24.04.2011

Le capitaliste n’est pas forcément écologiste

Il y a quelques jours, Georges Kaplan, un collègue de Causeur a fait un papier « le capitaliste est écologiste par nature », qui affirme que l’économie de marché peut parfaitement se révéler écologiste. Mais, Georges oublie que le capitalisme a des angles morts que seul l’Etat peut corriger.

Une démonstration trop habile pour être 100% honnête

Georges a un point quand il souligne que le système capitaliste peut être écologiste par nature. En effet, la maximisation des profits suppose l’économie des moyens. De même, jusqu’en 1989, les pays capitalistes se sont révélés plus efficaces que les pays communistes dans l’utilisation des ressources naturelles. Oui, le marché peut aussi se révéler habile pour recycler des sous-produits et c’est lui qui a permis une baisse substantielle de la consommation des véhicules aux Etats-Unis.

Même si Georges souligne heureusement à la fin de son papier que nous ne vivons pas dans un monde parfaitement respectueux de l’environnement, vouloir ne rechercher des solutions que par le marché est un peu naïf. Le marché seul ne parvient pas complètement à régler le problème de surexploitation des ressources, même par le mécanisme d’offre et de demande, comme peut le montrer notamment le cas du réchauffement climatique et des gaz à effet de serre.

Quand The Economist réhabilite l’Etat

Et je vais m’appuyer justement sur les analyses du très libéral hebdomadaire The Economist, qui adopte des positions très intéressantes en matière d’écologie. Contrairement à quelques écologistes un peu extrêmes, ils reconnaissent la contestation du réchauffement climatique par le CO² par exemple. Mais ils affirment néanmoins que la majorité des scientifiques soutiennent cette thèse et que si les scénarios extrêmes se réalisaient, alors ce serait un désastre pour l’humanité.

S’ils reconnaissent volontiers que dans vingt ans, il n’est pas impossible qu’on se rende compte que ces thèses sont fausses, ils affirment que ce sont les thèses les plus probables et qu’étant données les conséquences possibles du réchauffement climatique, il est urgent d’agir maintenant car il pourrait être trop tard dans vingt ans, point que je partage. Et là, pour le coup, les seuls mécanismes du marché sont totalement insuffisants pour régler le problème.

Marché du carbone ou taxe carbone ?

Aujourd’hui, le marché seul ne va pas produire une réduction de la production de CO², bien au contraire. L’Etat doit intervenir, comme il l’avait fait pour protéger l’ozone. Plusieurs solutions existent : les quotas, la taxe carbone ou un marché du carbone. A l’origine, The Economist était favorable à un système de quotas et de marché de droit carbone. Ce mécanisme permettait théoriquement d’utiliser le marché pour répartir au mieux les efforts de réduction d’émission de CO².

C’est ce système qui a été testé en Europe. Mais il a révélé beaucoup de carences : si la quantité de quotas n’est pas parfaitement ajustée, alors, les prix peuvent être trop bas pour pousser la consommation à la baisse. En outre, la trop grande variabilité des prix du carbone fait peser une incertitude pour les industriels sur la rentabilité des investissements qu’ils pourraient mener, ce qui constitue un frein très important pour investir dans la réduction des émissions…

C’est pourquoi The Economist est aujourd’hui partisan d’une taxe carbone qui serait progressivement augmentée dans le temps, en étant annoncée largement à l’avance, ce qui garantirait aux entreprises l’intérêt de leur investissement et pousserait à une conversion rapide de notre économie à une plus grande frugalité en matière d’émissions de CO². En outre, cette fiscalité écologique serait le moyen pour les Etats de réorganiser l’ensemble de leur fiscalité.

Non Georges, le marché tout seul n’est pas forcément écologiste. Quand l’écologie sert le profit, il l’est. Mais si le profit se fait au détriment de l’environnement, il n’en a rien à faire. C’est pourquoi l’Etat doit agir pour remettre le marché dans le droit chemin et l’utiliser pour préserver l’environnement.

24.12.2009

Faut-il craindre le réchauffement climatique ?

Un certain nombre de penseurs alternatifs remettent volontiers en cause le discours officiel qui veut que l’homme soit responsable d’un réchauffement climatique dangereux pour la planète. Pour une fois, la position de The Economist sur la question me semble la bonne.

Mythe ou réalité ?

Pour être honnête, un certain nombre de scientifiques contestent sérieusement l’hypothèse du réchauffement climatique consécutif à l’émission de gaz à effet de serre, comme l’avait bien montré Malakine il y a quelques mois. On pourrait attribuer aux oscillations naturelles de la Terre les évolutions de température, ou même au soleil. Force est de reconnaître que ces thèses ne sont pas beaucoup moins crédibles que la thèse dominante.

Cependant, il y a davantage de scientifiques qui croient aujourd’hui qu’il y a un réchauffement climatique et que ce réchauffement climatique est la conséquence directe de l’activité humaine, qui génère des gaz à effet de serre, que ce soit pour les transports, l’énergie ou l’agriculture. En outre, ces scientifiques affirment aujourd’hui que la température à la surface de la terre devrait augmenter en conséquence de 1 à 6 degrés d’ici à la fin du siècle, un non-évènement ou une catastrophe…

La vérité est ailleurs

Et c’est là que la position de The Economist me semble particulièrement pertinente. Contrairement aux écologistes radicaux qui ne tolèrent aucune autre position, l’hebdomadaire anglais tient le raisonnement suivant : les vérités scientifiques varient avec le temps, mais comme aujourd’hui la majorité des scientifiques soutiennent la thèse du réchauffement climatique d’origine humaine et que ses conséquences pourraient être désastreuses, il vaut mieux agir.

The Economist admet donc les opinions contradictoires et reconnaît qu’elles pourraient bien se révéler justes dans dix ans, mais l’ampleur des conséquences potentielles de la thèse aujourd’hui dominante lui font pencher pour une action vigoureuse de réduction des gaz à effet de serre. Ne pas agir est trop risqué. Malgré tout, cela ne l’empêche pas de rendre compte de l’ensemble des travaux des scientifiques, quitte à souligner les différences de point de vue sur les questions climatiques.

Protectionnisme et taxe carbone

En outre, étant donnée la finitude des ressources de carbone fossile, il est essentiel de réduire l’intensité carbone de nos économies. C’est pourquoi il est important d’agir, quelque soit son opinion sur le climat. En revanche, le système de quotas, idéal théoriquement, a montré de grandes faiblesses. Tout d’abord, les pays se battent pour avoir des quotas les plus élevés possibles. Ensuite, les variations du prix du carbone rendent trop incertaine la rentabilité des investissements pour les entreprises.

En fait, ce sont les nations ou des groupes de nations qui pourront apporter la solution. En effet, si l’Europe décidait de surtaxer les produits en fonction de l’éloignement du site de production, alors, cela provoquerait un mouvement de relocalisation. Après tout, a-t-on besoin de faire venir des pommes du Chili ? Pire, le coût pour la collectivité n’est pas pris en compte puisque les bateaux utilisent du fuel qui n’est pas taxé. Une taxe à la consommation est le moyen de forcer les industriels à un comportement plus économe en carbone.

A titre personnel, je crois au réchauffement climatique d’origine humaine, même si je reconnais que la science pourra démontrer le contraire plus tard. Et les conséquences potentielles font qu’il est urgent d’agir, notamment par des mesures de type protectionniste.