19.08.2009

La réforme de la santé en danger aux Etats-Unis

La menace se précise tous les jours davantage. La grande réforme du système de santé aux Etats-Unis a toutes les chances d’être complètement transformée par rapport à ce qu’avait avancé Barack Obama lors de sa campagne électorale.

La couverture universelle remise en cause

Le candidat démocrate avait insisté sur deux mesures phares, aujourd’hui remises en cause. La première consistait à établir une couverture universelle, en imposant plus ou moins (ou en rendant plus intéressant) le fait de couvrir les plus de 45 millions d’Etasuniens qui n’ont pas la moindre assurance. Malheureusement, les Etats-Unis sont allergiques à toute forme de contrainte administrative. Pire, comme le montrent les sondages, à peine plus de 25% des Américains pensent que ceci est le problème principal de leur système de santé, près de 70% estimant qu’il vaut mieux se concentrer sur le coût.

Or, le fait de couvrir 45 millions de personnes supplémentaires est vu comme un coût de plus, argument rédhibitoire contre la réforme. Beaucoup avancent également que ces frais d’assurance supplémentaires rendraient le coût du travail beaucoup trop élevé pour les bas salaires. Il y a donc une forte pression pour refuser cette avancée. La société étasunienne semble donc préférer ne pas fournir d’assurance maladie aux bas salaires de manière à ne pas renchérir le coût du travail. Ne devrait-elle pas se poser la question de comment s’assurer que tout le monde peut être couvert ?

La création d’un pôle public remise en cause

L’autre point phare de la réforme était de créer une assurance publique, avec pour objectif de faciliter la couverture des plus démunis et des malades, que les mutuelles découragent avec des primes trop importantes. Du moment qu’elle ne viendrait pas en substitution des assurances privées, rien ne devrait pouvoir s’y opposer. Pourtant, les mutuelles privées dénoncent une concurrence déloyale. Argument difficilement recevable quand on sait que la plupart des personnes en mauvaise santé n’auraient pas d’autres choix que de la prendre, grevant ainsi ses comptes...

En fait, l’opposition radicale des mutuelles à cette forme de concurrence démontre au contraire qu’elles cherchent par tous les moyens à préserver leurs marges. Car c’est bien le problème d’un système privé comme aux Etats-Unis : si le coût est aussi élevé, c’est justement parce qu’il est privé. D’une part, ilrajoute au coût global de la santé les profits réalisés par tous les intermédiaires (ce qui est beaucoup plus limité en France) et de l’autre, il pousse logiquement à la consommation pour gonfler ses profits, ce qui explique que les étasuniens dépensent autant pour leur santé.

Barack Obama sous le feu des critiques

Malheureusement, le président semble sur le point de reculer sur ces deux points pourtant cruciaux tant l’opposition est vigoureuse sur ces deux sujets. Il ne semble pas y avoir de majorité pour faire passer ces deux réformes qui peuvent pourtant nous sembler évidentes vu d’Europe. Le fait de laisser la rédaction du projet au Sénat et à la Chambre des Représentants dans un système institutionnel qui lui donne peu de pouvoirs risque de pousser Barack Obama à capituler sous la pression de ses propres troupes, quelque soit ce qu’il pense lui-même de la réforme…

Et pourtant, les mensonges avancés par le camp d’en face (« les tribunaux de la mort » que représenterait un pôle public) et les exagérations complètement ridicules (les qualificatifs « soviétique » ou « communiste » accolés au projet) devraient discréditer l’opposition. Cependant, les étasuniens restent traumatisés par l’énormité des plans de sauvetage des banques et du plan de relance de l’économie, qui sont financés par un endettement massif du pays. Cela a donc ravivé la méfiance radicale des citoyens à l’égard de toute intervention de l’Etat dans leurs affaires…

Aujourd’hui, je ne donne pas cher des deux principales réformes du système de santé. Elles risquent d’être emportées par la mauvaise foi de ses opposants, l’impuissance institutionnelle organisée du président et un contexte d’après crise qui réveille les sentiments anti-Etat de la population.

Source : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/08/18/critiq...