18.12.2008
Peut-on réformer l’éducation en France ?
Cette semaine a été marquée par un recul majeur du gouvernement sur la réforme du lycée, sous la pression de la rue. Xavier Darcos, la fermeté incarnée, a fini par annoncer un report qui ressemble à un enterrement étant donné que le ministre a ouvert la discussion sur l’intégralité du projet.
Pourquoi le gouvernement a cédé
Le recul du gouvernement peut paraître surprenant à première vue. Après tout, le mouvement lycéen était encore assez récent et les vacances de Noël allaient interrompre la mobilisation. Les médias soulignent que c’est la crainte d’une dérive à la Grecque qui a convaincu Nicolas Sarkozy de renoncer à la réforme. Le président a préféré ne pas prendre le moindre risque et retirer un projet qui pouvait potentiellement déclencher un mouvement d’importance, comme il y a en a eu si souvent en France (loi Devaquet en 1986, le CIP en 1994, réforme Ferry de 2003 et CPE de 2005, entre autres).
Ce recul rapide semble pourtant en contradiction complète avec les propos de campagne de Nicolas Sarkozy, toujours prompt à souligner qu’il est prêt à réformer quelles que soient les oppositions et qui ne manque pas une occasion de dénoncer l’immobilisme de ses prédécesseurs qui avaient eux aussi reculé devant les réformes de l’éducation. Bref, Nicolas Sarkozy rentre dans le rang avec ce recul, même si en tuant dans l’œuf la réforme, cela lui évite un conflit dont l’issue était incertaine. Problème : cela pourrait également avoir un effet mobilisateur pour les prochaines revendications...
De la difficile réforme de l’éducation
Ironiquement, cette réforme des lycées était une des rares réformes en faveur de laquelle je m’étais prononcé sans la moindre ambiguïté fin octobre. Indépendamment de la réduction du nombre de postes dans l’éducation nationale, elle apportait beaucoup de changements positifs. L’instauration d’une forme de modularité dans la scolarité donnait davantage d’autonomie aux lycéens et les responsabilisait. Les heures de soutien sont considérées partout dans le monde comme une solution clé pour réduire l’échec scolaire. Enfin, le maintien du baccalauréat conserve une spécificité Française bienvenue.
Dommage. Il semble que la jeunesse Française rejette systématiquement toute réforme de l’éducation, qu’elle vienne de droite ou de gauche. Ces plus de vingt années de combat laissent un goût amer qui pourrait bien ôter à tout gouvernement la volonté de réforme de l’éducation puisqu’elle se termine toujours par un recul piteux. Comment ne pas rester songeur devant les courts arguments des manifestants ? Le refus systématique de toute modification semble malheureusement indiquer une volonté de détruire plutôt que de débattre sur le fond de notre système éducatif.
Bien sûr, il est important d’écouter la jeunesse et de prendre en compte son avis. Mais ce n’est pas non plus à 15 ou 18 ans que l’on sait forcément ce qu’il faut faire pour améliorer le système éducatif Français. Le pouvoir pris dans la rue par la jeunesse depuis de longues années est terrifiant, quand on examine le cadavre des projets enterrés suite à leurs manifestations. S’il est naturel d’entendre et de prendre en compte les revendications de la rue, la soumission du ministère de l’éducation depuis plus de 20 ans révèle un grave blocage de notre société.
La réforme de l’éducation a fait un grand pas en arrière cette semaine. Le ballet habituel de l’annonce du projet suivi de manifestations et aboutissant à son retrait est désespérant. Jacques Chirac avait sans doute raison en 1995 quand il évoquait la possibilité d’organiser un référendum pour casser les blocages.
Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/12/16/reforme...
http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008...
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, darcos, réforme de l'éducation



