre explication est tout simplement la brutalité de la récession. L’automne dernier, les ventes de voitures baissaient de presque 50%. L’effondrement de l’économie, quand il est brutal, créé un comparatif duquel il est beaucoup plus facile de croître. D’ailleurs, malgré la croissance du 3ème trimestre, l’économie étasunienne reste plus petite qu’il y a un an… Mais, une autre explication vient aussi de l’absence de changement.

Parce que rien ne change…

En fait, la raison pour laquelle on peut croire à une véritable sortie de crises est la similitude avec le précédent de 2001. Les Etats savent éviter les dépressions de type 1929 par un cocktail de dépenses publiques et de relâchement drastique de la politique monétaire. Et cette fois-ci, ils ont même su s’adapter à la violence inédite de la crise en utilisant ces leviers de manière plus radicale. En outre, ils bénéficient également de tous les travers qui ont mené à la crise.

En effet, aucune des causes de la crise n’a véritablement été résolue. Cette fois-ci, ce sont les Etats qui apportent la plus grande contribution à la pyramide de la dette et il y a fort à parier que la hausse de la consommation des ménages étasuniens ce trimestre s’est faite à crédit. Pire, les mécanismes qui dépriment le niveau des salaires des pays développés (libre-échange, liberté de circulation des capitaux, capitalisme actionnarial) sont également toujours en marche.

Bien sûr, la croissance des revenus de la nouvelle bulle financière et d’une petite élite permettra de camoufler la stagnation des revenus de 90% de la population, comme aux Etats-Unis depuis trente ans ou dans la Grande-Bretagne de Tony Blair. Mais tout cela ne fera que camoufler des déséquilibres qui mèneront à une nouvelle crise d’une violence proportionnelle à la non modification du système. Si nous ne changeons rien, la prochaine crise sera redoutable.

Bonne nouvelle : nous sortons véritablement de la crise et beaucoup de choses laissent penser que cette sortie sera réelle. Malheureusement, tous les mécanismes qui ont présidé à la précédente crise restent en marche. Rendez-vous dans 5 à 10 ans…

Source : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2009/10/29/04016-20091029ARTFIG00511-etats-unis-le-pib-americain-au-plus-haut-depuis-deux-ans-.php

09.08.2009

La sortie de crise est pour bientôt, aussi illusoire soit-elle

À mille lieux des prévisions dramatiques de certains, les signaux d’une reprise économique se multiplient, comme l’illustrent les dernières statistiques du chômage étasunien, qui ont fait bondir les bourses à leur plus haut depuis 9 mois.

Les signaux de l’embellie

Bien sûr, ces signes restent tout relatifs : le PIB n’a baissé « que » de 1% en rythme annuel au 2ème  trimestre aux Etats-Unis et  il n’y a eu « que » 247 mille destructions d’emplois en juillet. Bref, nous ne sommes pas encore en croissance, c’est juste que la récession ralentit, nettement néanmoins. Même s’il convient d’être prudent, ces chiffres sont très encourageants. En effet, les chiffres du PIB montrent une véritable stabilisation après une chute qui n’aura été significative que pendant deux trimestres. Et surtout, le taux de chômage a baissé d’un dixième de point, éloignant le spectre du cap des 10%.

Du coup, le scénario d’une Dépression comparable à celle des années 30 s’éloigne. La déflation sera limitée et temporaire puisque seuls les excès de l’an passé expliquent le léger recul actuel des prix, qui n’a pas dégénéré. Le rebond de la bourse éloigne le spectre d’un krach plus violent et permet à la sphère financière de se rétablir, améliorant le climat économique. Enfin, les pleins effets des plans de relance ne se sont pas complètement faits sentir. S’il persiste un risque de rechute, il est tous les jours plus limité.

Une reprise aussi réelle qu’illusoire

Aujourd’hui, le scénario de la reprise se dessine d’autant plus sérieusement qu’à partir de septembre, nous rentrerons dans un comparatif qui favorisera une reprise apparemment assez forte. En effet, l’ensemble des marchés se sont effondrés de septembre 2008 à mars 2009. Résultat, à partir de la rentrée, et jusqu’à mars 2010, le comparatif nous permettra sans doute d’avoir des chiffres de croissance peut-être même meilleurs qu’anticipés. Et le résultat du PIB de la zone euro au 2ème trimestre va être amélioré par les effets des primes à la casse mise en place dans la plupart des pays.

Malheureusement, cette reprise sera sans doute illusoire. En effet, tous les mécanismes à l’œuvre pour plonger l’économie mondiale dans le gouffre de la plus grave crise que nous avons vécue depuis 80 ans, restent à l’œuvre : libre-échange dérégulé qui pousse les salaires à la baisse, trop grande liberté des institutions financières et anarchie monétaire. Qui plus est, l’Europe est l’ensemble qui joue perdant à tous les coups avec son euro cher et son dogmatisme néo-libéral. La croissance à venir restera donc aussi molle que pendant les années 2000, sans empêcher la formation d’une nouvelle bulle.

Heureusement, nous allons sans doute sortir de la plus grave crise économique que nous avons traversée depuis des décennies. Malheureusement, la relative brièveté de  cette crise devrait laisser les structures économiques qui ont présidé à ce désastre relativement intactes…

Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2009/08/01/04001-20090801...

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/08/08/obama-dit-entrevoir-le-bout-du-tunnel_1226752_3222.html

19.05.2009

Cette Europe qui affaiblit au lieu de protéger

Trimestre après trimestre, le constat reste le même : l’Europe et la zone euro souffrent davantage de la crise que les Etats-Unis. Comment ne pas y voir une preuve éclatante du constat fait depuis des années par les partisans de l’autre politique ?

L’Europe qui s’effondre

-2,5% : le PIB de la zone euro s’est donc contracté nettement plus rapidement au premier trimestre 2009 que le PIB Américain, en baisse de 1,5% « seulement ». Pire, il ne s’agit pas d’un rattrapage puisque les deux premières puissances économiques de la planète avaient subi une baisse équivalente de leur richesse intérieure, de 1,5%, au dernier trimestre 2008. Cela correspond à 10% de baisse en rythme annuel !

En outre, la zone euro est entrée en récession dès le deuxième trimestre 2008, alors que les Etats-Unis y sont entrés trois mois plus tard. Et comme le point bas de la récession est arrivé fin 2008 aux Etats-Unis, alors que la situation a encore empiré en Europe, on peut aujourd’hui dire que la récession a commencé plus tôt en Europe, qu’elle y est plus forte et semble partie pour durer plus longtemps.

Les raisons de cette faiblesse

Pourtant, a priori, la crise devrait être moins sévère en Europe qu’aux Etats-Unis. C’est outre-Atlantique que le marché automobile s’est effondré de plus de 30%, que des millions de ménages ont perdu leur logement ou leur emploi avec une protection sociale limitée, et que le marché immobilier a perdu 30% de sa valeur. L’Europe n’a vécu qu’une fraction de ce que vivent les Américains, sur tous les plans. Pourtant, notre continent souffre davantage économiquement de cette crise partie de l’autre côté de l’Atlantique.

On peut y voir trois explications. La première est la modestie des efforts de relance dans la plupart des pays, alors que les Etats-Unis recourent au déficit dans des proportions inédites (12% du PIB…). Ensuite, on peut y voir la conséquence de la politique monétaire inutilement restrictive de la BCE, beaucoup trop lente à réagir quand la Fed a su baisser ses taux vite et fort. Enfin, comment ne pas y voir une conséquence de l’ouverture du libre-échange sauvage promue par la Commission, qui démultiplie la violence des crises.

Une France un peu moins touchée

Il est vrai que la France, dans ce contexte très difficile, souffre moins que ses partenaires de la zone euro. Le gouvernement ne manque pas de se vanter de cette « performance », alors que les chiffres du chômage devraient l’inciter à plus de modestie. La France souffre moins que l’Allemagne, dont le PIB s’est effondré de plus de 3% au premier trimestre, contre 1,5% dans l’hexagone. Cela est également vrai par rapport à l’Espagne ou l’Italie. Le gouvernement porte-t-il une part de responsabilité ?

En fait, cette performance relative doit plus aux faiblesses de nos partenaires européens. L’Allemagne et l’Italie souffrent de l’effondrement des exportations industrielles dans le monde puisque l’industrie pèse beaucoup plus lourd dans leur économie que dans la nôtre. La production industrielle baisse en effet de plus de 20% dans les deux pays. En quelque sorte, la France bénéficie de sa plus grande désindustrialisation… Enfin, nous n’avons pas à subir l’effondrement calamiteux du marché immobilier espagnol.

Si l’Europe n’est pas responsable de la crise, le fait que la récession y soit plus forte qu’outre-atlantique montre que les politiques européennes ne protègent pas les peuples européens, mais les affaiblissent au moment d’affronter une tempête économique. Un constat à méditer pour le 7 juin.

Source : http://www.radiobfm.com/edito/info/31602/zone-euro-baisse...

30.03.2009

Et si la fin de cette crise avait commencé ?

Même si les prochaines annonces concernant l’évolution du chômage et du PIB vont rester très mauvaises dans les prochains mois, la récente et spectaculaire hausse de la bourse, qui a gagné plus de 10%, marque peut-être la première étape vers une sortie de cette crise, aussi illusoire soit-elle.

Les raisons pour lesquelles la crise pourrait se terminer

Un tel pronostic pourra paraître complètement fou et ridicule. Malgré tout, je ne crois pas au scénario en L (effondrement suivi d’une absence complète de reprise). La première raison est l’énormité inédite des plans de soutien de la plupart des grandes puissances économiques. Si la France et l’Italie jouent petit bras, d’autres pays ont lâché les vannes budgétaires : les Etats-Unis (déficit de 12% du PIB), la Grande Bretagne (8%), la Chine ou même l’Allemagne. Cette injection massive d’argent public peut réanimer l’économie.

Et cela le pourra d’autant plus que l’exubérance des marchés est valable à la hausse comme à la baisse. De même que le marché pousse certains prix trop hauts quand il est optimiste, il les pousse trop bas quand il est trop pessimiste. À un point, BNP Paribas ne valait plus que 19 milliards d’euros, pour une banque capable de dégager 7 milliards de résultat net annuel. Résultat, ayant trop baissé, les cours peuvent mécaniquement remonter, favorisant un retour de la croissance.

De même, l’effondrement de la production depuis le 4ème trimestre 2008 peut paradoxalement favoriser la reprise, par le phénomène bien connu du comparatif, que connaissent ceux qui ont géré une affaire. Prenons le cas du marché automobile espagnol, en recul d’environ 40%. Sa chute est tellement violente qu’il lui serait facile de progresser de 20% au quatrième trimestre 2009, ce qui stimulerait l’économie espagnole même si cela le laisserait encore 28% sous le niveau de fin 2007 / début 2008…

Une sortie de crise illusoire

L’addition de ces trois raisons me fait pronostiquer une légère croissance du PIB à partir du 4ème trimestre 2009 du fait du comparatif avec un trimestre où la production s’est effondrée. La reprise devrait être plus importante outre-Atlantique qu’en Europe du fait du décalage de politique monétaire et budgétaire. Avec l’injection massive d’argent public, le PIB pourrait bien progresser de 2 à 3% aux Etats-Unis pour le dernier trimestre de l’année, surtout si le dollar reste à un faible niveau. La zone euro devrait à peine progresser.

Alors, bien sûr, cette sortie de crise sera illusoire pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elle se fera avec un niveau de chômage très élevé, autour de 10% des populations actives (et officiellement environ 3 millions de chômeurs en France). Pire, la probable reprise modérée de l’Europe (du fait d’un euro surévalué et de politiques inadaptées), ne fera pas baisser le chômage, qui se maintiendra à un niveau élevé en 2010 et après puisque les politiques budgétaires restrictives pèseront sans doute sur la croissance à partir de 2011.

Encore pire, aussi grave qu’elle soit, cette crise risque de ne pas aboutir à une réforme du système économique. Si l’on peut espérer une réforme a minima du monde de la finance, rien ne sera vraisemblablement fait pour la réforme du système monétaire et du commerce international. Et avec l’endettement massif des Etats et le maintien des déséquilibres économiques, les ferments d’une nouvelle crise seront déjà semés, une crise qui pourrait être encore plus violente.

Paradoxalement, beaucoup d’éléments peuvent faire croire à une sortie de crise à la fin de l’année. Mais cette sortie sera illusoire, surtout en Europe où la reprise devrait être poussive, ne permettant pas de réduire sensiblement et rapidement un chômage qui aura beaucoup augmenté.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/03...

http://www.lefigaro.fr/marches/2009/03/23/04003-20090323A...

23.02.2009

L’économie mondiale au bord du précipice

Nous savions que le premier semestre serait dur. Il est malheureusement pire que prévu, comme le montrent les difficultés des pays de l’ancienne Europe de l’Est. On peut finalement se demander si le gros de la crise n’est pas devant nous.

La plus grave crise économique depuis 80 ans

Les derniers chiffres qui sont tombés montrent que nous traversons la pire crise depuis la Grande Dépression. Au 4ème trimestre, l’ensemble des pays ont subi une contraction extrêmement sévère de leur PIB en rythme annuel : -3,8% pour les Etats-Unis et l’Espagne, -4,7% pour la France, -5,7% pour la zone euro, -5,9% pour le Royaume Uni, -7,1% pour l’Italie, -8,2% pour l’Allemagne et -12,7% pour le Japon !

Le commerce mondial s’effondre, avec une baisse de 35% des exportations du Japon et de 12% de celles de la Chine (et une baisse de plus de 40% de ses importations…). Cet effondrement, largement supérieur à celui de l’économie, apporte une lumière intéressante au débat sur le protectionnisme en démontrant que la baisse des échanges commerciaux peut être davantage la conséquence d’une grave récession économique que sa cause ou même l’effet de mesures protectionnistes…

Mais cet écroulement du commerce met à mal toutes les économies construites pour l’exportation, qu’elles soient développées (Allemagne, Japon) ou émergentes. L’ancienne Europe de l’Est vit une descente aux enfers d’autant plus brutale que le marché ajoute à la récession une forte poussée inflationniste, du fait de la spéculation monétaire et de l’effondrement irrationnel de certaines devises.

Les ingrédients pour passer d’une récession à une dépression

Le problème est que la vague de déréglementation provoque un ajustement plus brutal aux nouvelles conditions économiques. En à peine un an, le taux de chômage Américain est passé de moins de 5% à 7,6%, et le nombre de chômeurs augmente de 600 000 par mois ! Plus de libéralisation, c’est aussi permettre des ajustements plus brutaux. Le problème est que plus les entreprises ajustent leurs effectifs de manière brutale, plus elles renforcent les phénomènes récessifs de dépression de la demande.

Un véritable cercle vicieux se met alors en place où la baisse de la demande des consommateurs suite à l’explosion de la bulle immobilière Américaine provoque une baisse de l’offre (chômage, partiel ou non), qui déprime à son tour la demande, ainsi de suite… Nous sommes d’ors et déjà rentrés dans le cercle vicieux qui a transformé la crise de 1929 en une dépression longue et brutale. Passé un certain point, la baisse de la demande se perpétue elle-même, les mécanismes du marché aggravant la crise.

La croisée des chemins

En fait, nous sommes en 1930, à un moment où la grave crise que nous traversons peut se transformer soit en une grave dépression, si de mauvaises décisions sont prises, soit en une grave crise dont nous pouvons sortir dès l’an prochain si les dirigeants actuels tirent les leçons des erreurs du passé. La connaissance de la Grande Dépression nous a déjà permis d’améliorer certaines réponses à la crise en sauvant des banques dont l’effondrement dans les années 30 avaient asphyxié l’économie durablement.

La leçon de ce passé funeste a également poussé la nouvelle administration Obama à faire passer un plan de soutien de près de 800 milliards de dollars, certes imparfait, mais dont le montant et la rapidité montrent que le nouveau président, lui, a saisi l’urgence de la situation. Avec des marchés exubérants à la baisse comme à la hausse, on peut espérer que la déprime excessive actuelle peut faciliter un rebond purement technique si les plans de relance sont à la hauteur.

Les six prochains mois seront très difficiles. Ce n’est que fin 2009, début 2010, quand nous entrerons dans le comparatif avec le 4ème trimestre 2008 qu’un rayon de soleil pourra apparaître. À date, quasiment tout repose sur le plan Obama, pour le meilleur et pour le pire.

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/02/21/la-defail...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/21/l-europ...

The Economist (statistiques PIB)

16.02.2009

L’euro, facteur de récession ?

Les résultats du 4ème trimestre viennent de confirmer une dure réalité : la crise est plus sévère en Europe qu’aux Etats-Unis puisque le PIB a reculé de 1% outre-Atlantique contre une baisse de 1,5% dans la zone euro comme en Grande-Bretagne. Un paradoxe qui doit amener à se poser des questions sur l’euro.

Une zone euro asphyxiée économiquement

Lors du débat sur le traité de Maastricht, ses partisans promettaient un futur économique radieux. Aujourd’hui, ils affirment que l’euro nous protège. Pourtant, alors que la crise est partie des Etats-Unis, que le taux de chômage y a déjà progressé de 3 points, que des millions de ménages ont été expulsés, la récession y est moins forte qu’en Europe. En 2008, le PIB Américain a cru de 1,2% contre 0,8% en zone euro. L’Europe est entrée en récession un trimestre avant et 2009 s’y annonce encore plus mauvais.

Pire, l’examen de l’évolution du PIB est encore plus cruel pour l’Europe en montrant une asphyxie économique progressive. Alors que la croissance était de 2,4% dans les années 80 en France et en Italie et de 2,3% en Allemagne, elle est passée à respectivement à 2%, 1,6% et 2,1% dans les années 90 puis à seulement 1,3%, 0,5% et 0,8% dans les années 2000. Dans le même temps, le Royaume-Uni, en retard dans les années 70, affiche une croissance de 2,7%, 2,5% et 1,8% sur les trois dernières décennies.

Les chiffres qui sont tombés pour le 4ème trimestre sont désastreux pour la zone euro. Alors que le PIB Américain a reculé de 3,8% en rythme annuel, il a baissé de 4,8% en France, de 6% au Royaume Uni, de 7,2% en Italie et de 8,4% en Allemagne. La situation de l’Espagne et de l’Irlande, les anciens champions de la croissance européenne, est encore plus mauvaise avec une baisse du PIB Irlandais qui pourrait atteindre 5% sur 2009 avec un déficit budgétaire de 10%.

Une monnaie unique pour une zone qui ne l’est pas

Malheureusement, on peut se demander aujourd’hui si l’euro, loin de nous protéger, n’est pas un handicap pour les économies européennes. En effet, le problème de la zone euro est son hétérogénéité. Dans les années 2000, la majeure partie (Allemagne, France, Italie), avait une croissance et une inflation faibles qui demandaient une politique monétaire accommodante. De l’autre, des pays comme l’Espagne ou l’Irlande, en forte croissance et avec une inflation supérieure, avaient besoin d’une politique monétaire plus restrictive pour éviter la formation de bulles, immobilières notamment.

Résultat, la politique monétaire de la BCE a été une cote mal taillée, une politique trop accommodante pour les pays en forte expansion et trop restrictive pour les pays qui restaient dans une croissance molle. Pire, cette inadéquation a renforcé les écarts entre les pays puisque la politique de la BCE a alors renforcé l’expansion espagnole et irlandaise tout en maintenant l’Allemagne, la France et l’Italie dans cette croissance molle. La même politique était à la fois trop restrictive pour certains et trop laxiste pour d’autres.

Et aujourd’hui, le bilan est encore plus mauvais puisque l’on constate que la croissance de l’Espagne et de l’Irlande était artificiellement soutenue par des taux d’intérêts trop faibles. Résultat, ces pays se réveillent avec une terrible gueule de bois, un effondrement économique qui fait s’envoler le chômage (déjà 14% en Espagne !) alors que les pays qui ont subi une croissance molle pendant les années 2000 souffrent davantage que les Etats-Unis dans cette crise. Tout le monde semble perdre avec l’euro.

Pourquoi l’euro est un facteur de récession

Pire, le principal bénéfice de l’euro, la réduction des écarts de taux, a été annihilé par la crise puisque la Grèce emprunte 2,4 points plus cher que l’Allemagne. En outre, la BCE ne peut pas racheter des emprunts d’Etat pour baisser leur taux, contrairement à ce que font la Fed ou la Banque d’Angleterre. Encore pire, la rigidité induite par la monnaie unique pousse à un nivellement par le bas des salaires (ce que fait l’Allemagne depuis 10 ans) et de la fiscalité, qui a un profond effet dépressif sur les pays les plus riches.

Enfin, le biais globalement restrictif de la BCE provoque une surévaluation de l’euro dévastatrice pour les entreprises exportatrices, ce qui explique que l’Europe soit entrée en récession un trimestre avant les Etats-Unis l’an dernier. Michel Aglietta a calculé que la parité normale de l’euro est 1,07 dollars. Même sous les 1,3 dollars aujourd’hui, l’euro est encore surévalué de 20%, ce qui explique le choix d’Airbus de confier une partie du fuselage de l’A350 à un fournisseur Américain pour l’assembler… en Europe !

La zone euro n’est pas une zone géographique adaptée au partage d’une même monnaie. De nombreux économistes le soutiennent. Résultat, la politique de la BCE asphyxie les uns (France, Allemagne, Italie) et dope artificiellement les autres (Espagne, Irlande) avant un très dur réveil…

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/02/13/l-europe-...

25.12.2008

Grande ou petite dépression ?

Depuis trois mois, l’avalanche de mauvaises nouvelles économiques domine l’actualité. Les comparaisons avec la Grande Dépression des années 30 fleurissent, sans pour autant que la situation ne soit la même. Alors, va-t-on juste affronter une récession plus dure que d’habitude ou quelque chose de plus grave ?

Pourquoi on peut craindre une dépression sévère

Il faut être clair : le monde occidental affronte sa crise économique la plus sévère depuis les années 30. Les dernières prévisions pour le quatrième trimestre sont tout bonnement catastrophiques. L’INSEE annonce une baisse du PIB Français de 0,8%, soit un recul de 3,2% en rythme annuel. Les chiffres devraient être pires aux Etats-Unis puisque le chiffre pourrait atteindre 4 à 5%. Les premières prévisions pour le début de l’année 2009 ne sont guère plus réjouissantes… Même la Chine semble touchée puisque ses exportations reculent de 2% en rythme annuel (pour une baisse des importations de 18%).

Pire, le scénario d’une dépression à la Japonaise semble se mettre en place quand on voit à quelle vitesse l’inflation diminue. Cet été, la hausse des prix était de 5% aux Etats-Unis et 4% dans la zone euro. En novembre, elle est tombée respectivement à 1,1 et 2,1%, plus très loin de la déflation. Et cette baisse des prix devrait se poursuivre jusqu’à la fin du printemps, vu que le pic du prix des matières premières a été atteint mi-2008. Il y a donc tout lieu de penser que les prix seront en baisse de 1 à 2% mi-2009, ce qui, avec la baisse de l’activité, pourrait signifier une baisse nominale du PIB de 3 à 5% en rythme annuel.

Le danger de la situation actuelle vient de la conjonction de cette baisse de l’activité, des prix et de la valeur des actifs, qui rappelle la Grande Dépression des années 30. Car il est possible que la valeur de nombreux actifs baisse l’an prochain. Si le prix de l’immobilier aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Espagne a déjà nettement baissé (de 10 à 20%), de nombreux spécialistes estiment que la baisse finale pourrait atteindre au moins 30% si on se réfère au cycle du début des années 90. Ensuite, les mauvaises nouvelles économiques pourraient pousser les bourses encore plus bas début 2009. Enfin, une remontée du taux d’épargne pourrait s’avérer désastreuse pour la croissance, notamment aux Etats-Unis.

Des raisons d’espérer malgré tout

Mais ce scénario catastrophiste n’est heureusement pas le plus probable pour plusieurs raisons. Contrairement aux années 30 et à la Dépression économique du Japon des années 90, les autorités occidentales ont pris la mesure de la crise bancaire et sont venus au secours des banques rapidement et de manière décisive, évitant les nombreuses faillites de l’entre-deux-guerres ou la temporisation des autorités de Tokyo. Résultat, après avoir touché le fond entre 2008 et 2009, on peut imaginer que les institutions financières pourront se redresser dès l’an prochain avec des taux aussi bas.

Ensuite, après des premiers plans de relance timides et peu efficaces, les gouvernements semblent vouloir passer la vitesse supérieure. Aux Etats-Unis, l’équipe Bush avait distribué une centaine de milliards aux ménages sous la forme de chèques au second trimestre, mais seulement 30% des sommes ont été dépensées, permettant tout juste de maintenir la consommation. Les premiers plans Français et Allemand ont été accueillis avec un certain scepticisme, tant d’un point de vue qualitatif que quantitatif.

Ces carences devraient être corrigées l’an prochain puisque l’administration Obama travaille sur un plan beaucoup plus important, d’au moins 500 milliards de dollars sur deux ans et qui devrait se focaliser sur des grands travaux, de manière à créer 2,5 millions d’emplois. Un tel plan aurait le double avantage de représenter un investissement pour l’avenir tout en assurant qu’une plus grande partie de l’argent dépensé soit consommé. En Europe, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy travailleraient déjà sur un nouveau plan.

Enfin, la plus grande raison d’espérer est sans doute le caractère cycliste et excessif des marchés. Après un point bas qui devrait être atteint au premier semestre avec l’annonce de chiffres désastreux de croissance, le comparatif deviendra bien plus facile au second semestre. Et avec les nouveaux plans de relance, on peut imaginer qu’un rebond technique permettra de relancer l’activité, d’autant plus que les autorités gouvernementales et financières font tout pour relancer le crédit.

Même s’il est extrêmement aléatoire de chercher à deviner ce que l’avenir économique nous réserve, on peut estimer que le point bas de la récession devrait être atteint au premier semestre 2009 et qu’il y a une chance importante de rebond pour le second semestre, qui sera vraiment perceptible début 2010.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/12...