16.08.2009

La difficile réforme du système de santé de Barack Obama

C’était une des promesses phares du candidat démocrate lors de la campagne présidentielle de l’année passée : la réforme du système de santé étasunien. Malheureusement, la réforme se passe de plus en plus mal, au point de poser des questions sur le président…

Une réforme nécessaire mais difficile

Le système de santé étasunien a sans doute la palme de celui qui fonctionne le plus mal. En effet, même si la santé engloutit 16% du PIB (soit 50% de plus que n’importe quel pays, voir le double de certains), non seulement le pays n’est pas mieux soigné (il est classé au 37ème rang mondial selon l’OMS) mais en plus 15% de la population n’est tout simplement pas couverte. Bref, il réalise le tour de force de ne pas couvrir tout le monde, tout en étant le plus cher et peu efficace…

C’est pourquoi la réforme proposée par le nouveau président pouvait paraître évidente. Son objectif est double : réduire les coûts et couvrir l’ensemble de la population. A priori, rien de choquant. Sauf que le débat aux Etats-Unis est devenu une caricature complètement déconnectée de la réalité. Les partisans du statut quo (dont on se demande comment ils peuvent s’opposer à la réforme d’un système qui marche aussi mal), utilisent les pires arguments pour attaquer le projet de réforme de santé.

Système « communiste », mise en place de « tribunaux de la mort » administratifs qui décideraient si une personne a le droit d’être soignée ou non. Les opposants à  la réforme du système de santé ne reculent devant aucune exagération pour la disqualifier. Les républicains utilisent cette réforme pour essayer d’abattre l’administration Obama, qu’ils souhaitent « Carteriser ». Certains démocrates modérés commencent à hésiter devant la violence des critiques et le risque de campagne négative.

Un pays difficile à réformer

La situation promet de rester difficile à la fois pour des raisons internes aux Etats-Unis. Tout d’abord, une majorité du pays est désormais opposée à la réforme. Les raisons sont simples. Selon un sondage YouGov cité par The Economist, 20% de la population pense profiter de la réforme, et 40% pensent y perdrent. Mais surtout, près de 70% des Américains pensent que le principal problème est le coût du système contre 25% qui pensent que le principal problème est la non couverture de 15% de la population.

Résultat, l’objectif premier de Barack Obama, même s’il l’a annoncé lors de sa campagne, est déconnecté des attentes de la population. Pire, toute tentative d’encadrement des dépenses de santé est prise pour une intervention insupportable de l’administration dans la vie des citoyens étasuniens et est immédiatement qualifiée de « communiste » ou « soviétique », l’insulte suprême. Résultat, le plan sur lequel travaillent les membres du Congrès et du Sénat s’éloigne de plus en plus des objectifs de Barack Obama.

Il finit par se concentrer sur des réductions de coût d’autant plus difficiles à faire accepter que tous les membres du Congrès et du Sénat craignent que leur vote ne soit ensuite brandi contre eux lors de campagnes publicitaires négatives déformant la réalité et qui pourraient les rendre responsables de la mort de telle ou telle personne. Les parlementaires ne travaillent pas sereinement.

Les erreurs de Barack Obama

Ce qui fait toucher à des choix discutables du président. Se souvenant de l’échec du plan d’Hillary Clinton, quand les Assemblées avaient refusé un plan concocté à la Maison Blanche, Barack Obama en a confié la réalisation aux députés et sénateurs. Mais, comme cela s’est passé pour le plan de soutien à l’économie et le plan climat, cela est la porte ouverte aux lobbys et aux craintes de campagne négative. Résultat, cette sous-traitance freine la réforme et donne le pouvoir aux démocrates conservateurs (les « blue dogs »).

Car le centre de gravité politique des Etats-Unis est resté très à droite malgré l’élection de Barack Obama. Contrairement à Franklin Roosevelt, qui n’avait pas hésité à tenir des propos extrêmement clivants, Barack Obama a tenu un discours très centriste, qui, s’il a l’avantage d’être plus difficilement attaquable en campagne, ne prépare pas le pays à des choix difficiles. Il porte une part de responsabilité dans le fait de ne pas avoir gagné un mandat plus précis et clair sur les changements qu’il souhaitait apporter.

Cette réforme peut faire ou défaire l’administration Obama. Le président étasunien l’a bien compris et met toute son énergie pour essayer de cadrer un débat parti dans des extrêmes déplorables.

Source : The Economist 1er août

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/08/11/...

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/08/15/... 

14.06.2008

La triste foire de la réforme des institutions

Alors que le Sénat va discuter de la réforme des institutions à partir du 17 juin, les premiers travaux de la Commission des lois de la Haute Assemblée continuent à transformer chaque jour un peu plus cette réforme en un Frankenstein législatif.

Alors que le gouvernement répète à satiété qu’il souhaite mener toutes les réformes de front, la réalité se rappelle à lui à propos de l’agenda législatif. L’examen du projet de réforme constitutionnelle a fini par repousser l’examen de projets de lois pourtant emblématiques. C’est ainsi que le Grenelle de l’environnement, qui avait eu lieu à l’automne 2007, ne sera pas examiné avant l’automne prochain alors qu’il devait être examiné au printemps. Il est complètement incroyable que Nicolas Sarkozy ait décidé de donner la priorité à un toilettage incertain d’une Constitution qui fonctionne bien par rapport à une loi destinée à renforcer l’effort de notre pays pour mieux respecter notre planète. La hiérarchisation des sujets semble décidemment une faiblesse chronique de notre président.

Pire, la réforme des institutions prend tous les jours une direction plus choquante, et soit dit en passant, complètement différente du programme du candidat, qui avait fait du non cumul des mandats et de la proportionnelle, deux mesures phares aujourd’hui oubliées. Tout d’abord, l’Elysée est intervenu pour permettre au Président de s’exprimer devant le Congrès, sans vote. On se demande bien quelle est l’utilité d’une telle mesure. Nicolas Sarkozy a également insisté pour limiter à deux le nombre de mandats présidentiels. Là encore, on s’interroge sur la pertinence d’une telle réforme. Mais la majorité n’accepte pas tous les oukases présidentiels. C’est ainsi que l’Assemblée Nationale a refusé de limiter le nombre de ministres (certains pensaient sans doute que cela pourrait faire du tort à leur ambition…). Et le Sénat vient de refuser les limites bien incompréhensibles à l’usage du 49-3.

Malheureusement, chacun à l’UMP semble vouloir introduire des dispositions plus conformes à ses petits intérêts. C’est ainsi que l’Assemblée Nationale a ajouté une disposition permettant aux ministres de retrouver directement leur poste de député, comme sous la Quatrième République… Le Sénat souhaite mettre dans le marbre de la Constitution son mode de scrutin pour le protéger de toute modification qui pourrait provoquer une alternance dans cette assemblée monolithique. Enfin, quelques députés souhaitent faire inscrire les langues régionales dans le texte fondateur de notre République. Bref, cette réforme de la Constitution se transforme en farce institutionnelle. Ce n’est plus une réforme du mode de fonctionnement de la République mais une foire aux revendications les plus futiles et accessoires.

Nicolas Sarkozy et l’UMP s’abritent derrière le partage de l’ordre du jour à l’Assemblée pour essayer de faire passer cette réforme. Heureusement, la résistance de quelques parlementaires de la majorité et le réveil pourtant bien improbable de l’opposition devraient faire dérailler ce projet chaque jour plus choquant.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/06/12/reforme-des-institutions-le-senat-pose-ses-verrous_1057171_823448.html

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04.06.2008

Un projet de réforme institutionnelle mort-né ?

Hier, à l’Assemblée Nationale, le projet de réforme de la Cinquième République a été adopté. Néanmoins, cette mauvaise nouvelle est compensée par le fait que la majorité des trois cinquièmes, nécessaire au Congrès, sera très difficile à obtenir pour le gouvernement.

L’UMP invoque l’intérêt général pour demander au Parti Socialiste de lui faire la courte échelle sur ce projet, comme si nos institutions avaient de graves faiblesses… Mais malgré les prises de position de Jack Lang et Manuel Valls, finalement, le PS joue enfin le rôle de l’opposition et pas une voix n’est venue soutenir le projet gouvernemental, alors qu’il est impossible que le projet passe si la gauche s’y oppose au Congrès. Mieux, une poignée de députés UMP continuent à ignorer les diktats de l’Elysée et de Matignon. Treize députés ont ainsi voté contre le texte et cinq se sont abstenus. Résultat, si le texte pourra passer les deux Assemblées, il devrait échouer au Congrès, où la majorité des trois cinquièmes nécessite le soutien de l’ensemble de l’UMP et de quelques socialistes.

Le gouvernement a beau jeu d’invoquer les amendements déposés par l’opposition et adoptés par la majorité, mais dans l’ensemble, la plupart des mesures demandées par les socialistes n’ont pas été intégrées au projet. Au placard la part de proportionnelle, la limitation du cumul des mandats (pourtant deux promesses du candidat Sarkozy), la réforme du Sénat ou la prise en compte du temps de parole présidentielle, pour éviter que trois quarts du temps de parole politique soit aujourd’hui pour la majorité. Le gouvernement a cédé sur quelques détails, mais a refusé la quasi totalité des mesures importantes proposées par l’opposition. Heureusement, cette fois, le PS semble décider à ne pas servir la soupe au gouvernement, contrairement à l’épisode désolant du traité de Lisbonne.

Ce probable et souhaitable échec enverra dans les poubelles de l’histoire constitutionnelle des mesures inutiles dont on se demande pourquoi Nicolas Sarkozy tient temps à les voir adopter. Pourquoi faudrait-il limiter les mandats présidentiels à deux ? Il revient aux Français de décider. Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il besoin de s’exprimer devant le Parlement, lui qui reçoit fréquemment majorité et opposition ? Pourquoi faudrait-il créer un référendum d’initiative populaire si c’est pour l’encadrer de telle façon qu’il est quasiment impossible à réaliser ? En quoi la limitation de l’usage du 49-3 est-elle nécessaire ? La limite fixée est arbitraire et de toutes les façons nettement au-dessus de la moyenne de son utilisation depuis 50 ans. Pourquoi faut-il parler des langues régionales dans la Constitution de la République ?

Malgré son adoption par les deux Assemblées, cette réforme d’une Constitution qui n’en avait pas besoin a toutes les chances d’avorter. Après l’abandon des mesures phares demandées par l’opposition, le gouvernement n’est pas en mesure de trouver la majorité requise pour la faire passer au Congrès.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/05/29/01002-20080529ARTFIG00013-institutions-l-elysee-a-la-manuvre.php

http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/06/03/l-assemblee-vote-la-reforme-des-institutions-en-premiere-lecture_1053382_823448.html#ens_id=1031893

01.05.2008

Rigueur, réformes et du mauvais usage de ces mots

Comme nous avons pu le voir il y a quelques semaines, le terme de « rigueur » est aujourd’hui complètement tabou dans la vie politique. Demain, il pourrait bien advenir le même sort au mot « réforme » s’il continue d’être utilisé de la sorte.

Après tout, une gestion rigoureuse des finances publiques est quelque chose que tout le monde devrait souhaiter. Les centaines de milliards d’euros dépensés par la puissance publique sont l’argent de tous les Français et le moins que l’on puisse attendre de nos dirigeants est un respect constant de cet argent et le souci de le dépenser à bon escient. D’ailleurs, l’argent public fut géré avec rigueur pendant les vingt premières années de la Cinquième République. Si le Général de Gaulle n’acceptait pas que le budget de la nation fût déficitaire, ses deux premiers successeurs poursuivirent une gestion rigoureuse des finances publiques puisque les déficits publics demeurèrent très limités jusqu’en 1981.

C’est en partie parce que le terme rigueur a été associé à des coupes budgétaires et des hausses d’impôts qu’il est devenu tabou aujourd’hui. Mais ce terme est aussi associé au tournant de la rigueur du gouvernement Mauroy et au virage d’octobre 1995 de Jacques Chirac par rapport à la « fracture sociale ». Résultat, le terme « rigueur » est associé à des formes de reniements politiques auxquels le pouvoir actuel ne souhaite pas être associé. L’Elysée ne souhaitait pas donner l’impression d’un changement de politique. D’un côté, il est vrai qu’il n’y a pas eu un tournant comparable aux deux épisodes évoqués, mais on peut penser qu’il serait plus pédagogique de dire que de toutes les façons, la gestion des finances publiques se doit d’être « rigoureuse ».

En revanche, s’il est un terme que le gouvernement et l’ensemble de l’élite politico médiatique ne cessent d’utiliser, c’est bien le mot « réformes ». En général, c’est pour dire que notre pays a besoin de réformes souvent pour rattraper un retard qui aurait été accumulé depuis les années par rapport aux autres pays. Mais en réalité, quand on parle de ces réformes qui s’imposent aux Français, il s’agit presque toujours de décisions douloureuses, de flexibilité accrue, de suppression de postes, de travailler plus pour ne pas forcément gagner plus (comme les employés de Peugeot). Le terme « réformes », quand il est employé par les élites comme une injonction à un peuple qui serait forcément conservateur et attaché à ses petits avantages, est constamment associé à des notions négatives.

J’en viens à me demander si ce n’est pas le meilleur moyen de rendre les Français plus conservateurs qu’ils ne le sont, sachant que je ne les crois pas plus fermés aux changements que les élites, au contraire. En camouflant du terme « réforme » des décisions difficiles pour leur donner une connotation plus positive, nos dirigeants sont en train d’en faire un terme qui pourrait bien devenir repoussoir d’ici quelques années, ou quelques mois. La pédagogie du changement, c’est aussi dire clairement et nettement ce que l’on fait, notamment quand c’est difficile et l’expliquer. La tactique du rideau de fumée a ses limites que la popularité en chute libre de l’exécutif illustre bien aujourd’hui.

Oui, il est normal d’avoir une gestion rigoureuse des finances publiques car c’est ce qui donne in fine une capacité d’action à l’Etat. Oui, les réformes sont nécessaires pour s’adapter, mais elles sont aussi nécessaires pour rendre notre société meilleure, protéger les plus faibles, encourager les talents…